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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 13:33

Parmi les plus beaux textes de la Bible, certains ne sont pas simplement beaux : mis en relation, ils se découvrent un sens supplémentaire. Ici, trois textes parmi les plus célèbres forment un ensemble et semblent composer un parcours spirituel. On essaie ?

 

Premier texte :

Genèse 12 : 1 à 4

Le Seigneur dit à Abram :

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai. Je ferai naître de toi une grande nation ; je te bénirai et je rendrai ton nom célèbre. Tu seras une bénédiction pour les autres. Je bénirai ceux qui te béniront, mais je maudirai ceux qui te maudiront. A travers toi, se béniront toutes les nations de la terre. »

Abram, qui était âgé de soixante-quinze ans, quitta Haran comme le lui ordonnait le Seigneur.

 

Un appel, une promesse, un départ, et un grand âge, 75 ans.

 

Un appel, ce n'est rien de spectaculaire ou de magique.

C'est quelque chose d'intérieur, qui s'impose, d'un coup, comme une évidence ; ou bien après un long cheminement, une longue approche qui, elle aussi, se termine par une évidence. Un appel, une vocation, une évidence qu'on ne peut pas rejeter, qu'on ne peut pas ne pas suivre.

Mais cet appel n'est pas une malchance, une charge, ni un coup du sort ! C'est une promesse. Et quelle promesse, pour Abraham ! une triple promesse :

  • Un pays, c'est-à-dire un lieu pour être et vivre, un espace pour être quelqu'un, pour exister, pour laisser une trace.
  • Une descendance, c'est-à-dire la promesse d'exister dans la suite de l'histoire humaine, mais aussi une chance de pouvoir aimer, construire, être responsable.
  • Et puis, surtout, la promesse d'être une source de bénédiction autour de soi : le plus beau souhait qu'un être humain puisse concevoir ! Etre source de bénédiction, de bonheur, de liberté et de tendresse, pour les siens et autour de soi… Fabuleux !

 

Mais cet appel et cette promesse ne sont pas sans conséquence : partir, quitter. Rompre avec un passé, avec des contraintes reçues, avec des liens qui immobilisent, avec des habitudes qui stérilisent ou éteignent. Parce que vient pour chacun le temps de bouger, changer, repartir ; avancer quand même, encore, ou autrement

Même à 75 ans ! L'âge de la retraite, du retrait, du repos : l'âge de laisser à de plus jeunes appel, promesse et nouveau départ ? Non : il n'y a pas d'âge. Nous sommes tous appelés, à chaque moment, à chaque âge de notre vie, à repartir.

Oui, tous, car cet appel et sa promesse ne sont pas, ou rarement, un coup de tonnerre ou un éblouissement violent – Paul a certainement exagéré, avec sa chute de cheval… – non, c'est juste la croyance qui progressivement devient foi, c'est la foi qui devient confiance, c'est la confiance qui devient obéissance, c'est l'obéissance qui devient élargissement, épanouissement, c’est l’épanouissement qui devient bonheur, c'est le bonheur qui devient partage, c'est le partage qui devient amour, c'est l'amour qui devient engagement.

Cela se fait en nous, tout seul, vite ou progressivement, mais sûrement, sitôt que nous ouvrons la porte ou la fenêtre à Celui qui y frappe sans se lasser, à l'Esprit qui nous attend et qui déjà travaille en nous, en vous.

L'appel – j’ose : c'est maintenant. Maintenant encore, ou maintenant déjà. C'est la foi et la confiance qui prennent possession de nous, c'est la foi et la confiance qui prennent possession de notre vie. Oui, maintenant. Déjà ou encore, mais maintenant !

Et c'est le premier temps de ce parcours : l'appel, la promesse, le nouveau départ.

 

Deuxième texte :

I Rois 19 : 9 à 13

Arrivé à l'Horeb, Élie entra dans une caverne, où il passa la nuit. Alors le Seigneur lui adressa la parole : « Pourquoi es-tu ici, Élie ? »

Il répondit : « Seigneur, Dieu de l'univers, je t'aime tellement que je ne peux plus supporter la façon d'agir des Israélites. En effet, ils ont rompu ton alliance, ils ont démoli tes autels, ils ont tué tes prophètes ;  je suis resté moi seul et ils cherchent à m'ôter la vie. »

« Sors, lui dit le Seigneur ; tu te tiendras sur la montagne, devant moi ; je vais passer. » Aussitôt un grand vent souffla, avec une violence telle qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur ; mais le Seigneur n'était pas présent dans ce vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; mais le Seigneur n'était pas présent dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; mais le Seigneur n'était pas présent dans le feu. Après le feu, il y eut le bruit d'un léger souffle.

Dès qu'Élie l'entendit, il se couvrit le visage avec son manteau, il sortit de la caverne et se tint devant l'entrée.

 

Pour Elie non plus, rien de spectaculaire, au contraire.

Dieu n'est ni dans l'ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Il pourrait l'être, puisque chacun des trois le précède et l'escorte. Mais Il n'est pas dans la violence, ni la contrainte. Il a même commencé par prévenir Elie de son passage, fracassant, tonitruant, puis si discret.

Or Elie est découragé. Depuis longtemps il a répondu à l'appel, avec confiance et courage ; il a combattu les prêtres et les idoles sanguinaires ; seul il a résisté. Mais là, il a dû fuir les menaces de mort de la reine et il est fatigué, et seul, dans le désert, et – enfin – il n'est plus si sûr de lui. Il ne prie même plus. Mais c'est Dieu qui vient à lui. Et qui lui parle en premier, en l'appelant par son nom : « Où en es-tu, Elie ? Que fais-tu ici ? ». Dieu va-t-Il l'aider par sa puissance, faire disparaître ses adversaires comme Elie a égorgé les 400 prêtres de Baal ? Non : Dieu va au contraire lui montrer qu'Il n'est pas dans la puissance, ni dans la violence. Il en serait capable, Il vient de le montrer. Mais ce n'est pas Lui. Lui, c'est dans le  silence qu'Il est présent, le silence d'un souffle léger, le silence d'un murmure ténu, à ses oreilles – même pas : à son cœur.

Parce que c'est ainsi que Dieu parle à chacun et chacune de nous : pas dans le prodigieux, mais dans la douceur, le silence, le murmure ténu au creux du cœur.

Et nous avons besoin de ce silence. On devrait davantage s'en offrir…

 

Et cela, ce dialogue dans le silence de Dieu, ce n'est rien d'autre que la vie de celui ou celle qui a répondu à l'appel, à la promesse, au redépart. Elie ne s'y est pas trompé, qui n'a pas bronché au passage des fracas de la puissance, mais qui en revanche s'est caché le visage lors du silence ténu. Parce que c'est là que Dieu était, pour lui parler. Comme nous, dans la prière, chez nous, quand nous cachons notre visage entre nos mains pour mieux L'écouter, mieux écouter ce murmure aux oreilles du cœur. C'est cela, la constante de la vie de celui ou celle qui a répondu à l'appel, c'est sa nourriture, son pain, sa force, son lien : l'écoute, le silence, la disponibilité. Entre les mots, au-delà des mots : la discrétion, l'intimité imperceptible avec le Très Haut.

Bien sûr il y a des mots, comme chez Elie. Des mots, comme Elie, pour se plaindre et pleurer. Mais mieux encore :

le silence et l'apaisement du merci,

la certitude du pardon, à la seconde même où on le quête,

l'offrande et la ré-offrande de soi-même au service du Dieu d'amour,

et enfin le silence, dans lequel s'entend le chemin, le juste, l'opportun.

C'est à cela que nous sommes invités, pour toute notre vie, à chaque instant de notre vie. C'est cela qui, jour après jour, nous trace un chemin et nous emmène plus loin.

Et Elie repartira, réconforté, consolé, confiant.

 

C'est le deuxième temps de ce parcours spirituel : le dialogue intime, personnel, intérieur, dans le silence partagé avec Dieu, ce silence avec Lui dont nous avons tant besoin.

 

Troisième texte :

Marc 1 : 16 à 20

Jésus marchait le long du lac de Galilée lorsqu'il vit deux pêcheurs, Simon et son frère André, qui pêchaient en jetant un filet dans le lac. Jésus leur dit : « Venez avec moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent.

Jésus s'avança un peu plus loin et vit Jacques et son frère Jean, les fils de Zébédée. Ils étaient dans leur barque et réparaient leurs filets. Aussitôt Jésus les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, et allèrent avec Jésus.

 

Un autre appel. Tournons-nous en rond ? Nullement : nous sommes dans un nouveau décor, le Nouveau Testament, la venue du Christ : il s'agit d'un nouvel appel, pour une nouvelle étape.

Il ne s'agit plus d'un appel à la foi, d'une promesse personnelle et d'une simple et belle intimité avec le Créateur, mais d'un appel à l'engagement. Jésus ne propose pas seulement à Simon, André, Jacques et Jean de croire et de faire confiance, Il leur enjoint de tout quitter pour se mettre au service.

Tout quitter, comme Abraham alors ? Plus que cela : la promesse n'est plus celle d'un pays, une descendance et une bénédiction, c'est-à-dire une promesse pour soi et pour les siens, mais la promesse du Règne de Dieu. L'appel à participer à la venue… du Règne de Dieu ! Le règne d'un Dieu qui veut pour ses enfants la liberté, la paix, la fraternité, le droit, le respect, l'intelligence partagée, les bien partagés – toutes ces formes et ces forces de l'amour. Etre une bénédiction qui ne s'arrête plus au cercle autour de nous, mais à l'humanité entière !

 

Et c'est vrai.

En nous invitant à devenir pêcheurs d'hommes – et de femmes, car le texte exact dit « pêcheurs d'humains » (ανϑροπων) – en nous invitant à devenir ‘pêcheurs d'hommes’ Dieu nous invite et nous requiert pour être missionnaires, pour porter l'Evangile autour de nous et jusqu'au bout de la terre, afin d’être ferments d’un règne de Dieu et de son amour.

Et oui : nous ne sommes pas invités seulement à croire et à vivre cette intimité silencieuse avec le Très Haut, car cette intimité nous conduira irrésistiblement à nous engager pour le règne du Très Haut, du Vivant, pour que règne l'amour de tous à tous.

C'est, en principe, le projet de vie de toute Eglise : offrir l'Evangile à ceux et celles qui tâtonnent leur vie sans la paix, la force, la lumière et la fraternité que nous apporte l'Evangile qui nous porte.

C'est la troisième et ultime étape de ce parcours spirituel : l'engagement concret.             

 

Que dire encore ? L'essentiel.

Lorsque cela ne va plus, qu'on n'en peut plus de difficultés, de déceptions, d'épuisement, de déchirures, de colère, d'abandon ; tellement qu'on en néglige la prière, le silence, l'écoute, qu'on laisse s'éloigner l'intimité avec le Père, qu'on n'a plus le courage ni l'envie de ces moments mis à part pour le silence du murmure intérieur de Dieu, c'est alors, justement alors, qu'il faut absolument s'y contraindre et s'y agripper.

Pour redécouvrir que nous sommes appelés,

redécouvrir que nous sommes l'objet d'une promesse,

redécouvrir que nous sommes invités à repartir ;

redécouvrir que Dieu nous parle même quand nous ne l'entendons plus, même dans le silence, surtout dans le silence.

Et qu'il nous faut persévérer absolument dans ces temps à part, dans ce silence de l'écoute et de la remise de toutes choses entre ses mains. Y compris nos doutes, nos découragements, nos détresses, et nos renoncements. Comme Elie.

Redécouvrir qu'il est vital de persévérer.

Et se souvenir que c'est bien en nous ré-engageant au service de Dieu, du Christ et de l'Evangile que nous retrouverons sens et joie à notre vie ;

que c'est en aimant que nous serons aimés,

que c'est en donnant que nous recevrons la guérison, l'amour en nous, et la douceur en Dieu ;

et qu'œuvrer au salut des autres, c'est redécouvrir le nôtre.

 

Parce que Dieu nous aime. Oui, Il t'aime, toujours.

 

Jean-paul Morley

 Cultes du 19 mars 2017

 

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