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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 16:25

Ces jours-ci sort en salle un nouveau film sur Moïse. Qui semble faire plutôt dans le film d'action et la violence, que la confession de confiance en Dieu !

Et aujourd'hui, c'est le premier dimanche de l'Avent, c'est-à-dire le premier des quatre dimanches avant la naissance d'une autre grande figure de la Bible : Jésus de Nazareth, ou de Bethléem.

Alors partons à la rencontre de Moïse. Non pas le Moïse triomphant face au Pharaon, ou dirigeant son peuple au désert, mais le Moïse seul au désert, dans la solitude intérieure. Et qui sait ? Peut-être lui trouverons-nous un point commun avec la naissance de Jésus de Nazareth, le Christ…

Ce jeune homme avait tout pour lui : jeune, riche, beau, intelligent, bien-né, bien élevé dans le meilleur monde, et de plus enthousiaste et courageux... Un avenir de rêve lui était offert : de hautes responsabilités, une vie protégée à la cour du Pharaon, avec tous ses privilèges, dans le pays le plus civilisé et le plus raffiné du monde, l'Egypte...

Mais voilà : ce jeune Moïse est impulsif, et suite à une altercation avec un garde-chiourme égyptien, altercation qui se termine mal, il est contraint de fuir. Au désert.

Il va marcher. Seul. Dans le Sinaï. Sans boussole et sans guide, lui le citadin habitué aux facilités, au confort et aux esclaves du palais...

Bien sûr, il aurait dû en mourir. Mais non. Il marche. Et il a le temps de réfléchir. De se découvrir lui-même, et de mûrir : la souffrance et la fatigue changent forcément le regard sur soi et sur les autres.

Alors, pendant ces mois d'itinérance solitaire, lui, le prince égyptien, a dû rentrer en lui-même, et reconsidérer sa vie : renoncer à toute ambition, renoncer à toute prétention, renoncer à tout regret comme à tout ressentiment, renoncer à toute facilité, matérielle bien sûr, mais sans doute aussi morale.

Et quand il parvient de l'autre côté du désert, dans le territoire de Madian, sur l'autre rive du golfe d'Aqaba, son sens de la justice et de l'injustice s'est encore renforcé.

Aussi, parvenu près d'un puits où il sait qu'il rencontrera d'autres êtres humains, quand il assiste à une injustice, il ne peut s'empêcher de réagir.

Des jeunes filles sont survenues, poussant leurs troupeaux vers le puits pour leur donner à boire. Mais d'autres bergers sont ensuite arrivés. Des hommes, ceux-là. Alors, bien sûr, ils ont écarté les jeunes filles pour donner à boire d'abord à leurs bêtes.

La marche au désert avait dû rendre Moïse costaud, et même impressionnant. Toujours est-il qu'il se lève, indigné, prend la défense des jeunes filles, et leur restitue la priorité d'accès au puits. En retournant chez elles, les jeunes bergères racontent l'incident à Jéthro, leur père, chef de clan aisé et un peu prêtre – on ne sait pas trop de quels dieux. Il les renvoie aussitôt : « Comment, vous avez laissé là-bas cet inconnu qui a pris votre défense ? Allez donc le chercher et invitez-le à dîner ! ».

C'est ainsi que Moïse fait la connaissance de Jéthro, qui adopte Moïse, et lui donne une de ses filles pour épouse, Séphora.

Puis il le met au travail, comme berger.

Moïse est alors un homme heureux. Paisible et tranquille, il s'installe dans une autre vie, sans regret pour l'ancienne, sans ambition, ni passion. Il vit, simplement.

Et c'est là que Dieu le cueille, par surprise.

Une flamme dans un buisson. Un buisson qui ne se consume pas.

Un feu qui n'est pas un feu. Un feu qui n'est pas de ce monde.

Un feu qui brûle dans ce monde, mais ne le consume pas ; un feu qui est de ce monde, mais qui n'est pas du monde.

Un feu qui ressemble à celui qui est en nous. Quand nous sommes amoureux, ou quand la foi nous habite, quand le Christ nous habite. Un feu qui nous invite, comme il invite Moïse.

Et Moïse s'approche. Il voit. Et il entend :

« - Moïse !!

  • Oui…
  • Ne t'approche pas, et déchausse-toi, car ce lieu est saint. Je suis Dieu. »

Ce lieu est saint ? Les lieux saints, n'est-ce pas Jérusalem, Nazareth, Bethléem, La Mecque, Rome, Genève, Vézelay, nos églises à chacun ?

Non, c'est ici. Où donc ? Ici. Nulle part. Dans le désert. Un lieu non identifié, perdu, dont personne n'a gardé la mémoire, pas même Moïse, qui n'a même pas posé de pierres pour marquer l'endroit, comme jadis le fit pourtant Jacob, comme le fera plus tard Josué. Là… rien ! Un non lieu.

La terre sainte, le lieu, le seul, où Dieu se soit révélé Lui-même en révélant son nom ; ce lieu n'est marqué d'aucune église, aucun temple, aucune basilique, aucune mosquée, pas même une pierre. Rien ! Un non lieu.

Ou plutôt... c'est partout. Partout où Dieu nous parle, partout où nous l'entendons, partout où nous l'écoutons, partout où Il nous rencontre, partout où nous laissons l'Esprit pousser notre porte. C'est là, le lieu saint ; là que nous devons nous déchausser : quand Lui nous parle.

C'est peut-être pour cela que Moïse n'a pas dressé de stèle : le lieu saint, c'est là où Dieu nous rencontre, et là seulement ; le lieu saint, c'est en nous, en chacun de nous, en moi, en vous, quand nous recevons.

Et là seulement. Pas besoin de pierres, de cathédrales, de pierres sculptées pour cela. Celles qui nous entourent ne sont qu’un luxe, pour nous retrouver ensemble à son écoute. Tout le désert, tous les déserts, tous nos déserts sont des lieux saints, chaque fois qu'ils nous permettent d'écouter Dieu. Et c'est pour cela que nous sommes venus ici : pour écouter.

Et c'est ce que va bien devoir faire Moïse : écouter.

Cueilli par surprise. Et envoyé, à son corps défendant, à son cœur défendant, à sa tranquillité défendante : envoyé délivrer son peuple, face à Pharaon tout puissant.

Par surprise.

Sauver son peuple !

Est-ce que cela pourrait nous arriver ? Sommes-nous aussi appelés ainsi ? Bien sûr.

Moïse était donc rentré en lui-même ; il avait renoncé à tout orgueil, toute arrogance, toute amertume, et vivait paisible, en accord avec sa propre vie. Ce que nous essayons souvent, mais qui ne nous est pas toujours donné…

Et le voilà tout à coup projeté à la fois dans son propre passé et dans l'avenir de son peuple, l'avenir de l'humanité.

Abasourdi, incrédule, il obéira pourtant.

Et nous aussi. Nous aussi sommes appelés, dans nos tranquillités, dans nos vies parfois accordées avec elles-mêmes et parfois non. Sans avertissement. Peut-être ici même…

Appelés à quoi ? Dieu le dira. Chacun, chacune de nous est ici pour l'entendre. Pour rien d'autre.

Appelés à faire quelque chose, comme Moïse, pour le devenir de l'humanité ? Peut-être. Sans doute. Appelés à être, tout simplement ? Oui, en tout cas. Et prêts à être envoyés ? Oui, certainement…

Tout cela ne vous fait-il pas penser à un autre jeune homme très bien, appelé lui aussi vers l'âge de 30 ans, après avoir été lui aussi éprouvé dans le désert ? En ce premier dimanche de l'Avent, nous commençons à préparer l'anniversaire de sa naissance, Noël.

Jésus de Nazareth, qui va naître... où, au fait ? Lisons chez Luc :

‘’Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres :

« Allons donc jusqu'à Bethléem : il faut que nous voyions ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se dépêchèrent d'y aller et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans une mangeoire.’’

Jésus aussi est né nulle part. Les deux seuls Evangiles qui parlent de sa naissance ne sont même pas d'accord : aux alentours de Bethléem, certes. Mais dans une maison pour l'un, une mangeoire pour l'autre ; dans une étable, ou bien une grotte, selon la tradition... C'est tout ce que l'on croit savoir. Le fils de Dieu serait né il y a 2000 ans près de Jérusalem, et personne n'aurait noté le lieu extraordinaire où cela se serait passé ? Eh, non.

Parce que son lieu, ni sa date exacte de naissance, n'importent guère.

Parce que, comme pour Moïse, le lieu où Jésus naît, c'est comme le lieu où Dieu nous parle : c'est partout, c'est en nous, et c'est même bientôt, à Noël.

Ou plutôt, c'est aujourd'hui même, si nous le voulons. Si nous l'invitons, si nous ouvrons notre porte, celle du cœur, et si nous l'écoutons. Si nous savons faire de la place en nous, pour recevoir.

Et nous avons tout l'Avent pour nous y préparer !

Vingt-quatre jours.

Comme Moïse, qui a traversé tout le Sinaï pour se vider de lui-même, et être soudain, par surprise, télescopé par Dieu et envoyé. Comme Jésus, jeûnant au désert, avant d'être lui aussi envoyé.

Nous avons 24 jours, pour marcher en silence à côté de Dieu, et Dieu à côté de nous, pour nous ménager de petits déserts à l'intérieur, pour rentrer en nous-même, nous vider de nous-même, creuser une place en nous. Non pour l'habituel monologue intérieur, que nous connaissons trop, mais pour entendre et recevoir.

24 jours, pour nous préparer à l'étonnement, à la fois émerveillé et un peu inquiet, d'entendre une certitude nous parler, nous murmurer quelque chose pour nous, dans le silence : un pardon, un appel…

24 jours, pour découvrir que nous avons déjà, en nous, ce feu qui n'est pas nous, ce feu qui ne vient pas de nous, mais qui nous rend lumineux et qui attend de nous illuminer et de se propager...

24 jours, pour recevoir et pour aimer...

Alors viens Seigneur, viens en chacun et chacune de nous...

Jean-Paul Morley

Cultes du 30 novembre 2014

Lectures : Exode 2 : 14-22

Exode 3 : 1-5, 7-8, 10-12

Luc 2 : 15-16

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