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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 18:09

Peut-être n'êtes-vous pas familier de la Bible, mais avez-vous quand-même déjà entendu cette fameuse phrase qui s'y trouve deux ou trois fois :

« Femmes, soyez soumises à vos maris » ?

Elle a été écrite il y a 2000 ans par l'apôtre Paul, dans deux des lettres qu'il a adressées aux églises qu'il a créées en Grèce et en Turquie.

Une phrase qui l'a souvent fait passer pour un vieux macho...

Lisons :

Lettre aux Ephésiens ch. 5, v. 21-33

Soumettez-vous les uns aux autres à cause du respect que vous avez pour le Christ.

Femmes, soyez soumises à vos maris, comme vous l'êtes au Seigneur.

Car le mari est le chef de sa femme, comme le Christ est le chef de l'Église. [...]

Maris, aimez vos femmes tout comme le Christ a aimé l'Église, jusqu'à donner sa vie pour elle. [...]

Les maris doivent donc aimer leur femme comme ils aiment leur propre corps. Celui qui aime sa femme s'aime lui-même. En effet, personne n'a jamais haï son propre corps ; au contraire, on le nourrit et on en prend soin, comme le Christ le fait pour l'Église, son corps, dont nous faisons tous partie.

Comme il est écrit : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux deviendront un seul être. » [...] Il faut que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que chaque femme respecte son mari.

Réaction de Maud Henrotte à cette citation biblique :

Avez-vous lu Voltaire ?

C’est l’histoire de la Maréchale de Grancey, une aristocrate de caractère, fière, franche, libre, qui découvre les livres après s’être lassée des mondanités.

Je vais vous en lire un extrait :

« L’abbé de Châteauneuf la rencontra un jour toute rouge de colère. « Qu’avez-vous donc, madame ? » lui dit-il.

— J’ai ouvert par hasard, répondit-elle, un livre qui traînait dans mon cabinet ; c’est, je crois, quelque recueil de lettres ; j’y ai vu ces paroles: Femmes, soyez soumises à vos maris ; j’ai jeté le livre.

— Comment, madame ! Savez-vous bien que ce sont les Épîtres de saint Paul ?

— Il ne m’importe de qui elles sont ; l’auteur est très impoli. Jamais Monsieur le Maréchal ne m’a écrit dans ce style ; je suis persuadée que votre saint Paul était un homme très difficile à vivre. Était-il marié ?

— Oui, madame.

— Il fallait que sa femme fût une bien bonne créature : si j’avais été la femme d’un pareil homme, je lui aurais fait voir du pays. Soyez soumises à vos maris ! Encore s’il s’était contenté de dire : Soyez douces, complaisantes, attentives, économes, je dirais : Voilà un homme qui sait vivre ; et pourquoi soumises, s’il vous plaît ? »

Vous pouvez être soulagé. Certes, ces dernières années vous ont fait peur : le droit de vote aux femmes, la suppression du chef de famille, l’ouverture des écoles d’ingénieurs et maintenant leur présence aux Conseils d’administration…. Non, vraiment, la société commençait à perdre ses repères. C’est qu’il ne faudrait pas s’y méprendre, la femme est inférieure à l’homme. Heureusement que notre pasteur a choisi de parler de cette phrase aujourd’hui, il va leur expliquer, à tous ces féministes, ce qu’il faut comprendre de ce texte.

Ou alors…. Vous pouvez être soulagé aussi. Cette phrase sortie de son contexte est comme toute les autres phrases de la Bible sorties de leurs contextes : des prétextes à tout et n’importe quoi.

Mais heureusement, notre pasteur va peut-être parvenir à faire entendre raison à ceux qui se sont reconnus juste avant…

Quoiqu’il en soit, cette phrase « femmes, soyez soumises à vos maris », a au moins le mérite de soulever une grande question de société : l’égalité homme-femme. Et messieurs, vous êtes encore plus concernés que vous n’imaginez :

Pleurer ne fait pas de vous moins que des hommes ;

Jouer avec des barbies ne fait pas de vous des petites filles ;

Etre homme au foyer n’enlève rien à votre virilité ;

Etre moins qualifié et moins payé que votre femme ne fait pas de vous un raté…

Vous ne devriez pas vous sentir le besoin de dominer pour exister.

Parce que tant que vous croirez cela, des femmes seront soumises !

Voilà : ce que vient de protester Maud et la Maréchale ; c'est probablement notre réaction à tous, en écoutant ces admonestations de Paul aux femmes : « Soyez bien soumises à vos hommes ! » Alors :

  1. Replaçons-les dans leur époque,
  2. voyons si Paul ne se contredit pas un peu, pour les nuancer
  3. enfin écoutons si ces vieux textes n'ont pas quand-même un message pour nous, 2000 ans plus tard, au XXI siècle.
  1. D’abord, pour l’époque, deux constats :

Premier constat : Jésus, lui, ne dis jamais, jamais rien de semblable ; jamais aux femmes d'être soumises, jamais aux hommes qu'ils sont supérieurs. Au contraire, quand il rencontre des femmes, il transgresse souvent les codes et les interdits : pour leur parler, les écouter ; il les reçoit, et reçoit ce qu'elles-mêmes lui font découvrir de juste, et il les délivre ou les libère de la situation qui les emprisonne. Ainsi de la Samaritaine rejetée, de la femme condamnée pour adultère, de la femme étrangère, de la femme de mauvaise réputation (Marie-Madeleine), de celle qui se cantonnait aux tâches ménagère (Marthe) ou de celle qu'une maladie invalidante isolait des autres... Et, contre l'avis de ses proches, il les libère...

Deuxième constat : Paul, quand il fait ses appels à la soumission des femmes, ne fait que reprendre des listes de recommandations morales ou domestiques comme il en circulait beaucoup dans l'antiquité. Il est de son temps : un temps finalement pas tout à fait terminé, où le rôle de second et soumis de la femme n'était pas une question, mais juste une évidence…

Mais justement : peut-être déjà plus une évidence pour ces femmes récemment converties à la foi chrétienne, qui avaient compris que cette foi au Christ brise les oppressions, les carcans, les contraintes, les coutumes pesantes jamais remises en cause. Elles avaient compris ce que le Nouveau Testament appelle ‘la glorieuse liberté des enfants de Dieu’, de tous les enfants de Dieu, de toutes les enfants de Dieu.

Remarquons, au passage, que ceux qui, aujourd'hui, continuent de s'accrocher à la supériorité de l'homme et au partage des rôles et des tâches, sont ceux qui s'accrochent le plus au passé et aux traditions ; et que ceux qui, ailleurs, défendent la soumission ou l'oppression des femmes sont aussi les plus totalitaires et les plus fanatiques : il y a un lien entre les deux attitudes, on ne le voit que trop aujourd'hui.

  1. deuxième étape, voyons si l'apôtre Paul lui-même ne se contredit pas un peu, et nuance ses propres propos...

Dans le passage que nous avons lu, Paul semble clair :

« Femmes, soyez soumises à vos maris, parce que le mari est le chef de la femme ».

Oui, mais... Trois remarques :

D'abord, il commence par dire, avant tout le reste :

« Soumettez-vous les uns aux autres, dans le respect de Christ ». Autrement dit, ce qui chapeaute tout le reste, c'est une soumission mutuelle, réciproque, de tous à tous, parce que tous sont sous l'autorité du Christ, une autorité libérante.

Ensuite, Paul affirme que « l'homme est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l'Eglise ».

Oui, mais il ajoute : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise, jusqu'à donner sa vie pour elle... »

Ah ?... Si être le chef, c'est aimer autrui, aimer son conjoint, alors ce n'est pas soumettre, ni dominer, mais donner, tout donner, se donner, jusqu'à donner sa vie pour autrui, pour son conjoint.

On n'est plus tout à fait dans la même logique. Plus vraiment dans la soumission de la femme à l'homme. Mais plutôt dans la soumission réciproque de l'un à l'autre, comme au premier verset (Soumettez-vous les uns aux autres, dans le respect de Christ…).

Troisième remarque, Paul poursuit jusqu'à affirmer : « Le mari doit aimer sa femme comme son propre corps, sa propre chair ».

Alors là, il ne s'agit plus du tout de soumission ni de domination, mais, comme Paul le dit à la suite de la Bible, dans le livre de la Genèse – qui raconte la création de l'être humain - il s'agit de ne plus faire qu'’un’, homme et femme, d'être une seule chair, un seul être, tel que Dieu nous a créés à l'origine. Alors il ne peut plus s'agir de soumission, mais d'un mouvement réciproque de don de soi de l'un à l'autre, ou si l'on veut – c'est même plus juste – d'une soumission commune à un projet commun, à un amour commun et un don réciproque... aidés certainement par une foi commune.

Ainsi l'apôtre Paul, sitôt qu'il développe sa pensée, se montre beaucoup moins conforme aux normes sociales de son temps qu'il ne paraît d'abord...

Il est même révolutionnaire par éclairs !

Et c'est notre troisième étape : il est révolutionnaire,

  • quand il écrit, dans sa lettre aux Romains, que, finalement, « Devant le Seigneur, la femme est inséparable de l'homme et l'homme de la femme ; car si la femme a été tirée de l'homme, l'homme aussi naît de la femme et tout vient de Dieu... ». (I Corinthiens ch. 11, v. 11-12)
  • mieux encore : quand, dans une lettre aux habitants de Corinthe, il parle de sexe, il a cette phrase inouïe pour l'époque : « La femme ne dispose pas de (ou ‘a autorité sur’) son corps, c'est le mari ; de même, le mari ne dispose pas de (ou ‘a autorité sur’) son corps, c'est la femme ». (I Corinthiens ch. 7, v. 1-4)

Egalité absolue, réciprocité totale, respect et attention absolument mutuels, autorité de chacun sur l'autre... C'est révolutionnaire, et encore souvent aujourd'hui !

Ainsi, Paul le conformiste, Paul le sexiste, Paul le réactionnaire, Paul le vieux macho poussiéreux, au delà des apparences et d'une lecture trop rapide, pourrait bien avoir été extraordinairement novateur voici 2000 ans… et peut-être encore aujourd'hui ?

. . .

Un dernier clin d'œil pour finir. J’ai commencé en évoquant les relations sans préjugé de Jésus lui-même avec les femmes rencontrées. J'y ajouterai une curiosité : dans la longue généalogie de Jésus rapportée par l'évangéliste Matthieu, figurent quarante-deux générations. Sur les quarante-deux, quatre femmes seulement. Lesquelles ?

  • Tamar, qui se prostitue pour faire valoir ses droits auprès de son beau-père défaillant ;
  • Rahab, une prostituée étrangère qui trahit son pays ;
  • Ruth, l'immigrée,
  • et Bethsabée, adultère qui épouse son séducteur, David...

Je ne souhaite ces conditions à personne, mais je remarque que les quatre femmes qui ont l'honneur de figurer parmi les aïeules de Jésus se sont toutes libérées de leurs contraintes et de leur soumission !

Jp Morley

Cultes du 8 mars 2015

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