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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 13:42

Les Rameaux ! Le jour de gloire de Jésus, quand il entre dans Jérusalem sur un âne, comme les grands rois de jadis, sous les ovations de la foule, qui l'acclame comme un sauveur et veut le faire roi

Les Rameaux, jour de gloire... ou de grand malentendu ? Jésus entre triomphalement dans Jérusalem sous les acclamations de la foule, qui a enfin compris que ce rabbi bizarre, miraculeux et subversif était vraiment le Messie, celui qu'on attendait, le vrai, l'envoyé de Dieu. Celui qui va libérer Israël, rétablir le Royaume de Juda, le règne de Dieu, instaurer la justice, la fraternité et la loyauté, tout cela par la toute puissance du Très-Haut…

Et Jésus répond le cœur déchiré à cet enthousiasme. Il sait, lui, que le peuple se trompe ; il sait que Dieu ne fera pas à notre place ; il sait que le Règne de Dieu est là, tout près, entre nos mains, au milieu de nous, mais que, justement, il dépend de nous.

Eux voulaient le faire roi, sans plus attendre. Mais Jésus, lui, pleure sur Jérusalem.

Eux voulaient le faire roi, sans plus attendre. Mais Jésus, lui, sabote tout espoir de ce genre en provoquant un scandale avec les marchands du Temple, scandale qui bloque le fonctionnement du temple. Et voici que la religion ancienne est immobilisée, pétrifiée.

Eux voulaient le faire roi, mais sa couronne sera d'épines, son trône, de clous, et c'est sa mort qui sera sa gloire !

Tristes rameaux, triste illusion, funèbre malentendu.

Pour les compagnons de Jésus, abasourdis, c'est la nuit, la sidération, le noir du tombeau. Il n'aura fallu qu'une petite semaine entre l'entrée triomphale à Jérusalem et l'entrée au tombeau…

Mais il ne se passera que trois jours entre l'effondrement de toute espérance et sa résurrection. Celle de Jésus. Celle de l'espérance. Il fallait tuer l'illusion pour que la véritable espérance puisse vivre. Il fallait que Jésus meure et ressuscite pour que l'Eglise puisse naître.

Et elle naît, sous la forme de quelques femmes et quelques hommes courageux, qui annoncent, contrairement à toute évidence, que le mort est vivant, que Jésus avait raison, que le Règne de Dieu est là, tout proche et entre nos mains, les nôtres, prêt à être vécu. Des miracles l'attestent. Et des milliers d'hommes et de femmes entrent dans l'espérance, partagent leur foi, leurs biens, leurs prières, font fi des menaces des prêtres, et organisent déjà une vie communautaire…

Mais, premier flottement dans cette organisation, certains, certaines, des veuves étrangères, sont défavorisées. Dans cette communauté fervente, certains, certaines sont moins que d'autres… Est-ce possible, dans une communauté dont le cœur battant est l'amour de Dieu, et l'amour des frères et sœurs en Christ ? Non.

Cela dit, les apôtres n'hésitent pas : « Nous, disent-ils, notre mission, c'est la Parole, c'est annoncer Jésus, le Christ vivant. Que d'autres s'occupent de l'intendance ».

Alors, on en choisit sept. Sept diacres pour assurer la répartition équitable des repas.

Et c'est là que cela devient intéressant. Car si les apôtres ne pouvaient accepter d'annoncer l'Evangile de l'amour sans le vivre entre eux, les diacres, eux, ne peuvent le vivre et distribuer le service sans annoncer aussi l'Evangile d'amour. C'est indissociable, dans les deux sens.

Et ce sont eux, les diacres, ceux du service et de la solidarité, qui l'annoncent le mieux et le plus efficacement. Mieux que les apôtres qui se réservaient ce rôle ! Au point que ce sont eux, Etienne et Philippe en tête, qui deviennent les premiers persécutés, traînés au tribunal de la Synagogue.

Et là, Etienne, faisant face à ses juges, se lance dans un discours extraordinaire, un joyau de réthorique, (qui constitue tout le chapitre 7 des Actes) où, après avoir rappelé l'histoire des relations entre Dieu et son peuple, avec toutes les infidélités de celui-ci, finit par leur démontrer qu'eux, les guides et les juges du peuple, sont en fait les descendants de tous ceux qui dans l'histoire furent infidèles à Dieu, en remplaçant la foi et la justice par la règle et le rite.

Conséquence immédiate, les prêtres, fous de rage, traînent Etienne hors de la ville, et le lapident… Premier martyr de la foi.

Or ce tout premier martyr de la foi est donc un diacre, c'est-à-dire un croyant affecté au service des pauvres… Comme si c'était le service des défavorisés et des étrangers qui portait avec le plus de force et de vérité la parole du Christ.

Comme si c'était l'engagement dans un service engagé, concret, les mains dans la pâte, qui donnait à la parole annoncée sa vérité.

Comme si – mais ne le savons-nous pas déjà ? – le geste de solidarité était indissociable de l'annonce de l'Evangile, et inversement l'annonce de l'Evangile indissociable du geste de solidarité.

C'est ce qu'ont compris William et Catherine Booth dès la création de l'Armée du Salut, où le pasteur Mc All à l'origine de la Mission Populaire Evangélique, ou encore Simone de Dietrich et Madeleine Barot en créant la Cimade dès juillet 1940.

Comme l'écrivait dans sa lettre l'apôtre Jacques, premier chef de l’Église : « La foi, si elle n'a pas d'œuvres, est morte en elle-même. Montre moi ta foi sans œuvres, et moi je te montrerai ma foi par mes œuvres ».

Ce n'est pas de la morale. Ce n'est pas une obligation.

C'est juste une évidence.

On ne peut croire sans faire.

On ne peut être aimé sans rendre.

On ne peut être aimé sans aimer en retour.

Et on ne peut aimer sans donner, partager, accompagner, aider.

Sans quoi on se trompe soi-même, on se ment à soi-même. A l'échelle individuelle, comme à l'échelle collective.

Si nous comprenons que, malgré tout ce qui s'agite au fond de nous, nous sommes regardés comme justes par notre Créateur, nous ne pouvons que regarder le plus misérable et le moins méritant des humains comme, lui aussi, regardé comme juste par son Créateur. Et nous ne pouvons que vouloir la justice pour tous. C'est simplement naturel.

Vous rappelez-vous de la dernière parabole de Jésus ? Celle des brebis et des boucs. Au dernier jour, le grand troupeau des humains sera ressuscité. Et trié. A droite les moutons. A gauche les chèvres. Les moutons sont ceux qui auront, au long de leur vie, donné du pain, de l'eau, du temps, une couverture, de la fraternité à ceux qui en avaient besoin. Les chèvres sont ceux qui auront négligé d'en donner.

L'intéressant, c'est qu'il ne s'agit pas de morale : ni les moutons, ni les chèvres ne se souviennent de l'avoir fait, ou pas, au nom du Christ. Ils l'ont fait, ou pas, naturellement, spontanément, parce qu'il s'agissait de petits, de frères ou de sœurs qui avaient besoin. Sans calcul. Spontanément. Parce qu'on ne peut aimer sans donner. Parce qu'on ne peut aimer l'Evangile sans le vivre et concrétiser cet amour.

Voilà pourquoi notre Eglise se trahirait si elle prétendait annoncer l'Evangile sans donner et partager.

Mais elle le fait, ici, discrètement, sans trop de bruit, avec un engagement financier bien sûr, mais surtout un bel engagement humain, de beaucoup d'entre nous. Avec les permanences Cimade, avec l'organisation des repas de Sans domicile, avec l'accueil de réfugiés, avec le soutien à la Mission Populaire du Picoulet, et avec tout ce qui ne se voit pas.

D'où ce quatrième volet de notre Projet d'Eglise, « L'engagement et la solidarité », à toujours renforcer. Ce quatrième n'est pas le moins important, il est la conséquence naturelle de ce qui précède.

Et cela le rejoint : car le dernier mot, bien sûr, c'est prier.

Prier, pour sentir l'amour qui m'enveloppe ;

Prier, pour sentir l'irrésistible envie de rendre et de partager ;

Prier, pour recevoir le courage, l'intelligence et la force de vivre cet amour engagé, et de le vivre joyeusement, avec naturel ;

Prier, pour présenter toutes ces souffrances et ceux et celles qui les vivent à ce Dieu maternel et bienveillant…

Prier pour tout cela, et se découvrir heureux !

Cultes des Rameaux 2016

Lectures : Luc 19 : 28 à 41 et 45-46

Actes 6 : 1 à 8

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