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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 19:20

L'Eglise est alors toute jeune, mais de plus en plus d'hommes et de femmes sont saisis par l'annonce de la mort vaincue, de l'amour vécu jusqu'au bout, d’un Dieu qui s'offre à qui L'accueille. Ils se convertissent et deviennent ceux qu'on appellera bientôt les « chrétiens ».

Leur vie change, et ils se font baptiser, parce que « la promesse est pour vous et vos enfants, et tous ceux que Dieu appellera... ».

« Vous et vos enfants... ».

Même si l'on n'est pas bien sûr que ce texte évoque le baptême d'enfants, c'est sur lui que l'Eglise se fonde pour les baptiser, quand les parents sont eux-mêmes croyants. Parce que ces parents souhaitent que leur enfant grandisse dans la confiance et l’orientation qui sont les leurs.

Mais se pose alors la question difficile de savoir comment élever ces enfants, pour lesquels on espère la proximité de Dieu, mais qui n'ont pas encore reçu eux-mêmes son appel.

C'est là que la question de la Loi vient croiser celle du baptême. Mais quelle Loi ? Celle de Moïse, les 10 commandements, les 10 Paroles ? Ou celle de Jésus, le commandement d’amour ? Or, dans la bouche de Jésus, ce commandement d'amour semble se mêler inextricablement avec les dix Paroles données à Moïse sur le Sinaï...

Commandement d'aimer d'un côté, prescriptions très concrètes de l'autre.

Peut-on faire de cette rencontre entre les dix commandements et le commandement d'amour un projet éducatif, et même un engagement ?

D'abord que disent-ils, ces dix commandements ? Ou plutôt ces dix Paroles, selon la tradition juive, car il ne s'agit pas d'ordres, mais d'enseignements.

Ils disent :

« Vous étiez esclaves en Egypte.

Comme, en fait, la plupart des humains, esclaves d'eux-mêmes, esclaves de leurs peurs, esclaves d'autrui. Je vous ai libérés d'Egypte. Vous êtes libres, vous pouvez être libres.

Mais vous ne savez pas comment faire. Et vous êtes tout prêts, tout proches de redevenir esclaves, si ce n'est de maîtres qu'on peut au moins détester, du moins de vous-mêmes, de vos faiblesses, de vos peurs, de vos rancœurs, de ceux qui sont plus forts.

Alors voilà, je vous donne le secret : pour être libres, vous avez besoin de bornes et de repères. Voici ceux qui sont comme une recette pour être libres ; voici les dix clefs pour rester libres.

Les quatre premiers concernent Dieu :

- tu n'en auras pas d'autre

- tu ne te feras pas d'idoles

- tu ne prendras pas mon nom en vain

- tu respecteras le jour du repos, mon jour.

Bref, tu n'auras pas d'autres Dieu que moi, c'est-à-dire : tu n'auras aucun dieu terrestre, que ce soit un homme, une femme, un gourou, un roi, un patron, un leader, un amant ou un ami ; et pas non plus une idéologie, une ethnie, une Eglise, un club de foot, une ambition, une passion... Rien de terrestre.

Tu n'inclineras la tête que vers le ciel. Tu seras libre, tu ne te soumettras à rien d'humain.

Autrement dit, respecter Dieu, c'est te respecter.

Cela, ce sont les quatre premières Paroles. Apprenez-les à vos enfants !

La Parole suivante – honore ton père et ta mère – n'est pas seulement un appel à obéir à sa Maman et son Papa, ni même un conseil avisé : si tu honores ton père et ta mère, ton enfant le verra, et lui aussi t'honorera.

Cette Parole inscrit chacun dans un héritage, une origine, une identité, celle d'un peuple constitué par sa confiance en Dieu, son compagnonnage réciproque avec le Dieu du Ciel, qui est aussi le Dieu des petits.

Ainsi respecter ses parents, c'est se respecter soi-même et son histoire. Apprenez-le aussi à vos enfants !

Enfin les cinq autres Paroles concernent le prochain : ni meurtre, ni adultère, ni vol, ni faux témoignage, ni convoitise de ce qui est au voisin.

Bref, tu agiras avec ton frère, ta sœur, comme tu voudrais qu'on agisse avec toi. Parce que ton frère, ta sœur, c'est toi ; parce qu'on ne peut vivre longtemps libre que lorsqu’on est fraternel, collectivement fraternel ; que lorsqu'on respecte mutuellement autrui. Parce qu'on n'est pas libre quand on entretient la peur, la haine, la méfiance ou la violence.

Autrement dit respecter autrui, c'est de nouveau te respecter toi-même. Alors apprenez aussi cela à vos enfants !

Le Décalogue, les dix Paroles, enseigne donc quelque chose de simple, qui est beaucoup plus que de la morale, et qui n'est surtout pas démodé. Quelque chose qui ressemble au fondement de toute éducation : te respecter toi-même pour vivre libre. Mais il le dit autrement, peut-être de la seule façon qui ait du sens et quelque chance de succès : c'est précisémenten respectant Dieu et autrui que tu te respectes toi-même, et seulement ainsi que tu es libre.

Le respect de soi, qui refuse toute soumission.

Le respect de soi comme libre, c'est le respect de Dieu comme créateur

Le respect d'autrui comme semblable, c'est le respect de soi comme semblable

Le respect d'autrui comme visage de Dieu, c'est le respect de soi comme visage de Dieu.

C'est cela le vrai shabbat.

Et voilà peut-être ce que des parents peuvent apporter de plus précieux à leurs enfants : être libres par le respect de soi, qui passe inévitablement par le respect de ce qui est plus grand que soi et par le respect des ses semblables.

Et c'est là que les dix Parole ont déjà rejoint le double commandement d'amour : on le comprend, aimer Dieu et son prochain résume tout le reste, les deux tables de la Loi.

Peut-être est-ce là le socle sur lequel bâtir toute éducation, aujourd'hui autant que jamais. Toute éducation et tout projet de vie à venir, qu'on soit ado, jeune adulte ou adulte tout court ; peut-être est-ce cela la maison que nous pouvons construire pour nos enfants.

C'est notre responsabilité à chacun, notre responsabilité de parents, celle que nous recevons en donnant le jour, et que nous confirmons en présentant un enfant au baptême.

En revanche, il ne s'agit, pour l'instant, pas encore de foi, seulement d'éducation et de projet de vie.

La foi, elle, va encore plus loin que l'éducation au respect de soi et d'autrui.

La foi, cette union à Dieu qu'évoque l’apôtre Jean, c'est l'irruption du Christ et de l'Esprit, qui bouscule tous les repères. Il ne s'agit plus simplement de vivre libre, mais de vivre plus intensément ! D'être habité par une foi, c'est-à-dire une confiance intérieure, une certitude, une passion, qui se traduit à la fois pour un compagnonnage quotidien avec Dieu, un dialogue intérieur avec le Père, et par une liberté qui a découvert une direction à sa vie et vit pour plus grand que soi-même.

A la fois paix et feu.

Une présence du Christ, qui est présence en Dieu. En Dieu !

Jean ose écrire, Jésus le promet :

« Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez, parce que moi je vis, et que vous aussi, vous vivrez ! »

C'est l'Esprit de Dieu en nous. Que le monde ne connaît pas, mais que vous connaissez, parce que dans la foi, il demeure en nous, en vous. Quand nos pensées et notre volonté se confondent avec celles de Dieu, et deviennent la raison d’être de toute notre vie. C'est la promesse du Christ.

Mais cela ne s'enseigne pas, cela ne se démontre pas. Cela ne peut naître que de cette étrange rencontre et alchimie entre l'appel de Dieu à une personne particulière, et la réponse de cette personne particulière. Nous n'y pouvons rien pour nos enfants ni nos catéchumènes, et moi non plus. Ou peu.

Mais nous pouvons le préparer, en construisant une maison ou une Eglise pour nos enfants, sur la base de ces dix Paroles : le respect de soi et d'autrui pour être libres, afin de leur permettre de pousser droit.

En laissant simplement les fenêtres de cette maison ouvertes, et les vôtres aussi, pour que l'Esprit de Dieu, un jour, puisse entrer et emplir la maison, emplir la vie.

C'est bien pour cela, pour ouvrir cette fenêtre, pour préparer une place à l'Esprit, que nous sommes ici et que nous voulons le baptême de nos enfants.

Et nous connaîtrons, et ils connaîtront, ce que le monde ne connaît pas...

Jean-paul Morley

Cultes du 25 mai 2014

Lectures : Actes 2 : 37 – 41

Jean 14 : 15 - 21

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