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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 11:12

 

 

« Je crois en Dieu le Père,

tout-puissant créateur des cieux et de la terre »

C'est ce que nous disons ensemble en récitant le Credo, dimanche après dimanche. Avec une  virgule, contraire à l'habitude : « Je crois en Dieu le Père », virgule, « tout-puissant créateur des cieux et de la terre »…

Le Père qualifie donc Dieu, qui s'offre à nous comme un Père ; tandis que la toute-puissance qualifie le Créateur : c'est en tant que Créateur qu'il est tout-puissant, pas forcément autrement.

Car cet adjectif, ‘’tout-puissant’’, non seulement est une aberration logique, mais surtout ne peut convenir à Dieu. Dieu est amour, Dieu est fidèle, la Bible nous l'enseigne, et cela seul compte. Mais elle n'enseigne pas que Dieu soit tout-puissant, sans doute parce qu'il n'y a pas de toute-puissance dans l'absolu.

En revanche, la Bible suggère qu'en tant que Créateur Dieu est tout-puissant, et nous verrons que cela nous emmène sans doute plus loin que nous ne l'imaginons.

Déjà Dieu n'est pas créateur de peu de choses : les cieux et la terre ! Dans l'imagerie ancienne, la terre, c'est notre planète, tout ce qu'elle contient et tout ce qui y vit. Même si les anciens ignoraient qu'elle fut ronde, et la voyaient comme un plateau flottant sur l'eau, c'est bien notre planète et l'humanité qui l'habite que représentait le terme ‘terre’ ; tandis que les ‘cieux’ représentaient l'univers : firmament, étoiles, nuages et astres, même si les anciens se le représentaient comme une sorte de cloche solide recouvrant la terre et la mer, une voûte céleste.

Donc Dieu, pour la Bible, a tout créé.

Quoique… La Bible commence par ces mots : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide... » Les exégètes ont fait deux remarques : « Au commencement » se dit Bereshit, qui commence donc par B, la deuxième lettre de l'alphabet en hébreu comme en français. La deuxième : comme s'il y avait déjà eu quelque chose auparavant... Du coup, ces exégètes émettent l'hypothèse que la phrase « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre » ne serait qu'un titre général, et que le texte lui-même commencerait avec « La terre était informe et vide », phrase qui, elle, commence par Haaretz, donc A. Cela signifierait alors qu’au commencement, il y avait déjà quelque chose, de la matière, le chaos originel, dans lequel Dieu aurait mis de l'ordre ; séparant ombre et lumière, jour et nuit, mer et continent...

Un peu comme le Big Bang qui a donné naissance à notre univers, mais à partir d'une formidable masse d'énergie concentrée, dont nous ne savons rien de l'âge ni de l'origine... Alors : Dieu, créateur absolu à partir du néant, ex nihilo ? Ou Dieu auteur d'un Big Bang rendant soudain possible cet univers capable de faire naître la vie et l'intelligence ?

En réalité, nous n'en savons rien, et peu importe. La question de l'origine de l'univers, ou de Dieu Lui-même, restera toujours insoluble. Calvin, à celui qui lui demandait un jour à quoi s'occupait Dieu avant de créer l'univers, répondait en souriant : « Il bâtissait l'enfer, pour les curieux... ». Alors gardons-nous de l'enfer, au moins sur ce point !

Et revenons au Créateur des cieux et de la terre, c'est à dire de notre univers et notre monde. Qu'a fait Dieu ? Faire surgir de lui-même la masse d'énergie colossale qui constitue cet univers ? Sans doute. Mais surtout, Il crée – et c'est là que commence à se mesurer sa toute-puissance en tant que Créateur – Il conçoit et crée la totalité des règles et des lois de l'univers, des lois de la nature, celles qui permettent non seulement à l'univers de s'étendre, de tenir ensemble et de se déployer jusqu'à l'infini, avec une stupéfiante cohérence interne de l'infiniment petit à l'infiniment grand, mais mieux encore, des règles et des lois qui rendent l'univers capable de donner naissance à la vie, à sa stupéfiante diversité, à l'évolution, à l'apparition de l'intelligence, du sentiment, puis de la conscience ; de la beauté, et de la conscience de la beauté ; de l'altruisme, enfin de la spiritualité. Une évolution dont nous ne sommes sans doute que le commencement, voire une simple étape ; une évolution qui n'est possible que parce que cette création des règles et des lois de l'univers, et c'est là le premier éclat de génie du Créateur, cette création inclut et intègre le mal, la destruction, la contradiction et la mort. C'est à dire le temps. Sans lequel la création serait figée, statique, et n'aurait aucune vie, ni aucun besoin du mieux, du juste, du beau, du progrès, encore moins de l'amour.

Et Dieu le Créateur, comme la Bible l’indique, a introduit ce mal et ce manque dès l'origine, en plaçant judicieusement le serpent au côté de la plus intelligente : Eve...

Dieu a créé, béni soit-Il, un univers qui, en rendant possibles la vie, l'intelligence et la conscience, mais aussi le mal, la souffrance et la mort, a rendu inévitables le manque et le besoin, et par réaction la capacité d'aimer, la capacité de nous aimer, nous-même et entre nous, et de l'aimer, Lui, Dieu...

Capacité inouïe de pouvoir aimer et dialoguer avec Celui qu'on ne voit pas, ni ne touche, ni n'entend, mais qui a créé l'univers et le temps ; et qu'on pressent, qu'on écoute, qu'on aime, et à qui on se donne...

Dieu a créé un univers dont l'évolution en milliards d'années, où nous ne sommes que les quelques dernières minutes, a enfin permis l'amour, et mieux encore Lui a permis l'amour, lui a permis à Lui, Dieu, d'aimer et d'être aimé...

Eblouissant génie, éblouissante, inimaginable puissance du Créateur...

 

Mais ce n'est pas tout... Car Dieu, en créant l'univers, s'est diminué Lui-même. Puisqu'Il a laissé l'univers se développer selon sa propre logique, la Création évoluer par elle-même, l'humanité se déterminer par elle-même, pour le meilleur et pour le pire... « Dieu a créé le monde comme la mer crée le rivage : en se retirant. » écrivait Hölderlin ; et Simone Weil, la philosophe, l'exprimait simplement « La création est de la part de Dieu un acte non pas d'expansion de soi, mais de retrait, de renoncement. Dieu et toutes les créatures, cela est moins que Dieu seul » . Parce qu'Il s'est dessaisi de son pouvoir absolu sur elle...

C'est aussi la leçon de l'histoire du serpent, d'Eve et de la pomme : Dieu, en préparant tout dans le jardin d'Eden pour que l'être humain accède, grâce au fruit défendu, à l'intelligence, à la conscience, à celle du bon et de la souffrance, du bien et du mal, le Créateur a en réalité confié la responsabilité du monde à l'humanité. Il s'en est dessaisi pour nous, et se contente de nous inviter et de nous inciter à choisir le bien, en l'écoutant et lui faisant confiance.

Mais, et c'est le deuxième éclat de génie du Créateur, l'impensable éclat de génie, c'est que, en se diminuant ainsi, Dieu s'est aussi grandi... Non seulement Il s'est grandi par la liberté et la confiance qu'Il nous a offertes, mais, j'y reviens, par l'amour qu'Il a ainsi rendu possible entre Lui et nous.

En nous faisant cadeau – oui, cadeau – du manque et du besoin qui, on le sait trop, passe par la souffrance, parfois l'horrible souffrance, Il nous a offert le besoin de Lui. Lui, le Dieu d'amour. Et en créant l'univers, si vaste, si autonome, si différent de lui-même, et si souvent maladroit et malheureux, Il a alors créé sa propre capacité à franchir par son amour cette distance infranchissable entre Lui et nous.

Ainsi, si Dieu + l'univers, c'est moins que Dieu seul ; Dieu + l'univers, c'est aussi plus que Dieu seul, car c'est Dieu + l'amour, + la relation, + la vie. La vie qui vit, qui change, qui se cherche, tâtonne, aime, se déploie, interagit, et donc transforme tout. Transforme... Dieu Lui-même.

Dieu, en créant, s'est créé Lui-même, non seulement en tant que Créateur – s'il n'y a pas de création, il n'y a pas de Créateur... – mais surtout, en rendant possible la relation avec sa Création : en rendant possible l'amour entre Lui et sa Création, Il a créé les conditions pour que Lui-même grandisse.

Car un amour change toujours chacun des partenaires, par définition. Il permet à chacun d'eux de grandir, d'évoluer, de devenir. De même que nous ne devenons vraiment nous-même que dans notre relation avec Dieu, de même Dieu devient vraiment Lui-même dans sa relation avec nous, ses créatures-partenaires, parce que c'est cela aimer : devenir en aimant, et, pour Dieu, devenir Amour en aimant et en étant aimé.

Dieu s'est ainsi créé Lui-même comme Amour, a créé ce qu'il fallait pour que Lui-même aime, devienne, advienne, grandisse, à travers sa relation avec ses enfants, ces êtres libres capables, grâce à sa Création, de conscience et d'amour.

Dieu nous a donné de Le faire grandir Lui-même : en l'accueillant, en Lui dépendant, en l'aimant ; et en faisant progresser l'humanité et la connaissance de Dieu sur terre. Il nous a donné de le faire grandir en tant que Dieu d'amour ; Il a besoin de nous pour être un Dieu d'amour, car on n’aime jamais seul. Etourdissant, vertigineux, et fantastique ! Et quelle preuve d'amour…

           

Mais ce n'est pas encore tout.

Dieu continue d'agir, de créer ; Il ne cesse de conduire sa Création, en nous invitant, nous incitant, nous persuadant, nous suppliant, nous séduisant pour conduire sa Création vers une humanité plus fraternelle et confiante en Lui, vers une Création plus belle et plus saine. Et ce faisant, Il crée, à travers nous, un Dieu créateur d'une Création encore plus belle et accomplie : Il se crée Lui-même.

Alors... Alors oui, Dieu est vraiment tout-puissant en tant que Créateur et en tant qu'Amour ! Il crée l'univers, + la conscience, + la liberté, + l'amour, + l'histoire, + son propre devenir, c'est à dire Lui-même à travers nous, + le devenir de l'humanité le faisant devenir Lui-même...

           

Et nous, nous ici, vous, moi, si petits, nous sommes appelés à y participer, à participer à ce devenir, non seulement de nous-mêmes, mais de Dieu Lui-même : en l'aimant, en répondant à ce qu'Il nous demande, par exemple en préservant notre planète, sa Création, mais aussi l'humanité, ses enfants, et très directement en prenant chacun soin de ses proches prochains, de son domaine de responsabilité personnelle, et de la part d'humanité qui repose en lui-même...

Et c'est ainsi que, en participant au devenir de la Création, nous participons au devenir de Dieu, et que, créés par Dieu qui nous a tout donné, nous sommes en retour comme les co-créateurs de ce Dieu vivant qui ne cesse de grandir et de devenir...

Amen

 

Jean-paul Morley

Cultes du 16 octobre 2011, Pentemont-Luxembourg

 

Lectures :        Genèse 1 : 1-2

                        Genèse 3 : 4-7

                        Jean 1 : 1-4

Le terme n’existe pas dans le texte original de la Bible, ses occurrences n’étant que de mauvaises traductions.

Attente de Dieu

C'est ce que Calvin n'a pas compris à son époque..

 

Ce sont bien les deux ‘plus grands’ commandements : « Tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée ; et tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

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