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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 20:00

Hier, la terreur, le sang et l'effroi. Sidération.

Demain matin, début de la COP 21, Conférence mondiale pour le climat : les humains face au désastre qu'ils se préparent eux-mêmes. Angoisse, plus qu'espérance ?

On a en tout cas connu meilleur ‘climat’, en ce premier dimanche de l'Avent… Mais la Parole, a dit Jésus, est une épée à deux tranchants.

Alors lisons-la :

d'abord à son départ, à la Création du monde, quand le monde est confié aux humains, dans la Genèse : ch. 2, v 1 à 3 et 15.

Ensuite dans l'Evangile, le terrible avertissement de Jésus, chez Matthieu : ch. 24 : v 3 à 8 et 20 à 25.

Non, le climat dans les deux sens du mot, n'est pas bon. Mais tout bon prédicateur chrétien se doit de toujours finir sur l'espérance : Dieu nous aime, interviendra et nous sauvera ; sa grâce ne nous abandonnera pas, en tout cas pas nous, ses fidèles…

Eh bien, c'est faux. Les Hébreux en font le constat tout au long de la Bible, que ce soit à travers les prophètes ou les psaumes. Et quand il y a désaccord, c'est au prophète de malheur que Dieu donne généralement raison. Les exemples de non-salut jalonnent le Premier Testament : sans même évoquer le déluge, il suffit de rappeler la chute de Jérusalem, l'Exil à Babylone, la fin de la dynastie ‘perpétuelle’ de David, les destructions du Temple de Jérusalem, la diaspora… Quant au jour du Seigneur et à l'apocalypse, tant attendus par le peuple, ils ne sont jamais venus, même aux moments de plus grande détresse... Cet espoir d'intervention puissante et miraculeuse du Seigneur est, dans la Bible, surtout un cri de désespoir, un appel au secours, plus souvent qu'une réalité…

Promesse fausse encore dans l'histoire réelle : les grandes pestes du Moyen-âge, les invasions, les pogroms, la Shoah, le génocide des Arméniens ou celui du Rwanda, la Syrie, l'Irak, le 11 septembre ou le 13 novembre… Aucune prière n'a arrêté ces tragédies collectives.

Tous n'ont pas étés tués ? Un petit reste, au moins, a survécu ? C'est vrai, heureusement. Mais pour les autres, et pour tant de peuples, c'est terreur, désespérance et mort horrible : mort de ses enfants, mort de son conjoint, mort de ses parents, des frères, des sœurs, des amis, du pays…

Dieu sauve-t-il de l’horreur ? La réponse est non.

Les prophéties de Jésus lui-même, chez Matthieu comme chez Marc ou Luc, sont même pires que celles des anciens prophètes…

Et aujourd'hui, les nouvelles de la Terre sont un peu terrifiantes.

Nous pouvons changer le cours des choses. En particulier le climat, c'est l'objet de la Cop 21. Mais nous ne le faisons pas, ou pas assez.

Dieu va-t-Il alors intervenir ? Non. Empêchera-t-Il le naufrage de son humanité, ses enfants ? Non. Empêchera-t-il le désastre de sa planète préférée ? Non.

Pourquoi ? La réponse, toute simple, est là, dans la Bible, dès les premiers chapitres : Dieu nous a voulus libres et responsables. Libres. Et responsables. Il nous a chassés du paradis précisément pour que nous puissions vivre totalement cette responsabilité : la garde, le service et la responsabilité de la terre et de ceux qui l'habitent, nous-mêmes compris.

Relisons et précisons ce beau verset de la Genèse :

« Le Seigneur Dieu prit l'être humain et le plaça dans le jardin d'Eden, pour le cultiver et le garder ». (Genèse 2 : 15)

Le verbe traduit par ‘cultiver’, signifie d'abord ‘travailler’, et même, plus souvent encore, ‘servir’, être même ‘esclave de…’ L'être humain est donc institué serviteur de la Création, placé là pour la servir et la garder…

Nous en sommes réellement responsables et si nous en sommes vraiment responsables, alors nous en sommes seuls responsables !

Si nous agissons, nous pouvons nous sauver.

Si nous n'agissons pas, ou pas assez, Dieu ne nous sauvera pas.

Pas plus qu'Il n'a sauvé les Juifs sous Hitler – c'est nous, les humains, qui avons mis fin à sa folie.

Pas plus qu'Il ne sauve aujourd'hui les Syriens ou les réfugiés traversant la Méditerranée ;

pas plus qu'Il n'a sauvé les victimes du 13 novembre, malgré leurs prières.

C'est terrible, mais c’est de la théologie de base, au fondement des convictions protestantes : l'affirmation que, seule, la foi sauve, implique notre totale responsabilité. Face à nos proches, face à nos prochains, et face à nos lointains, la terre et l'humanité.

Que Dieu nous pardonne d’être si loin

de ce qu’Il attendait de sa création et de ses enfants…

Nous, l'humanité, nous sommes responsables de l'humanité et de la terre. Dieu nous les a confiés.

Or… Peut-être certains lecteurs du journal Le Monde ont remarqué, juste avant l'été, trois bonnes nouvelles qui ont éclaté en quelques jours dans ce journal, puis d'autres medias.

La première bonne nouvelle a été l'Encyclique : « Je te loue », du bon Pape François sur le climat. Superbe prise de position face à la nature « qui nous gouverne » dit-il, et contre laquelle nous nous sommes révoltés et que nous détruisons. Encyclique qui se termine bien entendu par un appel à la sobriété, à la modération, et à une nouvelle fraternité. Tous les media ont crié bravo à cet engagement fracassant de la plus grande force religieuse du monde.

La deuxième bonne nouvelle fut une étude du FMI, confirmée au même moment par une autre de l'OCDE – FMI, OCDE, pas particulièrement gauchistes d'habitude – deux études qui démontraient, oui démontraient, chiffres à l'appui, que l'enrichissement des riches appauvrit les pauvres, mais que l'enrichissement des pauvres enrichit toute la société… Bref, que les inégalités croissantes dans le monde et nos sociétés – inégalités, portées par les idéologies dominantes dans le monde – provoquaient ou favorisaient les drames écologiques et géopolitiques qui nous déstabilisent tous.

Le troisième bonne nouvelle est une étude encore plus surprenante et même renversante (Car entre nous, l'effet de l’inégalité sur l’économie, on l'enseignait déjà quand j'étais étudiant en Sciences Economiques, voici 50 ans…). Cette nouvelles étude, c'est que si toutes les frontières étaient abolies et laissaient tous les migrants circuler à volonté… il n'y aurait pas plus de migrants qu'aujourd'hui. Parce que les réfugiés partent de toute façon.

Mais que cela coûterait beaucoup moins cher. Et même améliorerait la situation géopolitique du monde et l'économie de la totalité des pays… !

Formidable !

Nous savons donc que faire, c'est là, à portée de nos mains, nous pouvons sauver la planète et l'humanité, nous en avons les moyens, nous les connaissons, et nous connaissons aussi la menace mortelle qui pèse sur nous si nous ne le faisons pas.

Alors sauvés quand-même ?

Pas sûr. Nous le savons tous. Vous, moi, tous.

Nous savons tous que rien n'assure que nous le ferons. Nous savons tous que nous ne sommes pas près d'ouvrir toutes nos frontières ; nous savons tous que la Cop 21 ne limitera probablement pas la hausse des températures à + 2°, alors que les experts et les politiques savent que 2°, c'est déjà trop ; nous savons tous que tant les individus, que les pays, que les grandes compagnies, auront du mal à renoncer au profit immédiat…

Et Dieu, qui voit cela, et les conséquences de cela, en souffre,

et en pleure sans doute.

Alors sommes-nous perdus, si ni nous, ni Dieu, ne sommes en mesure de nous sauver de nous-mêmes ?

Pas sûr non plus. Parce que si ni nous, ni Dieu ne sommes en mesure de nous sauver, peut-être, et même sûrement, pouvons-nous le faire… ensemble.

Nous et Dieu. Dieu avec nous. Ensemble.

Dieu avec nous, c'est même le nom de Celui qui naîtra bientôt, à Bethléem : Emmanuel. Dieu avec nous.

Que peut-Il faire, Dieu, s'Il n'agit pas sur le climat ?

Agir sur notre esprit. Le vôtre, le mien ; sur nos intelligences et notre regard. Il nous parle. Il est prêt à nous guider. Il est prêt à nous conseiller. Il est prêt à nous accompagner. A nous donner force, courage, décision, et espérance. C'est cela l'œuvre de l'Esprit Saint, et c'est aussi cela que disent les psaumes et les prophètes.

D'ailleurs, Dieu le fait déjà : nous sommes déjà avertis, conscients, guidés, encouragés, éclairés. Nous avons reçu l'appel du Pape, l'étude du FMI, celle sur économie et migrations. Et beaucoup d'entre nous ont évidemment déjà commencé de vivre plus sobrement, plus fraternellement, peut-être à militer.

Et Dieu, qui est déchiré de nous voir nous précipiter vers des chaos annoncés, fera tout pour nous éclairer et nous porter, si nous le Lui demandons. Si…

Bientôt Noël. Un nouveau-né, tout faible et désarmé ; mais une lumière dans la nuit, promesse d'espoir, d'inattendu, d'inespéré.

Oui, nous sommes totalement et seuls responsables de la planète, de notre avenir et de l'humanité. Mais Dieu nous tend la main, la main de ce nouveau-né, pour ensemble rendre fausses les prophéties de malheur, y compris les miennes.

Jean-paul Morley

Cultes du 29 novembre 2015

Lectures : Genèse 2 : 1-3, 15

Matthieu 24 : 3-8, 20-25

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