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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 17:10

A Noël, on parle souvent de Jésus, de Marie, des bergers, des mages - qui n'ont jamais été trois, ni Rois - des anges, peut-être des moutons et de l'âne, mais rarement de Joseph...

Pauvre Joseph ! Ce cher Joseph, le modeste, l'effacé, qui rapidement sera effacé de l'histoire...

Savez-vous ce que signifie le mot Joseph en hébreu ? Incroyable : cela signifie celui qui est en trop, ce qui est ajouté, celui qui est en plus... le surplus. En prime, peut-être…

Et ce nom lui va bien, au compagnon de Marie : celui qui est en plus, en trop : le fiancé inutile, et même gênant, le père de trop, celui qui a été évincé, qui n'a pas trop sa place ni trop le choix...

Mais qui est-il au juste, et quel rôle a-t-il ? Car Jésus est quand-même ‘Jésus fils de Joseph’ !

Or Joseph, celui de Marie, n'est pas le seul à être « de trop » dans la Bible : il y en a quatre autres, quatre autres Joseph :

Joseph le onzième des douze fils de Jacob, le plus connu ;

Joseph d'Arimathée, qui offrit son tombeau pour Jésus, le moins connu ;

Joseph Barsabas, candidat malheureux à la succession de Judas, pas connu du tout.

enfin Joseph surnommé Barnabé, qui offre tous ses biens à la première Eglise...

Alors faisons leur connaissance. Peut-être cela nous éclairera-t-il sur l'étrange destin du fiancé de Marie.

D'abord Joseph fils de Jacob. Celui qui n'aurait pas dû naître, puisque fils d'une mère stérile, Rachel la bien aimée de Jacob... Alors que la première femme de Jacob, Léa, lui donne six fils et une fille, et sa servante encore deux autres, tandis que la servante de Rachel donne également deux fils à Jacob, Rachel, elle, la bien-aimée, ne lui donne aucun enfant.

Jacob a donc déjà dix fils. Plus personne n'en attend d'autres.

Et c'est alors que Dieu se souvient de Rachel, et que Joseph vient au monde, l'inattendu, l'inespéré, en plus, presque en surplus, comme un ressuscité, né enfin d'une mère qui ne portait pas la vie...

C'est pourtant lui qui dominera ses frères. Mais après n'avoir eu de cesse de mourir puis de ressusciter :

  • déjà né d'une mère stérile, et trop longtemps espéré : presque une résurrection ;
  • le préféré de son père, le chouchou, évidemment haï de ses frères – il faut reconnaître que ce « surplus » est insupportable de prétention ;
  • condamné à mort par ses frères, puis gracié de justesse : presque une résurrection ;
  • abandonné dans une citerne pour y mourir, avant d'en être retiré : presque une résurrection ;
  • vendu à des marchands puis revendu comme esclave à un notable égyptien ; mais il en devient le bras droit : presque une résurrection ;
  • victime d'une erreur judiciaire et jeté en prison, mais il y devient l'adjoint du directeur : presque une résurrection ;
  • enfin, devenu premier ministre du Pharaon, mais toujours sans nouvelles de sa famille, il devient finalement le sauveur de l'Egypte, puis celui de ses frères et le pardonneur de leurs fautes... Quasiment une résurrection !
  • surtout, disparu aux yeux de son père Jacob, l’inconsolable, puis resurgi trente ans plus tard, en sauveur : quelle résurrection !

En un mot, à travers ces multiples morts ou quasi-morts, et à travers ces résurrections successives qui aboutissent à un pardon et une réconciliation avec ses frères, Joseph, onzième fils du patriarche Jacob, est déjà une préfiguration de Jésus, le Christ, de sa mort et de sa résurrection qui ouvrent un pardon et une résurrection avec ses frères et sœurs les humains, les enfants de Dieu.

Ce Joseph-là, ce fils de trop qui préfigure déjà le Christ, est le plus important de la Bible. Mais pas le seul…

Après le premier Joseph, Joseph d'Arimathée :

Qui est celui-là ? Vous le connaissez sans doute : membre du Conseil Juif, le Sanhédrin, disciple caché de Jésus, il a tenté de s'opposer à sa condamnation, puis a offert de déposer le corps de Jésus dans son propre tombeau.

Lui aussi est « de trop » au Sanhédrin qui condamne Jésus... Lui aussi « a » du trop : un tombeau inutile, vide, disponible...

Celui-là ne vit pas une série de morts et de résurrections, si ce n'est sa propre conversion, mort et renaissance de soi-même à soi-même. Mais il est le témoin discret, présent et presque anonyme parmi les anonymes, de la mort et de la résurrection de Jésus.

Il vit en direct cette mort effrayante et cette résurrection impensable…

Ainsi le premier Joseph, onzième fils de Jacob, préfigure la mort et la résurrection du Christ, et le deuxième, Joseph d'Arimathée est le témoin de la mort et de la résurrection du Christ.

Quand au troisième, il s'appelle Joseph Barsabbas, on ne sait rien de lui, sauf que lui aussi est de trop : candidat à la succession de Judas, le sort lui préfère un autre, Matthias...

Enfin le quatrième, Joseph dit Barnabé, lui aussi ‘a du trop’ : il vend tout ce qu’il possède et vient l’offrir à la jeune communauté chrétienne. Lui aussi s’efface, au profit d’autrui, de la communauté…

Qu’en est-il alors du Joseph de Marie, celui de Jésus : de trop, lui aussi ? En surplus ?

De qui est-il le fils ? de Jacob ! Un autre Jacob, mais cela peut-il être un hasard ?

Alors qui est donc ce Joseph, lointain descendant d'Abraham, de David et de Salomon, père officiel de Jésus le Messie ?

Joseph, ce fiancé frustré, mais pardonnant ; ce père adoptif, mais compréhensif ; cet anonyme, ce compagnon, ce mari et ce père resté dans la pénombre ; cet effacé, mais auquel quatre fois Dieu s'adresse directement par un rêve, ce père sans enfant qui accepte un autre enfant, le protège et le conduit, puis disparaît, et dont on n'entendra plus jamais parler dans la suite des Evangiles...

Lui aussi, il apparaît pour disparaître, comme le premier Joseph, pour pouvoir sauver ses frères ; lui aussi, il est présent et le témoin non pas de la mort et de la résurrection de Jésus, mais de sa naissance. Comme l'autre Joseph, présent quand il le faut. Il est surtout celui qui accepte de se sacrifier pour le projet de Dieu, pour le règne de Dieu.

Le père humain de Jésus ressemble donc aux autres Joseph : l'effacement, le sacrifice, le pardon, la mort et la résurrection. Mais en acceptant tout cela, Joseph reçoit d'être appelé « père » par le Fils de Dieu, d’être appelé ‘Papa’ par… le fils de Dieu ! Privilège inouï, inconcevable, extraordinaire, unique dans l'histoire de l'humanité.

Comment cela est-il arrivé ? Parce qu'il a eu confiance. Confiance tout simplement.

Certes, quatre fois Dieu lui parle au travers d'un rêve : pour lui dire de prendre quand-même Marie pour épouse ; de fuir en Egypte quand Hérode veut assassiner les nouveau-nés ; de revenir quand Hérode est mort ; enfin de s'installer à Nazareth. Et chaque fois, Joseph fait confiance. Et obéit.

Mais si Dieu a pu ainsi lui parler, c'est parce que Joseph avait déjà confiance. Et que Dieu savait qu'Il pouvait, Lui aussi, faire confiance à Joseph.

De ce point de vue, Joseph, le compagnon de Marie, ne préfigure pas seulement le destin de Jésus, son fils adoptif, il préfigure aussi le destin de chaque disciple de ce fils, Jésus le Christ.

Le destin de chacun de nous, vous, moi, si nous le voulons. Le destin de quiconque est, comme Joseph, prêt à faire confiance, à offrir sa vie, offrir ses dons, offrir son cœur et ses mains pour le projet de Dieu.

En acceptant, comme Joseph, de s'effacer, d'être « de trop », de disparaître dans l'anonymat de la belle foule des serviteurs et des témoins, pour que vienne le règne de Dieu.

Joseph, le modeste, celui qui s'efface pour nous montrer le chemin.

Celui qui prépare le chemin de la naissance, de la mort, et de la résurrection du Fils. Celui qui nous ressemble et nous ouvre, à nous, le chemin, modeste, du service de l'enfant venant parmi nous porter lumière, pardon, espérance, et, déjà, la présence du règne de l'amour au milieu de nous.

Alors, puissions-nous, nous aussi, accepter d'offrir notre vie, en modeste cadeau à ce nouveau-né, pour participer au triomphe de l'amour et de la fraternité sur cette terre, notre terre, toute cette terre !

Nous nous appelons tous Joseph…

C'est l'invitation de Noël.

Elle t'est adressée, à toi.

Tu n'es pas en surplus :

Cet enfant qui vient de naître a besoin de toi.

Et Dieu a foi en toi.

Prédication Noël 2013

Lectures : Matthieu 1

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