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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 22:14
 

Vivre ensemble, accepter les autres, même quand on n'est pas pareils, est-ce facile ? Vous qui êtes scouts, nous qui sommes une communauté chrétienne, nous savons que c'est joyeux, heureux, passionnant et efficace d'être ensemble ! Mais est-ce que c'est facile ? Pas toujours sûr…

Vous connaissez, à la télé, tous ces jeux, concours et autres émissions, où il s'agit d'éjecter des perdants ? Un, puis un autre, et encore un autre, jusqu'au vainqueur. Cela a beaucoup de succès, comme si cela rassurait de voir les autres se faire jeter… Peut-être parce que ce n'est pas nous ?

Non, vivre ensemble ne paraît pas toujours facile, pourtant moi je crois que c'est presque facile. Il suffit de faire passer l'autre, ou les autres, avant moi, de penser que l'autre ou le groupe, est aussi important que moi, peut-être même plus...

 

Alors je vais proposer quatre vraies histoires, qui présenteront mes quatre secrets pour bien vivre ensemble, même quand on n'est pas pareils. Entre scouts, entre paroissiens, entre Blancs et Noirs, entre hommes et femmes, entre Français et étrangers, entre chrétiens et musulmans…

 

Premier exemple : Quand on est en groupe, on a toujours un peu peur du regard des autres. Et pourtant… C'était une louvette, dont la famille, toute la famille, était très distraite. Si distraite qu'une année, en faisant son sac pour le camp de scout, ses parents ont oublié son tapis de sol, son duvet, et son pyjama : elle n'avait rien pour dormir ! Et elle aussi était très distraite, perdait toutes ses affaires, oubliait d'allumer le feu sous la casserole des nouilles, ou sa serviette pour aller à la douche. Et bien sûr, toute sa dizaine, tous les louveteaux, et même un peu les Responsables, se moquaient d'elle. Pourtant un jour, les Responsables lui ont parlé et lui ont dit :

« On voit bien que tu es distraite, tu le sais toi aussi ; et on voit bien que tout le monde se moque un peu… Mais, nous, on te regarde et on voit que tu supportes tout cela avec le sourire, et que tu es une très bonne copine. Alors, voilà : l'année prochaine, tu seras « sizenière ».

Eh bien, cela s'est très bien passé, elle est devenue beaucoup moins distraite et a été une très bonne « sizenière ».

Mais savez-vous comment les Responsables ont compris qu'ils pouvaient faire confiance à cette louvette ? Parce que le regard des autres n'est pas toujours féroce, méchant ou moqueur, mais au contraire : les autres me connaissent parfois mieux que je ne me connais moi-même ; celui ou celle qui m'aime un peu – et ce n'est pas si rare qu'on nous aime un peu ! – celui-là me connaît mieux que moi et sait mieux que moi ce que je suis capable de donner. C'est comme quand on est amoureux.

Et c'est comme Dieu : Lui bien sûr sait mieux que moi qui je suis, ce que je vaux vraiment, et ce qu'Il peut me demander.

Les Responsables louveteaux ou éclaireurs, c’est un peu pareil : ils ne sont pas Dieu, mais quelquefois ils font un peu comme Lui : ils savent et nous disent ce que nous pouvons être et faire de mieux.

 

Alors, voici le premier secret : ne pas avoir peur du regard des autres, au contraire : voir dans le visage des autres, même le moins sympathique, ce qu'il y a de meilleur, comme si c'était le visage de Jésus, le Christ, qui me regardait. Et découvrir, à travers ce qu'il me dit, ce que, moi, je suis de bien.

Vivre ensemble, comme vivre en couple, cela sert à cela : nous aider à grandir encore.

Voir en chacun, chacune, un visage du Christ.

 

Deuxième exemple : j'avais 13 ans, j'étais éclaireur, et nous campions en Norvège. Pas mal, non ? L'intendance n'était pas terrible, mais un éclaireur d'une autre équipe a reçu un gros colis de bombons… Alors, entraîné par ses pilotes (on disait jadis ‘chefs de patrouille’), toute mon équipe ou ma patrouille, est allée piller son colis… J'avais un peu honte, mais puisque toute l'équipe semblait trouver cela normal…

Et voilà : il y a la force du groupe, quand il nous fait confiance… mais aussi le danger du groupe qui peut se refermer sur lui-même, et ne plus se préoccuper de ceux qui ne sont pas dans le même groupe ou la même équipe. Et ne pas aimer l'étranger, comme disait ce bon vieux livre du Lévitique : ne pas aimer l'étranger comme moi-même.

C’est vrai, parfois le groupe peut me dire : « Puisque tout le monde le fait, c'est donc que c'est permis… ». Eh bien non. Et à ce moment là, nous avons besoin de bien écouter la petite voix intérieure, vous savez, celle que je n'avais pas écoutée ce jour-là en Norvège, celle qui nous dit : ‘Non, ce n'est pas très gentil, ni très juste, ni très amical, ni très… chrétien, ni scout...’.

En tous cas, quand toute notre équipe s'est faite engueuler au rassemblement du matin, combien j'ai eu honte ! Surtout quand le responsable d'unité m'a ensuite dit que cela l'avait étonné de ma part…

 

Et voici le deuxième secret : Rester attentif. Faire confiance au groupe, mais en même temps se méfier du groupe, qui peut me pousser vers le mieux, mais aussi me pousser vers le moche…

Faire confiance sans jamais renoncer à ce qu'on sent juste.

 

Troisième exemple : dans une colonie de vacances – ce pourrait être dans un camp scout – une fille de famille musulmane s'est inscrite. Le jour de la baignade dans le lac, elle n'a pas voulu se baigner à côté des garçons. Tout le monde s'est moqué d'elle, certains en faisant des critiques sur les musulmans. Jadis on en faisait sur les protestants… Elle en a pleuré, et deux jours plus tard ses parents sont venus la chercher. Ils étaient tristes, pas contents, et ont dit combien ils étaient déçus de cette intolérance. Et la fillette a quitté le séjour, le cœur gros.

Tous contre un, ou une, cela s'appelle un bous émissaire.

Le bouc émissaire, c'est une trouvaille de la Bible. Jadis, chaque année en Israël, on présentait deux boucs au Grand Prêtre : le premier, il l'offrait à Dieu, pour demander pardon. Le deuxième, il lui imposait les mains, pour le charger de toutes les fautes du peuple, et il l'envoyait à Azazel, c'est à dire au diable, dans le désert…[1]

Tout sur la tête d'un seul ! Et le groupe se sent mieux… Socialement, on sait ce que cela donne : la chasse aux sorcières, aux juifs, aux opposants, aux réfugiés, aux musulmans, aux politiciens, aux financiers… Dans un petit groupe, on sait aussi ce que cela donne : de l'injustice, et des pleurs. Jésus a été, lui-même, une sorte d'effrayant bouc émissaire universel…

 

Alors un troisième secret :

- Savoir d'abord qu'exclure quelqu'un, c'est comme à la télé, c'est toujours injuste : même s'il est moins bon que les autres, il prend toujours un peu pour les autres, c'est-à-dire trop cher.

Et si, aujourd'hui, c'est lui… demain, ce sera qui ?

- Savoir ensuite qu'exclure quelqu'un, même s'il est moins bon que les autres, cela sert très souvent à cacher mes défauts et mes faiblesses…

Donc si j'exclus, je suis injuste.

 

Quatrième et dernier exemple : Un jour, au camp, un Eclaireur vient voir un Responsable :

« - Voilà, j'ai fini de creuser le trou pour les eaux grasses.

- Très bien ! Il est assez profond ?

- Je pense… Tu iras voir, pour vérifier…

- Pas la peine, si tu me le dis, je te fais confiance. »

Et l'Eclaireur est reparti creuser le trou un peu plus profond…

Belle efficacité d'une petite phrase ! Comme disait Esope, la parole est la meilleure et la pire des choses : c'est elle qui permet de juger et se moquer, de faire mal, d'en dire plus qu'on ne pense, comme si le diable attrapait au vol ce qu'on dit pour blesser et détruire. Mais la parole, c'est aussi celle qui donne confiance, qui permet d'être amis, de s'aimer, de vivre et de construire ensemble, de faire et réaliser de grands projets, de vivre une sizaine, une équipe, un groupe d’Aînés, une bande de Responsables, une communauté formidables ; un pays et même un monde formidables !

 

Donc quatrième secret : installer un ange sur sa langue, pour qu'il ne laisse passer que du bon !

Installer un ange sur sa langue.

 

En résumé, qui se souvient des quatre secrets ?

1. Voir en chacun, chacune, un visage du Christ.

2. Confiance au groupe, méfiance pour sa puissance

3. Si j'exclus, je suis injuste.

4. Installer un ange sur sa langue.

Ce sont mes quatre secrets pour vivre ensemble, même quand on n'est pas pareils.

 

Mais la vraie clef de tout cela, c'est celle du bon vieux livre du Lévitique et de l'Evangile de Jésus :

« Tu aimeras l'étranger comme toi-même,

 car vous avez été immigrés en Egypte »

et puis : « Tu pardonneras soixante-dix fois sept fois ! »

 

Oui, la clef, c'est bien sûr d'aimer. Parce que :

C'est en aimant qu'on grandit.

C'est en aimant que je deviens le meilleur de moi-même.

C'est en aimant que je deviens cette pierre précieuse que Dieu aime.

C'est en aimant qu'on est heureux de vivre ensemble, justement si on n'est pas pareils.

 

Jean-Paul Morley

Cultes du 15 janvier 2017 avec les scouts

 

Lectures :            Lévitique 19 : 33-34

               Lévitique 16 : 5, 8, 21-22

                Matthieu 13 : 21-22

 

Racontés pendant le culte :

Les hérissons

(Document catéchétique)

            Un été, une famille de hérissons vint s'installer dans la forêt. Il faisait beau, il faisait chaud, et toute la journée les hérissons s'amusaient sous les arbres. Ils batifolaient dans les champs, aux abords de la forêt, jouaient à cache-cache entre les fleurs, attrapaient des mouches pour se nourrir, et, la nuit, ils s'endormaient sur la mousse, tout près des terriers.

            Un jour, ils virent tomber une feuille d'un arbre, c'était l'automne. Ils jouèrent à courir derrière la feuille, derrière les feuilles qui tombaient de plus en plus nombreuses ; et ; comme les nuits étaient un peu plus fraîches, ils dormaient sous les feuilles mortes.

            Or, il se mit à faire de plus en plus froid. Dans la rivière, parfois, on trouvait des glaçons. La neige avait recouvert les feuilles. Les hérissons grelottaient toute la journée, et la nuit, tant ils avaient froid, ils ne pouvaient plus fermer l'œil.

            Aussi, un soir, ils décidèrent de se serrer les uns contre les autres pour se tenir chaud, mais ils s'enfuirent aussitôt au quatre coins de la forêt. Avec tous leurs piquants, ils s'étaient blessé le nez et les pattes ! Ils se rapprochèrent encore, mais, à nouveau, ils se piquèrent le museau. Et chaque fois qu'ils courraient les uns vers les autres, c'était la même chose.

            Pourtant, il fallait absolument trouver comment se rapprocher : les oiseaux, l'un contre l'autre, se tenaient chaud ; les lapins, les taupes, tous les animaux aussi.

            Alors, tout doucement, petit à petit, soir après soir, pour avoir chaud, mais ne pas se blesser, ils s'approchèrent les uns contre les autres, ils abaissèrent leurs piquants et, avec mille précautions, enfin trouvèrent la bonne distance.

            Et le vent qui soufflait ne leur faisait plus de mal : ils pouvaient dormir, bien au chaud, tous ensemble

Les  trois  filtres

                                                    Petit passage d’un dialogue de Platon, il y a 2400 ans :

Un jour un homme vient voir Socrate :

- Oh, il faut absolument que je te raconte comment s'est comporté ton ami…

- Attends ! Avant de me dire quelque chose, tu l'as bien entendu fait passer par les trois filtres ?

- Les trois filtres ? Quels trois filtres ?

- Eh bien, essayons. Ce que tu veux me dire est évidemment vrai, tu as scrupuleusement vérifié que c'était parfaitement exact ?

- A vrai dire non, on me l'a raconté, mais…

- Ah !… Mais sans doute est-ce quelque chose de bon, une bonne nouvelle pour moi ou pour lui ?

- De bon ? Non, au contraire, mais…

- Hum… Mais au moins, c'est quelque chose d'utile : il est utile pour moi, pour toi ou pour lui que je le sache ?

- Utile ? Pas vraiment, mais…

- Alors si ce n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère vraiment ne jamais le savoir, et toi, peut-être serait-il mieux que tu l'oublies très vite ?…

 

[1] Rappelons que les sacrifices animaux, qui semblent si barbares aujourd’hui, avaient pour première fonction de se substituer aux sacrifices humains…

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