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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 16:57

En ce début janvier 2015, nous sommes à la veille du 500ème anniversaire de la Réforme, l'affichage des 95 thèses de Luther au sujet de la grâce, qui dénonçaient les indulgences en octobre 1517.

Janvier 2015, octobre 2017, la veille... C'est encore un peu loin !

En fait non, parce que nous avons quelque chose à faire d'ici là. Notre toute nouvelle Eglise Protestante Unie de France n'a, à ce jour, pas de vraie Confession de Foi. Or qu'est-ce qu'une Confession de Foi commune ?

C'est ce qui nous permet de dire qui nous sommes.

Qui nous sommes ? Nous sommes ceux qui sommes unis par ce que nous croyons, et uniquement par ce que nous croyons. Alors notre Confession de Foi, c'est notre identité, notre carte de visite.

Et si nous n'en avons pas, c'est un peu gênant...

Notre Eglise a donc enclenché un processus pour parvenir – un sacré défi – à une Confession de Foi commune. Ce processus prévoit, en toute sagesse, de commencer par la base, par nous, les membres et les communautés de l'EPU.

Avec un calendrier :

  • 2015 propose une réflexion sur ce que nous croyons et comment le formuler, dans toutes les paroisses de France.
  • 2016 organisera un va-et-vient entre paroisses et Synodes pour élaborer notre future Confession de Foi.
  • 2017 verra la proposition de la Confession de Foi officielle dans la jeune Eglise Protestante Unie, à valider par les Synodes régionaux, puis le Synode national, avant proclamation solennelle en octobre pour les 500 ans de la Réforme...

Joli, non ? Joyeuse et belle perspective ! Alors, pour commencer cette réflexion sur ce que nous croyons, je vous proposerai cette année un certain nombre de prédications sur ce que nous croyons.

En commençant aujourd'hui !

Nous lisons donc :

- dans la Genèse, les paroles de Dieu à Abraham alors qu'il était sur le point de sacrifier son fils Isaac (Genèse 22 : 11-18)

- dans l'Epître aux Hébreux, la formule considérée comme la définition de la foi donnée par le Nouveau Testament (Hébreux 11 : 1-2)

- enfin, dans l'Evangile de Matthieu, l'épisode de Jésus et de l'officier romain, le plus bel exemple de foi selon Jésus lui-même (Matthieu 8 : 5-13)

* * *

Je crois... Nous le disons chaque dimanche ou presque, avec le Credo.

C'est ce qu'il nous est demandé de dire à notre baptême ou à notre confirmation, à notre bénédiction de mariage, au baptême de notre bébé... Ou quand nous demandons à être membre d'une Eglise.

Mais que disons-nous, quand nous disons : « Je crois » ? Qu'est-ce que cela signifie ? Qu'est-ce que je dis, quand je dis « Je crois » ?

D'abord, je me compromets. Parce que je dis « JE », et parce que je dis ce que je crois, au plus intime de moi-même, et que je le dis publiquement.

Même si l'on peut aussi dire « je crois » en silence, à l'adresse de Dieu seul,

dans notre intimité avec Lui.

Mais on peut penser d'abord au geste de Luther, à la Diète (l'Assemblée) de Worms, face à l'empereur et au légat du Pape, son envoyé officiel pour faire rentrer de gré ou de force Luther dans le rang et l'orthodoxie catholique. Luther, sachant qu'il se condamne probablement à mort, affirme simplement :

« Je ne peux, ni ne veux me rétracter ;

ma conscience est prisonnière de la Parole de Dieu,

et il n'est ni sûr, ni salutaire, d'agir contre sa conscience ».

Et je me demande si Cabu, Charb, Wolinski et les autres n’auraient pas pu prononcer pratiquement les mêmes mots :

« Je ne peux, ni ne veux renoncer ;

ma conscience est prisonnière de mes convictions et de ma liberté d’expression,

et il n'est ni sûr, ni salutaire, d'agir contre sa conscience ».

On le voit, Luther inaugurait ainsi non seulement le protestantisme, l'affirmation de la relation directe et personnelle de chacun de nous avec Dieu, mais il inaugurait aussi les temps modernes, dans leur reconnaissance laborieuse et douloureuse de la primauté de l'individu sur le groupe, l'institution ou la religion ; la liberté de conscience et les droits de la personne qui en découlent.

Un combat, on vient hélas de le voir, très loin d'être achevé.

Et pourtant, c'est bien lorsqu'un individu ou des individus se rebellent contre un pouvoir, une institution, une idéologie, un ordre social ou une Eglise, que cet ou ces individus, comme Luther jadis, font l'histoire.

Or à l'origine, le Symbole des Apôtres, le Credo, récité dans toutes les Eglises dès le IVème siècle, ne commençait justement pas par « Credo », « je crois », mais par « Credimus », nous croyons.

Mais non : dans la foi, il ne s'agit pas d'abord d'un « nous », il ne s'agit pas de l'affirmation d'une Eglise qui définit un dogme, une vérité, un contenu, des frontières. Non : il s'agit de quelque chose de personnel, d'intime, il s'agit de dire « JE », de dire ce qui vit en moi, et c'est affaire de décision personnelle, de conscience, et de conscience seulement.

Si l'Eglise peut et doit conduire, instruire, accompagner, nourrir, partager, proposer et c'est la tâche que la nôtre se donne d'ici 2017, elle ne doit jamais décider, et encore moins, bien sûr, imposer.

Donc : « JE », d'accord pour la source intérieure, seule légitime.

Mais qu'en est-il du « croire », que contient-il ?

Si la clef de la foi, lue tout à l'heure dans l'Epitre aux Hébreux, est si forte, c'est parce qu'elle est paradoxale, vivante, tendue, incasable :

« La foi est la certitude de ce qu'on espère, la conviction de ce qui ne se voit pas... »

Or ce qu'on espère, par définition, n'est jamais certain, et surtout il s'agit bien de ce qu'on espère, c'est à dire que la foi est tournée vers l'avenir, vers demain, vers ce qui va se vivre, et non vers un savoir reçu. Ce n'est pas simplement croire, par exemple, que Dieu a jadis créé l'univers. Elle est confiance en Dieu pour qu'Il agisse, habite et accompagne nos jours à venir.

Ainsi, croire en Dieu, ce n'est pas simplement croire que Dieu existe, c'est croire qu'Il va agir comme Il a déjà agit.

La foi n'est donc pas une croyance, même si elle fait évidemment appel à notre cœur et notre décision;

Elle n'est pas une connaissance, même si elle est aussi une connaissance et une intelligence ;

Elle n'est pas un dogme à accepter et à croire, même si l'Eglise a pour raison d'être de l'enseigner et de la partager ; et même si, en tant qu'Eglise, elle a besoin d'une Confession de Foi officielle pour se définir – objet de notre travail collectif d'ici 2017.

Alors qu'est-elle, la foi, pour moi, pour chacun ? Qu’est-ce que croire ? Justement, une confiance.

Reprenons l'épisode de l'officier romain. C'est un occupant, un étranger. Un de ses subalternes est gravement malade, paralysé. L'officier entend parler de Jésus, de sa puissance, de ses miracles. Alors il sort à sa rencontre, et lui demande d'intervenir.

Croit-il en Dieu, cet officier romain ? Peut-être. Ce n'est pas sûr. Quels dieux d'ailleurs ? Le panthéon romain ? L'empereur lui-même ? En tout cas, sa foi n'est certainement pas orthodoxe, pas celle qu'il faut, pas casher ; elle est certainement hétérodoxe, chez ce Romain qui fréquente des synagogues. Il croit certainement très mal.

Mais que fait-il ? Il a une telle confiance qu'il dit à Jésus que ce n'est pas la peine de venir, qu'il n'a pas besoin de se déplacer, ce serait trop d'honneur.

« Je suis moi-même sous l'autorité de supérieurs,

et j'ai des soldats sous mes ordres. Je dis à l'un « fais » et il fait, à l'autre « va » et il va ».

Alors Jésus, stupéfait, se tourne vers la foule pour cet aveu provoquant : « Jamais je n'ai rencontré une telle foi ; non, pas même en Israël ».

La croyance de cet officier n'était certainement pas conforme, sa connaissance de la Loi de Moïse n'était certainement pas bien grande, mais, dans l'angoisse, il a eu confiance.

Une confiance simple, totale, offerte, plus grande que celle des savants docteurs de la loi, plus grande que celle de tous les orthodoxes, les bien croyants, les bien pratiquants, et surtout les intégristes du monde entier.

C'est cela, la foi : une confiance. Ce n'est pas un contenu, ni une pratique, mais une relation entre soi et quelqu’un, comme on a confiance en un ami, un amour, un parent qu'on aime. Il en est de même avec le Christ ou Dieu, c'est une relation de confiance de nous à Lui.

C'est d'ailleurs le sens du mot en grec comme en hébreu : dans les deux langues, le verbe que nous traduisons par « croire » signifie « avoir confiance ».

Croire, ce n'est donc pas croire que Dieu existe, c'est tout Lui confier, tout Lui remettre, notre meilleur et notre pire, nos inquiétudes, nos impasses, nos projets et nos espoirs ; et c'est L'écouter quand Il nous murmure la paix et le chemin ; et recevoir cette paix. La confiance, c'est se décharger de sa charge, trop lourde, pour la déposer sur quelqu'un qui, on le sait, la portera.

C'est elle qui a permis à Abraham cet acte insensé de s'apprêter à égorger son propre fils, sur l'ordre de Dieu, ce même Dieu qui lui avait pourtant promis et donné ce fils. Là, ce n'était pas croyance en Dieu, c'était beaucoup plus : c'était confiance en Dieu contre toute logique, contre toute raison, toute compréhension.

Confiance en Dieu et en ce qu'Il fera, aux portes qu'Il ouvrira. Et c'est précisément cette confiance, et non sa grande vertu, qui a rendu Abraham juste aux yeux des hommes et de Dieu. Comme le dira l’Epître aux Hébreux un peu plus loin, c’est par la foi, littéralement la confiance, qu’Abraham a pu traverser épreuves et déceptions, et finalement voir s'accomplir toutes les promesses de Dieu. Car Dieu ne voulait évidemment pas du sacrifice de l'enfant, mais uniquement la confiance d'Abraham, qu'Il a, du coup, sans cesse béni.

Bien sûr, cette confiance se nourrit de ce qu'on a appris, de ce qu'on a vécu, de ce qu'on a partagé avec d'autres, de l'expérience des autres et de l'Eglise. Mais la confiance se nourrit d'abord de la façon dont nous orientons notre regard et notre cœur, elle se nourrit, surtout, de notre prière, de notre entretien quotidien avec Dieu, cet entre-tien qui entretient notre relation entre Lui et nous, notre confiance.

Allons plus loin.

Dire « je crois », ce n'est donc pas seulement croire en Dieu et le reste, c'est Lui faire confiance, même… si l'on n'est pas bien sûr qu'Il existe.

Mais plus encore, dire « Je crois », c'est se reconnaître soi-même insuffisant, pauvre, toujours en manque, décevant, et parce qu'on se sait en manque et décevant, laisser une place en soi pour autre chose, pour de la gratuité, pour du lâcher prise, pour recevoir et voir autre chose que soi-même, une autre force.

Reconnaître cette insuffisance personnelle et laisser en soi une place pour autre chose, c'est déjà croire et faire confiance, pour laisser ensuite cette place augmenter toute seule, pendant que diminue l'autre place, généralement débordante, celle de nos prétentions, nos peurs et nos envies.

*

A quoi bon ? A quoi bon cet étrange aveu d'insuffisance et cette confiance à plus que soi, en ce Dieu qui ne se voit pas ?

Mais parce que ce Dieu répond !

Et donc pour cette promesse toute simple :

ne plus jamais être seul, mais accompagné ;

retrouver l'unité en soi-même, l'accord avec sa vie ;

se découvrir des frères et des sœurs, comme une grande famille ;

s'apercevoir que sa vie est utile et attendue ;

et recevoir ce sourire envers toute chose, ce sourire envers la vie, envers autrui et envers soi-même, qui est la marque des gens de foi, des gens qui ont confiance, de ceux qui peuvent dire « je crois ».

*

Une toute dernière question : pourquoi ?

Pourquoi, au fond, ce besoin de dire « je crois », pourquoi confesser sa foi plutôt que simplement vivre cette confiance ?

D'abord, bien sûr, parce que l'Eglise a besoin de pouvoir donner sa carte de visite, dire qui elle est. C'est le sens de notre réflexion d'Eglise d'ici 2017.

Mais également parce que ce « Je crois » a aussi une autre fonction : c'est justement parce qu'il est un JE, qui vient de l'intérieur, qu'il peut partager ce qu'il croit. Ce JE qui a confiance, et qui s’engage personnellement, est le seul témoignage capable de faire rebondir la foi au delà, de la perpétuer, de l'offrir et de l'étendre vers d'autres.

Pour cela, dire « je » et dire « je crois » est aussi pour nous une responsabilité, et peut-être un mot que je n’emploie jamais : un devoir, car c'est à nous qu'il appartient de donner vie à la foi en Christ, à la confiance en Christ, à une confiance qui sauve, guérisse, libère.

Voilà pourquoi ce « Je crois » ouvre et commande toute notre vie, parce qu'il ouvre le règne de Dieu !

En tout cas, moi, je crois !

Jean-paul Morley

Cultes du 11 janvier 2015

Lectures : Genèse 22 : 11-18

Hébreux 11 : 1-2

Matthieu 8 : 5-13

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