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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 14:50

Connaissez-vous l'histoire d'Ornan, ce personnage modeste et méconnu du premier Testament ?

Une histoire bien étrange, un peu inquiétante.

Elle se trouve dans le premier Testament, au livre des Chroniques, un livre plutôt historique qu'on ne lit pas très souvent. Pourtant, il raconte quelques histoires étonnantes.

Celle d'Ornan, de son champ, et de ses bœufs mérite le détour...

Quel en est le contexte ?

Le roi David s'apprête à commettre une faute grave, qui risque d'attirer le malheur sur son peuple. Il est alors roi à Jérusalem, en pleine gloire et puissance, et veut savoir quelle est l'étendue de sa puissance ; il veut compter ses forces, il veut compter tout son peuple.

Cela, Dieu ne le veut pas. Il ne veut pas qu'on dénombre le peuple, son peuple. Il ne le veut pas, parce que compter ses forces, c'est compter sur ses propres forces, au lieu de recevoir de la main de Dieu ce dont on a besoin, tout ce dont on a besoin, pas plus que ce dont on a besoin.

Mais David s'obstine et compte quand-même son peuple, malgré les mises en garde de son général Joab. Il arrive à un 1 570 000 hommes, à peu près autant de femme, sans compter les vieillards et les enfants.

Mais Dieu est très mécontent. Alors il envoie son prophète Gad, qui déclare à David :

« Voilà, tu as fait une grave erreur. Dieu va devoir te punir, mais Il te laisse un choix : Il te propose trois punitions ; à toi de choisir :

  • soit trois années de famine, et alors mourra qui mourra ; beaucoup mourront ;
  • soit trois mois de défaites devant les ennemis de ton Royaume, et alors mourra qui mourra ; beaucoup mourront ;
  • soit trois jours de peste, que je t'enverrai, et alors mourra qui mourra ; beaucoup mourront. »

David réfléchit, et se dit : la famine pendant trois ans, c'est trop long, il y aura trop de souffrances, trop de pertes. Et le peuple m'en voudrait...

Se livrer aux mains des hommes, ils sont trop cruels, c'est trop dangereux, il y aura trop de pertes. Et cela aussi, le peuple me le reprocherait...

Je choisis plutôt ce qui vient de la main de Dieu – la peste – parce que Dieu est bienveillant, généreux, et qu'Il reviendra peut-être sur sa décision. Et puis cela, le peuple ne me le reprochera pas...

La peste arrive donc. L'ange exterminateur survient – c'est une image bien sûr – et il commence à faucher les habitants. Il en a déjà tué 70 000, et il est tout proche de Jérusalem.

Alors le Roi David, désespéré, consterné, décide de s'avancer à sa rencontre, avec ses ministres, en habits de deuil.

Et au moment où David s'approche de la colline où laboure un homme avec ses bœufs, un homme appelé Ornan, l'ange exterminateur s'en approche aussi, de l'autre côté. Et Dieu, qui voit Ornan travailler, qui voit les dégâts déjà provoqués par la peste, qui voit David désespéré, Dieu dit à l'ange exterminateur : « Arrête ! Suspend ton geste. »

David avait raison : Dieu n'aime pas voir souffrir les humains. Alors David tombe à genoux, là où il est, et prie Dieu :

« Ecoute, tu es en train de tuer tout ton peuple, ton propre peuple ; mais c'est moi qui ai commis une faute, ce n'est pas lui, il n'y a pas de raison ; alors frappe-moi, moi, mais pas lui, ce n'est pas juste... »

David a enfin compris la gravité de sa faute et de ses conséquences sur son peuple ; il comprend que ce n'est pas à d'autres de souffrir à cause de lui, et il accepte, réclame enfin la punition pour lui-même...

Alors David s'adresse à Ornan, resté là, pour lui dire :

« Vends-moi ton champ : j'y offrirai un sacrifice, pour arrêter la peste ! »

Mais Ornan répond : « Non, je ne vais pas te vendre mon champ ! Prend-le, offre ton sacrifice, prends aussi mes bœufs, pour les sacrifier, et même ma charrue pour faire le feu ! Prends-les, je te les donne, puisqu'il s'agit de sauver tout le peuple !

- Pas question, dit David malgré la générosité d'Ornan, tu ne me donneras rien : si je dois faire un sacrifice, ce doit être un vrai sacrifice pour moi, il faut que je le paye, et que je le paye cher ! ».

David, le roi, paie donc son champ, et ses bœufs, et sa charrue à Ornan, pour leur vraie valeur, et offre son sacrifice...

Aussitôt Dieu envoie son feu du ciel pour brûler le sacrifice, signe qu'Il l'accepte, et ordonne à l'ange exterminateur, qui s'était arrêté, de se retirer. La punition s'achève là.

Et cette colline devient la colline de Sion, où sera bâtit le Temple de Jérusalem...

Voilà l'étrange histoire d'Ornan, dont on ignore ce dont il est ensuite advenu.

Mais quelles leçons pouvons-nous en tirer ? Quand je l'ai relue, il y a quelques années, je voyais divers sens possibles. Mais lequel garder ?

  • Peut-être est-ce la faute de David : qu'il ne faut pas compter sur ses propres forces, dénombrer ses forces comme si elles étaient à soi, mais seulement les recevoir de la part de Dieu, comme un cadeau et comme elles sont, sinon on se met dans la difficulté ? Peut-être ! C'est quelque chose, d'ailleurs, que je me dis chaque semaine à moi-même...
  • Peut-être est-ce aussi l'amour de Dieu, qui renonce à sa punition quand Il voit les dégâts et nos souffrances, parce qu'Il ne veut pas nos souffrances ? Peut-être ! Et c'est d'ailleurs là, à l’endroit où Dieu pardonne, qu'il peut être bon de bâtir un Temple...
  • Peut-être est-ce le bel exemple de générosité de cet homme, Ornan, prêt à sacrifier son champ, ses bœufs, sa charrue – c'est-à-dire son gagne-pain – pour les autres, pour le peuple ? Peut-être !
  • Peut-être sont-ce les conséquences de nos inconséquences qui peuvent être diverses et graves, et parmi lesquelles, parfois, il nous reste la possibilité et la responsabilité de choisir, comme David devant les trois punitions ? Peut-être !
  • Peut-être est-ce David qui, après avoir commis une faute, redevient loyal, reconnaît sa faute, accepte d'en payer personnellement et jusqu'au bout les conséquences ? Et qui ajoute : « Je ne vais pas, en plus, profiter de quelqu'un ; mon sacrifice, il doit me coûter cher ! » Peut-être ! Il aurait d'ailleurs pu le comprendre plus tôt, mais il l'a fait.
  • Peut-être est-ce encore notre responsabilité collective, quand tout le peuple paye pour la faute de David : une terrible injustice, mais surtout un avertissement ? Quand un père ou une mère agit mal, toute la famille en subit les conséquences, jusqu'à la troisième génération dit le Bible ; quand un chef d'Etat agit mal, tout le peuple en subit les conséquences… ? Peut-être !
  • Peut-être enfin, ce récit de la mort arrêtée pourrait plus symboliquement être une image de la victoire à venir sur la mort, par Jésus le Christ. Interprétation qui pourrait s'appuyer sur ce beau texte d'Esaïe :

« Debout, car voici ta lumière,

Et sur toi se lève la gloire du Seigneur

au milieu des ténèbres de la terre... »

Alors laquelle de ces leçons garder ?

La faute de compter sur ses seules forces ? La clémence de Dieu ? La générosité d'Ornan ? La repentance de David ? Notre responsabilité collective ? Ou l'allégorie de la résurrection à venir ?

Je l’ignore ! J'ignore quelle est la bonne, ou la plus importante, ou celle qui vous est adressée à vous, personnellement… Peut-être toutes à la fois.

Que chacun choisisse, et retienne celle qui lui dit quelque chose, à lui, de la part de Dieu, et la garde comme viatique. Et si vous en trouvez une autres, surtout faites-la moi découvrir !

Mais mon plus grand souhait, maintenant, c'est que le Dieu de David, le Dieu de Jésus, vous soit aussi proche, à chacun qu'Il l'était de David et d'Ornan, et qu'IL vous donne, tout au long de l'année, l'assurance que vous aussi, comme le promet Noël, vous êtes déjà passés de la mort à la vie !

Amen

Cultes du 5 janvier 2014

Lectures : I Chroniques 21 : 1 à 22 : 1

Esaïe 60 : 1-4

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