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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 16:20

Nicodème et Bartimée, vous connaissez ? Non ?

Ce ne sont pas les personnages les plus connus du Nouveau Testament, d'accord, et ne soyez pas gênés : même les adultes, je ne suis pas certain qu'ils les identifient parfaitement tous. Nicodème peut-être, un peu ; mais Bartimée, peut-être moins – on n'aura pas le mauvais goût de faire lever le doigt pour vérifier…

Qu'est-ce qui les rapproche ? Rien.

Si ce n'est, l'un et l'autre, d'avoir un jour croisé la route de Jésus de son vivant.

Nicodème, c'est l'intellectuel. Et en Palestine à l'époque de Jésus, un intellectuel, c'est un religieux. Et celui-là fait même partie du Grand Conseil Juif, le Sanhédrin.

Ce Nicodème, sort un soir – c'est surtout pour cela qu'il est connu – pour venir rencontrer Jésus. Mais en catimini, de nuit, en secret, parce qu'il a honte, et un peu peur de ses amis du Sanhédrin, qui eux voient d'un très mauvais œil ce Jésus qui parle si bien de Dieu, fascine les foules, mais bouscule les traditions et les intérêts des prêtres et de la religion…

Et Jésus le bousculera un peu, lui aussi, en lui expliquant qu'il faut naître de nouveau, changer sa tête, et surtout son regard. Parce que la vérité, ce ne sont pas les rites ou les règles, mais la confiance.

Nicodème repartira très troublé, impressionné par la foi et le charisme de ce Jésus, mais pas prêt à tout lâcher pour lui et pour sa lumière.

Quelque temps plus tard, Jésus est devenu célèbre dans tout Israël, et lors d'une fête à Jérusalem, tout le monde ne parle que de Lui. Excédé, les prêtres envoient des gardes pour l'arrêter, mais… ils n'osent pas. Nicodème est alors le seul dans le Grand Conseil du Sanhédrin à tenter de défendre Jésus. Mais il n'ose pas déclarer sa foi en lui, il hésite, et se tait face aux objections…

Quelques jours plus tard encore, Jésus est cette fois arrêté, jugé vite fait, de nuit à nouveau, en cachette. Cette fois ce sont les autres prêtres qui ont honte de ce qu'ils font, et Jésus est condamné à mort, malgré une petite opposition dans le Grand Conseil. On ne sait pas si c'était de la part de Nicodème, mais il devait sûrement en être. Et il apportera de la myrrhe et de l’aloès au tombeau de Jésus.

Donc Nicodème : un homme sincère, intelligent, qui s'intéresse à Jésus et à ses paroles, qui sympathise, mais qui hésite à faire le pas. Peut-être parce qu'il ne manque de rien, il ne se sent pas de faire le saut dans la foi, parce que c'est quelque chose qu'on ne force pas, qu'on ne déclenche pas sur commande.

Peut-être certains se reconnaissent-ils un peu ?

Quand à Bartimée… lui, c'est le mendiant, l’aveugle.

Mendiant. Aveugle. Et appelé. Et guéri. S'il y avait là-dedans quelque chose de symbolique ?

  • Mendiant : il manque, il a besoin, il le sait, et il demande.
  • Aveugle : ce qui lui manque le plus, plus que de l'argent, c'est la lumière. C'est de voir, pas seulement de voir le soleil et tout ce qu'il éclaire, mais de voir la vie, de voir comment la recevoir et la conduire ; une lumière intérieure qui lui permette de cesser d'attendre et demander, et de pouvoir commencer à donner.
  • Il est appelé. Appelé, lui l'aveugle, le mendiant, le pauvre gars, le moins que rien, et appelé par qui ? Par le Fils de Dieu. Alors il se lève d'un bond, il n’attend plus, il accourt !
  • Et, enfin il est guéri. Il reçoit la lumière, et cette fois, il se met en marche, il suit Jésus, Celui qui est Lui-même la lumière et la vie.

Et qu'est-ce qui l'a ainsi sauvé ? Jésus ? Le Christ ?

Non : sa confiance. Sa foi. Oui, sa confiance. Il a osé. Il a même crié, malgré tous ceux qui lui disaient de se taire et de ne pas embêter le monde.

Deux personnages, donc, qui n'ont de commun que d'avoir, un jour, croisé la route de Jésus. L'intellectuel et le mendiant.

Alors j'ai pensé à vous ! Vous, dont la majorité en début d'année, ne cachaient pas leurs réserves et leurs doutes quant à Dieu, au Christ, à la foi. Vous avez réfléchi, échangé, discuté. Et aujourd'hui il me semble que vous vous situez tous plus ou moins entre Nicomède et Bartimée.

Tous, vous avez écouté ce que Jésus disait et ce qui vous était dit de Jésus ; tous, vous y avez trouvé des questions et du sens. Mais plusieurs, parmi vous, sont restés comme Nicodème : réservés, incertains, circonspects. Pourtant, certains parmi ces Nicodème, avez choisi de garder la porte ouverte, de rester à l'écoute, de demander quand-même le baptême ou la confirmation. Deux autres Nicodème, par sincérité, avez conclu que vous ne pouviez et ne deviez pas confirmer. L'un nous dira pourquoi.

Et nous avons tous de la tendresse pour Nicodème ! Parce que malgré ses doutes et sa perplexité, que nous partageons souvent, il a eu du courage. Pas un courage de héros, mais le courage d'exister et d'être lui-même.

Et puis d'autres, parmi vous, moins nombreux, sont des Bartimée. Qui ont osé. Qui ont fait le saut. Qui ont reçu la chance de croire. Qui ont accepté d'être mendiants, de se considérer comme manquants de quelque chose d'autre, et qui ont cru que Jésus, le Fils de Dieu, les appelait eux aussi par leur nom. Alors, ce matin, vous demandez votre baptême ou vous voulez confirmer le baptême que vous avez reçu enfant, avec la promesse que vous accompagne depuis.

Vous savez quoi ? L'Evangile de Marc se souvient du nom de ce mendiant aveugle, rencontré au hasard d'une route : Bartimée. Si la jeune Eglise s'en souvient, c'est sans doute que ce moins que rien est devenu chrétien, et qu'il l'est resté.

Alors la lumière qu'il a reçue ce jour-là, qui a éclairé sa vie et son avenir,

la confiance qu'il a eue ce jour-là, et qui a éclairé son chemin,

nous tous, ici, nous vous la souhaitons, à chacun de vous sept, Bartimées ou Nicodèmes, pour toute votre vie ;

et nous tous ici, et tous ceux qui vous aiment, prieront pour cela.

Jean-Paul Morley

Culte des confirmations, 12 juin 2016

Lectures : Jean 7 : 45-52

Marc 10 : 46-52

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