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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 14:51

(Lire Luc 10 : 25-37)

C'est quoi, un Samaritain ?

En Suisse, sur les pistes de ski, c'est un secouriste... Mais à l'origine, c'est un habitant de Samarie, la moitié nord de l'ancien Israël, souvent en opposition avec la moitié sud, la Judée.

Et un « bon Samaritain » ? Même sans être chrétien, même sans être personnellement lecteur de la Bible, on connaît l'expression : un bon Samaritain, c'est quelqu'un qui aime porter secours aux autres. L'expression vient de la Bible, de cette petite histoire, une parabole que Jésus raconte pour répondre à la question d'un spécialiste de la Bible et de la Loi divine – un docteur en théologie de l'époque...

Quelle question ? En fait, deux :

Premièrement : que faire pour parvenir à la vie éternelle ?

Réponse de Jésus : Aime Dieu de toute ta force et de toute ton intelligence.

Et aime ton prochain comme toi-même. C'est d'ailleurs le spécialiste de la Bible lui-même qui donne la bonne réponse.

Mais il pose une seconde question.

Oui, mais qui est mon prochain ?

C'est alors que Jésus répond par l'histoire lue plus haut :

L'homme dépouillé, blessé, laissé pour mort ;

Les notables, même religieux, qui passent sans porter secours ;

Un étranger, un Samaritain qui porte enfin secours.

Puis cette question finale de Jésus, qui répond à celle du spécialiste, ou plutôt qui lui renvoie sa propre question :

« A ton avis, lequel a été le prochain de la victime ? »

La question était donc : qui est mon prochain ? Mon voisin, mon proche parent, celui qui est dans le besoin, le malheureux, la victime, l'alcoolique, l'immigré ? C'est ce que nous pensons tous.

Eh bien, non. Le prochain, c'est le Samaritain, l'étranger ; c'est-à-dire, dit Jésus, non pas celui qui a besoin de secours, mais celui qui porte secours. Volontairement. A ses risques et périls. Jésus a complètement renversé la question…

Car des prochains compris comme pauvres, malheureux, victimes, il y en a, tu en as, des milliers, des millions autour de toi.

Mais toi ? De qui es-tu le prochain ? De qui t'approches-tu, à tes risques et périls, pour lui porter secours ? De qui te fais-tu le prochain ?

Es-tu un prochain ? Quelquefois ?

Peut-on compter sur toi comme prochain ?

Je me suis posé la question à moi-même, tout récemment, à propos d'un événement vécu :

Une jeune femme rentrait du travail, en fin d'après-midi – en décembre, il fait déjà noir. Elégante, mais pas ostentatoire, elle fait le trajet habituel entre bureau et RER, traverse un parking public aux pieds d'immeubles. Soudain, sans avoir rien entendu derrière elle, elle est violemment poussée dans le dos, jetée à terre, son sac à dos avec son ordinateur lui est arraché, mais son sac à main, en bandoulière, résiste. Alors elle est traînée à plat ventre sur le sol, tandis qu'on lui lance des coups de pieds sur le visage pour qu'elle ne puisse voir ses assaillants. Et finalement son sac à main cède, lui est arraché ; les agresseurs disparaissent.

Et elle reste là, évanouie, inconsciente, le nez cassé, le visage ensanglanté, tout le corps tuméfié, baignant dans son sang.

Un homme n'était pas loin, près de sa voiture, sur le parking : il a tout vu, rien dit, rien fait.

Un autre était accoudé à sa fenêtre : il a tout vu, rien dit, rien fait. Pas même téléphoné à la police ou aux pompiers. Rien.

Quand elle reprend ses esprits, elle voit plusieurs de ses collègues passer à côté d'elle, sur ce trajet habituel. Ils l'ont vue, sans doute ne l'ont-ils pas reconnue, mais de toutes façons n'ont rien fait à part continuer leur chemin. Elle-même était dans l’incapacité d’articuler le moindre son.

Elle est restée ainsi, comme le voyageur de l’histoire, plus de dix minutes sans aucun secours. Pourtant, certains de ceux qui sont passés sans réagir étaient probablement chrétiens...

Jusqu'à ce qu'une étrangère, une femme de l'immeuble, vienne enfin à son secours, et, elle-même effrayée, l'invite à se traîner jusqu'à elle, commence, comme le Samaritain, à la soigner et appelle enfin police et pompiers.

Oui, certains de ceux qui, comme dans la parabole, sont passés en faisant semblant de ne pas voir, étaient certainement chrétiens, baptisés, et donc invités à ce commandement d'amour rappelé par Jésus, et avaient entendu l'histoire du bon Samaritain... Ils sont quand-même restés passifs, peureux, pressés.

Cela ne s'est pas passé en Syrie, ni en Centrafrique ou en Lybie, non : en France, en région parisienne, dans une banlieue normale, aujourd'hui.

C'est donc un peu nous, un peu nous tous, qui ne nous sommes pas arrêtés, indifférents.

Alors je me suis posé une question :

Suis-je certain que j'aurais porté secours ? Que j'aurais été prochain ?

Une question qui s'élargit à nous tous : nous sommes sans doute convaincus que nous aurions porté secours à cette malheureuse. Mais en sommes-nous certains ? Sommes-nous certains que nous aurions été un prochain pour cette jeune femme ?

Alors, de quel côté de l'histoire du Bon Samaritain sommes-nous ? Du côté des prêtres et des Lévites, des pasteurs peut-être, qui ne s'arrêtent pas ? Ou du côté de l'étrangère qui a porté secours ?

*

Mais finalement le pire, pour cette jeune femme, ce n'est pas d'avoir été fracassée et dépouillée, se retrouvant seule, blessée, sans téléphone, sans ses papiers, sans ses clefs, sans argent... Sans rien.

Le pire, c'est d'abord la sauvagerie : les coups de pieds dans le visage, alors qu'elle était évidemment prête à tout leur laisser.

Et c'est surtout l'abandon, l'indifférence, la passivité des autres, la solitude absolue, l'absence totale de solidarité. Ma vie qui bascule, et personne à côté de moi, personne pour moi ?

Alors, j'ai pensé au Christ sur la croix.

Qui sait, peut-être, que le Bon Samaritain est déjà une figure du Christ ?

Comme Lui, cette jeune femme a subi une souffrance physique intolérable, une peur terrible en comprenant qu'elle va peut-être mourir, une solitude absolue, l'abandon par tous : aucun secours, aucune sympathie.

C'est cela, la Croix : Jésus qui vient souffrir du pire de ce que nous pouvons souffrir ; le pire de ce que tu peux souffrir.

Et j'ai compris que Jésus, qu'on appelle le Christ, s'est fait lui-même notre prochain. Le Fils de Dieu s'est fait mon prochain, Dieu Lui-même s'est approché de ma souffrance, de ta souffrance.

Dieu Lui-même, à travers cet homme, Jésus, son Fils, s'est fait le prochain de moi qui ne suis pas sûr de pouvoir me faire le prochain de celui ou celle qui en détresse.

Oui, de moi, de vous.

Dieu Lui-même se fait le prochain de nous tous, qui laissons si souvent faire, qui avons si souvent peur, qui sommes si souvent tellement occupés et stressés que nous n'avons pas de temps, ni d'énergie, ni même de regard pour celui ou celle qui appelle au secours.

Mais Lui, Lui qui s'approche de nous, Lui nous donne et nous donnera la force et l'énergie et le courage de nous rendre nous-mêmes le prochain de celui ou celle qui, juste à côté de nous, là, est discrètement en détresse et n'a peut-être même plus la force d'appeler au secours...

Alors voilà : il ne nous reste qu'à continuer d'aimer.

A continuer d'aimer ce Dieu qui vient à nous, qui se fait notre prochain, ce Dieu qui secourt, aime et pardonne, et qui donne force et courage.

Et à continuer d'aimer autrui, à nous faire son prochain, parce que nous avons nous-mêmes un prochain qui nous donne amour, pardon, force et courage.

Parce que, vous savez, le Christ est ressuscité.

La Croix n'a pas eu le dernier mot.

Le Christ s'est fait notre prochain.

Il nous promet la résurrection, Il nous promet sa présence.

Il nous donne de vaincre nos peurs et de continuer d'aimer quoiqu'il arrive.

Il nous offre le courage de devenir le prochain de notre prochain.

Cultes Découverte du 2 février 2014 ;

St Thomas d’Aquin,

Maison Verte

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