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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 18:37

Mots clefs : Dieu, spiritualité

 

Voir Dieu.

Personne, bien sûr, ne l'a jamais vu. On ne peut voir Dieu. Dieu est esprit, Dieu est amour, Dieu est conscience, et tout cela est invisible. Dieu n'a pas de corps, qui se pourrait voir. Tout comme  le vent, dit un jour Jésus : tu ne le vois pas, mais tu l'entends, tu le sens sur ton visage et tu vois ses effets, qu'il soit petite brise ou vent violent. De même pour Dieu : on ne peut pas le voir, mais on peut l'entendre et voir ses effets...

 

Et voir Dieu serait même dangereux.

Dans le Premier Testament  de la Bible, c'est interdit.

Quand Moïse découvre le buisson ardent qui brûle sans brûler, et qu'il entend la voix de Dieu, il se détourne pour ne pas voir Dieu et en mourir.

Plus tard, devenu plus familier de Dieu, il demandera à Dieu de voir sa gloire, mais Dieu lui répond que non. « Tu ne pourras pas voir mon visage, car un être humain ne peut pas me voir sans mourir... »

De même, quand Gédéon le courageux comprend que l'homme en face de lui est un ange de Dieu, il craint de mourir.
Ou quand Dieu se présente au prophète Elie, non pas dans le tonnerre ou la foudre, mais dans un fin murmure, Elie s'enveloppe la tête dans son manteau, pour ne pas voir.

Ou quand Jacob lutte toute une nuit avec un homme, et comprend à l’aube que c'était un ange qui représentait Dieu, il s'écrie « J’ai vu Dieu en face, et j'ai eu la vie sauve ! »

Et même Pierre dans sa barque, quand Jésus lui fait faire une pêche miraculeuse au petit matin, effrayé il demande à Jésus de s'éloigner, parce qu’il est un homme impur...

 

Oui, Dieu est tellement immense, Il est une telle lumière, la Bible dit une telle gloire, que c'est un peu comme si on voulait s'approcher du soleil pour le regarder : on brûlerait, et nos yeux seraient les premiers à brûler et à fondre... Et Dieu, c'est 100 milliards de soleils ! Pas possible de le voir directement.

 

Mais on peut l'entendre. Et voir ses effets, son action. Un peu comme une vedette, un chanteur ou une actrice qu'on a toujours rêvé de voir en face, en chair et en os, sachant que c'est impossible, et puis un jour, sans s'y attendre, on la rencontre, elle est là. Un peu pareil avec Dieu : on sait qu'on ne peut le voir, mais un jour, sans s'y attendre, on découvre qu'on l'entend, qu'on peut lui parler, et on constate son action autour de nous.

           

Eh bien, à cette rencontre, peut-être pouvons-nous nous préparer.

Et c'est ce qu'a fait Moïse, sans doute sans le savoir. Quand il était jeune homme, élevé dans la maison du Pharaon, Moïse a voulu sauver son peuple en esclavage, assuré de sa position, de son éducation, de son énergie, sa force et son intelligence de jeune homme bien entraîné. En un mot, il était plein de lui-même, sûr de lui et un peu tout-     fou. Du coup, sa tentative a échoué, perdue dans le meurtre d'un contremaître égyptien.

Alors Moïse s'est enfui. Dans le désert, pendant 40 ans. Là, il adopte une vie simple et sobre, où il oublie le luxe de son enfance ; il devient berger. Une vie propice à la méditation, à la contemplation et au retour sur soi, une vie qui abandonne toute prétention et qui permet de se purifier et de se nettoyer de l'intérieur. Il est devenu prêt à être rencontré par Dieu. A le voir, en tous cas à l'entendre. Prêt à se mettre à son service pour délivrer son peuple, mais devenu si modeste qu'il ne se sent pas à la hauteur de la tâche. C'est alors que Dieu peut enfin agir en lui, qu'il lui apparaît et lui parle.

Moïse continuera de l'entendre, de le prier et de l'écouter, et finalement de le voir, puisque monté sur la montagne du Sinaï, au milieu du tonnerre et du feu, il recevra les 10 Paroles, les deux tables de la Loi de Dieu. Et quand il redescendra de la montagne pour la deuxième fois, et que le peuple comprendra que Dieu lui-même était au milieu du tonnerre et du feu, le peuple s'écrira émerveillé qu'il a vu la gloire de Dieu, entendu sa voix du milieu du feu, et compris qu'en ce jour ils ont vu que Dieu peut parler aux humains sans que ceux-ci meurent....

           

Mais sans doute Moïse avait-il maintenant un cœur pur.

Et... Qu'est-ce qu'un cœur pur ?

C'est peut-être simple : c'est le cœur de celui - ou celle - qui n'est pas le centre   de sa propre vie ; qui ne pense pas à lui mais d'abord aux autres, à ceux autour de lui, à l'humanité et au monde, à leur avenir, et cherche leur bien ;

le cœur de celui – ou celle – qui est prêt à passer après les autres, à partager et à donner spontanément, à aimer sans calcul ;

le cœur de celui qui est confiant, offert, transparent, qui ne cherche ni ne soupçonne le mal ;

celui qui voit le bon en chacune et en chacun, qui pardonne et qui sait que chacune et chacun peut être meilleur dès demain et même aujourd'hui ;

celui qui ne sait pas mentir, ni calculer, ni tricher, ni se défendre, ni contraindre, et qui d'ailleurs en aurait honte...

Comme quelqu’un me le disait, « Bienheureux les fêlés, ils laissent passer la lumière ! » c’est une assez bonne traduction de notre Béatitude !

 

Alors comment avoir un cœur pur ?

Chez certains, c'est naturel. Ils ou elles ont gardé leur cœur d'enfant, celui que leurs parents et la vie leur ont donné.

D'autres se le forment, comme Moïse. Par un patient travail sur soi-même. De réflexion, d'écoute, de lecture. La Bible par exemple, pas elle seule mais c'est une valeur sûre. D'ouverture. D'attention à autrui, à la vie, au bien et au beau. De prière bien sûr. S'habituer à la prière intérieure, s'habituer à s'imprégner d'écoute de Dieu, de familiarité avec Lui. Comme Jésus y incite dans la suite de ce sermon sur la montagne, quand il invite à une prière discrète, personnelle, intime, et à un jeûne joyeux, à une intimité avec Dieu qui ne se soucie pas d'apparence.

Ceux-là, c'est promis, voient Dieu et rayonnent de sa lumière. Alors que ceux qui prieraient ou jeûneraient pour être vus ne pourraient que développer leur ego, et donc réduire la place de Dieu, qui du coup s'éloigne ; ils ne le voient plus...

Mais ceux qui acceptent ce long et doux travail en eux-mêmes reçoivent un cœur qui reste ou devient pur. Confiant. Innocent. Transparent.

 

Une petite histoire pour illustrer : deux ermites se sont retirés au désert. Ils sont venus là pour prier, méditer, contempler, et s'entendent paisiblement entre eux. Un jour, l'un s’adresse à l’autre : « Tu sais, nous devrions nous disputer, comme font tous les gens, pour savoir ce que c'est.

- D'accord ! dit l’autre.

- Alors voilà : je vais aller prendre une brique, je la mettrai entre nous, et dirai «c'est à moi !» Et toi tu répondras « non, elle est à moi ! » C'est toujours comme cela que commencent les disputes.

- D'accord ! dit l’autre. »

Le premier va chercher une brique puis la pose entre eux. « Voilà : je mets la brique au milieu. Elle est à moi ! 

- Eh bien, dit l’autre, si elle est à toi, prends-la et va en paix ! »

 

Voilà, c'est cela les cœurs purs.

Et la promesse de Jésus serait qu'avec un cœur pur comme cela, on verrait Dieu ?

Pas physiquement, bien sûr. Mais ces cœurs purs l'entendent quand ils prient. Ils entendent ses réponses, ses apaisements, ses conseils, ses consolations ; les chemins qu'Il ouvre, qu'Il éclaire et qu'Il propose. Ils entendent son pardon. Son amitié. Les changements qu'Il opère avec douceur en eux-mêmes.

Et ils voient ce qu'Il fait, et pour eux la vie devient jalonnée jour après jour de miracles. De petits, quotidiens, qui éclosent en gentillesses inattendues, en générosités, en rencontres, en portes qui s'ouvrent, en situations qui          s'éclairent. Et aussi de grands miracles, des réconciliations, des guérisons, des retrouvailles, des succès, des fruits inespérables.

Mais il y a encore mieux que cela, et c'est la merveille : c'est que, quel que soit notre travail sur nous-mêmes, de toutes façons un cœur pur est toujours un don. Ainsi du prophète Esaïe, qui se croit perdu parce qu'il a une vision du Seigneur, mais dans sa vision, un ange s'approche de lui une braise à la main, avec laquelle il touche les lèvres d'Esaïe pour le purifier. Alors le prophète peut aller à la rencontre du peuple : dorénavant, il verra ses compatriotes avec les yeux de Dieu.

Elle est là, la merveille : ce qui est promis aux cœurs purs, c'est de voir Dieu, c'est à dire, de voir le monde et chacun avec les yeux de Dieu. Le même regard que Dieu. Ils voient le monde comme il est, avec ses violences, ses injustices, ses ténèbres ; mais ils le voient aussi comme il peut devenir, et comme il est déjà si souvent : généreux, solidaire, aimant, courageux, tourné vers un avenir plus fraternel à construire.

Ils voient chacun et chacune comme il est, avec ses faiblesses, ses travers, ses défaillances, ses lâchetés. Mais au lieu de le juger sur ce qu'il a de pire, ils voient déjà ce qu'il peut devenir et faire de meilleur, en droiture,          bonté, loyauté, tendresse, fidélité ; et ils ne le jugent que sur ce meilleur.

 

Les cœurs purs nous voient avec les mêmes yeux que Dieu, et nous disent : « Vous valez beaucoup plus que ce que vous pouvez avoir fait ou pensé de pire ; vous valez, pour moi, ce que vous avez ou pouvez faire de meilleur...  C'est cela votre vraie valeur ».

Et c'est pour cela que Dieu, le cœur pur de Dieu, peut se voir Lui-même en nous, et peut trouver tout naturel de se voir, Lui, Dieu, en nous !

 

                                                                                                   Amen

 

Jean-paul Morley

Culte du 6 février 2011

 

Lectures :      Matthieu 5 : 1, 6-8

                        Matthieu 6 : 5-8, 16-18

                        Exode  3  :   4-6

                        Deutéronome 5  : 23-25a

 

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