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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 16:34

La Bible, le corps, l’âme, l’esprit : une lecture protestante

 

Jean-Paul Morley[1]

 

 

Les religions sont très diverses, leurs rapports à la connaissance et à la science le sont aussi, parfois jusqu’au sein d’une même religion. Mais elles opposent le plus souvent corps et esprit, évidemment au profit de l’esprit et de la conscience. Qu’en dit réellement la Bible, référence religieuse principale dans l’histoire de l’Europe ?

 

Proposons quatre étapes :

- D’abord avec Adam, ève et Noé : la conscience face à la matière, à l’immédiat.

- Puis le concept d’âme : ce qu’il peut bien recouvrir.

- Ensuite, l’esprit en opposition à la chair, qui symbolise la matière, mais pas seulement, d’un point de vue biblique.

- Enfin, faisons un petit saut à la dimension de l’univers, puis, plus large encore, à la dimension du cosmos.

 

1. Première étape : Adam, ève et la pomme, l’esprit et la matière

 

Il reste généralement quelques souvenirs de la création de l’homme dans la Bible : Adam modelé dans la terre — Adam signifie d’ailleurs  “le terreux”, de même qu’humain vient de “humus’’, la terre — tandis qu’ève est formée à partir d’une côte retirée à Adam, en sorte qu’homme et femme se retrouvent côte à côte, sans hiérarchie. Mais un autre texte de création précède celui-là dans le livre de la Genèse. L’homme et la femme y sont créés ensemble, d’un coup ; ils le sont, dit la Bible, “à l’image de Dieu”. Qu’est-ce à dire ? Que l’image de Dieu n’est pas celle d’un être parfait, complet et achevé, mais celle d’un couple, c’est-à-dire d’une relation, d’un échange, d’une communication et même d’une distance à l’intérieur de soi, peut-être d’un manque en soi. Or, qui dit distance à l’intérieur de soi, dit conscience. D’emblée, le texte ne renvoie déjà plus à la matière, à l’immédiateté.

 

Les notions bibliques de Dieu comme Verbe, Parole ou amour, impliquent aussi cette idée de distance et de conscience au sein de Dieu lui-même. Par ricochet, l’homme et la femme, créés ensemble, donc placés sur un plan d’égalité, sont présentés comme limités, incomplets, mais également comme capables de conscience, de se regarder soi-même à travers l’autre, donc comme capables de relations. Eux aussi sont distincts de la pure matière et de l’immédiateté.

 

Cette conscience l’épisode du serpent et de la pomme va la confirmer : quand le fameux serpent offre le fruit défendu à ève, il lui offre la connaissance du bien et du mal, c’est-à-dire la capacité d’évaluer, de juger et de décider. Autrement dit, le serpent, créature de Dieu, offre aux humains le cadeau de la conscience et de la volonté. Il n’est pas illégitime de supposer que Dieu l’ait fait volontairement, qu’il ait mis en place l’arbre, le serpent et Adam et ève pour qu’ils transgressent ses ordres, en croquant le fruit défendu. Ce n’est pas une chute, contrairement à l’enseignement chrétien traditionnel, mais l’accession à l’humanité. Cela signifie surtout que la conscience n’est pas seulement connaissance ou conscience de soi, mais qu’elle est capacité de jugement éthique et volonté.

 

D’ailleurs, un peu plus tard, dit la Bible, les humains se sont multipliés, mais ils vivent sans foi ni loi : sur terre c’est le chaos, la violence, la gabegie. Alors Dieu décide de tout reprendre depuis le début. Il ouvre les vannes, envoie le déluge, prévient Noé et sa famille, qui se construisent un bateau pour eux et un couple de chaque espèce animale. Après les quarante jours de déluge, Noé et les siens repartent pour ré-engendrer l’humanité. Mais, cette fois, Dieu s’engage : plus jamais il n’ouvrira les vannes, plus jamais il ne détruira l’humanité ; il s’engage à ne plus jouer avec les lois de l’univers, les lois de sa propre création. L’engagement est immense et fondamental ; il implique que dorénavant les lois de l’univers, celles de la nature, seront stables, donc fiables, donc connaissables, donc utilisables ; par conséquent, la connaissance scientifique et le progrès deviennent possibles. Dieu n’interviendra plus, ni en bien — pas de miracles, de guérisons, de protection contre la peste ou les tsunamis… — ni en mal — déluges et tsunamis, sida et grippe aviaire, ne sont pas des punitions. Tout cela est entre nos mains.

 

Il y a dissociation, dès l’origine de la Bible, dès Noé, entre le domaine de Dieu, domaine subjectif de la foi, et le domaine de la réalité matérielle, domaine de la science,  objectif et collectif.

 

Si, dès l’origine, il y a distinction, aucune religion ne devrait prétendre offrir des réponses scientifiques ou des vérités objectives. Pas même pour ses propres mythes ou récits fondateurs. Mais, si la foi relève du domaine subjectif et de la responsabilité du sujet, alors cela implique que ce sujet, l’individu, soit libre. C’est précisément ce qu’a offert le cadeau, coûteux il est vrai, de la connaissance du bien et du mal : la liberté et le jugement. On notera d’ailleurs que, si l’on se réfère à l’histoire d’Adam et ève, non seulement la religion ne peut offrir de vérité objective, mais elle n’a pas non plus à énoncer de morale : c’est bien à l’être humain qu’est dévolue la responsabilité d’évaluer le bien et le mal.

 

Une question se pose cependant : cette liberté est-elle réelle, ou illusoire ? Notre fonctionnement intellectuel et mental est-il purement électrique et chimique ? Est-il  purement déterminé par notre histoire, par notre environnement et par notre programme génétique ? Notre liberté est-elle une illusion chimique ?

 

L’avenir le dira peut-être. Là encore, la foi se soumet aux résultats de la science. Mais elle peut apporter une autre réponse, qui relève de son propre domaine : même illusoires, nous avons une conscience, un jugement, une volonté, une capacité de décision ; notre dignité d’être humain, notre devoir d’être humain, est de la respecter en considérant que nous sommes libres quoi qu’il arrive, même si cette liberté est une illusion. Nous devons considérer que nous sommes responsables de nos actes et de notre vie, de nos relations et de notre destin, et que c’est cela qui nous fait humains. “Ce n’est pas l’homme qui exige de Dieu la liberté ; c’est Dieu qui exige de l’homme la liberté…” affirmait un mystique russe, Khomiakov[2]. Ce serait d’ailleurs manquer de respect au Créateur, s’il existe, de penser qu’il aurait pu créer une créature intelligente et consciente sans lui donner cette liberté, pas seulement l’illusion de la liberté, mais une liberté qui fait sa grandeur et donc la sienne aussi. Cette liberté rend cette créature capable de vouloir, d’aimer et de créer.

 

Nous voici donc parvenus à trois premiers résultats :

 

-  La conscience n’est pas connaissance, mais jugement éthique et volonté ;

-  Il existe une différence irréductible entre les domaines de la science et de la foi ou de la conviction ;

-  La liberté ne peut être considérée comme une illusion, et cela est une position éthique, non scientifique.

 

Mais qu’en est-il de l’âme, cette notion grecque passée au christianisme ?

 

2.  Deuxième étape : que dit-on quand on parle d’âme ?

 

Pour les Grecs, âme et matière s’opposaient. Chez Platon comme dans la gnose, de même que pour les religions de l’Inde, l’espérance ultime se situe dans la libération de l’âme vis-à-vis du corps et de la matière.

 

Il n’en n’est pas ainsi pour la Bible. L’âme n’y est pas une petite flamme ou une entité immatérielle, la présence vivante d’une part d’universel, d’intemporel et de surnaturel qui habiterait pour un temps un corps, enfermée dans la matière et pressée de s’en libérer. Elle est le souffle. L’hébreu n’a pas de mot abstrait pour dire l’âme : il parle du vent, de la respiration, du souffle de la vie. Et le grec biblique reprend un mot de même sens, pneuma, qui se retrouve dans pneumatique, plein d’air : le vent, le souffle.

 

Pour la Bible, l’âme n’est pas étrangère au corps, elle est au contraire ce qui l’anime. Ou plutôt elle est ce qui fait l’unité d’une personne, sa personnalité, l’unité entre son corps, son histoire, son intelligence, son affectivité, son patrimoine biologique et familial : tous ces éléments se combinent, évoluent et se recombinent sans cesse au cours de l’histoire d’un individu. Leur unité, la cohérence, la conscience de soi, mais aussi la volonté qui leur donne une direction et un projet, peut s’appeler l’‘âme’.

 

Ce n’est pas une entité distincte et opposée à la matière ou au corps, et qui aurait une existence propre, mais au contraire ce “quelque chose” qui fait l’unité de tout ce qui constitue une personne matériellement, subjectivement et dans le temps ; c’est ce qui rend humaine cette personne. L’âme ne peut donc s’échapper du corps à la mort.

 

Mais, si l’âme répond à une telle définition, la situation devient intéressante pour Dieu lui-même.

 

Le christianisme parle de Trinité à propos de Dieu. C’est un concept bizarre, mais stimulant. Dieu est à la fois un et trois, un seul être mais trois visages, trois fonctions :

-          le Père, ou la mère, créateur et éternel ;

-          le Fils, incarnation ponctuelle de la Parole de Dieu dans un individu historique, Jésus ;

-          l’Esprit Saint, la présence, la communication, le lien entre toutes choses, le lien de Dieu avec Dieu et de Dieu avec sa création, la conscience de soi de cet ensemble qui représente Dieu, l’univers et les êtres pensants.

 

Ce concept est intéressant parce qu’il suggère du mouvement en Dieu lui-même, de la relation : cela circule et cela vit à l’intérieur de Dieu lui-même. L’idée d’un couple comme image ou reflet de Dieu l’annonçait déjà. Et cela permet de penser Dieu comme étant amour. Il est intéressant enfin parce que la trinité peut, inversement, être une image de l’être humain :

-    Dieu-Père, créateur, correspondant à la matière, au corps, au patrimoine génétique, à l’environnement ;

-    Dieu-Fils, parole, correspondant à l’intelligence, à l’affectivité, aux relations ;

- Dieu-Esprit, présence et communication, correspondant à l’âme, comprise comme cette unité ou cette cohérence de chaque personnalité.

 

Mais admettre cette définition de l’âme comme unité ou cohérence du corps, de l’intelligence et de l’affectivité, n’est-ce pas esquiver un conflit entre l’esprit et la chair, constant dans la Bible, et classique dans les religions ?

 

3. Troisième étape : l’esprit et la chair 

 

Dans le Nouveau Testament, Jésus, puis l’apôtre Paul, grand propagateur de la foi nouvelle, opposent plusieurs fois “la chair”, ou “la chair et le sang” ou “le monde”, à “l’esprit’’ et aux choses de Dieu.

 

En première approche, cela ressemble à l’opposition classique entre l’esprit et la matière. Mais ce n’est pas tout à fait exact. Quand Jésus dit à Pierre que ce qu’il vient d’affirmer ne vient pas de “la chair et du sang”, il ne suppose évidemment pas que la viande peut réfléchir, ni que le sang peut être doué de parole. Quand Paul évoque “la sagesse du monde”, il ne prétend pas que la matière pense. Les neurobiologistes prouveront peut-être un jour le contraire, mais Paul ne l’imaginait certainement pas. Il ne s’agit donc pas d’une opposition entre corps et esprit, matière et esprit, indissociables pour la Bible, mais d’état d’esprit, de mentalité, si l’on veut, ou de spiritualité.

 

La question posée est celle de ce qui préside à la pensée, aux décisions ou aux discours d’un individu : est-ce, comme il est naturel, soi-même, son affectivité, ses intérêts, ses réflexes, ses schémas de pensée, ou bien est-ce le souci de ce qui est plus vaste et, sans doute, plus important que soi, plus collectif ou plus éthique ? Autrement dit, la personne qui pense et parle est-elle autocentrée, préoccupée essentiellement d’elle-même, comme l’est un animal, comme l’est notre cerveau reptilien, comme l’est notre corps, comme l’est “le monde” en un mot ? Ou bien, la personne qui pense et parle est-elle décentrée d’elle-même, préoccupée par autre chose qu’elle-même, dans une attitude de disponibilité à plus vaste qu’elle – que cette autre chose soit la solidarité humaine, l’inscription dans l’histoire, l’amour de l’art, l’écoute de la transcendance ou de Dieu, un amour sans réserve ? Cette disponibilité à autre chose que soi-même, cette capacité à recevoir, sont sans doute l’une des meilleures définitions de la spiritualité.

 

Dès lors, dans cette opposition biblique entre chair et esprit, il ne s’agit plus d’opposer esprit et matière, mais plutôt d’opposer culture et nature, ou spiritualité et nature, dans le combat qui les oppose à travers l’histoire et à travers chaque individu.

 

De ce point de vue, le ‘diable’, le ‘diviseur’, le ‘Satan’, dont on sait depuis l’Ayatollah Khomeyni qu’il signifie “l’adversaire”, serait une personnalisation ou l’image de cette puissance de la nature face à la conscience, face à la culture, face à la volonté, face aux choix éthiques, face à la capacité à recevoir de plus loin que soi. Dans sa lettre aux Romains, Paul énonce cette formule extraordinaire qui me semble annoncer la psychanalyse deux mille ans à l’avance : “Je ne fais pas ce que je voudrais faire, mais je fais ce que je déteste […] Et si je fais ce que je ne veux pas, alors ce n’est plus moi qui agis mais le péché qui habite en moi.[3]

Ça est plus fort que moi. Le moi est écartelé entre le ça et le surmoi, appelés ici “péché” et “loi de Dieu’’.

 

Ce conflit-là est notre réalité, mais il est aussi notre chance, car il nous pousse à aimer, à vouloir, à créer, à comprendre, à progresser. L’opposition entre la chair et l’esprit n’est donc pas une opposition entre esprit et matière, mais elle est à nouveau une question éthique, une question de choix et de responsabilité personnels. Ici, nous sommes effectivement dans le domaine de la religion et de la foi, celui de la conviction, non dans celui de la connaissance objective.

 

Ce rejet de l’opposition entre corps et âme a conduit les premiers Chrétiens à affirmer au quatrième siècle, dans le Symbole des Apôtres, le fameux Credo, “la résurrection des corps”. Réfutant la séparation entre le corps et l’âme, ils affirmaient la résurrection non pas simplement d’une âme, mais directement du corps, de même que le Christ était, croyaient-ils, physiquement ressuscité. C’est difficile à admettre aujourd’hui. Sauf si le “corps” ce n’est pas la viande, du biologique, mais l’âme telle qu’on la décrivait : la personnalité, ce qui fait l’unité et, si possible, la cohérence d’un individu. C’est cette unité qui sera, espèrent les croyants, reprise en Dieu, intégrée en Dieu, un peu comme une mémoire de ce qui a été pensé, aimé, voulu, donné, espéré durant toute une vie, et qui viendra enrichir Dieu, le faire s’agrandir.

 

4.  Quatrième étape : et l’univers ?

 

L’univers a-t-il une âme ? Ce qui frappe, c’est son unité. La constance de ses lois, de l’infiniment grand à l’infiniment petit ; mais aussi la ressemblance de ses structures et de son fonctionnement, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, comme au sein du vivant. Mais encore, et ce qui nous paraît évident, ne l’est peut-être pas : la capacité de nos intelligences à le comprendre, ce qui suppose qu’il existe une correspondance non seulement entre les structures du réel de l’infiniment grand à l’infiniment petit, mais aussi entre les structures de notre cerveau et celles de la matière. Il n’y a aucune raison qu’il en soit ainsi, cela aurait pu ne pas être.

 

Cette unité ne prouve pas qu’il y ait eu un créateur. Mais, s’il existe un Dieu, ce qui ne peut être ni prouvé, ni réfuté, et que ce Dieu est créateur de l’univers — sinon qui serait-ce, dès lors qu’existe un Dieu, son cousin ? sa fille rebelle ? — alors il existe aussi une correspondance entre ces trois « réalités » : le réel, l’univers ; le Dieu qui l’a créé, puisqu’il l’a créé ; et nous, les humains, puisque nous sommes capables de le comprendre.

 

Ici s’introduit une autre dimension : le temps. Le temps permet le devenir de l’univers et l’évolution de la vie, mais aussi le développement de la connaissance humaine, avec les progrès de la science et de la culture ; c’est-à-dire à la fois l’évolution et l’histoire. Ou, dans un autre vocabulaire, le temps est révélation et comme accomplissement, aussi bien de chaque individu que de l’humanité en tant que telle, et peut-être de l’univers.

 

Mais, s’il existe une correspondance entre Dieu, le réel et nous, et que le réel et nous-mêmes sommes en permanent devenir et en permanente évolution, alors Dieu est aussi en permanent devenir et en permanente évolution. Il évolue corrélativement à sa création, loin de l’image d’un Dieu tout-puissant, infini, complet ou immuable : Dieu est en train de devenir, comme nous nous devenons. Un Dieu en processus, en interaction avec le réel, en process comme disent les Américains et les tendances les plus récentes de la théologie. La métaphore originelle revient : Dieu et les humains à l’image l’un de l’autre, incomplets mais relationnels, donc capables de conscience, de volonté et d’évolution. Toutes ces choses, au passage, se rapportent aussi à l’amour.

 

Dieu pourrait-il alors se comprendre comme conscience de l’univers, évoluant avec lui ? à ce stade, il est permis de parler de cosmos, c’est-à-dire de cette correspondance entre l’univers, nos intelligences capables de l’appréhender, et la conscience qui en fait l’unité et qui l’a, ainsi que nous, peut-être, voulus.

 

En guise de conclusion : que reste-t-il  à ce Dieu qui n’est pas forcément créateur, qui est changeant, ne fait ni miracle ni punition, qui ne ressuscite pas les corps et n’édicte pas de morale? Une simple philosophie ?

 

Il reste beaucoup plus. Le portrait de Dieu esquissé à partir de la Bible nous paraît être d’une étonnante actualité :

-    parce qu’il échappe à la concurrence de la science et de la foi ;

-    parce qu’il échappe à la concurrence de la psychanalyse et de la foi ;

-    parce qu’il échappe à la projection humaine d’un Dieu fantasmé qui serait tout ce que nous ne sommes pas, parfait, éternel, tout puissant ;

-    parce qu’il échappe à un Dieu magique qui interviendrait par des miracles incongrus ou des punitions culpabilisantes ;

-    parce qu’il échappe à un Dieu responsable du mal, voire amateur de sacrifices ;

-    parce qu’il échappe à un Dieu prescripteur de morale et de règles ;

-    parce qu’il échappe à un Dieu sexiste ;

-    parce qu’il échappe à un Dieu identitaire et fanatique.

 

Qu’en reste-t-il ?

 

Un Dieu esprit, dont l’esprit peut parler au nôtre, et auquel notre esprit peut parler. Ce dialogue s’appelle la prière ; il peut devenir permanent. Ce dialogue éclaire, conseille, guide, invite ; il offre un futur, console, apaise, pardonne, décharge de l’éternel écartèlement intérieur ; il propose à notre liberté une vie droite, belle et utile.

 

Un tel Dieu, par cette relation de confiance réciproque qu’on peut appeler prière, nous invite quotidiennement à l’amour ; un amour qui n’est ni charité ni élan affectif, mais découverte que l’univers est un, que l’humanité est une, et que l’autre, notre semblable, notre frère, est nous-même.

 

Pour terminer, puisqu’il s’agit de la science et de la foi, voici une petite histoire, non pas de Dieu face à la science, mais de Lui face au calcul.

 

Des quatre opérations, dit Dieu

Celle que j’aime le mieux,

C’est la multiplication.

 

L’addition, c’est très bien,

Mais ça ne va pas assez vite pour moi.

C’est bon pour les comptables .

Moi, je ne sais pas compter !

 

La soustraction, ce n’est pas mon genre.

Quand il faut ôter, enlever, retrancher, soustraire,

J’ai mal partout !

C’est plutôt l’affaire du percepteur.

 

Quant à la division,

Je passe mon temps à en réparer les dommages.

Voilà des siècles et des siècles

Que j’essaie d’apprendre aux hommes

A ne plus faire de divisions !

Ce sont de fameux diviseurs,

Des diviseurs infatigables, incorrigibles.

Ils se servent même de mon nom pour diviser !

 

Mais la multiplication, c’est ma spécialité !

Je ne suis moi-même que dans la multiplication,

Je ne me sens bien que dans la multiplication,

Je suis imbattable dans ce genre d’opération !

Je suis LE multiplicateur,

Et je multiplie tout,

La vie, l’amour, la joie et le pardon,

Et si l’homme, qui fait toujours le malin,

Multiplie le mal par dix,

Moi je multiplie le pardon par mille !

 

Jean Lemonnier

 

 

 

 



[1] Pasteur, Eglise réformée de Pentemont-Luxembourg, Paris. 

[2] Khomiakov A.S. (1804-1860)

[3] Romains 7 : 15 et 20.

 

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