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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 16:52

ECLATS D’ÉTÉ

 

Mots clefs : Scoutisme, Création, protestantisme

 

Deux mois d’été, trois semaines de vacances : l’occasion de regarder le monde. Et de revenir accompagné des merveilles rencontrées, des inquiétudes parfois aussi. Alors je voudrais, en ce premier dimanche de Septembre, recueillir trois ou quatre éclats de mon été pour vous les offrir.

 

Le premier, c’est ma visite des camps de nos Eclaireurs et de nos louveteaux en juillet. C’est toujours le même émerveillement devant l’efficacité du scoutisme et de sa pédagogie. Imaginez : ils débarquent, une trentaine d’enfants ou d’ados, sac au dos, avec cinq ou six très jeunes adultes — 17 à 22 ans — dans un lieu totalement vide, vierge, au coin d’un bois, sous une pluie persistante ; trois jours après ils sont installés, organisés, équipés, autonomes, confortables, capables de chercher du bois, même sous la pluie, d’allumer un feu, même sous la pluie — là il faut parfois l’exemple talentueux des anciens —, capables de préparer leur repas, même sous la pluie, de le manger presque à l’heure, sur la table qu’ils se sont eux-mêmes construite, puis de faire la vaisselle, toujours sous la pluie, enfin de dormir… parfaitement au sec sous des tentes bien montées. Et tout cela, je ne mens pas, sans cesser de chanter et de rire ! Impressionnant, de la part d’ados habitués à nos modes de vie assistés, protégés et suréquipés… Mais rassurez-vous, il n’a pas plu pendant tout le camp !

Capables également de s’entendre entre eux et de forger de vraies amitiés, entre enfants et ados qui n’auraient pas forcément de raisons de se connaître, se choisir et s’apprécier. Capables aussi de se laisser imposer des règles, une loi : des règles de fonctionnement (hygiène, horaires, partage des tâches, de la cuisine au nettoyage des douches) ; règles de ce qu’on appelle le folklore (rituels du rassemblement solennel du matin, de l’uniforme, du cantique du soir) ; règles morales (l’évidence d’accueillir au camp une Eclaireuse handicapée en fauteuil, et de s’organiser pour l’aider au quotidien, l’encourager et lui trouver sa place dans le groupe). Impressionnant de la part d’enfants et d’ados à une époque et un âge où l’on refuse l’autorité, de les voir accepter spontanément des règles, une loi, parce qu’ils ont confiance en leurs responsables et adhèrent à un projet commun qui les respecte.

Capables enfin d’écouter avec attention parler de l’Evangile et le partager, alors que la plupart ne fréquentent aucune Eglise. Impressionnant de voir de ces grands gaillards à qui on ne la fait pas, ou de ces grandes filles préoccupées de plaire, écrire des prières désarmantes de sincérité et de générosité.

Alors, vous qui êtes de jeunes parents, ne ratez pas cette  extraordinaire école de vie pour vos enfants !

 

Deuxième éclat de cet été, pour moi : la beauté de la Création, qui me ré-émerveille chaque fois. Double beauté, d’une double création : beauté des paysages traversés, de la lumière traversant les sous-bois dans les collines du Tarn, aux falaises violettes, de mille mètres de haut, des montagnes du Valais, en passant par les somptueux chaos de rochers du Sidobre, près de Castres. Et beauté de l’autre création, celles dont sont capables nos propres mains, en écho à la première création : beauté, par exemple, de la cathédrale de Rodez, ce chef d’œuvre de l’art gothique, ou chef d’œuvre de la foi ; beauté de la cathédrale d’Albi, saisissante de force tranquille et de simplicité au dehors — à l’intérieur, c’est autre chose, ceux qui connaissent sauront que c’est une question de goût…

Mais beauté aussi des gestes parfaits d’un grutier, en pleine forêt, qui maniait avec délicatesse les énormes mâchoires de sa grue pour attraper de puissants troncs d’arbres, par trois ou quatre, et les déposer délicatement, presque au centimètre près, sur le plateau d’un camion…

Et l’on comprend soudain à quel point Dieu nous a créés créateurs, et on lui dit merci ; à quel point Dieu s’est dessaisi d’une part de son infini potentiel  de création, y compris de la beauté, pour nous la confier et nous l’offrir. Et non seulement on lui dit merci, mais on admire un tel amour qui accepte de se dessaisir lui-même…

 

Troisième éclat, la libération d’Ingrid Bettancourt. Bonne nouvelle, évidemment : enfin ! Cette semaine, elle était reçue au Vatican par Benoît XVI. Nous n’avons évidemment pas à nous prononcer sur les manifestations extérieures de sa foi, quand elle se met à genoux, mains jointes, en descendant d’avion ; peut-être pourrions-nous nous inquiéter de cette polarisation sur une otage emblématique, au risque d’en oublier tant d’autres en Amérique du Sud, mais aussi au Caucase ou ailleurs. Elle-même le rappelle souvent. Mais ce qui m’a personnellement le plus impressionné, et là encore émerveillé, c’est la force d’une simple Bible, qui lui a été donnée par un codétenu protestant pentecôtiste. Une Bible qui l’a accompagnée toutes ces années et qui lui a transmis sa force : la force de tenir, de vouloir, de continuer de penser, de se projeter, d’espérer. Et moi, le pasteur, le professionnel de la Bible, j’ai une fois de plus été saisi d’une crainte respectueuse, presque sacrée, devant ce petit livre dont la force intérieure dépasse notre compréhension…

Alors en relisant le passage de la lettre de Paul aux Romains lu tout à l’heure, je me suis dit qu’au fond, c’était un peu comme si tous savaient : les scouts, leurs responsables, les bâtisseurs de cathédrales ou les grutiers magiciens, Ingrid Bettancourt et son codétenu… Comme si tous savaient que nous n’avons pas d’autre dette que l’amour, l’amour à rendre et à offrir, parce que nous-mêmes l’avons déjà reçu. Et que tout le reste a peu d’importance. Nous avons été aimés, accueillis, acceptés par un Tout-Autre ; il nous a été offert un univers et un monde qui sont beaux et la capacité de créer nous-mêmes. Alors il ne nous reste plus qu’à respecter et à aimer… “En aimant, comme l’écrit Paul, on obéit complètement à la Loi” Et vous les parents, vous savez déjà que c’est cela que vous aurez à transmettre à vos enfants : l’émerveillement et la reconnaissance devant le monde, et pour seule dette l’amour que nous nous devons les uns aux autres.

 

Il en est de même pour nous tous, ici, qui avons cette même dette.

Alors il est temps d’évoquer un quatrième et dernier éclat, peut-être plus grave. Je suis revenu un peu troublé des quinze jours que nous avons passés dans le midi, la montagne du Tarn, ancienne et forte région protestante jouxtant les Cévennes. Nous y avons découvert une région magnifique et de belles gens, mais aussi une Eglise jadis partout vivace, en train de s’éteindre.

Village de Buffignac : un joli temple, bien posé au centre du village, austère et digne, mais la plupart du temps désaffecté. A l’intérieur, superbe chaire au bel escalier, vieux poêle à bois, et les panneaux d’une récente exposition présentant le protestantisme : son histoire, ses héros (Calvin, Martin Luther King, Théodore Monod, Boegner, Mc All, le Chambon…), ses positions éthiques ouvertes et attentives aux personnes, son attachement à la Bible, ses œuvres sociales… Impossible de ne pas être convaincu et plein de respect pour cette religion vénérable et pleine de vertus.                                          

Mais… rien qui donne envie ! Rien qui parle au cœur. Rien qui s’adresse à moi. Tout parle à l’intellect, mais rien à l’individu fragile, inquiet et tâtonnant qui est en chacun et chacune de nous, en chacun de ceux qui parcourent cette exposition, rien. “Ouais, ces protestants, ils sont bien quand même… Bon, qu’est-ce qu’on va visiter maintenant, et où déjeunerons-nous ?”

Non loin de là, le Musée du Protestantisme, à Ferrières. Charmant, pittoresque, dans une attachante maison du cru, pleine de souvenirs. Mais justement, de souvenirs seulement, malgré le dynamisme de son président. Tourné vers le passé. D’accord, c’est un musée, mais le protestantisme serait-il déjà objet de musées, des musées protestants qui se multiplient aujourd’hui de façon un peu inquiétante ?

Un peu plus loin, Roquecourbe : très joli temple, au centre du bourg avec son clocher sur la place. Mais plus de pasteur pour la neuvième année. Plus guère d’espoir de pasteur. Une équipe vieillissante qui se prend en charge et assure les cultes. Il y a dix ou douze ans, vingt enfants à l’Ecole biblique ; plus un seul aujourd’hui. Ils vont à Castres. Castres ? Vingt-cinq enfants, trois moniteurs et trois groupes à l’Ecole Biblique il y a quinze ans, quatre ou cinq enfants aujourd’hui, y compris ceux de Roquecourbe, pour une monitrice… Soit de 45 à 4 ou 5 enfants en une quinzaine d’années.

Et soudain on se dit que nous appartenons à une belle religion, intelligente, éthiquement juste, ouverte, socialement engagée, au passé glorieux et aux belles traditions, qui sait faire de la théologie, marier, enterre, baptiser, se retrouver avec plaisir et convivialité… mais qui a oublié sa raison d’être : toucher et changer les cœurs, toucher et changer les vies, émouvoir, enflammer, convertir, redresser des vies cassées ou égarées ; sauver des âmes, c’est à dire redonner force, identité et foi aux individus perdus que nous sommes et qui nous entourent.

C’est pour cela que nous, paroisses urbaines riches en fidèles, en locaux, en pasteurs, en moyens, nous devons non seulement être solidaires de ces églises en déclin, mais qu’au-delà nous devons, je le crois, inventer un protestantisme qui redevienne conquérant, un protestantisme qui à nouveau parle aux cœurs, aux âmes, à l’angoisse de chacun. Et pas seulement les nôtres, mais celles de ceux du dehors, qui sont, nous le savons bien, encore plus incertains, abandonnés, désemparés et aliénés que nous.

Inventer un protestantisme réformé, qui, comme le proclame une des cinq affirmations de la foi protestante “l’Eglise réformée est toujours à réformer”, “Ecclesia reformata semper reformanda”, un protestantisme réformé qui sache conjuguer le meilleur de son héritage : la doctrine de la grâce, son éthique de la liberté, de la responsabilité, du courage, de la générosité – avec des formes de prière, de culte, de foi, d’émotion, qui répondent à la sensibilité de nouvelles générations.

C’est à cause de ces églises du Tarn, des Cévennes et d’ailleurs, à cause des églises des Vosges ou de Bretagne, mais aussi pour nous, que nous, paroisses fortes et riches, devons réussir à inventer l’Eglise de demain. A en être non pas les conservateurs, mais les pionniers. C’est notre responsabilité à nous tous, à vous, à moi.

 

Alors je ne vais pas me prendre pour Ezéchiel, placé par Dieu comme un guetteur pour avertir le pêcheur ou le déviant. Mais peut-être sommes-nous tous appelés à être attentifs au devenir non pas de l’Evangile, qui peut se passer de nous, mais de notre Eglise et de sa mission. Et à nous avertir nous-mêmes quand il est besoin.

 

Pour nous y encourager, je terminerai en lisant quelques prières écrites par des Eclaireurs et Eclaireuses lors d’un de nos moments spirituels, au camp :

 

“ J’aimerais dire à Dieu que je ne sais pas s’Il existe, mais qu’Il ne m’en veuille pas, parce qu’Il ne montre pas beaucoup de signes de son existence”

 

“Mon Dieu, je te confie mon cœur et ma vie. Conduis-moi sur le chemin des justes, pour que je puisse t’adorer et t’aimer tout au long de mon existence”

 

“Dieu, faites que le beau temps arrive, aide-nous à nous aimer entre nous, qu’on gagne le concours de bouffe, et que tout le camp se passe bien”

 

‘‘Dieu,

-         Pardonne-nous nos péchés, pour que notre vie soit meilleure.

-         Aide-nous à aimer comme tu nous aimes.

-         Donne un sens à nos vies superficielles, car elles ne sont pas aussi insignifiantes que l’on pourrait théoriquement le penser.

      Amen”

 

…oui, Amen !

 

 

 

Lectures :

            Ézéchiel 33 : 7-9

            Romains 13 : 8-10

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