Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 23:27

Aujourd'hui, nous ne parlerons pas d'actualité – à moins que vous n'y trouviez des échos. Nous plongerons dans l'Histoire, dans le Premier Testament, à l'époque peu connue d'Esdras et de Néhémie, vers le Vème siècle avant notre ère, il y a 2400 ans. Et même encore plus loin : au temps de Ruth, il y a 3000 ans…

 

Nous y plongerons pour y rencontrer un événement particulièrement choquant de la Bible. Et pour essayer de comprendre pourquoi il s'y trouve.

 

Il s'agit de Néhémie, qui, au retour de l'Exil à Babylone, se donne pour mission de reconstruire l'identité du peuple d'Israël, devenue confuse entre plusieurs éléments, au carrefour de quatre groupes sociaux :

 - ceux qui avaient été exilés à Babylone après la chute de Jérusalem, et qui sont revenus ;

 - ceux qui avaient été exilés à Babylone, mais qui y sont restés et qui s'y sont installés, enrichis, et y sont devenus influents. C'est le cas de Néhémie ;

  - ceux qui étaient restés en Palestine et se sont débrouillés, tant bien que mal ;

 - et enfin ceux qui sont venus s'installer dans le pays, des étrangers, des immigrés pour remplacer ceux emmenés en Exil.

Ces deux derniers groupes, ceux qui sont restés et ceux qui sont venus en Palestine, se sont mélangés. Et c'est là qu'interviennent Néhémie et ceux qui sont revenus de l'Exil.

Car tout cela est un peu compliqué, et Néhémie va tenter d'y remettre de l'ordre.

 

La situation est confuse, mélangée et contrastée : socialement, financièrement, culturellement, religieusement, ethniquement… Avec les difficultés économiques, relationnelles et politiques que cela provoque. D’autant que la prise de Jérusalem, plus de 50 ans auparavant, a laissé le Temple rasé, les murailles de Jérusalem éventrées, l'économie effondrée, l'élite exilée, la population mélangée, les langues multiples, et l'administration confiée à des Babyloniens puis à des Perses, évidemment d'abord soucieux de leur carrière. Pas la jungle, pas le chaos, mais pas non plus l'unité ni la solidarité, pas non plus de culture commune. Mais des conflits et des rejets.

Alors deux hommes, deux exilés en Mésopotamie, vont revenir d'Exil, soutenus et mandatés par le roi perse Artaxercès, pour restaurer Israël. D'abord Esdras, théologien et prêtre, puis Néhémie, haut fonctionnaire parvenu à la responsabilité influente de Sommelier du roi.

           

Que vont-ils faire ? Un immense ouvrage.

D'abord remobiliser le peuple, le rappeler à la vraie foi, au seul Dieu, au seul Seigneur, à la fidélité. Puis reconstruire le Temple de Jérusalem, détruit en - 587, et le re-consacrer. Ensuite rebâtir les murailles de Jérusalem, les doter de portes solides, les fermer la nuit et instaurer le shabbat. Enfin, retrouver et imposer la Loi de Moïse – en réalité, publier, lire et diffuser la Bible telle qu'elle vient d'être écrite pendant l'Exil – et initier ainsi une réforme religieuse de grande ampleur autour du Temple, du sabbat, de la pureté, y compris ethnique, et de commandements stricts pour la vie quotidienne.

Ce sera un long combat, face aux oppositions violentes, en particulier de la part de ceux, Juifs, étrangers ou mélangés, qui avaient conquis des positions politiques ou économiques dominantes après le désastre de la chute de Jérusalem. Ce ne sera pas sans découragements, empêchements et périodes de renoncement.

Mais ils y parviennent. Néhémie, arrivé après Esdras, travaille avec lui, puis lui succède. Un Néhémie volontaire, courageux, convaincu, intransigeant, infatigable, autoritaire bien sûr, mais qui entraîne tout le peuple dans cette restauration courageuse et collective d'une identité et d'une foi en actes. Avec une vision simple et belle, qui sera le véritable cœur du judaïsme à venir, son fondement, qui tient en une jolie formule : « Un Dieu, une Loi, un peuple, une terre, un Temple ».

Simple et beau. Fort et convainquant. Irréfutable.

           

Mais… ‘un’ : univoque. Unilatéral. Monolithique. Unitaire. Comme une monoplace… Niant la diversité et la différence. Identitaire, c'est-à-dire donnant une identité à la communauté et à chacun de ses membres, mais aussi identifiant qui en fait partie et qui en est exclu. Cette très belle formule est à la fois la force et le fondement, presque le résumé, du judaïsme qui se constitue en ce Vème siècle avant notre ère, et elle structurera Israël jusqu'à la dernière chute de Temple, par les Romains en 70 après le Christ.

Mais c'est celle aussi qui donne sa force au sionisme et sous-tend encore aujourd'hui le colonialisme d'Israël, ses colons et ses colonies au nom de Dieu – tandis que les Palestiniens ont cessé d'être des êtres humains à leurs yeux. De même, au Vème siècle avant notre ère, cette idéologie conduisit Esdras et Néhémie à des décisions indéfendables :

- refuser d’intégrer les immigrés anciens, qui demandent à participer à la reconstruction du Temple et au culte, et à rejoindre ainsi la religion juive, celle du pays[1]

- interdire l'entrée dans la ville (quitte à leur tirer les cheveux ou à les mettre en prison) à ceux qui, Juifs ou non, souhaiteraient travailler un samedi ;

 - briser les couples qui unissent un Juif avec une femme étrangère, une immigrée ; chasser ces épouses étrangères et chasser avec elles les enfants issus de ces unions.

 

Et là, nous ne comprenons plus.

Cela s'appelle intolérance, fanatisme, totalitarisme, et racisme. C'est dans la Bible. Et cela choque, forcément.

Mais : s'agit-il là d'un exemple à suivre… ou d'un contre-exemple à éviter ? Qu'est-ce qui permettrait de considérer que de tels textes de la Bible ne sont là que comme contre-exemples, pour dénoncer de possibles dérives de la religion, à éviter à tout prix ?

Trois arguments :

 - Le premier, c'est l'échec de la réforme d'Esdras et Néhémie. Cette restauration se délitera après leur passage : Jérusalem restera sous l'autorité perse, puis grecque à travers les Séleucides, enfin, après l'épopée des Macchabées, romaine. Le Temple, pauvrement reconstruit par Esdras et Néhémie, sera, après une nouvelle profanation, remplacé par celui magnifique mais éphémère d'Hérode[2]. Quant à la population d'Israël, elle restera mélangée. Un échec.

 - Le deuxième, ce sont d'autres écrits de la Bible, qui vont délibérément dans un autre sens.

 - Le troisième… c'est Jésus et le Nouveau Testament.

 

Deuxième argument, d’autres écrits de la Bible : Ruth.

Sept siècles avant l'intervention d'Esdras et Néhémie, se situe l'histoire de Ruth.  En réalité elle n'est écrite que peu avant celle de nos deux restaurateurs intransigeants. Et peut-être même à cause d'eux.

Ruth, c'est une femme étrangère, une Moabite, qui a épousé un Israélite à l'étranger, et qui s'est rapidement retrouvée veuve. Qui décide pourtant de rester avec sa belle-mère juive et de la suivre en Israël. Et qui finalement, après bien des péripéties, épousera un autre Israélite, Boaz, et donnera naissance au grand-père du roi David.

Tiens ? Une étrangère ? Qui immigre en Israël ? Qui épouse deux Juifs successivement, et donne naissance à des rois ? Hérésie, honte et camouflet pour Esdras et Néhémie ! Une de ces unions à briser, à leurs yeux …

Eh, bien non, une union bénie au contraire. Une bénédiction pour Noémie, et une bénédiction pour Israël, puisque Ruth sera l'ancêtre directe de David ! C'est, à côté d'autres pistes d'interprétation, le message central que ce livre de Ruth veut transmettre : le mélange est fécond, l'intégration de femmes ou de populations étrangères et différentes, est féconde ; c'est une bénédiction, bénie de Dieu, qui fera de Ruth l’ancêtre, non seulement de tous les rois d'Israël et de Juda, mais du Christ lui-même, ce Fils de David !

Néhémie aurait sans doute dû méditer ce petit récit. Car aujourd'hui, on se souvient davantage de Ruth que de lui, de cette étrangère que de ce gouverneur…

             

Et puis Israël lui-même a été immigré, en Egypte, pendant des générations. Il y a souffert, au point d'introduire dans la Bible ce fameux verset :

« Tu aimeras l'immigré comme toi-même, car tu as toi-même été immigré. Je suis le Seigneur »

C'est dans la Loi de Moïse, au Lévitique[3], qui ajoute :

« Tu traiteras l'immigré qui séjourne parmi vous comme l'un d'entre vous. Tu ne l'exploiteras pas ».

 

Troisième argument, Jésus de Nazareth :

Qui permet de considérer la restauration d'Esdras et de Néhémie comme un contre-exemple involontaire, comme ce qu'il ne faut pas faire, un avertissement et un garde-fou internes pour la Bible elle-même.

  • Jésus, à qui l'on demande quel est le plus grand commandement, et qui répond par la clef d'interprétation ultime de toute la Bible : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de toute ta force et ton âme, et aimeras ton prochain comme toi-même… ». Autrement dit : mets toute ta confiance en Dieu, et aime ton prochain comme toi-même, y compris ton ennemi ; et donc aime ton conjoint, même s'il est étranger, même s'il est Moabite…
  • Jésus qui vit et prêche le pardon et l'accueil pour chacune et chacun ;
  • Jésus qui fait de la Samaritaine, une étrangère qu'on ne fréquente pas, sa première missionnaire ;
  • Jésus, quand un seul des dix lépreux guéris, un Samaritain encore, est le seul à qui il annonce que sa foi l'a sauvé ;
  • Jésus qui voit en la femme cananéenne ou l'officier romain, une foi plus grande que parmi tout Israël ;
  • Jésus qui annonce l'universalité de l'amour de Dieu : c'est maintenant l'humanité entière qui est peuple élu ;
  • et puis Paul qui affronte Pierre et Jacques à Jérusalem, pour confirmer cette universalité et cette communauté au-delà des origines ou des appartenances…

 

Pauvre Néhémie, qui a associé son nom à l'exclusion, en croyant bien faire, malgré sa superbe énergie pour restaurer Israël… Or curieusement, ou significativement, il n'est pas dit dans le livre de Néhémie que Dieu ait bénit son action. Alors que Néhémie au contraire ne cesse de supplier Dieu de se souvenir de lui, jusqu'au dernier verset du livre !

           

Mais ajoutons que si quelques-uns parmi vous trouvent des résonances entre cette histoire de Néhémie, vieille de 24 siècles, et notre actualité électorale, ce ne peut-être que parce que le Seigneur est taquin…

 

Culte à Pentemont du 7 mai 2017, à Roquépine du 14 mai (Présidentielles)

 

Lectures :         Néhémie 13 : 14 à 31

                        Ruth 1 : 16 à 19 ; 4 : 13 à 17

 

[1] Décision qui provoquera pour longtemps l’arrêt des travaux… Cf. Esdras 4 : 1-3 et 4ss

[2] Dominations Babylonienne : -587 à -538 ;  Perse : -538 à -334 ;  Grecque : -334 à -130 ;  Maccabées puis dynastie Hasmonéenne : -134 à -63 ; domination Romaine : -63 à 100.  Temple d’Hérode : -20 ? à +70.

[3] Ch. 19 : 34

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Jacques Castelli 23/08/2017 01:09

Plusieurs signes à venir (dans le désordre) de l'approche imminente des tribulations, transmis par Dieu à Frère Elyôn :
-décés d'Ariel Sharon : réalisé le 11 janvier 2014
-décés de Fidel Castro : réalisé le 25 novembre 2016
-inondations à Paris : réalisé le jour de la Fête du Sacré Coeur, le vendredi 3 juin 2016
parce que le Sacré-Coeur était et en colère contre les français, mais une inondation plus importante
est à venir.
-réhabilitation de l'affaire Ceznec.
-décés de Jhonny Halliday.
http://www.prophete-du-sacre-coeur.com/

HC79 21/07/2017 11:40

Bonjour,
Je me permets de vous envoyer ce message et vous prie de m'excuser si cela n'a pas rapport à votre site. Mais cela pour vous avertir de la sortie d' un huitième livre de Frère Elyôn « la bombe révélatrice », dont voici le lien http://www.prophete-du-sacre-coeur.com/la-bombe-revelatrice.pdf .En ces temps difficiles et incompréhensibles pour certains, il est urgent de prendre connaissance de ces écrits, beaucoup de vidéos, circulant sur le net, confortent ses révélations. Merci de bien vouloir les consulter, vous apprendrez beaucoup de choses. Prenez le temps de lire les 7 autres livres du même auteur.
Merci aussi aux modérateurs de laisser poster ce message d'une très grande importance.