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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 17:22

L’espoir, malgré

 

Mots clefs : société, royaume de Dieu

 

Ces derniers temps, en m'interrogeant sur ce que je devais prêcher lors de ce culte d'Assemblée Générale, je me sentais coincé entre 2 impératifs :

               - ne pas faire comme s'il ne se passait rien dans le monde, avec son actualité aussi dramatique qu’inquiétante ; ne pas l'occulter ;

               - en même temps, lors de cette Assemblée Générale, parler de ma joie au sujet d'une paroisse qui, elle, va bien.

 

Alors j’ai été voir les textes qui nous sont proposés pour ce dimanche. Et à ma stupeur émerveillée, j'ai eu l'impression qu'ils avaient été choisis, écrits, et transmis précisément pour nous aujourd'hui :

               D'abord au Sinaï, quand le peuple a soif et se rebelle (Exode 17 : 1-7) ;

               Puis à Rome, à l'Eglise de laquelle Paul écrit de se réjouir malgré les souffrances (Romains 5 : 1-5) ;

               Enfin en Samarie, où Jésus, face à la Samaritaine, comprend l'ampleur de sa mission (Jean 4 : 34-38)

           

Le peuple est en plein désert. Fuyant l'Egypte, il vient de faire une longue marche, il campe, et il a soif. Mais il n'y a pas d'eau. Alors il se rebelle, et cherche querelle à Moïse, à Dieu lui-même. « Pourquoi ? Pourquoi nous avoir fait sortir d'Egypte, si c'est pour mourir de soif au désert ? En Egypte, nous étions exploités, mais nous avions le nécessaire et la sécurité... »

Et peut-être ces temps-ci, aurions-nous envie de sympathiser avec ce peuple et de questionner Dieu : « Pourquoi ? Pourquoi nous envoies-tu des tsunamis, des accidents nucléaires ou notre impuissance devant la folie meurtrière et massacrante d'un Kadhafi ? » ?

Et peut-être Dieu, à travers ses prophètes, ou un nouveau Job, pourrait-il répondre :

               « Pourquoi me cherchez-vous querelle, à moi ?

               Qui construit les centrales nucléaires ?

               Qui oublie la violence possible de la nature ?

               Est-ce vous qui l'avez créée ? En avez-vous oublié non seulement la force, mais aussi la beauté, la générosité, la richesse ; oublié que c'est elle qui vous a donné la vie et donné cette capacité de créer ?

               Et qui massacre ses congénères et jusqu'à son propre peuple ?

Qui tergiverse longtemps, parfois avec cynisme ou lâcheté, avant de répondre aux appels au secours d'une population menacée ? »

 

De quoi réfléchir. Mais le peuple au désert a de plus en plus soif, comme nous aussi avons soif, de sécurité et de paix. Alors peut-être voudrions-nous reprendre la parole devant Dieu, pour une question plus fondamentale :

               « Pourquoi nous avoir donné la liberté, si elle est si dangereuse entre nos mains ?

               Pourquoi nous avoir donné la responsabilité, si nous n'en sommes pas à la hauteur ?

Pourquoi nous avoir donné la liberté, y compris de créer même le nucléaire, et y compris de nous tromper, et y compris de nous autodétruire, et y compris d'être lâches ou cyniques, ou sans scrupule ni pitié ?

N'étions-nous pas mieux en Egypte, au jardin d'Eden, dans notre tranquille ignorance et irresponsabilité, comme nos frères animaux ?

               Pourquoi devoir mourir, et souffrir, et souffrir de voir les autres mourir ? »

 

Au peuple qui a soif au désert, Dieu ne répond pas. Mais il agit. Par Moïse et par quelques anciens, qui frappent le rocher, et l'eau jaillit, la vie jaillit. A nous non plus, Dieu ne répond pas. Il nous laisse réfléchir. Mais il agit, et donne l'eau, la vie, le renouveau.

Et Il nous donne une Eglise, une paroisse qui va bien, heureuse, pleine de santé et de vie, pleine de nouveaux membres et d'amitié, croyante et confiante.

Mais là, peut-être êtes-vous un peu choqués… Là, j'ai donc hésité. Quelle audace ! Comment mettre en balance notre petite Eglise - en pleine forme, certes – avec les actualités terribles de ce mois de mars 2011, avec ce monde en déchirements, angoissé et souffrant ?

Peut-on oser un tel vis-à-vis ?

              

Oui, parce que ce contraste est  une promesse. Le contraste, on le voit, il est criant :

D'un côté, d'abord le Japon, qui nous renvoie les limites de nos projets prométhéens, ‘babéliens’ – comme la tour de Babel - : non, nous ne maîtrisons pas et ne maîtriserons jamais toutes les forces de la nature et de l'univers : malgré tous nos efforts et nos progrès, notre intelligence et notre organisation, la nature restera toujours plus forte que notre maîtrise – or nous avons inventé de quoi déclencher l'apocalypse. Et en attendant, que de victimes déjà, hommes, femmes, enfants, qui nous ressemblent tant, et qui sont emportés, ou brisés, ou déjà irradiés, déjà condamnés.

De ce même côté du contraste, la Lybie ou la Côte d'Ivoire, qui nous renvoient à notre propre inhumanité : la possibilité qu'a l'humanité de produire ce qui nous semble des monstres, comme ces dictateurs qui pourtant restent des êtres humains. Et la possibilité, qui a failli advenir dans le cas présent, de renoncer à intervenir quand nous voyons un enfant, ou un peuple, se faire assassiner sous nos yeux, en nous contentant de bonnes paroles d'appel au calme...

Cela, notre monde et notre humanité en ce mois de mars 2011, c'est un côté du contraste.

 

Et de l'autre côté, notre minuscule et dérisoire paroisse ? Notre Eglise qui va bien, heureuse, fraternelle, unie, généreuse, active, en croissance ? Impossible, bien sûr. Dérisoire.

Pourtant, le Ciel nous dit le contraire. Le Ciel nous dit que ‘si’, que c'est avec cela, avec nous, chacun de nous, avec une paroisse comme celle-là, minuscule et dérisoire bien sûr, mais qui se nourrit de l'amour de Dieu et qui en vit ; c'est avec cela, avec la force tranquille de chacun de nous pour vivre chaque jour l'amour du prochain, le respect, la loyauté, la solidarité, l'envie du bien de tous ;

c'est avec cela, avec nos vies et nos Eglises, et avec du temps, c'est avec cela que Dieu construit son Règne.

Oh, certes, il faut encore infiniment plus de patience à Dieu qu'à nous : Lui, Il nous attend et nous invite depuis un million d'années, en tout cas depuis 2000 ans. Mais c'est pourtant bien comme cela, avec ce qui se vit modestement comme ici, de fraternité, de don, de respect mutuel, de confiance, que se construit une humanité plus belle, plus saine, plus fraternelle, et que Dieu tisse jour après jour, sans se décourager, mais avec le temps, la tapisserie de son règne... Pour l'instant, nous n'en voyons que l'envers, moche, boursouflé, incohérent, mais quand nous en verrons l'avers, le bon côté, nous en verrons le dessin extraordinaire, l'harmonie des couleurs, et la paix qui y régnera.

 

            Ce long travail, cette longue patience, c'est aussi ce que l'Evangile appelle la puissance de Dieu qui s'accomplit dans la faiblesse. Et c'est ainsi que Dieu tisse, y compris avec cette communauté qui va bien, parce que nous savons y donner, y recevoir et y vivre en frères et sœurs. Dieu travaille sans cesse, à travers nos chaos, à l'accouchement d'une humanité nouvelle. N'est-ce pas ce que dit Paul aux chrétiens de Rome, face aux difficultés et à quelques divisions ? « Nous nous réjouissons même de nos souffrances, car nous savons que la souffrance produit la résistance à l'épreuve, et la résistance, l'espérance. »

 

Mais bien sûr, nous ne pouvons pas en rester là.

Jésus fait une incursion en Samarie, le pays voisin, donc rival, où l'on prie le même Dieu mais autrement, et avec lequel on ne parle donc pas. Arrivé au puits, Jésus demande de l'eau à une femme du village, qui s'en étonne de la part d'un Juif. S'ensuit un débat qui bouscule puis bouleverse cette Samaritaine, et que Jésus ponctue en affirmant que «le moment est déjà venu où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité», et non plus en fonction de tel ou tel lieu saint ou telle ou telle religion.

Comme étonné parce qu'il vient peut-être de découvrir lui-même, Jésus semble ensuite réfléchir à haute voix devant ses disciples revenus du marché, et, regardant les champs encore verts, il déclare :

«Encore quatre mois avant la moisson, dites-vous, mais moi je vous dis : les grains sont mûrs, la moisson est prête !» Et il envoie ses disciples moissonner.

Les grains sont mûrs, contrairement à nos découragements devant ces centrales nucléaires en péril et ces dictatures sans respect, et Jésus insiste : Regardez bien les champs, les grains sont mûrs !

Les avons-nous bien regardés, nous, ses disciples, ses moissonneurs, avons-nous vu tout ce qui bouge, tout ce qui germe, tout ce qui pousse, ici même et ailleurs, avons-nous pris conscience d'à quel point nous sommes utiles et combien nous aidons le monde à mûrir, en vivant de l'Evangile dans cette paroisse et dans chacune de nos vies personnelles ?

Voyons-nous à quel point les grains sont mûrs et combien le monde nous attend, nous les arroseurs et les moissonneurs du Père ?

Dieu nous attend, vous et moi, avec patience, espoir et passion, et c'est avec nos vies, avec nos Eglises, avec nos gestes, oui : nos vies, nos Eglises et nos gestes, qu'Il répond à l'humanité anxieuse.

              

Le peuple au désert avait demandé : «Le Seigneur est-il parmi nous, oui, ou non ?»

Oui, il l'est. Merci, O Père !

 

Amen

 

J.P. Morley

Culte du 27 mars 2011 (Assemblée Générale)

 

Lectures :            Exode 17 : 1-7

                              Romains 5 : 1-5

                              Jean 4 : 34-38

 

 

 

 

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