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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 16:07

Vacances d'hiver et Carême viennent de commencer. Pour des protestants, la préparation de Pâques, c’est un temps pour ménager plus de temps à la prière et la lecture de la Bible…

Alors je vais vous raconter une expérience personnelle de petites vacances comme celles-ci. Elle m'a donné à réfléchir un peu.

Mais d'abord, relisez dans la Bible la fameuse réponse de Salomon, futur plus grand roi d'Israël, alors qu'il vient d'être intronisé après la mort du roi David, son père, et que Dieu lui demande ce qu'il veut pour son règne : I Rois 3 : 5-17

Voilà quelques années, j'ai fait une intéressante vérification pratique et impromptue de ce que je prêche jour après jour ou année après année.

Nous étions partis en vacances pour une semaine avec deux amies. Les deux premiers jours, je n'étais pas très content : pas de très bonne humeur, un peu bougon, un peu enrhumé, pas satisfait ni de ce je faisais, ni de l'organisation des vacances ; bref, maussade, taciturne et pas agréable pour mes co-vacancières.

Un peu bête de gâcher ainsi des vacances !

Alors j'ai réfléchi. Et qu'ai-je découvert ? Que pendant ce début de vacances :

Premièrement je n'avais guère prié ;

Deuxièmement j'avais prévu ce que je voulais faire pour moi, travaux ou loisirs, et comment devrait s'organiser la vie à mon idée ;

Mais troisièmement que je n'avais pas envisagé ce que je pouvais faire pour mes trois co-vacancières, au-delà bien entendu du minimum syndical, pour leur rendre leur séjour heureux et bienfaisant.

Résultat : c'était moi qui n'étais pas heureux, et qui ne me faisais aucun bien ! Alors j'ai juste changé de logiciel :

Premièrement, j'ai recommencé de prier, pour offrir ces quelques journées restant de vacances, et m'offrir à y être utile ;

Et deuxièmement j'ai décidé de me rendre attentif et agréable aux trois autres.

Résultat : le lendemain matin, je me suis réveillé tout joyeux, j'ai changé de mode avec mes trois co-vacancières, et… je me suis retrouvé heureux. Je ne sais pas si j'ai été plus agréable, mais, sans doute, j'espère avoir été au moins... moins désagréable !

C'est quand-même extraordinaire ! Car qu'est-ce que je prêche, de culte en culte et de catéchisme en catéchisme ? Que le secret du bonheur est extrêmement simple, et qu'il se trouve au cœur de l'Evangile : d'abord comprendre que vivre pour soi est une impasse et la certitude d'être malheureux ; ensuite que le secret n'en est pas un : il est de faire passer autrui avant soi-même, et d'en trouver la force dans l'amour reçu de Dieu.

En termes bibliques, cela s'appelle : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ta force, et tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Autrement dit : l'égoïsme ordinaire, courant, naturel, le mien par exemple, conduit à la tristesse et au malaise intérieur ; tandis que le souci d'autrui avant soi-même conduit au bonheur et à la paix intérieure… C'est bien ce que je prêche opiniâtrement. Et c'est donc vrai ! En huit jours, je l'ai vérifié, comme un exercice pratique. C'est du vécu !

Alors, vous savez quoi ?

Si vous en êtes déjà convaincu, continuez : vous êtes heureux. En cas de doute, faîtes comme moi l'expérience contraire, pour vérifier.

Si vous n'en êtes pas convaincus, alors vraiment, faîtes l'exercice pratique, je gage qu'une seule journée d'exercice suffira à vous convaincre !

Vous voyez, l'Evangile, ce n'est pas si compliqué à vivre, et c'est la porte du bonheur.

Trop facile ? Je peux dire cela parce que ma vie est facile, avec une famille, un toit, un travail, des enfants en bonne santé ? Exact.

Pourtant, permettez-moi de maintenir mon affirmation, en m'appuyant cette fois sur ce que j'ai observé autour de moi : c'est justement quand tout va mal, quand le malheur vous frappe, deuil, naufrage social, maladie, dépression, c'est justement alors – et je l'ai observé chez d'autres avec admiration – qu'il nous faut à tout prix nous obstiner à penser autrui, avant soi-même, au bonheur d'autrui avant le mien, malgré le mien. Non pas qu'il faille se négliger ou se sacrifier, au contraire, toujours s'accepter soi-même, se respecter et prendre soin de soi, mais c'est seulement en pensant à autrui avant soi-même qu'on reste humain, qu'on reste des êtres humains, et qu'on peut, malgré tout, garder ou retrouver une part de bonheur en soi – en la confiant au Père, et en le suppliant de continuer à nous donner suffisamment de force pour cela : continuer de penser autrui avant soi-même.

C'est bien cette force-là que nous demandons dans la prière, comme Salomon devenant roi, et c'est elle que nous recevons à la Sainte Cène que nous partageons le dimanche.

« O Seigneur,

que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler,

à être compris qu'à comprendre,

à être aimé qu'à aimer.

Car c'est en se donnant qu'on reçoit,

c'est en s'oubliant qu'on se retrouve,

c'est en pardonnant qu'on est pardonné,

c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie. » (Saint-François d'Assise).

Et puis je vous propose deux nouvelles histoires, ou plutôt une double : celles de deux jeunes hommes que j'ai connus, voici quelques années. Deux histoires parfaitement authentiques.

Ces deux jeunes hommes ont, l'un et l'autre, peu de diplômes.

L'un est africain, noir et tout, orphelin, et débarque en France avec des papiers un peu truqués et un français approximatif. Très peu de chance d'être régularisé et de réussir son immigration.

L'autre est blanc, français et tout, et d'une bonne famille, bonne éducation, beau gosse, contact agréable, une jeune épouse charmante, beaucoup d'ambition et d'énergie. Beaucoup d'atouts pour réussir.

Mais le premier a une confiance étonnante en Dieu, envers les autres, envers l'avenir, envers sa bonne étoile. Et quand il prie, chaque jour, il prie comme Salomon, c'est-à-dire avec une immense humilité et en demandant uniquement que Dieu l'aide à bien faire et à vivre juste et fraternel.

L'autre ne fait confiance à personne, ne croit pas en Dieu, a confiance en lui, en son avenir, qu'il conçoit comme un combat. Il ne prie jamais, occupé par des choses tantôt plus sérieuses, tantôt plus excitantes.

Le premier se retrouve donc à Paris, seul, sans logement, ni famille, ni travail, survivant de petits services et boulots grappillés, et en évitant les contrôles d'identité.

L'autre, par les relations de son père, trouve un travail dans la finance, où il peut investir son ambition et son énergie.

Mais finalement, la confiance du premier, sa gentillesse, sa disponibilité lui permettent de faire des rencontres, certaines improbables, qui se transforment en amitiés imprévues, puis en un réseau de vrais amis qui finit, avec l'appui d'une Eglise, par lui permettre de trouver un logement, des papiers, un travail, des études, une vraie embauche et pour finir une naturalisation.

Tandis que l'autre se retrouve licencié avec la crise économique, riche d'un petit capital et d'une bonne expérience, mais seul, sans aide, juste un réseau professionnel… qui s'évapore rapidement. En peu de temps son capital a fondu et il ne retrouve pas de travail.

Coïncidence, c'est à la même époque que l'un atterrissait en France et que l'autre perdait son emploi. Quelques années plus tard, leurs trajectoires s'étaient inversées, contre toute logique.

Qu'est-ce que je suggère ?

Que l'un est béni de Dieu, aimé ?

Que l'autre est puni de Dieu, non aimé ?

Non, bien sûr.

L'un béni ? Oui, ces rencontres improbables, ces amitiés, cette certitude d'être accompagné… oui, mais tout cela rendu possible par sa confiance, son écoute, sa disponibilité, son sens du service sans aucun calcul : on peut appeler cela la foi.

L’autre puni ? Non, mais Dieu rendu impuissant, ne pouvant rien faire ni guider, faute d'une confiance en face de lui, d'une écoute, d'une disponibilité : on appelle cela une foi…

Tous les deux sont certainement aimés de Dieu autant l'un que l'autre. Sans doute avec un regard de tendresse pour l'un, un regard désolé et désarmé pour l'autre…

Eh, bien oui, c'est bien cela que je veux dire : la confiance envers les autres, envers Dieu, envers ce qui adviendra de nous-même, est une vraie clef. Cela s'appelle la foi, et la Bible sait que la foi est la clef de la bénédiction qu'elle promet. Cela paraît simpliste à prétendre, simpliste à prêcher, mais c'est tout simplement vrai : Dieu a besoin de nous pour nous bénir.

La foi, la confiance et la fidélité ouvrent la porte du bonheur et de la bénédiction, mais l'absence de foi et de confiance fait glisser vers celle du désespoir et de la solitude. C'est simplement vrai, annoncé par la Bible, et éprouvé. Bien sûr, on peut avoir une vraie foi et être frappé par le malheur. Mais, même alors, on peut continuer d'être guidé si on parvient à garder cette confiance.

Une image toute simple pour finir : imaginons une forêt vierge. On s'y perd. C'est dangereux. Mais imaginons aussi une longue corde qui la traverse : s'y accrocher permet d'arriver à destination et d'éviter les dangers.

Cette forêt existe : c'est la vie. Pour chacun, chacune.

La corde existe aussi : elle est donnée par Dieu, au quotidien. Elle ne se voit guère, elle est discrète, mais elle est là : il suffit de la tenir. Il suffit de lui faire confiance. Confiance en Dieu. Et prier. Comme Salomon, en se mettant au service.

Jean-paul Morley

Cultes du 2 février 2016

Lectures : I Rois 3 : 5-10

I Thessaloniciens 5 : 16-24

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