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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 10:37

L’absence : c’est pour moi un étonnement profond : pourquoi, dans tous les débats autour de la fin de vie, y compris en milieu chrétien, la foi en la résurrection n’apparaît-elle jamais ? N’est-elles pas pourtant au centre du message du Nouveau testament et de la foi chrétienne ? Comment se fait-il que n’intervienne jamais notre fragile conviction – fragile, mais conviction – que la vie ne s’arrête pas avec la vie mais se poursuit autrement auprès du Père, dans l’apaisement, la lumière, la consolation, la douceur, le pardon et la tendresse ? Comment se peut-il que cette conviction reste absente de tels débats et ne les modifie pas profondément ?

L’hypocrisie : multiple. L’hypocrisie de savoir, mais rarement dire, que dans les hôpitaux on « débranchait la machine » déjà couramment, lorsque tous les autres traitements avaient échoué et que l’échéance était proche. Aujourd’hui, en raison des nouvelles lois, cela se pratique beaucoup moins. Sommes-nous vraiment certains que ces gestes hors la loi et inavoués étaient, et sont parfois encore, préférables à ce que seraient des gestes strictement encadrés et assumés ?

Hypocrisie encore : comment expliquer qu’il soit héroïque et positif de mourir en aidant ou sauvant autrui, héroïque et positif de se suicider plutôt que livrer un compagnon, ou héroïque et positif de mourir à la guerre, c’est-à-dire en tuant autrui, mais qu’il soit damnable de mettre fin ou d’être aidé à mettre fin à ses propres jours par choix ? Parce que les premiers cas relèvent du dévouement ? Mais est-il interdit de considérer que les seconds pourraient aussi en relever ? Là aussi, le croyant ne peut-il avoir un regard différent sur son propre départ ?

Hypocrisie religieuse peut-être également. Pour les protestants, l’autonomie, la responsabilité et la liberté de l’individu sont au fondement de sa foi : la grâce seule, la foi seule, l’Ecriture seule. D’où découle l’incoercible liberté de conscience. Chacun est, devant Dieu, libre et responsable de tous ses choix, face à sa vie, à sa foi, à sa place dans la société, à autrui, à son éthique, à ses amours, à sa famille, à ses enfants, à sa santé. C’est le socle de la foi issue de la Bible, de Luther et de la Réforme. Et n’est-ce pas là la plus grande dignité qui puisse être reconnue à un être humain ? Existe-t-il plus grande dignité que de pouvoir jusqu’au bout choisir pour soi-même ? Pourquoi devrait-elle s’arrêter à la décision de poursuivre ou non sa propre vie ? En quoi une norme extérieure devrait-elle lui imposer une autre dignité, considérée plus grande que celle de ses propres choix, et lui interdire celui ultime de la fin de sa vie ? La Bible elle-même n’affirme jamais que la vie soit sacrée en elle-même. Sa dignité lui vient d’ailleurs. Et le choix de la donner en fait partie.

Que tout soit tenté, socialement, médicalement et humainement, pour accompagner les personnes et décourager l’acte définitif, bien sûr. Mais décider pour autrui, est-ce bien protestant ? Je veux dire : est-ce bien l’Evangile, est-ce bien la Bible, est-ce bien la foi ?

J’ai personnellement rédigé mes ‘directives anticipées’, en ces termes :

« Je crois en une vie, différente, après notre mort physique.

Je n’ai donc pas peur de cette mort-là – même si, aujourd’hui, j’aime profondément la vie, souhaite mener à bien de nombreux projets, garder un compagnon à mon épouse, voir le plus longtemps possible ce que deviennent nos enfants, et connaître un jour nos petits-enfants.

En conséquence : …

Je crois en Dieu, je sais qu’Il nous ouvre les bras, à tous.

Je vous ai beaucoup aimés, et remercie de tout ce que j’ai vécu et reçu. »

Garderai-je la même calme certitude le jour venu ? Je l’ignore. Nous l’ignorons tous. Mais c’est, aujourd’hui, ce que je crois et je veux.

Jean-paul Morley

paru dans Réforme 2 mai 2014

Réponse à un courrier dans Réforme

Cher Monsieur,

Merci pour votre réaction et pour l’intérêt que vous portez à lire de modestes protestants à travers Réforme.

Vous souhaitez des réponses à vos deux questions. Je vais essayer.

1° : J’écrivais : « La Bible elle-même n’affirme jamais que la vie soit sacrée en elle-même », et vous demandez où et quand ? Mais c’est plutôt à vous qu’appartient la charge de la preuve : puisque la Bible ne l’affirme jamais, je ne peux évidemment citer aucun verset… Vous-même, connaissez-vous des versets où la Bible affirmerait que la vie soit sacrée en elle-même ?

Dois-je rappeler, d’ailleurs avec tristesse, que le Premier Testament, s’il invite heureusement à « Tu ne tueras pas », commande l’extermination des peuples habitant Canaan ; ordonne la peine de mort dans d’innombrables cas, en général par lapidation ; réclame de sacrifier tous les jours des agneaux, voire des colombes, des boucs ou des taureaux ; exhorte à la guerre et à patauger dans le sang des ennemis ; à livrer des villes et des peuples entiers à l’« interdit », c'est-à-dire à égorger hommes, femmes, vieillards, enfants et bêtes ; à éclater la tête des nourrissons sur les murs ? Que dans le Nouveau Testament Paul semble vouer un hérétique (déjà !) à la mort ? Et que Jésus nous invite tous à donner notre vie ? Certainement pas n’importe comment, ni pour n’importe quoi ! Mais pour son Evangile, et parfois la donner physiquement. Et ne connaissez-vous aucun cas où il est possible de donner sa vie physique pour l’Evangile, ou pour autrui (patrie, sauvetage, et parfois acceptation de se sacrifier) ?

2° Avoir reçu entrainerait, ou non, de posséder… Qu’en est-il par exemple de ce que nous avons reçu de nos parents : objets, maison, meubles, voiture, vêtements, livres, culture, et même notre propre corps ? Et si tout ce que nous avons reçu n’est pas à nous, à qui cela appartient-il ? Qu’est-ce que ‘recevoir’ ? Juste un prêt ? Peut-être, je pourrais vous suivre dans cette direction, assez biblique. Mais si notre vie nous est prêtée par Dieu, ne pouvons-nous pas… la lui remettre ? Ou penseriez-vous vraiment que ce soit toujours Lui qui décide de la « reprendre » ? C’est Lui qui susciterait alors les guerres, les cancers d'enfants et les guillotines… Dans ce cas, je craindrais que nous n’ayons pas le même Dieu.

Plus sérieusement, je suis en effet d’accord avec vous sur un point. Avoir reçu quelque chose : la vie, un bien, une confidence, un amour, nous en rend moins propriétaires que responsables. Mais pourquoi, en ce qui concerne la vie, cette responsabilité exclurait-elle le choix du moment et de la forme de sa fin ?

Vous évoquez l’orgueil, et je m’étonne : interdire l’euthanasie ou le suicide, ce que vous souhaitez peut-être, ne serait donc pas respecter la ‘dignité’ de la personne humaine, mais respecter son ‘orgueil’ ? Etrange. Dans le cas qui nous occupe, il ne s’agit de toutes façons pas de ‘mon’ orgueil, mais de respecter, non pas ‘ma’ dignité, mais celle d’autrui, c'est-à-dire sa décision pour lui-même, fut-elle ultime. Respecter jusqu’au bout la décision d’autrui me semble être la plus grande dignité qui puisse être reconnue à chaque être humain.

Le Créateur nous a voulu libres et responsables. Quel extraordinaire cadeau ! Avons-nous le courage de l’accepter jusqu’au bout, pour chacun de nous, et quel que soit son choix ?

Jp Morley

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