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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 12:40

En ce jour particulier, trois versets qui m'ont accompagné au long de ma vie.

Un : Quand j'étais enfant, mon père m'a dit vouloir sur sa tombe ce verset de Josué :

« Moi et ma maison, nous servirons l'Eternel ».

C'est beau, c'est plein de confiance. Mais aujourd'hui on n'engage pas d'autorité sa maison ni sa famille – les parents ici présents en savent peut-être quelque chose…

Mais peut-être, qui sait, que cela m'a influencé, et… je m'en souviens !

Et puis, deux : quand j'étais adolescent… il faut reconnaître que j'étais un ado timide, (je le suis toujours, mais je me cache), introverti, complexé, sans charme, renfermé et sans humour ; énergique et volontaire, mais sérieux comme un protestant.

Pourtant, quand j'ai fait ma confirmation, le 15 mars 1964 – oui, je sais, vous n'étiez pas nés, aucun de vous – le pasteur Charles Westphal, à Roquépine, a choisi pour moi un verset étonnant, dans un livre de la Bible que je n'aime pas, parce que c'est une sorte de contre-modèle qui propose une vision intégriste de la foi. J'ai nommé le livre de Néhémie… Un verset qui ne m'allait pas du tout, mais très beau :

« La joie du Seigneur sera votre force »

J'ai été très, très étonné. Mais aujourd'hui, je crois que ce pasteur éminent a été inspiré. Ce verset n'avait aucun rapport avec ce que j'étais. Pourtant, c'est peut-être ce qui m'a porté et aura été ma force. Car j'ai toujours été heureux du Seigneur, et de ce qu'Il me demandait et m'offrait de vivre. Quand j'étais chef scout, quand j’étais étudiant, que je livrais des lustres puis les repas de cantines scolaires, quand je conduisais des cars, que je militais à Amnesty International, au Mrap ou à la Cimade, quand je classifiais les livres du Centre Protestant d'Etudes, que je formais de futurs animateurs, que je m'engageais dans l'évangélico-social à la Mission Populaire Evangélique, ou quand j'en écrivais l'histoire sociologique, quand j'enseignais l'hébreu – certains ici s'en souviennent – cela a toujours été cette joie de mêler la prière, l'action, la parole et la fraternité, qui aura été ma force.

Et c'est le verset que je voudrai, un jour, sur ma propre tombe…

Alors oui, je dis et ne dirai jamais assez merci au Seigneur pour la joie qu'Il m'a donnée, tout du long où je tentais de vivre et d'agir à son service.

Même si je dois bien reconnaître que la joie qui m'a été donnée au long de ces 44 dernières années, il faut bien que le Seigneur admette qu'elle m'a été aussi donnée, à 50 %, par Chantal.

Et nos enfants.

Et le troisième verset ?

Trois : voilà une trentaine d'années déjà, ma mère est partie vers la lumière. Une formule qu'elle a inaugurée, agacée par les faire-part tristes et convenus… ‘Partir vers la lumière’ : beau, non ? Et rassurant ? Et, simplement, vrai.

Or, elle qui n'était croyante que par admiration de la foi des autres, a choisi pour son départ ce verset :

« Le Seigneur en a besoin »

Il s’agit de l’âne, au moment des Rameaux, sur lequel Jésus va entrer pour l'ultime fois à Jérusalem.

Le Seigneur en a besoin. Et c'est tout.

Je pensais que ma mère avait l'admirable modestie de ne pas prétendre être plus qu'un âne, à mettre au service du Sauveur. Mais non, même pas. Elle se pensait seulement comme l'anonyme propriétaire de l'âne, qui, sans discuter, laisse partir les siens quand ils se mettent, eux, au service du Christ : son mari, il est vrai très engagé dans l’Église et ailleurs ; son aînée, partie missionnaire ; son petit dernier, jouant au pasteur ouvrier….

Je suis donc l'âne. Et ma reconnaissance est immense. Ce n'est pas ma mère qui m'a transmis la foi, et je ne sais pas ce qu'elle a fait pour faire de moi cet âne. Mais je suis effectivement un de ces millions d'ânes qui essaient de porter, transmettre, offrir, non pas le Sauveur, restons calmes, mais la Parole, sa Parole.

Mal, pas assez, comme un âne, mais quelle chance immense !

. . .

Alors, aujourd'hui. Quand on enseigne la prière, si tant est qu'elle se puisse enseigner, on propose toujours de la structurer sur ces trois mots clefs : pardon, merci, s'il te plaît. D’habitude, je conseille de commencer par Merci : c'est plus juste, et cela fait du bien. Je reprendrai donc ces trois mots, mais en commençant quand même par pardon.

Il est vrai qu’un des bienfaits de la prière, c'est de finir par sentir qu'à peine à genoux, à peine présentée la demande de pardon, on sait, on sent qu'on est pardonné.

Toutefois, je vais quand-même vous demandez pardon, même si je sais que vous allez répondre : « Mais non, tu as été très bien ! ». Mais moi je sais, et je dis, parce que c'est vrai ; et vous allez en convenir tout de suite :

Pardon d'abord d'avoir parlé trop vite, et en bafouillant. Ah, vous voyez ? Eh, bien, pardon, justement.

Ensuite, combien de fois ai-je demandé à chacune et chacun d'entre vous : « On se connaît ? ». « C'est comment votre nom déjà ? ». Dix fois, vingt fois, plus ?… Un âne, on vous dit !

Pardon d'avoir toujours été pressé, stressé, anxieux, d'avoir injurié mon ordinateur, alors que je prêche la paix intérieure…

Pardon de la ramener sans cesse avec mon féminisme, mais là, je n'ai même pas de remords !

Plus grave : pardon à tous ceux et celles que je n'ai pas été voir, quand ils étaient isolés, malades, hospitalisés, dans le brouillard, et de ne pas leur avoir au moins téléphoné, de ne pas les avoir accompagnés, chacun ; pardon, dans l'arbitrage impossible ici entre les activités ou préparations et l'accompagnement des personnes, d'avoir si souvent arbitré pour la qualité des activités et non les personnes. C'était un choix, je ne sais pas si c'était le bon, je n'en suis pas sûr. C'est un vrai regret, que j'emporte.

Pardon de ne pas avoir assez donné, pas assez construit, trop ou pas assez osé, et pardon de penser cela, qui est quand-même terriblement prétentieux.

Pardon enfin, et peut-être surtout, et vraiment, pour tout ce dont je ne me rends pas compte : paroles, façons d'être, rigidités, négligences, positions théologiques ou bibliques qui ont choqué, ébranlé, blessé, désorienté, au lieu de nourrir…

Un âne, on vous l'a dit.

Mais un âne qui vous dit, à Dieu, mais à vous aussi, un immense merci. Une immense reconnaissance, immense, d'avoir été cet âne, un de ces millions d’ânes ! Quelle chance, quel privilège, quel immense cadeau, à travers les diverses étapes de ma vie et finalement comme pasteur à Auteuil, à la Maison Verte, à Boulogne et ici, de pouvoir être un âne, chétif, maigrichon et maladroit, mais qui a eu ce privilège de pouvoir consacrer l'essentiel de son temps à porter cette Parole d’évangile et à tenter d'aimer ses prochains.

A propos d'essentiel de son temps, parlez-en à Chantal !

Quelle chance de pouvoir passer du temps face à la Bible, la comprendre, un peu, pouvoir la partager, la prêcher, avoir l'extraordinaire chance de constater, incrédule, qu'elle est tellement forte, et qu'il est vrai qu'elle change des vies. La force de la Bible, je crois que je ne la comprends que maintenant. Je savais sa force pour moi, le bien qu'elle me faisait, comment elle me nourrissait, mais je ne me rends vraiment compte que maintenant d’à quel point nous sommes tous, vous, moi, tous, nourris, construits, édifiés par ses paroles qui, en particulier quand elles sont reprises dans la prière personnelle, nous font être ce que nous sommes. Tous différents, mais tous des hommes et des femmes de bien, des femmes et des hommes portés par plus grand qu'eux, toutes et tous des témoins…

Quelle chance d'avoir, par vous, et par d'autres ailleurs, quelle chance injuste d'avoir été accepté comme âne, respecté, souvent choyé, et, comment ne pas en être conscient et reconnaissant, aimé, dans les différents lieux que j'ai traversé et où j'ai travaillé.

Vous me manquerez !

Oui, chance, parce que d'autres ont reçu, et accepté, le destin d'être témoins par le martyre ou à travers le malheur. De continuer à être témoins alors qu'ils étaient frappés – on peut penser autant à Raphaël Picon, Eric de Putter, Jacques Valluis, à d’autres ici même, qu'aux chrétiens par exemple du Moyen-Orient…

Cet âne-ci, à part deux ou trois passages un peu douloureux, a tout au long de sa vie été préservé. C'est pour cela que je parle de chance et non de grâce. La grâce, c'est le pardon, c'est l'amour de Dieu quoi qu’il arrive et quoi qu'on soit, mais ce n'est pas la protection. Dieu a besoin de témoins heureux, mais aussi, parfois, et contre son gré, de témoins frappés par le destin, ou même martyrs.

Oui, « La joie du Seigneur sera votre force ».

Je n'avais pas compris. Ce n'était pas moi.

Eh bien si. Je suis un âne joyeux !

Et c'est peut-être cela qui a été, qui est encore aujourd'hui, ma force,

et qui a peut-être permis, un peu, que je sois un témoin.

Donc : Pardon. Merci.

Et s'il te plaît ?

Mais que vous demander ? Que vous conseiller ? Rien.

Juste prier, pour que Dieu vous accompagne chacune, chacun et cette communauté, et vous donne la joie de continuer – vous le ferez – à être tous des ânes et à porter la Parole…

Jean-paul Morley

Cultes de départ en retraite

Pentemont Luxembourg, 19 juin 2016

Lectures : Josué 24 : 15

Néhémie 8 : 10

Luc 19 : 28-31

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