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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 17:31

« Bon Maître », dit le jeune-homme riche à Jésus.

 

Un peu cinglant, Jésus lui répond : « Pourquoi m'appelles-tu ‘bon’ ? Personne n'est bon ; si ce n'est Dieu seul ». En une brève répartie, Jésus rappelle paisiblement qu'il n'est pas Dieu. Ce pauvre jeune-homme riche ne le pensait d'ailleurs sans doute pas non plus, mais en tout cas Jésus tenait à éviter la confusion.

En fait, c'est pratiquement à chaque page des 4 Evangiles que Jésus montre qu'il n'est pas Dieu. Il précise qu'il ne sait pas ce que Dieu sait, il ignore ce que Dieu décidera, il lui demande conseil, il lui obéit, se soumet à sa volonté, il le prie régulièrement, le supplie de lui épargner le supplice qui s'annonce… Et se plaindra sur la croix d'en être abandonné. Enfin, après la croix et sa mort, il ne ressuscite pas. C'est écrit : c'est Dieu qui le ressuscite, le réveille, le relève. C'était un mortel, pas un Dieu.

Bien sûr, l'Eglise, très tôt, afin de magnifier son héros, a rapidement entouré de merveilleux sa naissance, son baptême, sa transfiguration, sa mort, sa résurrection, son ascension. Dans un mouvement qui ne pouvait que culminer dans l'affirmation que Jésus, le Fils de Dieu, était finalement Dieu Lui-même, totalement. A la fois pleinement homme et pleinement Dieu, ce qui, pour deux réalités incompatibles – que vingt siècles d'enseignement de l’Église me pardonnent ! – n'a rigoureusement aucun sens. Il suffit d'écouter le mot ‘pleinement’ pour s'en convaincre.

Bien sûr, l’Église s'est appuyée sur quelques rares textes du Nouveau Testament. Rares parce que nulle part la Bible ni le Nouveau Testament n'affirment que Jésus soit Dieu...

Mais il y a le fameux hymne de Philippiens 2 et le Prologue de Jeanet deux exclamations : 

de Jésus, « Qui m'a vu a vu le Père »

et de Thomas ; « Mon Seigneur, et mon Dieu ! ».

 

Alors nous allons relire et questionner ces textes. Puis nous essaierons de comprendre qui est Jésus de Nazareth, et ce qui l'a fait être ce qu'il est : le Christ.

Commençons par le gros calibre, l'hymne liturgique dans la lettre de Paul aux Philippiens. Cet hymne est l'un des plus anciens textes du Nouveau Testament et de l 'Eglise ; et largement utilisé pour soutenir que Jésus est Dieu.

 

Philippiens 2 : 5-11  (Traduction au plus près du texte grec)

      5       Pensez en vous-même ce qui était aussi en Christ Jésus :

6       Lequel, se trouvant en forme (morphè) de Dieu,

n’a pas considéré comme un butin d’être égal/semblable à Dieu,

7        mais il s’est vidé lui-même, prenant une forme (morphè) de serviteur,
devenant semblable aux hommes,

et reconnu par son aspect comme être humain,

8        il s’est abaissé lui-même,
devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort de la croix.

9        C’est pourquoi aussi Dieu l’a surélevé

et lui a donné par grâce (charis) le nom qui est au-dessus de tout nom,

10    afin qu’au nom de Jésus fléchisse tout genou,

dans les cieux, sur la terre et sous la terre/enfer,

11     et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est Christ, pour la gloire de Dieu Père.

 

  • Le premier problème de ce texte, c'est le mot « forme », morphè. Diversement traduit dans nos Bibles, mais rarement par « forme », il se trouve deux fois ici : d'abord « forme de Dieu », puis « forme de serviteur », pour la même personne, mais avec une descente, un ‘vidage’ entre les deux… une transformation. Forme de Dieu, forme d'être humain ? Jésus n'est donc ni l'un, ni l'autre… Car si ceci est une forme de chaise, ce n'est donc pas une chaise. Et je déconseillerais d'ailleurs vivement de s'y asseoir ! Ce qui a la forme de quelque chose n'est donc pas cette chose.
  • De plus, si, pour Jésus, ce pouvait être un but à atteindre (à dérober même, selon le texte) d’« être l'égal de Dieu, c'est donc qu'il ne l'était pas. Inversement, s'il a eu l'apparence d'un être humain, c'est qu'il n'en était pas tout à fait un non plus…
  • Et si, enfin, Jésus est Christ, c'est-à-dire Messie, c'est-à-dire choisi et envoyé par Dieu, et s'il l'est pour la gloire de Dieu, c'est donc qu'il n'est pas lui-même Dieu…
  •  

Alors, comment s'en sortir ? Comment s'en sortir, si, d'après cette première confession de foi liturgique de la première Eglise, Jésus n’est ni tout à fait Dieu, ni tout à fait homme ? Une des merveilles de la Bible, c'est qu'elle répond souvent aux questions qu'elle pose… Voyons si, dans ce cas-ci, ce ne serait pas justement avec le Prologue de Jean. Ce Prologue qui est, lui aussi, un des plus vieux textes, lui aussi liturgique, de la jeune Eglise et du Nouveau Testament, et lui aussi revendiqué par les défenseurs de la divinité de Jésus.

 

Jean 1 : 1-5, 10, 11  (Traduction possible très proche du texte grec) 

1   Au commencement était la Parole (ou : le Verbe),
et la Parole venait de Dieu (ou :était auprès de Dieu), et la Parole était Dieu.

2   Celle-ci était au commencement venue de Dieu (ou : auprès de Dieu).

3   Tout par elle est advenu,
et sans elle n’est advenu rien de ce qui est advenu.

4   En elle était la vie
et la vie était la lumière des humains,

5   et la lumière brille dans l’obscurité,
mais l’obscurité ne l’a pas saisie.

      […]

10 Elle était dans le monde (cosmos),
et le monde par elle est advenu,
et le monde ne l’a pas connue.

      […]

14 Et la parole est devenue chair
et elle a habité  (dressé sa tente) parmi nous
et nous avons vu sa gloire,
gloire comme d’un fils unique auprès de Dieu, pleine de grâce et de vérité.

 

Il semble que nous ayons la réponse : Présence, dès le commencement, divine, auprès de Dieu, en Dieu, par laquelle tout a été créé, et qui est venue dans le monde et s'est faite chair. Ce ne peut évidemment être un être humain… Mais précisément : dans ce Prologue, il ne s'agit pas de Jésus de Nazareth, ni même de Jésus-Christ ; il s'agit de la Parole de Dieu, du Verbe, le Logos. Qui représente tout simplement l'action de Dieu, en quelque sorte sa vie active, celle qui crée et anime. Et elle est venue dans un être de chair : Jésus, Jésus de Nazareth, ainsi devenu Christ. Que Jean ne prétend jamais être Dieu.

Cela résout l'énigme ! La solution est simple : elle est ce que dit le Prologue de Jean. Le Verbe de Dieu, sa Parole, à la fois éternelle et vivante, et donc mobile, dynamique, est venue s'incarner dans un individu, un jour, il y a 2000 ans ; elle l'a habité et y a été active pendant trois ans, et après la mort terrible de cet individu, elle s'est révélée et répandue dans le monde à travers les disciples de cet homme qu'on appellera bientôt Christ, et ses disciples les ‘chrétiens’. Ceux-là même qui pourront dire « Mon, Seigneur, et mon Dieu ! » en découvrant la présence vivante, parmi eux, de cette lumière. Ceux qui pourront se dire, aujourd'hui encore, en découvrant cette présence vivante dans tel ou telle témoin, qu'en les voyant, c'est le Père qu'ils ont vu ou entendu.

 

Mais une seconde question, moins souvent abordée, s'impose alors : si Jésus n'était qu'un homme, parfaitement humain, fils d'une femme et probablement de Joseph, mais qui a été totalement habité, envahi par Dieu, son Verbe, sa Parole, son Esprit, d'une façon unique dans l'histoire humaine – comment cela a-t-il été possible ? Comment ce Jésus de Nazareth a-t-il pu devenir Le Christ ? Car Jésus ne s'appelait pas ‘Jésus-Christ’, mais Jésus ben Youssef, qui a vécu dans un pays déterminé à une époque donnée. Pas différent de nous par nature. Mais il a été le lieu d'une rencontre extraordinaire, absolument exceptionnelle dans l'histoire. Pas seulement la rencontre de lui-même et de Dieu, mais une triple rencontre : celle d'une vocation, que Dieu lui a adressée ; d'une volonté, la sienne ; et d'une situation historique, qui a permis que cette triple rencontre devienne l'événement à ce jour le plus important de l'histoire de l'humanité.

  • Une vocation : celle que Dieu lui adresse parce qu'Il voit que cet homme-là, corps, intelligence, cœur, volonté, éducation, histoire familiale, caractère, foi – son profil si on veut – peut permettre un événement exceptionnel dans la situation historique de ce lieu et de ce temps, et de là dans l'Histoire.
  • Une volonté : celle de cet homme d'écouter, de mettre en pratique et de se mettre intégralement au service d'une autre volonté, beaucoup plus vaste, celle de Dieu, et de s'y donner entièrement, dans sa situation personnelle de croyant, orphelin de père, veuf peut-être, artisan charpentier dans une bourgade modeste et excentrée…
  • Et une situation historique : qui, comme tout dans l'univers, est la résultante de nombreux facteurs : l'état du peuple juif alors, son héritage spirituel, son histoire récente, la domination romaine, l'épuisement de sa religion rituelle et sacrificielle, l'état de bouillonnement et de richesse de la culture en Méditerranée, entre Grèce, Rome, Perse et Palestine, où les religions traditionnelles ou civiles, de mystères et de sacrifices, s'épuisent.

Bref, l'état social, moral, économique, politique, culturel d'Israël et du monde méditerranéen d'alors…

 

De cette triple conjoncture : son appel, cet homme, une opportunité historique, Dieu se sera saisi et en aura, en quelque sorte, profité. Et cette triple rencontre aura permis – phénomène peut-être unique – une coïncidence parfaite entre l'appel que Dieu adresse à cet homme, et la réponse de cet homme. Comme si, pour une fois, il  n'y avait plus eu aucun décalage entre la volonté, le discours, les actes de cet homme, et ce que Dieu espérait de lui, voulait transmettre et réaliser par lui. Une parfaite osmose. Dieu, appelant un homme, prêt à l'accueillir entièrement. Non pas le compagnonnage de Dieu et d'un homme, mais l'union totale de l'Esprit de Dieu et de l'esprit de cet homme. C'est en cela qu'on peut l'appeler Christ, ou Fils de Dieu ; c'est en cela qu'on peut parler d'incarnation. La Parole de Dieu venue habiter un être humain.

 

Qu'est-ce que cela change pour nous, qui ne serons jamais Dieu, ni guère ‘Fils, Fille de Dieu’ ? Tout. Parce qu'une telle coïncidence entre la volonté de Dieu et la nôtre, cela nous arrive à nous aussi, tous. Quand nous disons une parole juste, qui libère, quand nous faisons un geste juste, qui libère, nous avons quelque chose de ‘christique’, de l'événement ‘Christ’. Et il nous arrive à tous d’avoir une parole ou un geste vraiment justes, qui libèrent. Chez nous, l'événement ne dure qu'un instant, juste un moment de grâce, parfois un peu plus ; parfois une vie est éclairée de ces instants de grâce. Alors que pour Jésus, cela a été pendant ces trois ans un état permanent, apparemment sans aucune divergence, aucun décalage ni interruption entre l'attente de Dieu et la réponse de Jésus, leurs deux volontés confondues.

 

Mais nous aussi : notre vocation, notre appel personnel, c'est de nous offrir aussi dans la prière, corps, intelligence, temps, énergie, volonté, esprit, offerts à la volonté de Dieu, pour que les deux convergent, se confondent, et que nous devenions nous aussi de petites ou grandes lueurs christiques, pour que son règne vienne.

Oui, que Dieu nous donne de l'accueillir en nous-même,

pour que sa volonté soit faite, sur la terre comme au Ciel,

que son Règne vienne,

et qu'Il nous délivre du mal de ce pauvre monde.

 

(NB : Allez voir La fille de Brest, le film sur Irène Frachon dénonçant le scandale du Mediator, c'est un exemple de très beau témoin...).

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