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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 18:13

Sommes-nous des Pharisiens ? A Dieu ne plaise, bien sûr ! Cela va de soi, puisque nous sommes, la plupart, des protestants…

Au fait, c'est quoi, des Pharisiens ?

Historiquement, c'est une école religieuse et théologique juive à l'époque de Jésus, très rigoureuse, très stricte et très fière de l'être. Celle a laquelle Paul, le futur apôtre, appartenait.

Mais aujourd'hui, qui seraient les Pharisiens de notre Eglise ?

Ce seraient des croyants assez sûrs d'eux, qui viennent au culte, à d'autres activités, mais qui en tirent fierté et regarderaient avec un peu de condescendance ceux qui seraient moins bien qu'eux. Impossible parmi nous, bien entendu. D'autant que, comme protestants, nous savons que nous n'avons aucun mérite…

Mais cela me fait penser à des situations qui se produisent, au moins de temps en temps.

Par exemple, lorsqu'on vient nous solliciter pour un service d'adieu, un baptême ou un mariage. Parfois, quand il s'agit d'inconnus non-paroissiens, la demande est exprimée comme un droit :

« C’est notre grand'père qui est parti. Nous nous sommes déjà mis d’accord avec les pompes funèbres, ce sera tel jour à telle heure, au Funérarium de Machin. Alors si vous pouviez faire une petite cérémonie, mais pas trop longue, et sans parler du péché et tout ça, parce que tous ces vieux trucs, nous… »

Ou bien : « On va se marier ! Nous avons déjà réservé la Salle de fêtes de Machin, le tant à telle heure, alors il faudrait la cérémonie une heure avant dans l’église de St Truc. Mais vous savez, c’est ma mère qui était protestante, moi je suis plutôt bouddhiste, et mon fiancé n’est pas croyant. Alors, pour votre petit discours, si vous pouvez éviter de parler du Bon Dieu et de Jésus Christ… Ce qu’on voudrait, c’est plutôt de belles paroles, de la poésie… ».

Quant au don d'après cérémonie, il est généralement dérisoire ou absent, et les éventuels frais de déplacement, rarement remboursés.

Et c'est très bien ! Il nous est ainsi rappelé, à nous pasteurs, que nous et nos paroles valons moins qu'un seul serveur pendant le repas de mariage, puisque nous sommes rétribués moins que lui. C'est excellent pour l'humilité !

Mais nous avons, quand même, dans ces cas-là seulement, l'impression d'être comme un service public, peut-être financé par les pouvoirs publics, je ne sais pas, en tous cas au service du tout-venant et tenus de répondre à toute demande, puisque nous sommes là pour ça...

Bon, c'est comme cela.

Mais malgré tout : nous sommes toujours étonnés, pasteurs, conseillers, quand nous recevons des réclamations, cette fois de la part de paroissiens : nous ne faisons pas assez ceci, mal cela, trop ceci et pas très professionnellement cela...

Ainsi, parfois, des bénévoles de la paroisse – des frères, des sœurs donc – qui travaillent quasi à plein temps sur un projet, sans compter leurs heures ni leurs sueurs – des chaudes et des froides – font face à mille difficultés et contretemps, résolvent les problèmes un à un, et finalement mènent le projet à bien… ceux-là tout à coup se voient reprocher de n'avoir pas bien fait les choses, d'avoir mal prévu ceci ou cela, mal fait la communication ou autre chose. Reproches par qui ? Par d'autres paroissiens qui, eux-mêmes, ne se sont pas forcément engagés...

Alors on se demande ce qu'est l'Eglise :

  • une communauté d'individus réunis par une même foi, une même espérance, un même amour et une même humilité ?
  • une communauté engagée d'individus qui savent que cette communauté ne peut vivre, durer et se développer que si eux-mêmes la font vivre, par leur temps, leur enthousiasme, leur présence, leur travail, leurs idées, leurs soins ?
  • ou bien un service animé par des plus ou moins professionnels, dont on ne veut pas trop se souvenir s'ils sont employés ou bénévoles, dont on est un peu clients, et auxquels on peut donc se plaindre, faire des remarques et exiger davantage ? Davantage de services, de sérieux, de compétences, d'efficacité, de succès, que sais-je...

Concernant les pasteurs, admettons : c'est leur métier, ils sont formés. Enfin, en tous cas à la théologie ; à défaut des divers autres métiers également requis par leur activité. Et s'ils ne sont pas beaucoup payés, du moins on leur donne les moyens de vivre... D'accord !

Mais les bénévoles ? Connaissez-vous des associations de 1500 membres, au budget d'un demi million d'euros, avec deux gros immeubles à entretenir, une quarantaine d'activités régulières, et qui tourneraient avec juste un secrétariat, deux gardiens et deux rabbins ?

Cela n’existe pas. Sauf dans les Eglises.

L'essentiel du travail y est donc bénévole. Des bénévoles, de simples membres, des volontaires – vous – qui assument, donnent et se donnent, gratuitement. Pour l'Evangile. Et c'est admirable. Et merci à eux, à vous qui donnez de vous-mêmes.

Mais quelle attitude est-il juste d'avoir envers eux, les bénévoles actifs ?

  • de la reconnaissance et de l'admiration ?
  • ou le droit de se plaindre et de réclamer ?
  • ou considérer que c'est un exemple d'engagement, parce qu'on comprend bien que sans l'engagement de beaucoup, sinon de tous, une Eglise ne peut ni durer, ni même exister ?

C'est simple :

  • une Eglise, c'est ce que ses membres en font ;
  • une Eglise fait ce que ses membres y font ;
  • une Eglise offre ce que ses membres y offrent ; Dieu a besoin de nous, de nous tous !

Car telle est l’Eglise, rien de plus ; et elle prie pour que l'Esprit traverse tout cela et se distribue à ceux qui y viennent, puis au delà...

Mais, il n'y a personne à qui se plaindre, personne à qui demander des comptes. Sauf à soi-même... Si ce n'est pas assez bien, c'est probablement que soi-même ne donnons pas assez bien...

Ah, si ! On peut demander des comptes aux pasteurs. Et eux doivent accepter de l'entendre – en espérant un peu d'indulgence, qui, ici, nous sommes reconnaissants de pouvoir le dire, nous est accordée avec bienveillance.

Mais aux bénévoles actifs, surtout quand soi-même on ne l'est guère, comment demanderait-on des comptes, plutôt que se proposer soi-même pour améliorer ?

Et je me dis, avec un peu d’inquiétude : cette merveilleuse paroisse de Pentelux souffrirait-elle d'être un peu gâtée, par la vie et par son histoire ?

A-t-elle trop de sous ? Trop de personnalités exceptionnelles ? Trop de bénévoles, trop d'activités ? Un milieu social trop favorisé, habitué à être exigeant ? Aurions-nous parfois quelques comportements de clients par rapport à l'Eglise ?

Alors revenons à notre question de départ, et rappelons-nous, d'après la Bible et les Réformateurs, ce qu'est l'Eglise. L'Eglise, c'est la « convoquée ». Ecclesia, en grec, signifie « la convoquée, l'appelée ».

Et c'est bien la nommer.

L'Eglise est convoquée par une Parole, autour d'une Parole : l'Evangile, qui l'appelle mais ne lui appartient pas, qui l'appelle pour qu'elle la transmette. Elle est appelée par un Autre, le Père, graciée par un Autre, conduite par un Autre, et c'est pour cela qu'il ne peut y avoir ni hiérarchie, ni vrai pouvoir, ni relations d'argent en son sein ; il n'y a ni chefs, ni héros, ni intérêts personnels ; que des gens qui donnent et se donnent. Elle vit de ses propres forces, de sa seule bonne volonté, et de l'Esprit Saint, Esprit de Dieu qui l'appelle et la conduit.

Vers quoi ?

Cette double mission :

  • d'abord se nourrir mutuellement de cette Parole qui appelle, en s'appuyant sur le livre qui la transmet, la Bible ;
  • ensuite ne jamais cesser de répercuter cet appel, d'offrir la Parole qui convoque et donne la vie ; d'être, chacun et tous ensemble, des témoins missionnés auprès de ceux qui ne l'ont pas encore reçue ;

Si nous sommes une Eglise, c'est pour nous bien sûr ; mais nous qui avons déjà reçu, si nous sommes une Eglise, c'est pour offrir au dehors, à tous, cet Evangile qui pour nous n'a pas de prix. Oui, Dieu a vraiment besoin de nous, et Il nous attend...

Et puis… l'Eglise, c'est une fête ! La première définition de l'Eglise, la plus pure et la plus belle, c'est sans conteste celle du livre des Actes (2 :42) :

« Les croyants étaient assidus à l'enseignement des apôtres – l'Evangile – ; à la communion fraternelle – l'amour mutuel – ; à la fraction du pain – la Sainte Cène – ; et aux prières ».

Quatre piliers donc :

  • l'Evangile, cette Parole première, qui nous appelle, nous convoque et nous envoie ;
  • l'amour les uns pour les autres, qui montre à tous que nous sommes les fidèles du Christ ;
  • la Sainte Cène, qui nous fait communier avec le Christ, communier entre nous, et avec l'Eglise de tous lieux et de tous temps ;
  • la prière enfin, ce lieu vivant entre Dieu et nous, le centre de notre vie et de la vie de l'Eglise.

Voilà, l'Eglise, c'est simple, c'est cela : l'Evangile, la fraternité entre nous, le culte, la prière ensemble.

Tout le reste, ce sont des adjuvants, utiles souvent, mais rien de plus.

Là-dedans, aucune place pour les droits, les plaintes ou les revendications.

Toute la place pour l'amour du voisin de Table Sainte, pour l'engagement et pour la confiance.

Toute la place pour ceux qui accueillent le Règne de Dieu comme des enfants, Jésus le dit.

Toute la place pour le don de soi, encore et toujours le don de soi, sous le regard de Dieu et dans la main de Dieu…

Jean-paul Morley

Cultes du 20 octobre 2013

Lectures : Luc 18 : 9-17

Exode 17 : 11-12

2 Timothée 4 : 1-2

Actes 2 : 42

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