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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 16:25

2017 : avec les catholiques ?

Mea culpa : j’avais peu de confiance en ce nouveau pape, François, réputé conservateur voire réactionnaire ; et encore moins en la capacité de la Curie d’accepter de vraies réformes. Puis, voyant ses initiatives, j’avais considéré le nouveau pape comme très habile dans l’affichage et la communication. Mais je l’attendais sur trois points : accepter l’intercommunion, autoriser mariage des prêtres et femmes prêtres, renoncer à son pouvoir personnel.

Et voici que nous avons un pape magnifique ! Et probablement historique – s’il ne lui arrive rien. Et déjà habile, se s’être d’abord montré populaire en vivant l’Evangile à travers des gestes symboliques, puis en renouvelant – et même nettoyant – son entourage, en particulier financier, pour ensuite s’attaquer à ce qui plombe le catholicisme mondial, et à travers lui l’image de la foi chrétienne. Sur deux fronts : la rigidité morale de l’Eglise officielle, et le conservatisme de la vieille curie. Avec habilité : commencer par consulter le peuple catholique, beaucoup plus ouvert que la hiérarchie, afin de convaincre la Curie, prise entre le peuple et le pape, d’assouplir les règles morales de l’Eglise (récent synode sur la famille). Puis critiquer publiquement cette Curie pour la contraindre à accepter le changement (récents vœux à la Curie). Un stupéfiant courage pour une belle leçon de politique et une vraie leçon d’Evangile !

Oui, je m’étais trompé, mea culpa. Si ce pape François réussit dans son projet, il aura mérité de s’appeler François comme François d’Assise, celui qui voulait reconstruire l’Eglise…

Or une question nous est posée : devons-nous inviter des représentants officiels de l’Eglise catholique aux célébrations des 500 ans de Luther et de ses 95 thèses?

A priori, on le souhaiterait volontiers. Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’EPUdF, le souhaite s’il s’agit de fêter ensemble l’Evangile. Mais il ajoutait prudemment que l’œcuménisme ne doit pas « amoindrir les différences des divers courants chrétiens ». Comment ne pas s’associer à sa prudence ? Les 95 thèses furent une protestation de Luther face à l’Eglise catholique de son temps, à son égarement théologique et à la corruption de son clergé. Protestation qui lui valut d’être excommunié par cette Eglise. Et d’être brûlé ou assassiné s’il n’avait été protégé par le Prince de Saxe. Or, aujourd’hui, si le Vatican a reconnu voici quelques années que Luther avait théologiquement raison, il n’a toujours pas levé l’excommunication de ce moine rebelle. Rappelons que l’excommunication signifierait, si elle en avait le pouvoir, que Luther serait toujours en train de brûler en enfer…

Alors évitons peut-être un piège : célébrer ensemble cet anniversaire ? Avec joie et reconnaissance ! Mais à la condition bien sûr d’un geste significatif du Vatican à l’endroit de Luther et de ses disciples. Ce pape étonnant y est sans doute prêt. Car sinon ce serait accréditer cette idée, souvent défendue par les catholiques, et en prendre acte, que ‘nous sommes maintenant tous pareils’ et ‘qu’il n’existe plus de différences que de forme, non de foi’… Une célébration ‘œcuménique’ de ce 500e anniversaire pourrait alors apparaître comme un jeu de dupes, permettant une récupération catholique de l’événement. Il nierait ainsi la différence entre nos deux confessions. Et donc oublierait nos vraies différences. Car, dans ce que Luther puis Calvin, revivant le combat de Jésus contre les scribes et les pharisiens, dénonçaient, ne reste-t-il rien, hélas, de vivace ? Si le culte à Marie n’est pas très grave, n’avons-nous vraiment rien à dire ou à opposer au refus de communier auquel se heurtent les divorcés catholiques ? Nous venons de voir à quelles difficultés et à quelles résistances se heurte le Pape François pour atténuer cette cruauté… N’avons-nous rien à dire non plus sur le fonctionnement de l’autorité dans l’Eglise catholique, sa censure théologique, ses postures morales (divorce, contraception, avortement…), son refus de la prêtrise féminine, son opacité, sa théologie toujours axée sur l’effort, ou sa revendication d’universalité ? Le pape lui-même vient de montrer à quelles résistances il se heurte, à travers les « quinze maladies spirituelles » reprochées aux prélats de Rome…

Il semble donc, pour que la célébration de ce 500e anniversaire puisse réunir tous les chrétiens sans jeu de dupes, qu’un geste solennel devrait être accompli par le Vatican. Au minimum : que l’excommunication de Martin Luther soit levée, et que l’intercommunion entre Eglises chrétiennes soit enfin acceptée comme évidente et naturelle. Cela semble de simple bon sens. Car hors de telles conditions, comment célébrer ensemble le 500e anniversaire… des virulentes thèses de Luther ? Conditions auxquelles il nous faut en ajouter deux autres, de notre côté : d’abord, pendant ces célébrations, ne pas passer sous silence les désaccords qui persistent encore ; ensuite, prendre nous-mêmes exemple sur le l’étonnant courage de ce pape…

Ce pourrait être une très belle occasion, pour le Vatican, de faire un pas historique vers un véritable œcuménisme. Un pas auquel l’immense majorité du peuple catholique de France est déjà prêt, et que, sans doute, au fond du cœur, une grande partie du clergé a déjà franchi. Le Pape François en est certainement lui-même convaincu. Ne vient-il pas déjà, en demandant aux cardinaux d’«être ‘humains’ » et de soigner leurs ‘maladies spirituelles’, de donner raison à Luther, quand il nous disait tous égaux devant Dieu par le baptême ? Un vrai protestant, ce pape ! Qui a déjà montré son courage et sa détermination.

Un tel geste marquerait son pontificat.

Pouvons-nous espérer ?

(Paru dans Réforme février 2012)

 

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