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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 19:05

Faut-il la présence d'un pasteur pour célébrer la Sainte Cène ? Peut-il cocélébrer avec un laïc ?

Dans les Eglises orthodoxes ou catholiques, la question ne se pose pas : oui, la présence d'un prêtre est nécessaire à la célébration de tout sacrement.

Mais le pasteur n'est pas un prêtre, c'est-à-dire un intermédiaire indispensable entre Dieu et nous. La présence d'un pasteur est-elle néanmoins nécessaire pour célébrer la Sainte-Cène ?

Pour y voir clair, il va falloir revenir au sens de ce sacrement, à ce qui s'y passe vraiment, du moins selon la compréhension protestante, et par suite voir le rôle du pasteur présent.

 

Qu’en dit la Bible ? Peu de choses. Elle raconte, sobrement, le dernier repas de Jésus avec ses disciples, l'Evangile de Jean remplace même le partage du pain et du vin par le lavement des pieds des disciples. Et la Bible ne commente pas cette institution dans les Evangiles, seul Paul, dans un unique passage de sa lettre aux Corinthiens, fait un commentaire, plutôt moral, sur le danger de partager ce Saint Repas de façon indigne. Mais la Bible ne dit rien de la présence, ou non, nécessaire, ou pas, d'un ministre ou d'un prêtre. Elle nous laisse nous débrouiller sur cette question – qui n'est donc pas une question vitale, sinon elle l'aurait dit !

En revanche la Bible met en garde chacun, avec une rigueur toute biblique telle que nous l'oublions trop volontiers, contre un partage irréfléchi ou irrespectueux du pain et de la coupe. Nous ne pouvons donc pas non plus traiter négligemment la question... Sinon, dit Paul, celui qui mange et boit sans discerner le corps et le sang du Christ, mange et boit un jugement contre lui-même. Et c'est pour cela, ajoute-t-il, et il ne rit pas, c'est pour cela qu'il y a parmi vous beaucoup de malades et d'infirmes. Peut-être alors avons-nous intérêt à être vigilants quant à notre droiture et notre cohérence internes, au sérieux que nous accordons à notre relation avec Celui qui est Dieu...

Alors : que se passe-t-il quand nous partageons la Sainte-Cène, le Repas du Seigneur ? Nous faisons quatre choses, rappelées pratiquement chaque dimanche ; quatre chose exprimées par le partage du pain et du vin :

            1 – Nous nous souvenons que le pardon que nous avons reçu a coûté cher. Il a coûté la mort honteuse et terrifiante d'un homme, celle du Fils de Dieu ; nous sommes au bénéfice de la mort d'un innocent.

            2 – Et en même temps nous nous réjouissons que cette mort fasse exploser la mort, et annonce notre propre résurrection et celle de l'humanité entière, réconciliée avec elle-même, avec l'univers et avec Dieu, pour un banquet éternel.

            3 – Nous rejoignons ainsi l'immense communauté qui depuis 2000 ans et pour l'éternité réunit tous les chrétiens du monde et de l'Histoire à travers les millénaires, les continents et nos infinies différences, pour former un seul corps, le corps du Christ ressuscité, uni par cette même espérance.

            4 Enfin, nous sommes tout simplement nourris par ce pain rompu pour nous et par ce vin partagé entre nous, qui nous remplissent immédiatement de force, de pardon, de joie, de fraternité et de paix, sitôt que nous faisons cercle pour les recevoir. C'est Dieu lui-même qui pénètre en nous, un Dieu d'amour.

 

Est-ce tout ? Pour celui qui ne croit pas, ce n'est rien, juste un petit partage sympathique et désuet. Pour celui qui croit et entend ce qui se réalise à ce moment-là, c'est magnifique.

 

Mais il y a plus encore. Il y a la présence du Christ : vivant, ressuscité, présent, là, au milieu de nous. Pouvons-nous, devons-nous y croire ?

En fait la question est simple : Jésus, le Christ, est-il vraiment ressuscité ? Je l'ai posée aux catéchumènes, un mercredi. Ils m'ont souri, se demandant si je plaisantais et si moi je croyais vraiment qu'Il était ressuscité.

Eh bien, oui, il l'est. Oui, sinon notre foi est vide, creuse, tristement vaine. Est-il physiquement et matériellement ressuscité ? Qu'importe ? Les textes bibliques se contredisent, c'est vrai. Mais ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, et dès le 42ème jour après sa mort, Jésus est présent auprès du Père et présent parmi nous. Spirituellement, invisible mais présent, impalpable mais proche, immatériel mais agissant. Silencieux, mais parlant à notre oreille, à notre cœur et à notre esprit ; silencieux, mais entendant nos pauvres mots.

Et s'il est ainsi ressuscité, s'il est ainsi réellement présent bien qu'invisible, c'est aussi ainsi qu'il est présent lors de la Sainte-Cène, le repas auquel lui-même nous invite. C'est ainsi qu'Il s'offre à nous lors de la Sainte-Cène, c'est même là, lors de la Sainte-Cène, qu'Il se présente en personne à notre foi. Il y est présent, Lui le ressuscité, réellement présent, mais bien sûr pas matériellement. Ce n'est évidemment plus son corps de chair qui est présent, mais ce qu'on appelle son corps de gloire, et c'est celui-là que Lui-même a annoncé à son dernier repas.

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 Regardons l’étonnant tableau de Dali. Je le trouve extraordinaire parce qu'il dit tout. Il ne se contente pas de représenter l'événement, il en révèle le mystère : au-dessus de Jésus, qu'on voit en chair et en os, beaucoup plus vivant que ses disciples, émane déjà le crucifié. Un crucifié qui est déjà là, annoncé dans les paroles que Jésus est en train de prononcer : « Ceci est mon corps, rompu pour vous ; ceci est mon sang, versé pour vous... »

Mais ce crucifié est déjà ressuscité. La croix n'est plus là : il sera donc vivant, il est vivant. Le Christ est ainsi présent matériellement à son dernier repas, en chair et en os, mais il y est aussi présent d'avance en tant que crucifié puis en tant que ressuscité ; non pas matériellement cette fois, mais spirituellement, en tant que crucifié-ressuscité.

Et Dali montre les trois à la fois.

Le repas du Seigneur, c'est ainsi la présence réelle mais non matérielle du ressuscité.

Même l'Eglise est présente, car ce décor n'est pas une chambre haute du premier siècle, mais bien le cœur d'une église du vingtième siècle, avec le monde pour horizon.

 

On ne peut le toucher ce ressuscité ? On ne peut le saisir ? Tant mieux ! « Ne me touche pas, ne me retiens pas », dit Jésus ressuscité à Marie de Magdala. Mais on peut toucher ce pain, boire ce vin. Que sont-ils ? Du pain et du vin, mais aussi l'attestation de cette présence. Comme le dit Jésus : Ceci est autre chose que ce qui se voit, ceci est autre chose que les atomes qui le composent. « Ceci est mon corps, ceci est mon sang »

Citons France Quéré, théologienne protestante disparue il y une quinzaine d'années : « Le Christ a été clair, le corps dont il parlait, désigné par le pain, n'était plus le corps qui parlait ». Ce corps dont il parlait, ce n'était pas son corps en train de parler, mais un autre corps dont la seule matérialité ne serait bientôt que celle de ce pain partagé... et celle aussi de nos corps à nous croyant en Lui, qui partageons ce pain, car en nous donnant ce pain et ce vin, sa chair et son sang, c'est comme si le Christ se réincarnait en nous tous... 

Bien sûr les compagnons de Jésus pouvaient se dire de Lui : « Ce n'est qu'un homme… » mais c'était bien l'envoyé de Dieu, son Fils. Et nous pouvons dire du pain de la Sainte Cène : « Ce n'est que du pain »… mais c'est pourtant bien le ressuscité qui vient à notre rencontre.

           

Alors le pain et le vin de la Sainte-Cène ne sont pas seulement une mémoire, pas seulement une promesse, pas seulement une communion, pas seulement une nourriture, même s'ils sont tout cela. Ils sont l'attestation et le signe tangible que le Christ est réellement là, présent, offert, au milieu de nous, agissant parmi nous, prêt à nous nourrir de sa propre vie, prêt à nous nourrir pour devenir lui-même présent en nous-mêmes.

Il nous suffit de lui ouvrir la porte : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je mangerai avec lui, et lui avec moi » annonce Jean dans l'Apocalypse.

 

Alors, le pasteur ? Quel rôle ?

Puisqu'il ne s'agit pas d'un sacrifice, à perpétuer jour après jour, dimanche après dimanche, il n'y a pas besoin de prêtre – et le pasteur n'est d'ailleurs pas un prêtre.

Puisqu'il ne s'agit pas de transformer le pain et le vin en changeant ou en complétant leur substance même, il n'y a pas besoin de prêtre, ni de magicien, ni de médiateur.

Qu'est-ce qui est nécessaire, alors, pour qu'une Sainte-Cène soit vraiment un Repas du Seigneur et non une parodie ou un folklore ?

La foi.

La foi de ceux qui sont là, l’assemblée et le célébrant ; la foi de ceux auxquels il est donné de discerner à travers le pain et le vin – et c'est l'œuvre du Saint-Esprit – la présence du ressuscité.

La foi, et puis les paroles de Jésus rappelées à chaque communion, qui disent que le pain et le vin sont les signes de la présence du Christ lui-même, qui vient s'offrir à ceux qui communient.

           

La foi des présents, les paroles d'institution de Jésus, la présence du ressuscité lui-même.

Le pasteur n'est donc pas indispensable ? Non. Une Sainte-Cène entre chrétiens, sans prêtre ni pasteur, est légitime.

Le pasteur est-il inutile, alors ? Non plus. Il n'est pas indispensable, mais il relie à l'Eglise entière ce qui se passe à ce moment-là. Il le relie à l'Eglise de toujours, d'hier et de demain ; à l'Eglise de partout, ici et à l'autre bout du monde ; à l'Eglise de tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes, protestants, évangéliques, coptes, arméniens, syriaques... Le pasteur représente ce lien, cette communion qui n'est pas seulement entre les présents et avec Dieu, mais avec l'Eglise universelle, cette Eglise universelle qui est justement le nouveau corps du Christ, et à laquelle nous appartenons.     

Le pasteur n'est pas indispensable mais souhaitable, car sa présence garantit ce lien, non seulement avec son Eglise d'origine, protestante pour nous, mais avec l'Eglise de toujours. C'est pour cela qu'il est « ordonné », ordonné à plus grand que lui, pour être inscrit et inscrire la communauté où il sert, dans cette Eglise de partout et de toujours, et dans cette transmission millénaire des paroles de Jésus.

           

En pratique, une Sainte-Cène peut donc être célébrée sans pasteur ; elle peut-être « co-célébrée » avec plusieurs pasteurs et prêtres ensemble, ou encore « co-présidée » par un pasteur et un ou une laïc.

Dans ce dernier cas, pasteur + laïc, trois rôles se conjuguent pendant la Sainte-Cène :

le pasteur représente cette inscription dans l'Eglise universelle à travers siècles, continents et confessions différentes. C'est pour cela qu'il a été ordonné – reconnu – et il marque l'offre d'une présence du Christ vivant ;

le laïc représente la foi de la communauté qui, seule, permet la réalité de cette présence du Christ à travers le pain et le vin. Le laïc marque ainsi la réponse de la foi qui appelle et accueille cette présence, tangible puisqu'elle s'adresse à nos corps ;

enfin les paroles, l'appel au Saint-Esprit et le rompement du pain représentent le moment où le Christ se tient présent et frappe à la porte. Et si personne, dans l'assemblée, n'y répond par la foi, le Christ s'efface, se retire, et la Sainte-Cène n'est plus qu'un rituel ou un simulacre de sa présence. Mais pour tous ceux qui répondent par leur foi, le Christ s'approche, les nourrit, leur offre sa vie, et ils deviennent les témoins de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ.

 

Nous en devenons les témoins. Emerveillés !

 

 

Jean-paul Morley

Cultes du 20 novembre 2011

                                                                               

 

Lectures :  Luc 22 :14-19

                   Marc 14 : 23-26

                  I Corinthiens 11 : 26-31

                  Psaume 51 : 3-5 et 18-19.e 51 : 3-5 et 18-19.           

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