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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 17:31

Quand on émerge de plusieurs jours dans le désert, première envie : une douche. Premier choc : la profusion, de gens, de lumières, de biens, de voitures, d'air pollué, de technologie, de publicité...

C’est sans doute pour cela qu’on se sent si léger dans le désert, si libre, si frais dans la tête... Du moins quand on ne marche pas à midi au soleil !

Parce que le désert, c'est quand-même... désert. Rien.

Enfin, si : quelques plantes souvent faméliques, parfois plus sèches que vertes ; parfois un arbre inattendu ; parfois même de petites fleurs... Et puis des insectes, des scarabées, des fourmis, des oiseaux, des traces étranges, des lézards, des dromadaires, des chèvres... Comment ? Tout cela sans eau, sans nourriture, sans rien ? Eh oui ! Ils vivent... de rien. Alors que chez nous, les animaux bénéficient d'eau, d'herbe grasse, de fourrage en abondance.

Pourrions-nous, nous aussi, vivre avec beaucoup moins ? Comme on y est contraint dans le désert ?

C'est une première leçon qu'apporte le désert. Pour nous tous, qui participons à ce système où consommer et profiter de toutes les technologies est devenu naturel. Pourtant, pourquoi prendre l'ascenseur pour un ou deux étages ? Cela pose des questions aussi embarrassantes qu’intéressantes...

En marchant ce printemps une semaine dans le Wadi Rum, ce désert magnifique, nous nous sommes accompagnés d’Elie et des rencontres entre la Bible et le désert. Alors voici deux de ces textes, deux célèbres rencontres entre Dieu et nous :

  • Moïse face au buisson ardent (Exode 3 : 1-6),
  • et Elie dans sa grotte, quand Dieu passe devant lui (I Rois 19 : 1-13).

Moïse et le buisson de feu

Dieu qui donne donc rendez-vous dans le désert à ses serviteurs : Moïse, Elie, nous peut-être...

En fait, dans le désert, que ressent-on spirituellement ? Certains beaucoup. Et ne le cachent pas.

D'autres se contentent avec bonheur d'admirer des paysages incroyables – la création est belle.

Mais si Dieu ne se rencontre pas forcément en marchant au désert, des moments forts s’y produisent pourtant, entre marches silencieuses, accompagnements bibliques et vraies rencontres entre marcheurs.

Des moments qui permettent de comprendre que le Temple de Dieu est partout, qu'il n'a pas forcément de murs, que Dieu n'a pas besoin de lieux saints ou sacrés, parce que le Très Haut nous rencontre là où Il veut et quand Il veut, puisqu'Il nous rencontre à l'intérieur de nous-mêmes.

Dieu rencontre Moïse dans le désert : un non-lieu, que personne n'a pu situer ni sacraliser, puisque c'était en lui-même.

Dieu se montre à Elie devant une grotte, comme il s’en trouve des dizaines : une grotte que personne n'a pu situer ni sacraliser, puisque c'était en lui-même.

Nos lieux, que ce soit une église ou une halte à l'ombre d'un rocher, ne sont donc que des lieux de rencontre qui facilitent la prière, mais rien de plus. Si tu veux chercher Dieu, ne le cherche pas tant dans un temple, une église ou un lieu sacré, qu'en toi-même, dans tes propres déserts intérieurs. Ceux que tu te ménages toi-même, volontairement, pour Lui. Mais aussi ceux que tu subis, à contre-cœur, malgré toi. C'est là que Lui te cherche.

N'est-ce pas déjà ce que répondit Dieu à David, quand ce dernier voulait Lui bâtir un Temple ?

« Tu es gentil, mais outre que tu as un peu trop de sang sur les mains, tu sais, je n'ai pas besoin de Temple, je suis là où tu es.

Ne te souviens-tu pas que là où je me suis révélé, là où j'ai offert ma Loi, là où j'ai répondu à la détresse et aux supplications de mon peuple, c'était au désert, nulle part, loin de tout Temple ; là où j'étais itinérant, nomade avec mon peuple nomade ? »

D'où aussi la réponse de Jésus à la Samaritaine : « L'heure est venue où l’on n'adorera plus dans la ville sainte ou sur une montagne, mais en esprit et en vérité. »

Mais le Christ nous emmène encore plus loin...

Notre premier jour de marche était le dimanche de Pâques. Nous l'avons fêté dans le désert. Pas dans une église, mais dans un lieu magnifique : une grotte à la voûte extraordinaire, rouge et ocre, presqu'une église, et pourtant un non-lieu, au milieu de nulle part, mais qui nous offrait son ombre et sa beauté.

Une grotte comme celle d'Elie.

Et là, nous avons annoncé la résurrection et chanté « A toi la gloire ». Là nous avons partagé la Sainte Cène, et notre guide, chrétien melkite, s'est glissé dans notre cercle.

Là nous savions que Dieu nous rencontrait là où nous étions.

Et là, peut-être, nous avons mieux compris que Dieu nous rencontrait particulièrement ce jour-là, parce que Dieu ne se rencontre pas dans un temple ou un lieu sacré, mais sur une croix.

Elie et la grotte

N'est-ce pas ce que Dieu annonçait déjà à Elie, découragé et réfugié dans sa grotte ?

« Sors ! Sors de ta caverne, de tes ombres, de tes doutes et de ta peur, regarde et vois-moi. »

Dans ce vent violent, qui arrache les montagnes et brise les rochers ?

Non, cela ce n'est pas Dieu, ce n'est pas Lui qui brise les humains.

Dans ce terrible tremblement de terre, qui terrorise hommes, animaux et pierres ?

Non, cela, ce n'est pas Dieu, ce n'est pas Lui qui fait trembler la terre et déborder la mer.

Alors dans ce feu qui embrase la terre et aveugle les humains ?

Non, cela non plus, ce n'est pas Dieu, ce n'est pas Lui qui brûle les incrédules ni les hérétiques.

Que reste-t-il alors, pour voir Dieu, si ce n'est pas dans la puissance, ni dans la violence, ni dans les miracles ?

Pour Elie, il restera le silence, le quasi-silence d'un imperceptible souffle, le murmure ténu d'un esprit. Le silence, celui dans lequel on se retire pour prier et dans lequel on prie, celui dans lequel on reçoit les réponses du Père.

Et pour nous, chrétiens, la croix. C'est là que Dieu réside, là que Dieu habite la terre, non pas dans la puissance, mais dans la faiblesse et le don de soi ; c'est là, au pied de la croix, que Dieu se rencontre et qu'Il descend jusqu'à nous, qu'Il vient nous voir et nous prendre avec Lui.

Alors pour lui faire une place, creusons. Le désert, creusons-le en nous-mêmes. Aménageons-nous de petits déserts en nous-mêmes, à l'intérieur, régulièrement, pour écouter, pour recevoir, pour goûter, déjà, toutes ces petites résurrections quotidiennes – et parfois ces grandes – toutes ces lumières, en nous, qui s'allument ou se ré-allument.

Creusons, et certainement, ici ou ailleurs, en nous-mêmes et parfois à travers le visage d'autrui, nous entendrons, comme Elie, le murmure d'un souffle ténu, le murmure du Sauveur à notre oreille et à notre cœur...

Creusons, et, puisque Dieu s'est incarné, puisque le Christ est ressuscité, cherchons dans le visage de notre prochain, celui que j'aime et celui que je n'aime pas, proche ou inconnu, dans son regard ou ses mots, cherchons le reflet du visage du Christ.

C'est là, dorénavant, que se rencontre le visage de Dieu.

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