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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 11:43

EXISTE-T-IL DES COUPABLES INEXCUSABLES ?

 

 

La question qui nous est posée aujourd’hui est donc : « Le colonel Kadhafi est-il un coupable inexcusable ? »

La réponse est aussi simple qu’évidente : oui !

Oui, il est coupable ; oui, il est inexcusable.
Et quelques autres exemples nous viennent aussitôt à l’esprit, aux réponses aussi évidentes.

 

Pour que notre réflexion garde un sens, nous comprenons donc qu’il va nous falloir faire glisser légèrement la question, comme ceci : « Y a-t-il des coupables impardonnables ? », et par exemple  « Kadhafi est-il pardonnable ? », en distinguant l’excuse, qui justifie, du pardon, qui confirme la  faute mais décide de ne pas punir ni même de tenir rigueur.

Et là, avec le pardon, nous sommes au cœur de la religion chrétienne, protestante en particulier, qui affirme un pardon de Dieu offert à tous, vraiment tous, sans autre condition que l’accepter – ce qui est très loin d’être toujours simple. C’est ce que la Bible et les théologiens appellent « la grâce ».  Et cela invite à réfléchir un peu plus avant sur ce pardon, qui n’est donc pas une excuse.

 

Le Premier Testament, quant à lui, paraît clair : il n’est pas dans une logique de pardon mais de rétribution, récompense ou punition. Le Dieu du Premier Testament n’hésite pas à menacer, condamner et punir, ni à préciser, par la plume de Moïse, une échelle rigoureuse de sanctions. Mais en réalité Il est plus subtil que cela, et ses menaces pourraient bien être, comme celle d’un parent, plus pédagogiques ou éducatives que réelles : car en fait, dans la Bible, Dieu punit rarement, pardonne souvent, invite à pardonner, et finalement Il avertit plus qu’Il ne menace : « Si tu as tel ou tel comportement, il entraînera de lui-même telle ou telle conséquence, personnelle ou collective… »

Et dans le Nouveau Testament, c’est ce que Jésus continue de dire : il ne menace pas mais avertit : tel comportement entraîne telle conséquence. Mais il y ajoute le pardon, celui de Dieu, total et inconditionnel, que les chrétiens lisent dans la souffrance de la croix acceptée par le Christ. Comme si Dieu prenait sur lui, prenait tout sur lui, et acceptait de souffrir, acceptait d’être violenté sans répondre, ni punir, ne se venger.

Un pardon inconditionnel, une grâce donc, qui seule peut-être nous permet de rester debout, de continuer de nous regarder dans la glace, de redevenir en paix avec nous-même, et de pouvoir pardonner nous-mêmes à ceux qui nous blessent.

Un pardon qui est offert aussi aux Kadhafi, Hitler, Ben Laden, aux violeurs, assassins d’enfants, ou à ma belle-soeur, vous savez celle qui est si insupportable, et puis à mon patron, qui est tellement odieux…

Mais Jésus y met une condition. La foi.

C’est à dire ? La foi, ici, peut se traduire par :

La conscience de la faute réalisée, du mal causé, des dégâts provoqués, bref, la claire reconnaissance de sa faute ou de son insuffisance, et de leurs conséquences.

La compréhension d’un pardon venu d’ailleurs, offert, total, qui reconnaît et même désigne ce qui a été fait, mais qui décharge son auteur de la culpabilité et de toute sanction.

 

Un exemple : Quelques jours après la découverte de l’assassinat des moines de Tibérine, que ce beau film Des Dieux et des hommes a remis en mémoire, des journalistes avaient demandé au Supérieur de leur ordre religieux s’il pardonnait aux assassins. J’avais été furieux contre eux, et contre ce Supérieur. Furieux contre les journalistes, de poser une question aussi simpliste, convenue, piégeante, et facile. Furieux contre le Supérieur de s’être laissé piéger et contraindre de répondre « oui », sans guère d’autre explication.

Alors qu’en bon lecteur de l’Evangile, il aurait plutôt pu répondre :

«  Dieu leur pardonnera sans doute, mais cela ne nous appartient pas. Quant à nous, nous pouvons nous préparer à pardonner, prier pour cela, être prêts à offrir ce pardon, mais nous ne pouvons pas le donner à des personnes qui ne le demandent pas et n’en sentent pas le besoin. C’est-à-dire tant qu’elles n’ont pas conscience du mal inestimable qu’elles ont fait, conscience qu’elles ont mal agi. Prêts à pardonner, oui, si Dieu nous le donne, mais à des personnes qui aient conscience d’en avoir besoin. Sinon ce pardon est vide de sens, galvaudé, stérile, inopérant, purement formel, sans vie. »

 

Illustrons cela d’un exemple biblique, le récit de la femme adultère, dans l’Evangile de Jean.

Une femme est conduite devant Jésus, elle vient d’être prise en flagrant délit d’adultère. Faute inexcusable d’après la Bible, qui ordonne la lapidation. Pour les deux partenaires de l’adultère. Ceux qui l’on conduite à Jésus lui demandent son avis : lapidation ou pas ? Respect de la Loi face à sa prédication du pardon, Jésus semble coincé… Il ne répond pas. Ils insistent. Finalement Jésus demande que celui qui n’a jamais failli lance la première pierre. Alors tous se détournent et s’en vont, vieux en premier. Et Jésus dit alors à la femme : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et ne pèche plus »

Résumons :

l’adultère est inexcusable pour une femme. Mais excusable pour l’homme, puisque, lui, n’a pas été inquiété… Cette logique-là est… inexcusable pour Jésus, qui refuse d’y entrer.

Les candidats-lapideurs, peut-être eux-mêmes inexcusables par ailleurs, sont du moins pardonnés, puisqu’en faisant demi-tour ils reconnaissent leurs propres failles.

Enfin Jésus, en disant à la femme : « Va et ne pèche plus », n’excuse pas l’adultère, qu’il invite à ne plus commettre ; mais il pardonne, puisqu’il lui dit de rentrer chez elle, sans la sanctionner ni même la culpabiliser.

Et la femme sait qu’elle a mal fait, et sait qu’elle est pardonnée.

 

Nous pourrions donc conclure que d’après la Bible, il y a évidemment des comportements inexcusables – Kadhafi… – mais qu’un pardon inouï, exorbitant, est offert à quiconque, y compris Kadhafi – pourvu qu’il ait conscience d’en avoir besoin et puisse l’accepter.

 

Mais pour terminer, je voudrais donner une occasion de sourire, malgré la gravité du sujet, en vous proposant un texte venu des Etats-Unis et trouvé sur internet, à propos de ce que la Bible considère comme inexcusable, et de la relativité de cette sorte de chose…

 

« La Bible est une autorité

 

Récemment aux Etats Unis, une célèbre animatrice radio fit remarquer que l'homosexualité est une perversion : « C'est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme : ce serait une abomination".

C'est clair, non ? La Bible le dit. Un point c'est tout. », affirma-t-elle.


...Quelques jours plus tard, un auditeur lui adressa la lettre ouverte suivante :


 « Merci de mettre autant de ferveur à éduquer les gens à la Loi de Dieu.

J'apprends beaucoup à l'écoute de votre programme et j'essaie d'en faire profiter tout le monde. Mais j'aurais besoin de conseils quant à d'autres lois bibliques : Par exemple, je souhaiterais vendre ma fille comme servante, tel que c'est indiqué dans le livre de l'Exode, chapitre 21, v 7. A votre avis, quel serait le meilleur prix ?

Le Lévitique aussi, chapitre 25, v 44, enseigne que je peux posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu'ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami affirme que ceci est applicable aux Mexicains, mais pas aux Canadiens. Pourriez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder des esclaves canadiens ?

Je sais que je ne suis autorisé à toucher aucune femme durant sa période menstruelle, comme l'ordonne le Lévitique, chapitre 18, v 19. Comment puis-je savoir si elles le sont ou non ? J'ai essayé de le leur demander, mais de nombreuses femmes sont réservées ou se sentent offensées.

J'ai un voisin qui tient à travailler le samedi. L'Exode, chapitre 35, v 2, dit clairement qu'il doit être condamné à mort. Je suis obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me soulager de cette question gênante d'une quelconque manière ?

Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, v 18, dit qu'on ne peut pas s'approcher de l'autel de Dieu si on a des problèmes de vue. J'ai besoin de lunettes pour lire. Mon acuité visuelle doit-elle être de 100% ?? Serait-il possible de revoir cette exigence à la baisse ?

Un dernier conseil. Mon oncle ne respecte pas ce que dit le Lévitique, chapitre 19, v 19, en plantant deux types de culture différents dans le même champ, de même que sa femme qui porte des vêtements faits de différents tissus, coton et polyester. De plus, il passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d'aller jusqu'au bout de la procédure  embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider mon oncle et ma tante, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, v 10 à 16 ? Ne pourrait-on pas plutôt les brûler vifs au cours d'une réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu'il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, v 14 ?

 

Je me confie pleinement à votre aide. Merci de nous rappeler que la Parole de Dieu est éternelle et immuable, un point c'est tout. »

 

 

Jean-paul Morley

Sam’dix-treize de l’Auditoire

12 mars 2011

 

 

 

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