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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 13:00

« L'Apocalypse »: parmi tous les mots de la Bible, c’est celui qui intrigue et qui fait peur, aussitôt perçu comme un désastre de fin du monde...

Pourtant, il n'a jamais ce sens dans la Bible. Il y a son juste sens : celui de dé-couverte, de révélation. Jésus ne l'emploie absolument jamais, et quand Paul ou un autre l'utilise en écrivant une de ses lettres, c'est toujours avec le sens de « révéler », « découvrir ». Le livre de l'Apocalypse lui-même ne l'utilise qu'une seule fois, c'est en fait son tout premier mot, qui lui a donné son titre. Là aussi, il signifie « Révélation », donnée par Dieu à Jésus-Christ. Et n'a aucunement le sens de ‘catastrophe de fin du monde’.

Et pourtant - ceci explique cela - ce livre raconte un effroyable et ultime combat entre le bien et le mal, Dieu et Satan, avec une fin du monde terrifiante et un tri définitif entre les bons et les mauvais, les élus et les damnés.

Quant au Premier Testament, il ne l'emploie jamais ; et d’ailleurs n'annonce guère de combat final. Mais il parle du « Jour du Seigneur ».

Et voilà qui est intéressant : ce Jour du Seigneur est tantôt une menace, une prédiction effrayante, et tantôt au contraire l'annonce d'un temps de réparation, de paix, de justice et de consolation...

Alors la fin du monde : possible ? Ou simple mythe ? Voulue et décidé par Dieu ? Ou simple épouvantail ?

Voici ce qu’en pense Camille Silhol :

J'ai du mal à croire à la fin du monde.

J'ai beau être consciente que tout ce que nous infligeons à la nature ne peut que nous mener à une catastrophe, la fin du monde se rapporte pour moi toujours à un mauvais film de science-fiction. Et je ne peux vraiment pas me résoudre au fait que cela pourra nous arriver.

Le genre semble toujours avoir existé, c'est un thème récurrent dans la littérature. Sans m'avancer sur le contenu de ce type d'ouvrage, je les imagine un peu comme ces blockbusters américains qui se terminent toujours bien, malgré le danger imminent d'une météorite s'écrasant sur la terre, d'une pandémie mortelle ou que sais-je encore.

L'être humain, ce héros, finit toujours par vaincre et sauver le monde.

Ce sont peut-être ces “fins heureuses” qui me donnent l'impression que c'est un peu pareil pour nous, "dans la vraie vie" : il me semble qu'il ne peut rien nous arriver de si... définitif.

Pourtant tout est loin d'être rose, les faits sont là et les médias ne manquent pas de nous le rappeler. Mais, d'un autre côté, comment ne pas se réjouir quand l'on voit que le système actuel, en touchant ses propres limites, donne naissance à de nouvelles idées, de nouvelles initiatives plus tournées vers l’autre, vers l'humain et vers notre environnement ?

A petite échelle, notre paroisse, les groupes d'ACAT, d'entraide, etc. sont des exemples très concrets des effets "bénéfiques" des catastrophes.

Au fond, si tout allait bien, peut-être ne serions-nous pas là les uns pour les autres.

Je vois donc plutôt la fin du monde comme la fin d'UN monde inséparable d’un nouveau monde, un peu différent de celui que l’on a détruit. La fin d’UN monde que nous recherchons finalement peut-être inconsciemment en provoquant ces catastrophes, mais tout en sachant que ce ne sera pas LA fin. La fin d’un monde pour créer un autre monde, un monde meilleur.

Cet autre monde, Jean nous en parle dans l’Apocalypse au chapitre 21, c’est la Jérusalem Céleste :

« L'Esprit se saisit de moi et l'ange me transporta au sommet d'une très haute montagne. Il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, envoyée par Dieu, resplendissante de la gloire de Dieu. »

Mais cette Jérusalem Céleste, est-elle vraiment celle que Jean nous décrit, un endroit absolument idéal, un nouveau Jardin d'Eden ? J'ai l'impression que tous les efforts que nous fournissons à cause (ou grâce à ?) toutes nos erreurs et leurs conséquences retentissantes, ajoutent chaque jour une pierre à l'édifice de cette Jérusalem céleste qui est peut-être beaucoup plus terrestre, beaucoup plus humaine que ce que nous nous imaginons.

C'est comme si nous la "vivions", cette Jérusalem céleste, ce “nouveau monde”, comme si nous la vivions un tout petit peu tous les jours, en la construisant pas à pas, par le simple fait que nous espérons en elle et que nous sommes confiants en sa réalisation.

Mais alors, finalement, la fin du monde, ne serait-elle pas simplement, comme l’exprime l’écrivaine québécoise Madeleine Ouellette-Michalska, la fin de la confiance ?

D’abord une évidence : la fin du monde est-elle possible ? Oui.

L'est-elle dans un chaos, une violence et un désastre mortel ? Oui, nous y allons peut-être : guerres civiles et guerres religieuses, pollutions, réchauffement, catastrophes écologiques, épuisement de la planète et de la biodiversité, particules fines... : nous sommes au courant, c’est possible, et nous ne faisons pas grand'chose contre.

Est-ce cela qu'annonce l'Apocalypse ?

Apocalypse 8 : 6-9

Les sept anges qui tenaient les sept trompettes se préparèrent alors à en sonner.

Le premier ange sonna de la trompette. De la grêle et du feu, mêlés de sang, s'abattirent sur la terre. Le tiers de la terre et le tiers des arbres furent brûlés, ainsi que toute l'herbe verte.

Puis le deuxième ange sonna de la trompette. Une masse semblable à une grande montagne enflammée fut précipitée dans la mer. Le tiers de la mer se changea en sang.

Le tiers de toutes les créatures vivant dans la mer mourut et le tiers de tous les bateaux fut détruit.

Et c’est Dieu qui provoque tout cela ?

Bonne question ! La fin du monde en tant que punition, est-ce possible ? En tant que volonté de Dieu de détruire tout ce qui s'est, si longtemps et obstinément, opposé à Lui et à son projet de paix, de fraternité, de tendresse et de justice : est-ce possible ?

En tous cas, la Bible l'annonce… Pas seulement le Premier Testament, pas seulement cet étrange livre de l'Apocalypse, mais Jésus lui-même :

Matthieu 24 : 3-8, 29, 36-41

Jésus s'était assis au mont des Oliviers. Ses disciples s'approchèrent alors de lui en particulier et lui demandèrent : « Dis-nous quand cela se passera, et quel signe indiquera le moment de ta venue et de la fin du monde ? »

Jésus leur répondit : « Faites attention que personne ne vous trompe :

Car beaucoup d'hommes viendront en usant de mon nom et diront : «Je suis le Messie !» Et ils tromperont quantité de gens. Vous allez entendre le bruit de guerres proches et des nouvelles sur des guerres lointaines ; ne vous laissez pas effrayer : il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas encore la fin de ce monde. Un peuple combattra contre un autre peuple, et un royaume attaquera un autre royaume ; il y aura des famines et des tremblements de terre dans différentes régions. Tous ces événements seront comme les premières douleurs de l'accouchement.

[…]

Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées

[…]

Cependant personne ne sait quand viendra ce jour ou cette heure, pas même les anges dans les cieux, ni même le Fils : le Père seul le sait.

Ce qui s'est passé du temps de Noé se passera de la même façon quand viendra le Fils de l'homme. En effet, à cette époque, avant la grande inondation, les gens mangeaient et buvaient, se mariaient ou donnaient leurs filles en mariage, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; ils ne se rendirent compte de rien jusqu'au moment où la grande inondation vint et les emporta tous. Ainsi en sera-t-il quand viendra le Fils de l'homme.

Alors, deux hommes seront aux champs : l'un sera emmené et l'autre laissé. Deux femmes moudront du grain au moulin : l'une sera emmenée et l'autre laissée.

…Mais c’est terrifiant !

L'annonce est faite, terrible, et par Jésus lui-même – ces paroles, qu'il les ait prononcées effectivement ou qu'elles aient été ultérieurement mises dans sa bouche, elles sont là, sous son autorité. Et l'Apocalypse lui fait écho :

Apocalypse 9 :17-18, 20-22,

Et voici comment, dans ma vision, m'apparurent les chevaux et leurs cavaliers : ils avaient des cuirasses rouges comme le feu, bleues comme le saphir et jaunes comme le soufre. Les têtes des chevaux étaient comme des têtes de lions ; de leurs bouches sortaient du feu, de la fumée et du soufre.

Le tiers de l'humanité fut tué par ces trois fléaux : le feu, la fumée et le soufre qui sortaient de la bouche des chevaux.

[…]

Le reste de l'humanité, tous ceux qui n'avaient pas été tués par ces fléaux, ne se détournèrent pas des idoles faites de leurs propres mains ; ils ne cessèrent pas d'adorer les démons et les statues d'or, d'argent, de bronze, de pierre et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher. Ils ne renoncèrent pas non plus à leurs meurtres, leur magie, leur immoralité et leurs vols.

Alors c’est cela, l’Apocalypse ?

Mais qu'est-ce finalement que ce livre de l'Apocalypse, le plus étrange, le plus ésotérique et le plus inquiétant de toute la Bible ? Il se présente donc comme une révélation, de Dieu à Jésus-Christ, transmise à Jean, le disciple que Jésus aimait, à travers une vision sur l'île grecque de Patmos. Pour qu'il la transmette à son tour à tous ceux qui ont des oreilles pour entendre. Une vision, par l'intermédiaire d'un livre qu'un ange lui donne à avaler... Elle lui fait d'abord écrire sept lettres, à sept Eglises d'Asie Mineure, des lettres d'encouragement, de critique ou d'admonestation.

Et, après ces lettres, commence un véritable opéra ! La vraie vision, avec des chevaux de feu, des cavaliers, des sceaux descellés, des fléaux effroyables, des dragons, un abîme de feu, une femme accouchant d'un nouveau-né, sauvé du dragon par Michel et ses anges, un trône éblouissant, des millions de morts, Babylone dévastée, un combat de l'agneau – le Christ – contre les démons et des bêtes effrayantes, enfin 144 000 élus, sauvés, accueillis dans une Jérusalem nouvelle descendue du Ciel...

Un véritable opéra, aux rebondissements incessants et aux symboles souvent indéchiffrables, mais un opéra qui met en scène le combat éternel, ici ultime, du mal contre le bien, puis du bien contre le mal, et la victoire à jamais du bien, du Christ, de l'agneau...

Alors cet opéra, confus, un peu bouffon, mais cosmique et tellement crypté, a-t-il un sens ? Et lequel ? Peut-on le prendre au sérieux, ou vaut-il mieux le laisser de côté, là, en fin de Bible pour ce qu'il est : un texte extravaguant, visiblement d'un autre temps qui ne nous concerne plus ? Peut-on vraiment croire qu'il annonce l'avenir ? Et lequel ? Et pour quand ?

En réalité, il n'annonçait pas un futur lointain ni une lointaine fin du monde. Pour son auteur, Jean – ou disons l'un de ses disciples – il s'agit de l'actualité, d'un combat totalement présent. Il fait écho aux premières persécutions de Rome contre la jeune Eglise ; c'est ce combat qu'il dénonce, à travers l'opéra grandiose qu'il met en spectacle... Et la Babylone qu'il dénonce, c'est Rome ! Une Rome-Babylone qu'il dénonce pour son oppression, sa violence, son matérialisme, son règne de l'argent, son cynisme, son immoralité.

Et qu'il invite à fuir, ou du moins à s'en désolidariser :

Apocalypse 18 : 1- 4

Après cela, je vis un autre ange descendre du ciel. Il avait un grand pouvoir, et sa splendeur illumina la terre entière. Il cria avec force : « Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone ! Maintenant, c'est un lieu habité par des démons, un refuge pour toutes sortes d'esprits mauvais ; c'est là que vivent toutes sortes d'oiseaux et d'animaux impurs et répugnants. Toutes les nations ont bu le vin de sa furieuse immoralité. Les rois de la terre se sont livrés à l'immoralité avec elle et les marchands de la terre se sont enrichis de son luxe démesuré. »

Puis j'entendis une autre voix qui venait du ciel et disait : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin de ne pas être complices de ses péchés et de ne pas subir avec elle les fléaux qui vont la frapper. »

Mais aujourd’hui, elle existe toujours, cette Babylone ?

Peut-être : une Babylone puissante, plus puissante que nous les croyants, plus puissante que nous l'Eglise du Christ ; une Babylone au visage parfois fanatique, mais surtout qui conquiert petit à petit toute l'humanité par son matérialisme, son argent et son immoralisme... Nous l'avons reconnue : c'est elle qui domine, aujourd'hui, notre monde, et qui le gagne à son cynisme, son chacun pour soi et son inconsciente irresponsabilité, qui mènent notre planète vers le gouffre.

En fait l'Apocalypse, et son opéra délirant, n'a jamais, jamais, été aussi actuelle qu'aujourd'hui. Nous le savons, jamais l'humanité n'a été aussi proche de se conduire elle-même vers sa propre fin, une fin dramatique.

Et avec une précision terriblement cruelle pour nous, présente dans le texte : « Les autres humains, qui ne furent pas tués par ces fléaux, ne revinrent pas des œuvres de leurs mains ; ils ne cessèrent pas de se prosterner devant les démons de l'or et de l'argent. » Ils ne cessèrent pas…

Or, que faisaient les prophètes du Premier Testament ? Annonçaient-ils l'avenir et ses catastrophes certaines ? Ou avertissaient-ils que, si l'on ne changeait pas de comportements, on allait à la catastrophe ?

Il en est de même avec l'Apocalypse : un avertissement.

Et c'est vrai : le désastre est devant nous. Mais il est aussi entre nos mains.

Car l'Apocalypse ne s'achève pas sur le combat et la terreur, mais sur une promesse : celle de la victoire de l'agneau, le Christ, qui a tout donné, et tout montré... Avec cette saisissante image :

Apocalypse 20 :11 à 21 : 4

Puis je vis un grand trône blanc et celui qui y siège. La terre et le ciel s'enfuirent loin de lui, et on ne les revit plus. Ensuite, je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts. Un autre livre encore fut ouvert, le livre de vie. Les morts furent jugés selon ce qu'ils avaient fait, d'après ce qui était écrit dans les livres. La mer rendit les morts qu'elle contenait. La mort et le monde des morts rendirent aussi leurs morts. Et tous furent jugés selon ce qu'ils avaient fait. La mort et le monde des morts furent jetés dans le lac enflammé. Ce lac est la seconde mort. Quiconque n'avait pas son nom inscrit dans le livre de vie fut jeté dans le lac enflammé.

Alors je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre. Le premier ciel et la première terre avaient disparu, et il n'y avait plus de mer. Et je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui descendait du ciel, envoyée par Dieu, prête comme une épouse qui s'est faite belle pour aller à la rencontre de son mari.

J'entendis une voix forte qui venait du trône et disait : « Maintenant la demeure de Dieu est parmi les hommes ! Il demeurera avec eux et ils seront ses peuples. Dieu lui-même sera avec eux, il sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux. Il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus ni deuil, ni lamentations, ni douleur.

En effet, les choses anciennes auront disparu. »

C'est cela aussi qui est devant nous, cela qui nous est promis ! C'est à cela, un monde nouveau, différent, que Camille nous a dit vouloir croire, avec ces jeunes adultes de la Dynamique des 19-30 ans.

Mais seulement si... nous sommes fidèles,

si nous sommes engagés,

si nous savons croire, donner et nous donner,

car alors, avec l'Esprit, la force et l'aide du Christ, nous sauverons vraiment l'humanité, tous ensemble et chacun là où il est.

Le premier mot du livre était ‘Apocalypse’, le dernier est araméen : ‘Maranatha’, « Seigneur, viens ! »

Cultes du 22 mars 2015,

avec les 19-30

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