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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 16:57

Mythes fondateurs dans la Bible : la pseudo-chute

Les quatre premiers chapitres de la Genèse, quatre premiers de la Bible, écrits vers le VIe – Ve siècle avant notre ère, sont sans doute les plus célèbres de la Bible, en tout cas du Premier Testament. Qu’il s’agisse d’un texte mythologique, plus grand’monde n’en disconvient, et évidemment aucun chercheur.

Quel peut être leur but ? Ainsi placés en introduction de la Bible, il est permis de supposer qu’ils posent les fondements :

  • une anthropologie, c’est-à dire une compréhension de l'être humain,
  • une ‘théo-logie’, c'est-à-dire une compréhension ou une présentation de Dieu,
  • enfin une – modeste – cosmologie, c'est-à-dire une compréhension de l’univers et de son sens.

On sait que ces chapitres juxtaposent deux récits (ch1 et ch2-3), qui ne sont ni du même auteur ni de la même date. Mais nous les considérerons tels qu’ils nous sont parvenus, car c’est ainsi qu’ils prennent une cohérence aussi étonnante que lumineuse. Et nous verrons qu’ils récupèrent des mythes beaucoup plus anciens pour en modifier le sens.

Il s'agit donc de cerner les fondamentaux de la Bible concernant l'être humain, Dieu, et leurs relations. Dans cet ordre :

le Créateur et la Création ;

la création de l'être humain ;

Eve, Adam, le serpent et le fruit défendu ;

Caïn et Abel.

Au passage, l’exercice permettra aussi de constater :

la richesse de la Bible comme puissante génératrice de sens

la richesse de ses interprétations possibles

mais également combien les lectures classiques et traditionnelles peuvent être manipulées et biaisées par conformisme moral et idéologie.

Cela promet de belles surprises !

La mise en scène

  1. D’abord le cadre…

Chapitre 1, première création, l’univers

Verset 1 :

Dieu crée le Ciel et la Terre.

Il est donc Créateur : de l'univers, de tout – le ciel et la terre, cela signifie la totalité.

Il ne fait donc pas partie de la nature, il est ‘transcendant’ (pas de panthéisme).

Il est unique.

Il n'y a pas de diable non plus ! Ni à l’extérieur, ni à l’intérieur : il n’a pas de place et n’est pas évoqué.

…Dieu crée le ciel et la terre, ou simplement y met de l'ordre : d’après certains exégètes de ce premier verset, ‘quelque chose’ pourrait avoir préexisté à l’action de Dieu.

Verset 2 :

Le chaos. Dieu y met de l’ordre.

La clef de la ‘création’ apparaît comme le fait de séparer et de mettre des limites (entre nuit et jour, eau et sec, etc.) ; de l’ordre au sein du désordre.

Et par conséquent des limites à Dieu lui-même vis-à-vis de sa création : Il y met de l'ordre, s'en distingue, puis se retire, se « repose ».

Verset 1-2-3

Observons :

Dieu crée : Il est Créateur, il est Dieu le ‘Père’.

Le Souffle de Dieu flotte : voici l'Esprit.

Dieu parle : cette Parole, ce Verbe deviendra le Fils.

Dieu est déjà trois, dès l’origine, voici la future Trinité – quoique jamais revendiquée par Jésus ni la Bible, puisqu’il s’agit d’un concept élaboré ultérieurement par l’Eglise. Mais cette notion exprime qu'en Dieu existe du jeu, de l’espace, de la relation, de la diversité ; dans lesquels l'Esprit représente un lien et une médiation. Cela met également une distance par rapport à ce qu'Il crée (Il est « au-dessus »... Il dispose d’une parole qui n’est pas lui...).

Or une relation et une mise en distance, qui permettent du « jeu » et un mouvement, impliquent le temps, puisque ce dernier n’est rien d’autre que le changement.

Déjà, nous découvrons un Dieu vivant, changeant, relationnel.

Verset 3 à 27 :

Le monde n’est pas un chaos, il est donc à respecter et à aimer, il est « bon ».

Pourquoi la création est-elle séparation ? Parce que c’est la différence qui distingue et donne une identité (il n'y a pas de lumière sans ténèbres, de sec sans humide, etc.), et cela se répète à chacune des six étapes.

Enfin la création se réalise par couples : Dieu peuple chacune des entités préalablement créées par séparation :

- à la lumière, v.3, du premier jour correspondent les luminaires, v.14, du quatrième jour ;

- aux eaux, v.6, du second jour correspondent les poissons, v.20, du cinquième jour ;

- aux continents, v.9, du troisième jour correspondent les animaux et les humains, v.24, du sixième jour.

Quelles sont les conséquences de cette première création[1] ?

  1. Le monde n’est pas un chaos.

Le réel et l'univers ne sont pas menaçants, aveugles, sauvages. Même s'ils peuvent être conflictuels, ils sont cohérents, harmonieux, en équilibre. Et organisés autour de l'être humain (qui, au minimum, y a sa place). Réel et univers ont ainsi un but, et sont même maîtrisables puisque (v.28) les humains en bénéficient et en sont responsables.

Loin d’être menaçants, réel et univers permettent au contraire la vie et la liberté. La création est donc à aimer, à respecter – et par suite à s’en sentir responsables.

Sa diversité elle aussi n’est pas une menace mais une richesse et une potentialité, non une cause d'angoisse ou d’hostilité. La diversité est donc elle aussi à respecter et à aimer.

  1. Les astres ne sont pas des divinités mais des créatures, des instruments qui ont un rôle fonctionnel. Pas question donc d'astrologie : les humains ne sont pas livrés au destin (ni à des dieux capricieux ou aux forces arbitraires de la nature, vs divinités antiques ou animistes).
  1. Les animaux, et tous les vivants, ne sont pas des choses mais des créatures, des êtres vivants, capables de relations puisqu'ils reçoivent des noms, et donc eux aussi à respecter et à aimer.
  1. Les humains ne sont pas des concurrents ou des ennemis mais des frères et sœurs qui ont le même Père et sont à la même image de Dieu. C’est ce qui rend l'humanité une, avec la fraternité pour horizon.

En revanche, l’être humain lui-même est décalé par rapport au reste de la nature, puisque une parole se glisse entre elle et lui : il nomme (ch 2), ce qui implique qu’il ait conscience de cette nature distincte de lui-même.

2- Puis les héros…

Versets 24-27 : les animaux sont créés par espèces, c'est-à-dire en masses, par types et non individus ; mais les humains sont eux créés individuellement…

« A l'image de Dieu ». Les humains ‘ressemblent’ donc à Dieu, …et Dieu ‘ressemble’ donc aux humains !

Cela affirmé dans un contexte culturel où les images de Dieu sont des animaux[2]

Quelles sont les conséquences de cette deuxième étape ?

  1. Il y a autant de féminin que de masculin en Dieu – nouvelle affirmation d’une pluralité en Dieu, d’un jeu, un mouvement, une relation en lui-même et donc une vie, ce qui conduit à la possibilité d’une évolution en Dieu lui-même.
  1. L'humanité se présente en deux catégories : homme et femme (même si la nature cafouille parfois, on verra que c'est sans doute voulu).

Elles sont ensemble à l'image de Dieu, à égalité. Ainsi ont-elles été créées. D’où :

- Un individu n’est pas seul à l'image de Dieu, il n'est donc pas complet seul : c'est le couple, la relation, ou peut-être l'humanité entière qui est l’image de Dieu.

- L'être humain lui aussi est relationnel et ne se suffit pas à lui-même : il sera toujours en manque, et ce manque même provoque désir, amour, créativité. D'emblée l'humain est ainsi créé productif et créateur ; capable et demandeur d'amour. Cela se vérifiera bientôt.

3- Un couple est créé, non une espèce : chacun, dans ce couple, est unique.

Mais puisqu'ils sont deux différents, il n'y a pas de prototype ou d'être humain type. Chacun est différent de tous les autres humains, mais chacun est à l'image de Dieu.

En fait, l'être humain est « image de Dieu » sitôt qu'il prend conscience d'être unique, ce qui le différencie des animaux. D’où sa liberté et d’où sa responsabilité (on pourrait suggérer que plus l’individu est grégaire, moins il est « image de Dieu » ; plus il est libre, plus il est « image de Dieu »)

Et que ce soit précisément la singularité de chaque visage humain qui en fasse « l'image de Dieu », souligne à la fois l’irremplaçable caractère unique de chaque être humain, et l’infinie diversité de Dieu ! C’est cela, l’image de Dieu…

Question d’un enfant à son maître : « Pourquoi les humains sont-ils tous différents ?

  • Parce que tous ont été créés à l'image de Dieu... »

D'où aussi la création de l’humain en couple, qui implique à la fois la singularité, la différence et l’unité. Ils sont mêmes et autres, et ensemble à l'image de Dieu.

4- Conséquence éthique : tout humain est porteur de l'image de Dieu, même le plus veule, même le pire :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même, parce que ton prochain est toi-même, puisque vous êtes tous deux à l'image de Dieu... ». Il ne s’agit pas d’aimer l’autre autant que toi-même, encore moins de s’aimer d’abord pour pouvoir aimer autrui, mais d’aimer l’autre en tant (‘comme’) qu’il est toi-même : comme toi à l’image de Dieu.

Verset 26 :

‘L'image’ est exprimée dans ce verset avec deux mots hébreux différents : Zelem, ‘image’ et Damout, ‘ressemblance’.

Sont-ils synonymes ? Non, leur usage diffère dans la Bible.

Hypothèse moralisante des pères de l’Eglise : l'un serait le départ : ce que nous sommes à l’origine ; l'autre le but : ce que nous devons tendre à devenir.

Hypothèse plus fine : l'image, c'est pour les autres, pour qu’aux yeux des autres chacun ait droit, en tant qu’image de Dieu, au respect infini de tous et de chacun ; et que de même la diversité humaine soit respectée. Tandis que la ressemblance indique la correspondance entre Dieu et l‘être humain, qui lui rend possible de comprendre l'univers (la science) et de comprendre Dieu ; possible d'entendre Dieu et de Lui parler (la prière) ; possible d'aimer comme Dieu est amour, comme Il l'attend de nous, nous l'offre, et nous y invite.

Verset 28 :

Puis Dieu les bénit, les invite à se multiplier, à remplir la terre, à la garder, à la dominer... mais pas à la saccager. En hébreu, ‘cultiver’ se dit Avad, ‘servir’…[3] Cultiver le terre, l’exploiter, ce n’est pas l’abîmer mais au contraire la respecter et la préserver : la servir…

Verset 31 :

Dieu trouve que tout ce qu'Il a fait est une « très bonne chose ». C'est une bonne création, Dieu est satisfait, et Il est donc satisfait de ce que nous sommes…

Dieu a béni, l'humain est donc promis au bien, Dieu s'en occupe. Ne « donne »-t-il pas, au v 29 ?

Chapitre 2, deuxième création, les humains

Verset 7 :

L’Adam, le ‘terreux’, est un 'être humain’, c'est-à-dire comme en français fait d'humus, d'adamah (terre en hébreu)... L’Adam, écrit avec l’article n'est pas un nom propre ; ni même le mot « mâle » (autre terme en hébreu). Le ‘terreux’, c'est l'humain, celui qui n'est pas Dieu : il appartient à la terre, est lié à elle et lui appartient en continuité : ce sont les mêmes atomes qui s'échangent, il y a interdépendance... Comme les animaux, eux aussi terreux, sont interdépendants avec la nature et les humains. Ainsi, d'emblée, l’être humain est en dette, issu de ; ni créé ex nihilo, ni auto-créé.

De terre, mais aussi de souffle de vie, d’esprit (même mot hébreu). Ainsi a-t-il toujours les pieds dans la boue mais la tête dans les étoiles, écartelé par cette double origine, bâtarde et contradictoire. Entre deux penchants qui l’ouvrent au choix et donc à la liberté – mais c’est déjà là que commence le ‘péché originel’, dont la suite ne sera que la conséquence.

Verset 8 :

Autour de lui est planté un jardin, pour meubler la terre : l’être humain en est le centre et le but.

Verset 9 :

Mais pour l'instant il est sans histoire, donc immortel : l'arbre de vie est là, disponible. Comme l'arbre de la connaissance... pour lui permettre de changer son destin ?

Verset 18-20 :

Du coup il s'ennuie. Les animaux sont insuffisants, même s'il les a nommés (ce qui leur donne une chance d’avoir une relation, une histoire, et d'être aimés).

Il a besoin d'autre, mais d’autre semblable.

Verset 21-25 :

Alors Dieu crée la femme : semblable (« ma chair, mes os »[4]) et pourtant autre : femme.

Mais ce n'est pas avec la « côte »... Ce mot, partout dans la Bible, signifie « le côté », jamais « la côtelette ». Dieu ne prend pas une côte, mais retire d’Adam le côté féminin, sépare les deux côtés, mâle et femelle, du même être humain.

Dieu avait créé au chapitre 1 l'homme et la femme, ensemble à l'image de Dieu, posant d'emblée la différence et l'égalité, c'est à dire la complémentarité. Et maintenant, deuxième étape, Dieu sépare le masculin du féminin, comme Il les distinguait au départ, en Genèse 1. Il les met « côte à côte », à côté l'un de l'autre, ni au-dessus, ni en-dessous, au même niveau[5]

Ils restent donc toujours ensemble mais distincts, et toujours ensemble à la ressemblance de Dieu.

Verset 24

Au passage, Dieu crée la famille nucléaire : c'est-à-dire quitter ses parents pour former un couple, faire l'amour et avoir des enfants.

S'unir : c’est à dire recréer l'unité de la création de l'être humain, à peine distingués pour un instant ; mais là, c'est eux, l'homme et la femme, qui seront à l’initiative, nous le verrons plus loin.

Verset 25

Nus mais sans honte : ils sont dépouillés mais sans en avoir conscience ; vulnérables mais sans le savoir. Par manque… de connaissance. Mais la procédure n'est pas terminée !

Chapitre 3, la pseudo-chute

Verset 1-4

Le serpent : lui aussi une « créature »... donc voulue par Dieu. « Le plus avisé »… donc le mieux doté par Dieu, plus que les Humains !

Est-il le mal ? Le diable ? Nullement. Jamais suggéré. Au contraire : il introduit à la connaissance du mal, et en conséquence du bien ; et il introduit à la connaissance du bien, et donc du mal... C’est un plus.

  1. … enfin, le drame !

Le serpent est-il un menteur ? Moins que Dieu. Rusé, oui : il pose une question biaisée, une question-piège concernant l'interdit ; la femme répond (elle qui n'a pas directement reçu l'interdiction de Dieu), et le serpent corrige Dieu : « Vous ne mourrez pas ! » Ce qui est vrai. Dieu aurait menti... ? Pas tout à fait : ils mourront un jour…

« Vous connaîtrez le bien et le mal ». C'est vrai. Dieu le reconnaît au verset 11.

« Vos yeux s'ouvriront » : C'est vrai. Ils verront qu'ils sont nus...

« Vous serez comme Dieu » C'est vrai pour la connaissance...

Mais moins vrai quant à être les égaux de Dieu, car ils se découvrent au contraire nus, c’est à dire fragiles, dépouillés, vulnérables, et en ont honte. Or la promesse du serpent était « d’être comme Dieu », donc ne pas avoir de limites...

Là ils sont déçus. Tandis que ce que Dieu avait offert, c’était la disponibilité du jardin et la permission d’en jouir en tout... mais avec une limite : les deux arbres du centre. Comme un rappel pour leur dire : « vous êtes limités, vous n'êtes ni infinis, ni tout-puissants. » Et cette limite se situe paradoxalement au centre et non à la périphérie, afin de la déposer en nous-mêmes, comme conscience de cette limite.

Mais ce sont justement les conséquences de la transgression qui leur feront découvrir cette limite : ils découvrent qu'ils sont nus, limités. Là, oui, le serpent les a piégés. Notons toutefois déjà que si l'interdit symbolise nos limites, il suscite aussi le manque et le désir...

En sorte que le serpent est un révélateur plus qu'un menteur, mais :

  • il n'a pas tout dit : le prix à payer sera quand même la mort, ou plutôt la conscience d’une mort inéluctable ;
  • il a insinué le doute ;
  • il a promis plus que ce qui a été reçu.

Il a donc séduit avec une part de vérité, mais sans annoncer toutes les conséquences du pouvoir promis. Ainsi le serpent serpente-t-il : entre ruse et vérité, terre et esprit, morts et vivants ; entre Dieu et nous, et à l'intérieur de nous... Image de l'ambiguïté qui serpente en nous : pieds sur terre, esprit dans les étoiles...

Verset 6

Donc, ils goûtent et mangent. Ils transgressent, poussés par le serpent.

Et la femme commence ! Tout est donc de sa faute... ?

De là l'idée du péché originel, de la chute, et de la femme tentatrice. Il n’y a pourtant eu ni ‘faute’, ni ‘chute’, ces mots ne figurant nulle part. En revanche s’opère une transformation sans retour.

Meurent-ils ? Non. Pourquoi Dieu l’avait-Il annoncé ? Jusque-là, ils ne ‘savent’ pas la mort. Avant, ils mouraient aussi, sans en avoir d'avance conscience. Après, ils mourront toujours, mais en le sachant, ce qui est le début de la liberté : la mort n’est pas le problème, c'est la conscience de la mort, triste, mais qui donne sens et prix à la vie.

Ils acquièrent cette conscience, et donc ce prix.

Verset 7

Ils se voient nus ? Donc fragiles. Le sachant maintenant, ils se sentent désarmés, limités. Alors ils veulent s’habiller, pour se protéger.

Ils se croient impudiques : leur corps, leur plaisir, leurs faiblesses, leur âge ne regardent pas les autres. Alors ils veulent s'habiller par respect envers eux-mêmes.

Mais maintenant, ils savent. Quoi ?

Le Bien et le Mal, définis, descriptibles, fixés, normalisés ? Non, plutôt le bon et le mauvais[6] : ce qui fait du bien et du mal, et qui n'est pas toujours le même, d’autant que, on le sait, parfois l'un entraîne l'autre…

Mais s'ils connaissent le bon et le mauvais, alors ils peuvent choisir et décider consciemment : ils deviennent ainsi libres et responsables. Ils ont passé un cap, changé de dimension, accédé à la conscience et à la liberté. Au fond, que raconte ce fruit défendu ? Ceci :

  • je veux être parfait, idéal, tout-puissant – comme un Dieu,
  • mais pour cela je transgresse l’ordre de Papa-maman…

C’est notre parcours à tous pour devenir adultes. Rien là de mal ni de blâmable, mais une nécessité : celle de transgresser pour s’élever.

Et c’est cela le péché originel : notre volonté ou espoir d’idéal qui se heurte à nos limites. La tête dans les étoiles : l’intense aspiration en chacun de nous, à la fraternité, à la justice, à notre propre perfection, à l’amour, à l’épanouissement. Et les pieds dans la boue : chacun sait d’instinct que, depuis des millions d’années, la priorité c’est de manger, boire, se protéger, baiser, rendre coup pour coup, se justifier… Et les deux aspirations se combattent en nous, se contredisent, nous déchirent, nous écartèlent et font souffrir. Avec certes pour conséquences les dégâts que nous causons, nos fautes que nous appelons nos péchés, mais aussi nos efforts, notre créativité, notre amour, notre générosité, notre foi… Et cette contradiction qui structure tous les êtres humains produit l’art, l’industrie, la société, le désir, l’amour. Bref la culture, ce grand combat pour réprimer, contrôler, orienter, sublimer la ‘boue’ et nous conduire vers les étoiles, celles qui sont dans nos têtes.

Mais désormais, Adam et Eve ont perdu leur innocence, désormais ils le savent : ils ont la tête dans les étoiles et les pieds dans la poussière.

Et ce ‘péché originel’ n’est donc ni une culpabilité, ni une faute, pas davantage une impureté, mais un déchirement intérieur entre boue et ciel, que Paul exprimera de façon inégalable dans sa fameuse formule : « Je fais ce que je ne veux pas, et je ne fais pas ce que je veux… » (Romain. 7 : 14ss). Tout le reste, nos ‘péchés’, ne sont que des conséquences de cette réalité première.

Il n’empêche : ils ont transgressé. Pourquoi ?

D'abord, ils ne savaient pas que ce n'était pas bien, puisqu'ils ne connaissaient pas le bien et le mal...

Sinon :

Orgueil ? Volonté de se séparer d'avec Dieu, prétention ? C’est l’explication la plus souvent donnée.

Tentante dans la mesure où une forme de l’orgueil, fréquente et redoutable, consiste à vouloir se passer de Dieu.

Ce n’est pas le cas ici : ils ne savent pas encore ce que sont le bien et le mal, alors ils écoutent cette créature de Dieu, le serpent, si bien informée et attentionnée. Mensonge et contre-mensonge ; on leur dit que Dieu a menti ; pourquoi ? Enfin est-ce orgueil que l’enfant veuille ressembler à ses parents (être «comme des dieux») ?

La réponse par l’orgueil n’est ainsi pas vraiment convaincante. D’autant que ce ne sont pas eux qui se séparent de Dieu, mais Dieu qui les chassera, alors qu’ils seraient volontiers restés dans le jardin d’Eden, à proximité immédiate du Père…

Sexe ? Hypothèse également tentante, tellement l’Eglise a si longtemps stigmatisé la chose comme étant le péché par excellence, le cœur et la source de tout mal. En chargeant au passage la femme, la tentatrice. Hypothèse tentante également, tant nous-mêmes y pensons sans cesse, à la chose...

Eh bien, peut-être que l’hypothèse est juste. Ils sont nus, ils découvrent ce qui est ‘bon et mauvais’... Qu'est-ce qui est bon ? Et qu'est-ce qui les tracasse aussitôt ?

Et surtout… :

Verset 7 :

Le verset explosif. Traditionnellement et systématiquement traduit de façon pudique, mais peu fidèle à l’hébreu : mots déformés, nombres ou racines non ou mal respectés... Corrigée, la traduction n’a plus aucun rapport, mais semble beaucoup plus fidèle… et explosive. Esprits sensibles, s'abstenir :

« Leurs yeux à tous deux furent ouverts, et ils se connurent pour la première fois, car ils étaient nus : leur union dépassa le simple accouplement, car ils s'inventèrent des enlacements »[7]

Détail :

  • Se connaître : tout fidèle lecteur de la Bible a compris que cette expression recouvre pudiquement l’acte d’amour
  • Figue : il suffit de changer une voyelle (inexistantes en hébreu ancien…) pour que le mot signifie « rut » ;
  • Feuille : curieusement au singulier, pour ‘coudre’ deux pagnes… Mais si son ‘H’ final est l’article de ‘figue/rut’, il ne reste que la préposition ‘YL’ = ‘jusqu’à, au-delà’…
  • Coudre : 2 racines possibles selon le mode grammatical retenu pour cette forme commune. Soit ‘coudre’ (une feuille pour deux pagnes ?) ; soit ‘produire, être fécond’, le même verbe qu’en Genèse 1 :28 : « soyez féconds ». Tiens ? Ils mettent en application… On pourrait traduire « Ils se fécondèrent au-delà du rut ».
  • Pagne : racine ‘ceindre’, ‘encercler’ => pourquoi pas plutôt des enlacements, des embrassements ?
  • Faire : ysh verbe utilisé au ch 1 et 2 pour Dieu quand Il ‘crée’ => inventer ? D’où : ‘et ils inventèrent des embrassements’.
  • Tout cela se passe dans le Jardin d’Eden, or Eden signifie ‘délices, voluptés’…

La traduction en français courant deviendrait même :

« Leurs yeux à tous deux s’ouvrirent, et comme ils étaient nus ils firent l’amour pour la première fois. Leur union dépassa le simple accouplement, car ils s’inventèrent des enlacements ».

Il est d’ailleurs possible que les auteurs de la Genèse aient volontairement créé l’ambiguïté de ce verset 7, dans l’intention de le coder sous une forme inoffensive pour des enfants – celle de nos traductions – ; mais beaucoup plus scabreuse et beaucoup plus significative pour des lecteurs avertis.

Mais qu'est-ce à dire ? Du sexe partout, du Freud de bazar, du graveleux de bas étage ? Nullement : ils mettent en pratique ce que Dieu a créé et voulu, et ce qu’Il leur a dit déjà :

L'être humain est couple : ils font couple ;

L'image de Dieu est couple : ils font couple ;

Ils sont chargés de se multiplier et remplir le monde : ils réalisent.

Ainsi :

  • Dieu a créé l'humain homme et femme ;
  • puis a séparé le féminin du masculin ;
  • maintenant l'homme et la femme ‘recréent’ l'unité, mais ils la recréent eux-mêmes, volontairement et par amour (des enlacements : pas seulement un simple accouplement animal)

Pour que l'homme et la femme réalisent le projet initial de Dieu – leur union volontaire, par amour – il fallait passer par une connaissance du bon et du mauvais.

Mais pour que ce soit une connaissance libre, il fallait que cela passe par une transgression.

Il fallait donc toute cette séquence…

Mais cela aura nécessairement des conséquences.

Verset 10 :

Maintenant, Adam a peur de Dieu... Loin d'être comme Lui, il a pris conscience de ses limites, a honte, a peur, a perdu son innocence.

Désormais, l'être humain aura peur de Dieu : là se situe une vraie rupture. D'autres suivront.

Verset 11 :

Alors, aussitôt, lui, le nu, se « rhabille » de l'autre, de la responsabilité de l'autre : l’homme accuse la femme…

Et la femme fait de même ; ils sont semblables !

Et la connaissance du bien et du mal est bien la perte de l'innocence, un début de confusion.

Y a-t-il une punition ?

Verset 14-19

Dieu donne-t-il une Punition ? Non.

Le verset 17, est souvent traduit : « Par ta faute », ou « à cause de toi ». En fait le mot hébreu, issu du verbe ybr, passer, traverser, transgresser, peut se traduire : « par ta transgression », mais surtout « par ta traversée, ton passage ». Autrement dit : ‘ta transgression qui t'a fait (nous a fait) passer vers cette connaissance du bon et du mauvais ». Ce qui, loin d’être une punition, est un progrès…

Verset 16

Mais il y a des conséquences : la femme enfantera, mais cela aura un coût, la douleur ; elle désirera son homme, et réciproquement.

Sans que cela entraîne forcément supériorité ou domination, mais la rencontre de deux désirs, où le mâle donne et conduit le plaisir. Car la traduction habituelle de la fin de ce verset, « tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi » paraît étrange, qui répond à une donnée affective et physique inattendue (on attend plutôt le désir de l’homme envers la femme…) par une donnée sociale, la domination de l’homme sur la femme. Mais là aussi, un jeu est peut-être à chercher sur le sens de l’hébreu : le terme ‘désir’ signifie aussi élan, emprise ; et le terme ‘dominer’ signifie aussi conduire. Il serait donc à nouveau possible de traduire de façon moins traditionnelle mais plus satisfaisante : Tu susciteras le désir de ton mari, et lui te conduira (dans le plaisir). Traduction plus logique et plus cohérente avec le contexte comme avec le sens général de ce mythe, et suggérant plutôt une relation d’échange dans la sexualité qu’une domination sociale d’un genre sur l’autre.

Car un autre vieux mythe affleure ici : celui, universel, de la femme jadis dangereuse et dominante, parce qu’elle donne la vie, et non seulement au même – des filles – mais aussi à l’autre – des garçons. Et qu’il convient donc de redescendre pour être soumise au mâle. Mais ce vieux mythe n’apparaît ici que sous forme de trace, sans doute détourné pour lui donner en filigrane une signification nouvelle, au profit de l'amour aimant.

Verset 20 :

Et aussitôt Adam nomme la femme « Eve », c'est-à-dire « la Vie, la vivante ». Alors, est-elle fautive ? Ou créatrice, source de vie ? Car aussitôt naît la vie, la vraie, celle qui se transmet, se reproduit, se multiplie, par opposition aux modelages du créateur.

Le texte dit bien « mère de tout ce qui vit »

Verset 21 :

Et pour consacrer le changement, et son pardon, Dieu ne demande ni souffrance ni sacrifice d’expiation, mais sacrifie Lui-même aussitôt des animaux, pour vêtir les deux transgresseurs... Ils sont limités, nus ? C'est Dieu qui les couvre, les protège, les habille.

Peut-on alors parler de punition ? Ou plutôt d’une prise de conscience, certes rude ? Car le verdict de Dieu n'est qu'une révélation, et non une punition. Ce ne sont d’ailleurs pas l'homme et la femme qui sont maudits, mais le serpent et la terre – la terre qui n'a rien fait qu'apparaître comme ce qui les tire vers le bas...

Leur sanction, à eux, c'est la conscience : savoir le prix du bon et le coût du mal ; et ce qui en découle : la charge de la responsabilité, celle d'eux-mêmes et celle du monde.

La femme sait maintenant que, comme Dieu qui pour créer a dû se limiter, il faut souffrir pour créer, donner la vie, et la beauté, l'humanité, le bon. Et son hostilité avec le serpent symbolise sa charge de se protéger et de protéger contre ce qui menace ou détourne.

L'homme, lui, sait maintenant qu'il faut travailler et suer pour produire, manger, vivre et créer, et il sait qu'il restera poussière, ne sera jamais Dieu, et retournera à la poussière... Du reste Dieu ne maudit pas directement le sol, mais annonce qu'il est maudit (participe passif) pour l’humain.

Autrement dit, ce bon que maintenant ils « savent » – le plaisir, l'amour, la création, le bonheur – ils savent aussi qu'il a un prix et que le mauvais est toujours possible, à l'affût. Ils sont donc responsables. Libres de choisir et de faire, mais responsables.

Sont-ils donc « comme des dieux » finalement ?

Oui : ils peuvent donner la vie et garder le monde, et c'étaient là les deux prérogatives majeures de Dieu, celles qu'Il a exercées depuis le début.

Oui : par cette conscience et ces choix possibles, ils jouissent, à l’image de Dieu, de la liberté, la responsabilité, la maîtrise du bien et du mal. Ils peuvent décréter ce qui est « bon », et c’était aussi la prérogative de Dieu depuis le début.

Mais non : ils sont poussière, retourneront à la poussière, seront toujours écartelés (pied dans la boue, tête dans les étoiles) – cet écartèlement constitutif qu’on nomme ‘péché originel’ – et ils mourront.

Ajoutons qu'en mangeant « le fruit de la connaissance du bien et du mal », l'homme et la femme ont ‘mangé’ le bien et le mal : ils sont entrés en eux, dans leur vie, dans l'humanité, avec la tension permanente que cela implique. Et c'est heureux : sans cela, ils n'auraient ni manque, ni désir, donc aucune raison d'aimer, de travailler, de créer. Sans le mal, le monde n'aurait pas d'histoire, et l'humanité n'aurait pas d'Histoire. S’il était parfait, sans le mal, le monde ne serait pas parfait, puisqu'il lui manquerait l'art, le progrès, le pardon, l'amour... Etrange et douloureux paradoxe de notre condition : le monde parfait, sans mal, est moins parfait que le monde imparfait, avec le mal...

De même, ajoutent des rabbins, que, avec le mal mais sans le pardon, le monde ne pourrait pas fonctionner :

Un commentaire rabbinique raconte que, avant la création, Dieu, en bon architecte qu'il est, a commencé par dessiner le plan du monde qu'il se proposait de créer, afin de vérifier s'il était viable. Mais aucun des plans qu'il faisait ne tenait debout, tous les mondes qu'il dessinait s'écroulaient sur eux-mêmes. Au bout de vingt-six essais infructueux, Dieu a eu l'idée de créer la repentance et, enfin, le monde qu'il a dessiné ne s'est pas effondré. Selon cette interprétation, c'est la repentance qui fait que le monde tient debout. Sans la repentance - qui est cette capacité de s'arrêter, de regarder le chemin parcouru, de s'apercevoir qu'on a fait fausse route, de faire demi-tour et de repartir – le monde explose. (Rapporté par A.Nouis, in Réforme 5/07)

L’extraordinaire scénario

Arrivés au terme provisoire de cette séquence sur le non-péché originel, l'homme et la femme, le serpent et le fruit, un fruit qui a pris une saveur inattendue et singulière, il devient légitime de se demander si tout cela n'avait pas été préparé, conçu et prévu d'avance, si le scénario n'avait pas été déjà écrit, non par fatalité, mais par astuce. Un scénario ficelé comme une horlogerie :

le jardin et sa luxuriance ;

les deux arbres ;

l'homme et la femme au milieu, naïfs et innocents ;

le serpent, malin, en service commandé ;

l'homme et la femme qui tombent dans le piège,

transgressent, acquièrent la conscience et donc la liberté, mais aussi la lourde charge de la responsabilité,

et qui accomplissent le projet initial de Dieu : l'union humaine par amour.

Lourde charge, mais qui leur ouvre un avenir, un pouvoir, une histoire à écrire. Ils étaient heureux et inconscients, ils sont libres et maîtres de leur destin et du monde. Et, connaissant le manque et la souffrance, ils sont capables d'aimer.

Alors de quoi parlent ces textes et que dit ce mythe ? D’une faute ? Une chute ? Ou un progrès décisif ?

Et ce sont eux, l’homme et la femme, qui ont tout fait : recréer par l'amour amoureux l'unité du couple originel à l’image de Dieu, séparée en masculin et féminin ; et transgresser afin de gagner eux-mêmes leur liberté, comme l'adolescent se rebelle face à ses parents pour devenir adulte.

Les deux seules choses que Dieu ne pouvait pas créer, c'est la liberté : par définition, elle ne se reçoit pas, mais s'acquiert. Et l’amour : par définition, il ne se commande pas, mais se choisit. En revanche, Dieu pouvait tout mettre en place pour que la scène se déroule comme Il l'espérait... Un vrai superbe complot !

Alors se comprend que Saint Augustin ait désigné cette faute originelle « Félix culpa », l'heureuse faute...

Mais la scénographie n'est pas terminée : l'acte final de cette réponse fondatrice, c'est l'expulsion du Jardin d'Eden

Verset 22-24

L'homme et la femme n'ont plus accès à « l'arbre de la vie » (un mythe général dans l'Orient Ancien) et donc deviennent mortels : l'humanité est mortelle. C'est sa limite fondatrice.

Et cette coupure est irréversible, comme l’indiquent les anges avec leurs épées, fermant la porte du jardin d’Eden : on ne retourne jamais dans le sein maternel. Mais d'autres coupures sont ainsi signifiées :

les enfants par rapport aux parents : Adam et Eve partent loin du Père ;

la mère par rapport à l'enfant : déchirures de l'accouchement, de l'éducation, de son autonomie progressive ;

l'homme et la femme entre eux : confrontés à la culpabilité, ils se sont désolidarisés et mutuellement accusés.

Toutes coupures sans doute nécessaires, mais douloureuses (c’est la prise de conscience/‘punition’). Dorénavant, l’identité des humains ne sera jamais plus dans le passé ou l'origine, mais dans l'avenir à écrire et à vouloir.

Mais pour achever cette transformation, il est nécessaire de chasser Adam et Eve d'Eden, et de leur offrir… la terre, ‘Adamah’. Si Adam veut dire le terreux, Adamah, ‘la terre’ est, elle, le lieu d'Adam ! Son lieu, qui lui appartient. Dieu lui offre la terre comme sol, mais aussi comme pays, comme planète, et Il lui offre enfin... lui-même, l'humanité, ‘Adam’. Lui-même offert à lui-même.

Au terme de ce scénario l'humanité a changé de statut, mais ce changement de statut et de responsabilité implique de rompre avec l'état fusionnel du jardin d'Eden, la proximité directe avec Dieu dans ce jardin fermé et sous cette autorité omniprésente. Il faut les chasser d'Eden, ce cocon fusionnel, pour leur livrer et offrir un territoire vierge : le monde, afin de l'occuper et le travailler, y multiplier et y créer, c'est-à-dire le changer. Car, puisque l'humanité est devenue capable de création et d'amour, elle est capable de progrès.

Dieu a ainsi et aussi rendu possible le temps, puisque le jardin d’Eden, immuable et éternel avec l’Arbre de la vie en son centre, était…mort. Et Dieu a rendu possible l'Histoire : sa Création peut advenir dans toute sa potentialité. Les humains sont donc doublement chargés de cultiver, en correspondance avec leur double nature, terre et souffle divin : cultiver le sol, la matière ; et se cultiver eux-mêmes. Cette double culture de la matière et de l’esprit, cela s’appelle l'Histoire. Maintenant, les humains ont un destin.

Et Dieu aussi. Car si sa créature évolue librement, et sous sa propre influence, non plus sous celle de son créateur, c’est que ce dernier s'est lui aussi retiré, et a laissé la responsabilité du monde aux humains[8]. Il s'engage donc à évoluer à son tour, en fonction de l’évolution de sa création, à être lui-même ainsi changé par le devenir de sa création...

Ainsi, avec l’accès à la connaissance (qui est le vrai « fruit », c'est-à-dire : semence, potentialité, promesse) l'homme et la femme instituent, mettent en pratique, réalisent ce que Dieu a voulu : une humanité libre, autonome, responsable – et en manque, donc aimant et créant.

Alors, la pseudo-chute – en réalité une ascension – tournait-elle autour du sexe ? Eh bien, oui. Non en tant que faute, que tache ou que péché par excellence, mais au contraire comme achèvement de la création des humains par eux-mêmes, ainsi que le Créateur l'a voulu. C'est-à dire par l'amour.

C'est ce que Dieu voulait, et c'est ce que l'Adam (l’être humain) attendait...

Alors quelle anthropologie, quelle théo-logie ?

Nous cherchions une anthropologie, nous l'avons trouvée.

Comment la résumer ?

L'humain, d’après ce mythe des premiers chapitres de la Bible, présente neuf caractéristiques.

Il est :

  • sexué, c'est à dire incomplet, en manque et en besoin, en désir, sans hiérarchie : l'homme est égal à la femme ;
  • lié à la terre ;
  • relationnel, et donc un être social ;
  • issu de Dieu, à son image, ce qui signifie à la fois qu'une relation et une compréhension avec Dieu sont possibles, mais aussi qu'un respect est dû à chaque être humain quoi qu'il lui arrive ;
  • connaissant le bien et le mal, donc :
    • libre, mais déchiré (« pêcheur »), écartelé entre le ciel et la terre ;
    • responsable de lui-même et du monde ;
    • capable d'amour, et sujet d'éthique et de droit ;
    • créateur ;
  • mortel et nu, c'est-à-dire limité ;
  • poussé par l'interdit (d’où le manque, d’où le désir) à l’initiative et au progrès ;
  • créateur de l'Histoire ;
  • devant travailler et souffrir pour créer.

Et l'essentiel, sans doute, est le fait d'être écartelé en lui-même et de créer l'Histoire.

Mais, suite à ce fameux verset 7 du ch. 3 et à ce qu’il dévoile du plan de Dieu, y aurait-il aussi quelque chose à dire sur la sexualité ? Bien entendu. Deux :

  • Toute répression de la sexualité va à l’encontre de la volonté de Dieu ; de ce point de vue, la répression de la sexualité est une faute puisqu’elle s’oppose au projet de Dieu, une faute envers son plan d’amour.

Remarquons que tous les intégrismes religieux, d’où qu’ils soient, répriment la sexualité et soumettent les femmes. Comme tous les totalitarismes, d’ailleurs.

  • La sexualité n’est pas seulement un accouplement qu’on pourrait qualifier de mécanique, c’est une union accompagnée « d’enlacements », c'est-à-dire de tendresse et de respect.

Avec ce mythe fondateur, la Bible présente ainsi la sexualité entre ces deux pôles : la condamnation de toute répression dans ce domaine, et la barrière du respect et de la tendresse entre les partenaires, quels qu’ils soient.

Nous cherchions aussi une théo-logie, une compréhension de Dieu. Nous l'avons trouvée.

Comment la résumer ?

Dieu, d’après ce mythe des premiers chapitres de la Bible, présente sept caractéristiques. Il est :

  • Créateur ;
  • Pluriel, relationnel, masculin et féminin, à l'image de l'homme et de la femme ;
  • Organisateur quasi scénariste-manipulateur ;
  • Proche ;
  • Ayant un projet centré sur l’amour ;
  • Retiré ;
  • Confiant.

Cet extraordinaire scénario en trois étapes conçu par le Créateur, d’après le mythe de Genèse 1 à 3, est un marqueur particulier du retrait de Dieu. Le Créateur laisse aux humains le soin de réaliser eux-mêmes le projet qu'Il a pour eux : Il se retire. A l'image de la suite : Il laisse aux humains la charge de réaliser son projet, non seulement pour eux en tant que couple, mais aussi en tant qu'humanité et pour tout le vivant.

En cela, ce mythe fondateur, loin de représenter une origine, une faute initiale ou un paradis perdu, représente un horizon, un but, un projet du Créateur, qu'Il propose aux humains et leur laisse réaliser : couple, amour, responsabilité, lien avec la nature et les animaux, respect de tout être humain, progrès... Et finalement : lien retrouvé avec le Créateur, à nouveau sur l’initiative de l’être humain. Comme le couple réalise le projet de Dieu en se réunissant par amour, l’individu et l’humanité réalisent le projet de Dieu en s’alliant à lui par amour. Le mythe parle donc moins de là où nous venons que de vers quoi nous sommes appelés à aller. [9] Quitte à prendre le risque que les humains échouent – dans leurs couples comme dans leur responsabilité envers la création et face à Dieu.

On le voit autour de soi, on l'a vu dans l'histoire, on le redoute pour l'avenir de la terre...

Illustration souriante de ce retrait de Dieu :

Un jour, débat entre Rabbi Eliezer et les sages sur une application de la Thora, la Loi. Comme le débat n’aboutit pas, Eliezer dit :

« Que le caroubier montre que j'ai raison !». Et le caroubier se déplace de 20 mètres.

Les sages répondent que cela ne prouve rien.

Eliezer dit : « Que l'eau montre que j'ai raison ! ». Et la rivière remonte le torrent.

Les sages répondent que cela ne prouve rien.

Eliezer dit : « Que les murs montrent que j'ai raison ! » Et les murs s’inclinent.

Les sages répondent : « De quel droit vous mêlez-vous ? » Et les murs se redressent.

Eliezer dit : « Que le Ciel dise que j'ai raison ! ». Et une voix venant du ciel tonne : « C’est Eliezer qui a raison. »

Les sages répondent : « La Thora n'est plus au ciel ! Tu nous l'as confiée ! »

Alors Dieu, tristement ou fièrement, déclare : « Mes enfants m’ont vaincu. »[10]

Car ce n'est plus à Dieu de dire ce qui est juste : désormais cela appartient aux humains. La Thora elle-même est confiée à leur interprétation ; jusque-là va la liberté que le Créateur a laissée à ses créatures… ![11]

L’appendice : Caïn et Abel

Un mythe, plus bref, prolonge immédiatement celui de la création.

Caïn et Abel : un mythe social ?

Oui, mais secondairement.

Lequel ? Dans l'histoire comme dans les mythes proches, le sédentaire agriculteur (plus tard ce sera le citadin face au paysan) l'a emporté sur le nomade éleveur. Mais ici, ce mythe classique est lui aussi dénoncé et inversé : c’est au contraire le nomade qui est préféré, le sédentaire qui est violent. Averti, puis condamné. Dieu donnerait ainsi sa préférence au nomade (mais serait-Il lui-même nomade, tel qu’Il apparaît accompagnant Moïse et le peuple au désert, ou au retour de l'Exil ?)

Le mythe de Caïn et Abel pourrait ainsi évoquer la conquête des villes cananéennes par les nomades hébreux. Caïn (même racine que Canaan) est d’ailleurs présenté comme le premier fondateur de ville… Les ‘Habirus’, ancêtres probables des hébreux, furent longtemps nomades, modestes face aux villes cananéennes, à leur technique et à leurs armées bien équipées.

Caïn et Abel : un mythe anthropologique ?

Oui, surtout.

Sitôt l’idéal posé – que Dieu se retire, l'homme et la femme aient connaissance du bien et du mal, accèdent ainsi à la liberté, la responsabilité, la possession de la terre, la fécondité, la productivité... – sitôt posé, cet idéal se réalise (ch. 1 à 3)… et rencontre les limites de ce projet. Il se réalise : les humains s’installent, s’organisent, et Eve donne la vie. Mais il rencontre ses limites : les deux premiers nés des humains se jalousent et s’entretuent…

Détail :

Verset 1 :

D’abord l’idéal se réalise : Eve donne la vie. Et elle ne se trompe pas : c’est « avec le Seigneur ». Aussi avec Adam, puisqu’il « connaît » Eve (même sens qu’en 3 : 7). Elle « acquiert » (verbe « qana » à l’actif) donc un enfant, Caïn. De la même racine ‘qana’, qui signifie commercer, échanger, produire ; d'où procréer, et qui donnera leur nom au pays de Canaan et aux Cananéens, les futurs ennemis et oppresseurs d'Israël... Ici, ils proviennent pourtant du Seigneur !

Verset 2 :

Abel signifie « souffle », vent, vapeur »... Un des deux fils serait-il ‘matérialiste’, l'autre ‘spirituel’ ?

Abel est éleveur, comme l’est l'Israël ancien. Et comme son ‘Père’ ? Caïn, lui, cultive Adamah, la terre… comme son père !

Verset 3-5 :

Pourquoi cette différence d’appréciation de la part de Dieu ?

Leurs offrandes sont-elles inégales ?

Est-ce l'arbitraire de Dieu ?

Cela doit-il rester un mystère ? Caïn, dit Dieu, a « mal agi ».

Est-ce le problème éternel de l'aîné face au cadet ?

Caïn offre les fruits de la terre ; Abel, lui, offre les « meilleurs » morceaux... (Qui plus tard seront les meilleures offrandes au Temple). Indice d’une offrande plus sincère ?

Et comment Dieu fait-il connaître sa préférence ? Cela aussi reste un mystère. Mais Dieu, lui, sait que Caïn sait...

Verset 6 :

Mais Dieu parle à Caïn, et à lui seul ! C'est un privilège, une attention de la part de Dieu, un accompagnement. Un dialogue spirituel : Dieu ne le rejette pas. Et Il n'empêche pas ni ne menace ; il avertit.

« Le péché tapi » : le terme ici employé signifie « manquer la cible ». Il s’agit donc moins d’un ‘péché’, que d’une erreur, un mauvais choix, une mauvaise orientation.

Le « désir » du péché signifie lui ‘élan’, emprise ; même mot utilisé au ch.3 : 16 pour la femme qui se porte vers son mari. A nouveau il s’agit d’une confrontation ou d’une lutte, mais ici spirituelle.

Verset 9 :

Dieu questionne Caïn, de la même façon qu’Il avait déjà interrogé Adam en Genèse 3 : 9. Une question dont à nouveau Il connaît déjà la réponse.

Caïn répond par une autre question, dont lui aussi connaît déjà réponse : Oui, il est « le gardien de son frère ».

Verset 10 :

Cette fois Dieu reproche et Dieu punit, Caïn est maudit. Comment ? Comme pour Adam, en pire : la terre le rejette et restera stérile à son travail. Ce qui l'obligera à créer (des villes, l'industrie...).

La terre, Adamah, a reçu le sang, dam, du fils d’Adam… Ce qui s’est passé est contre-nature, à contre-création.

Alors Caïn est chassé de la terre, comme Adam et Eve l’avaient été d’Eden. Vers le pays de Nod, qui signifie « vagabondage », autrement dit vers nulle part… C’est donc une double dégradation par rapport à Adam :

  • Adam devait travailler la terre ; le travail de la terre par Caïn sera vain ;
  • Adam et Eve furent chassés du jardin d'Eden ; c’est à l'est d 'Eden, plus loin, que Caïn sera chassé (à l’Est c'est-à-dire dans le sens inverse du soleil, vers la nuit…)

Verset 15 :

Et pourtant Dieu ne condamne pas totalement, et protège le fautif : Il a averti, il accompagne, il protégera. Bien que Caïn se plaigne – mais ne regrette rien... !

Compléments d’anthropologie :

Qu’en conclure ? Que rajoute ce mythe-appendice à celui d’Eve, Adam et du fruit ?

Cinq constats :

a) une confirmation immédiate : la liberté se paie, qui permet le mal ;

b) nulle trace de mythe d’un parricide fondateur, mais un mythe de fratricide originel. L’union charnelle et affective fondatrice est aussitôt suivie de son contraire : un meurtre fraternel.

c) quand on tue, c’est toujours son frère que l’on tue ;

d) quand on tue, c’est le reste de humanité que l’on tue (Caïn et Abel ne sont encore que deux !) ;

e) le meurtrier se maudit lui-même : il restera toujours marqué comme meurtrier.

La responsabilité est écrasante : écrasante quand Dieu avertit Caïn ; écrasante quant aux enjeux ; écrasante quand Caïn se plaint : « trop lourd ».

Compléments de théo-logie :

Et Dieu ?

Il observe ; parle à celui qui souffre ou est menacé ; le laisse responsable ; sait punir ; mais pas absolument : Il protège l'assassin après avoir essayé de le dissuader.

Qu'est-ce que cela ajoute à l'anthropologie-théologie ?

- Une dixième caractéristique à l'être humain : il est frère et gardien de son frère, mais aussi potentiel fratricide.

- Une huitième à Dieu : il accompagne chacun, même le pire et même le fautif.

Une dernière histoire, tirée du Talmud, pour finir en souriant :

Un roi rencontre Rabbi Gamaliel et lui dit :

  • Votre Dieu n’est qu’un voleur. Adam dormait du sommeil paisible des justes, et Dieu lui a escamoté une côte.

La fille du sage répond au souverain :

  • Savez-vous, Majesté, ce qui m’est arrivé la nuit dernière ? Une chose effroyable : des voleurs se sont introduits dans ma maison ; ils m’ont pris des objets en argent… et ils ont lassé des objets d’or à la place.
  • Je souhaiterais être la victime de tels voleurs toutes les nuits, dit le roi !
  • Pourtant c’est ce qui est arrivé à Adam, reprend la fille de Rabbi Gamaliel : Dieu lui a pris une côte, c’est vrai, mais en échange il lui a donné une femme pour l’aider, l’accompagner et l’écouter.[12]

Jp morley, août-décembre 2012

[1] Toutes ces affirmations fondatrices s’expriment dans ce qui pourrait avoir constitué une liturgie pour le jour de shabbat, avec ses six jours s’achevant par un septième jour, celui du repos de et pour Dieu. Une liturgie rappelant que nous sommes des créatures, devant préserver une part à Dieu dans nos vies, et qui promet l’utopie formidable du Jubilé (libération des esclaves et remise de toutes les dettes tous les 50 ans).

[2] Alors que dans le Moyen-Orient ancien, les animaux-images de dieux sont représentés ( les ‘idoles’…), il est interdit en judaïsme de représenter Dieu, même et peut-être surtout par un humain. Ce n’est donc pas un humain, serait-il mâle, idéal ou parfait, qui est l’image de Dieu, mais c’est tout être humain, et même tout couple. C’est irreprésentable ! Divers à l’infini. Du plus beau au plus laid. Du plus digne au plus vil. Toujours l’être humain sera à l’image de Dieu ; toujours à regarder comme tel…

[3] // au ch 2 : 15 : ‘Cultiver/servir’, mais ‘garder/maîtriser’ : ambivalence dans les deux cas…

[4] Dans le Premier Testament, l’ « os » évoque la moelle, le cœur, l’essentiel de quelque chose ; la « chair » évoque moins la viande que l’humanité de quelque chose. Os de mes os et chair de ma chair annonce donc qu’Eve et Adam se partagent l’essentiel et l’humanité de l’être humain.

[5] Certains interrogent avec ironie : Qui, dans ce couple, est poussière, et qui est chair ? Laquelle est l’ultime création ? Mais ces comparaisons-rivalités n’apportent guère, seul le « côte à côte » semble devoir faire sens.

[6] Comme dans les textes parallèles de mythologies du Moyen Orient ancien.

[7] Traduction revisitée par René Guyon in Que cachait donc la feuille de figuier.

[8] C’est ce que des rabbins espagnols, dès le XVIème siècle, appelèrent le ‘Tsim Tsoum’.

[9] Le Jardin d’Eden est souvent compris comme un paradis perdu. Autre ancien mythe repris ici pour en inverser radicalement le sens.

[10] Rapporté par A. Nouis in Un catéchisme protestant.

[11] Certains commentateurs suggèrent que Dieu se retire davantage à certaines périodes, pour que progresse l’histoire et la création : l'Exil à Babylone qui a donné naissance à la Bible ; la chute du Temple en 70 qui a donné naissance au Talmud ; l'expulsion de l'Espagne qui a donné naissance à la cabale ; la Shoah...

[12] Rapporté par A. Nouis in Un catéchisme protestant.

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commentaires

Jean-paul Morley 29/06/2016 16:16

Merci, Monsieur Le Chercheur anonyme, de commenter mon modeste travail.
Vous exposez la doctrine classique du péché originel, en la durcissant un peu. Et vous énoncez des affirmations et des interprétations un peu péremptoires, sans les argumenter. C'est votre droit, et votre droit d'y croire sans souhaiter réfléchir par vous-même.
De mon côté, je lis simplement la Bible, en essayant de comprendre ce qui est écrit, pas seulement ce qu'on a dit d'elle depuis des siècles. Je ne sais pas dans quel 'camp' je suis, je crains de deviner dans lequel vous me placez, mais je n'ai aucune inquiétude : le Dieu de Jésus Christ, il l'a dit, préfère le pardon au châtiment. Permettez-moi alors de lui faire confiance.
jpm

LeChercheur 14/07/2016 16:10

En Matthieu 24 : 37 à,39. Jésus expliqua que les derniers jours seront comme le déluge. Le monde d’alors n’a pas écouté Noé qualifié par la bible en 2 Pierre 2: 5 de “prédicateur de justice.” Comment était le monde avant le déluge? Indifférent, perverti et violent (Genèse 6: 5,11 et 12). Jésus prophétisa que ces mêmes conditions seront présentes quand Dieu rétablira définitivement sa souveraineté sur terre. De plus, il donna plusieurs autres signes de la fin de ce système de chose. Ces enseignements étaient présents chez les premiers chrétiens et furent dilués au cours des années par les hommes. Dieu n’a pas changé. Il a fixé un jour ( Isaïe 13: 9) où il appliquera la justice et écrasera la tête du serpent ainsi que sa semence. Pour que les hommes de bonne volonté puissent vivre en paix sur terre, la justice divine est nécessaire. La méchanceté doit disparaître. Après quoi les humains fidèles vivront en paix sur la terre, c’est ce que prêchaient tous les membres de l’Église primitive “la bonne nouvelle du royaume du Dieu.”

LeChercheur 28/06/2016 19:10

L'ESSENTIEL

En ce qui concerne "l'essentiel". Les récits de la Genèse renferment des règles indispensables pour tous humains désireux de comprendre et d'adorer le vrai Dieu. Ces récits nous apprennent plusieurs choses.
1) Le Tout-Puissant a comme projet que les humains vivent en état de perfection sur une terre paradisiaque. Ce projet n'a été que retardé. En effet, qui peut empêcher Jéhovah de le réaliser?
2) Le Créateur donne le libre arbitre à toutes créatures que ce soit humaines ou angéliques de le servir ou pas. Une décision qui n'est pas sans conséquence.
3) La rébellion de nos premiers parents nous dicte de la nécessité absolue d'obéir au Souverain Suprême de l'univers.
4) Il n'existe que deux camps. D'un côté, le Créateur et les créatures spirituelles qui lui sont restées fidèles, et de l'autre, Satan et les anges déchus qui l'on suivit dans la rébellion. Cette rébellion conteste le droit de Dieu de gouverner. Du premier jusqu'au dernier livre, la souveraineté de Jéhovah constitué le thème principal de la bible. La toute première prophétie biblique se trouve en Genèse chapitre 3 versets 15 et annonce que chaque camp produira sa propre semence.
5) Cette toute première prophétie annonce le moyen que le Créateur utilisera pour que l'humanité recouvre la perfection et la vie éternelle sur terre. En effet, si nos premiers parents étaient restés fidèles ils auraient transmis la perfection à leurs enfants dans le paradis. Ce moyen passe par le sacrifice de son fils unique obéissant Jésus en tant qu' homme parfait.
6) Ce qui est arrivé au déluge est un modèle de ce qui va arriver dans le futur. Le Créateur a détruit le monde violent et immoral d'alors et préservé une minorité de fidèles.
7) Le livre de la Genèse nous montre qu'il est possible pour un humain imparfait humble et obéissant comme Abraham de développer une foi profonde et d'avoir l'approbation du Créateur.

René Guyon 23/06/2016 11:32

Bonjour ! En regardant sur le Net les occurrences de mon nom (généralement abîmées par un homonyme pervers) je tombe par hasard sur votre article et y trouve un bon usage d'un passage de mon livre "Que cachait donc la feuille de figuier" qui n'est pas dans le commerce faute d'éditeur!
Merci de faire connaître cette version de Genèse 3 ! Mais où avez vous trouve ledit livre ?
Bien cordialement
René Guyon

blog jpmorley 23/06/2016 14:58

Le livre m'a été donné (avec d'ailleurs votre adresse) par Danielle Nizieux-Mauger, suite à un Café théologique que j'animais à Boulogne-Billancourt. 2e édition, Textes & Prétextes, 2004.
Il me semble qu'en donnant une nouvelle cohérence aux ch 1 à 4 de la Genèse, je propose un peu plus que faire connaître votre version de Gen 3, pour laquelle je vous suis très redevable et reconnaissant...
Très cordialement, JP Morley

LeChercheur 07/12/2014 18:59

LE RÉCIT BIBLIQUE DE ADAM ET ÈVE

UNE ÉTONNANTE PRÉCISION SCIENTIFIQUE!

La science génétique a depuis longtemps confirmé que les humains ont tous une même origine, c'est-à-dire un premier père et une première mère, ce qui est en accord avec le récit de la création dans la Genèse. Le livre biblique d’Acte 17:26 dit que d’un seul homme, Dieu a fait toutes les nations d’hommes pour habiter sur toute la surface de la terre c'est en parfait accord avec la loi de la génétique.

Il est intéressant de noter que Dieu fit dormir Adam (comme on le fait dans une importante opération chirurgicale,) a pris une de ses côtes, pour s'en servir lors de la création de la première femme. La science a démontrée que si la membrane de tissu conjonctif d'une côte est intacte, elle repousse. Incorporant ainsi des éléments d'Adam dans Ève, cela soutient encore plus fortement que l'humanité forme génétiquement une même famille. L'emploi de la côte d'Adam dans la création de la première femme fait pensé à des découvertes scientifiques sur le clonage. En 1996, le mouton Dolly, a été cloné à partir d’une glande mammaire de brebis. En 2008 à partir de cellules de peau prélevées sur des adultes ont a obtenus des embryons humains matures. Le récit biblique dit que Jéhovah créa Adam à partir de la poussière du sol. La science nous dit que le corps humain est constitué de 41 éléments chimiques or, on les retrouve tous sur le sol de la terre. C'est donc encore une fois, en accord avec la science.

Selon la bible, Jéhovah a créé les humains pour vivre éternellement sur une terre paradisiaque à condition qu'ils restent obéissants. Regardons le cerveau humain dont sa structure physique de l’ADN est la chose la plus complexe jamais découverte dans l’univers. Grâce aux recherches comme ceux de James Watson et Gerald Edelman, la science a découvert que si nous considérions toutes les connexions et toutes leurs combinaisons possibles, notre cerveau pourrait en théorie, fonctionner indéfiniment.

Il y va de même pour la structure très complexe du corps humain. Il est constitué de quelque 7 000 quatrillions d’atomes, de 100 billions de cellules, de dizaines d’organes et d’au moins neuf systèmes majeurs. Pourtant, contrairement aux animaux, les cellules humaines se régénèrent régulièrement avec une copie exacte de notre ADN. En théorie, ce processus devrait être sans fin. C'est une grande énigme pour la science le fait que ce processus cesse de fonctionner. Selon le biologiste John Medina, ils y auraient de mystérieux signaux qui ordonneraient aux cellules de vieillir et de mourir. Il n'est donc pas étonnant que la science ne soit pas encore parvenue à comprendre entièrement la mort. Ces faits s'accordent avec le dessin original de Dieu concernant la possibilité de vie éternelle pour Adam, Ève et leurs descendances sur la terre. En effet, si Adam et Ève n'avaient pas péché, eux et toute l'humanité seraient actuellement sur une terre paradisiaque. Si la science n'a pas de réponse concernant la fin de processus de renouvellement des cellules humaines, la bible elle en donne l'explication, la désobéissance d'Adam et Ève a détraquée le fonctionnement de leur corps.

NE TROUVEZ-VOUS PAS QUE POUR UN SOI-DISANT MYTHE, LE RECIT BIBLIQUE DE LA CREATION D'ADAM ET ÈVE ÉTONNE PAR SON EXACTITUDE SCIENTIFIQUE?

À noter que Jésus fils de Dieu qui disait toujours la vérité, a parlé d'Adam et Ève comme d'un fait réel. Dans les évangiles se trouve la généalogie de Joseph et Marie. Dans les deux listes des ancêtres des parents de Jésus, ce trouvent Adam et Ève. Ailleurs dans la bible, d'autres rédacteurs ont également parlé d'Adam. Aucun d'entre eux et nulle part dans la bible on ne mentionne que ce soit une simple histoire, une fable ou un mythe au contraire, comme pour tous les autres récits bibliques, le récit d'Adam et Ève est pris au sérieux et avec respect.

Le péché originel est la rébellion ou la désobéissance du premier couple humain parfait.

JPMorley 18/12/2014 15:36

NE TROUVEZ-VOUS PAS QUE POUR UN SOI-DISANT MYTHE, LE RECIT BIBLIQUE DE LA CREATION D'ADAM ET ÈVE ÉTONNE PAR SON EXACTITUDE SCIENTIFIQUE?

Oui, on peut le penser. Mais que ce soit un récit historique ou une sorte de parabole pour nous parler de l'essentiel, l'important, me semble-t-il, est le message existentiel qui nous est adressé à travers ce texte extraordinaire.
Très cordialement, jpm