Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 11:22

Le naufrage de Paul

 

 

Mots clefs : épreuve, initiation, conversion, Paul

 

 

Paul, l’apôtre, provoque un scandale parmi les juifs puisqu’il prêche en plein temple de Jérusalem quand Jésus, ce crucifié, est le Christ. La foule veut le lyncher, mais une escorte de soldats romains intervient et l’arrête. Confronté au grand conseil, le Sanhédrin, il persévère, accroît le scandale, au point qu’un groupe complote pour l’assassiner à la faveur d’une embuscade.

Mais Paul est déféré devant le gouverneur romain et le roi, qu’il cherche aussitôt à convertir. Finalement, citoyen romain, il en appelle au jugement de l’empereur lui- même, à Rome. Paul espère en toute simplicité être présenté à l’empereur pour pouvoir le convertir au Christ, et tout l’empire avec lui...

Paul va donc partir pour Rome, conquérant en esprit mais prisonnier, enchaîné et entouré de soldats armés, avec le fol espoir de gagner tout l’empire à la foi au Christ. Pour cela, il faut traverser la méditerranée : un beau voyage en bateau. Nous sommes en septembre, tout va bien ; ils s’embarquent, longent la cote, passent au-dessus de Chypre, parce que la mer et le vent sont mauvais, arrivent en Turquie.

 

C’est à partir de là que le voyage de Paul va prendre une autre dimension. Il va vers Rome pour un jugement, son jugement. Qui sera radical puisque ce qui sera jugé, c’est tout ce en quoi il croit et à quoi il consacre sa vie. Un peu comme nous, qui allons aussi vers notre jugement, le jugement de notre vie… Ce voyage de Paul est donc plus qu’un simple déplacement, il prend en filigrane une dimension de révélation et devient quasi initiatique, pour lui et plus encore pour ses compagnons. Peut-être aussi pour nous, qui parfois faisons de semblables voyages en nous-mêmes.

Car Paul n’est pas le seul embarqué dans ce bateau : un équipage de marins, égyptiens ; des commerçants, grecs ou turcs ; des soldats, romains ou mercenaires ; d’autres prisonniers, de toutes origines. Et nous, lecteurs. Avec, tous, des projets : faire du commerce, convoyer de prisonniers, présenter sa défense…. ou convaincre l’empereur de se convertir !

Mais la mer est mauvaise, le vent est contraire, le bateau peine et est contraint de faire un large détour par le sud pour contourner la Crête… Tous ces projets embarqués dans le même bateau, son ralentis, rencontrent une opposition, sont contraints à des détours…. Un peu comme nos projets à nous.

On navigue, oui, mais on navigue sur la vie, et la vie c’est comme l’eau : des forces incertaines, imprévisible, menaçantes… Ils arrivent malgré tout à un port de Crête, nommé Bons Ports. Quand on est arrivé à bon port, mieux vaut s’y arrêter… Surtout qu’on est maintenant fin octobre, la saison devient mauvaise, la météo pas bonne, et, petit détail, le jour du grand pardon, le Yom Kippour, vient de passer : comme si arrivés à bon port après le grand pardon, ils étaient déjà au bénéfice de la grâce. Alors Paul invite l’équipage et les officiers romains à passer l’hiver sur place, puisqu’à l’époque on ne navigue pas l’hiver ; sinon, dit-il, le bateau et ses occupants seront en grand péril.

Mais qui est ce Paul ? Qu’est-ce que ce prisonnier ? Que connaît-il de la mer ? L’officier préfère de loin accorder sa confiance au métier et aux compétences du capitaine, plutôt qu’aux      visions d’un prisonnier vaguement illuminé… Erreur, car Paul annonçait son doute que l’arrivée à Bons Ports était déjà un cadeau de Dieu, et que prétendre aller au-delà par la seule force de sa volonté, c’était courir de vrais risques pour ses projets et pour sa vie. Mais le capitaine et l’officier estiment que Bons Ports n’est pas assez bon pour passer l’hiver, et qu’il serait meilleur d’aller juste un peu plus loin, sur la côte. Juste un peu plus loin. Nous sommes toujours comme cela : on veut toujours juste un petit peu plus, en tous domaines.

Seulement les forces qui nous entourent sont généralement beaucoup plus puissantes que nous, et le vent du sud, favorable, grâce auquel le bateau repart, tourne vite en vent du nord, descendu des montagnes, qui éloigne le bateau de la côte ; il l’entraîne irrésistiblement vers la haute mer, le sud, l’Afrique. Rapidement le ciel se couvre, le vent devient irrésistible, l’orage s’en mêle, le jour devient nuit, et l’équipage perd toute maîtrise d’un navire  livré au vent ; il ne sait même plus ou ils sont emportés. Equipage et officier voulaient  un meilleur port pour protéger biens et projets, et les voilà tous jetés en pleine tempête, où ils ne maitrisent plus rien.

C’est la première étape, la première leçon de ce voyage d’initiation : écouter. Faire confiance à ce que Dieu donne et le recevoir, sans demander autre chose ; faire confiance à ce que Dieu conseille et l’écouter, même quand on se sent fort. Bien sûr sa voix, ici la négligeable voix d’un prisonnier enchaîné, négligeable, n’est jamais fracassante, elle est toujours modeste et ténue, mais c’est elle qui sait, elle qui dit vrai. L’erreur aura donc été de passer outre, de ne pas recevoir ce qui était donné sans en vouloir un petit peu plus, comme toujours, parce qu’on est sûr de pouvoir compter sur ses propres forces.

Toujours est-il que voilà le bateau jeté en pleine tempête, en pleine nuit. Comme nous le somme parfois. Par sa propre faute. Et nous aussi, souvent, par la nôtre. Alors, ce qu’on voulait préserver, on doit le jeter par-dessus bord : l’équipage jette à la mer toute la cargaison, raison d’être du navire, et le lendemain il jette l’équipement même du navire, tout ce qui n’est pas indispensable à sa survie immédiate. C’est la deuxième étape de ce voyage initiatique : se débarrasser de tout ce qui encombre, de choses auxquelles on tient - forcément, sinon nous n’aurions pas à nous en débarrasser. Des objets, des biens, des attachements, des rancunes, des regrets, des sécurités, des habitudes, des certitudes… S’en débarrasser, s’en libérer.

Parce que, là, d’avoir trop voulu les protéger, c’est la totalité que les marins doivent jeter à contre-cœur, contraints faute d’avoir encore le choix.

 

Mais le bateau continue de se perdre dans la nuit, le vent et l’inconnu, et tous à son bord jeûnent pendant des jours, dans ce navire secoué de déferlante en déferlante. Nous aussi nous connaissons ces périodes de jeûne et de nuit, ces tunnels interminables, ballotés sans lumière et sans matins ; et peut-être devons-nous traverser ces remises en cause pour accéder à nous-même et grandir ? Alors Paul reprend la parole : s’ils avaient écouté sa voix, s’ils avaient écouté la voix de Dieu... Mais Paul ne menace plus, il parle au contraire maintenant de courage, de confiance et d’espoir. Et il promet : personne ne sera perdu. Seul le bateau. Peut-être n’entendent-ils pas, serrés par l’angoisse. Peut-être n’entendons-nous plus les paroles d’espoir, quand c’est trop noir pour nous.

Pourtant, une terre approche. De nuit, il est impossible d’aborder, alors les marins mouillent quatre ancres à l’arrière pour immobiliser le bateau. Et ils cherchent à quitter le navire, en préparant pour eux seuls le canot, sous prétexte de fixer d’autres ancres.

Nouvelle erreur, et troisième étape, troisième leçon : on ne se sauve pas seul, on ne se sauve jamais seul. Si on brise la solidarité, c’est tous qui sont perdus, même celui qui croyait se sauver seul, et qui ne s’en remettra jamais. Mais Paul prévient l’officier romain : si les marins quittent le navire, tous seront perdus. Cette fois, l’officier l’écoute, et les soldats tranchent les cordes du canot, que la mer emporte…

Car maintenant vient la quatrième étape : obéir, et s’en nourrir ; obéir enfin à cette voix qui vient de plus loin. Les soldats, pourtant les geoliers de Paul, lui on obéi pour que les marins restent à bord. Puis tous obéissent à cette voix qu’ils n’avaient pas écoutée, parce que cette voix, c’est celle qui sait, et qui sauve : une parole de vie, tout simplement                    

Et justement, aussitôt après l’incident du canot, Paul incite les uns et les autres à se nourrir : la parole de Paul, parole de vie, va se concrétiser et se symboliser tout à la fois, dans un repas à la fois réel et symbolique, puisque Paul ne va rien faire d’autre que célébrer la Cène : ‘’Paul prit du pain, il remercia Dieu devant tous puis il le rompit, et le mangea , tous reprirent courage, et mangèrent’’. Paul, le prisonnier, est devenu le sauveur, ou son témoin. Ce voyage, cette tempête, son bien un itinéraire spirituel, et le repas de ces voyageurs en perdition est une Sainte Cène, un repas qui redonne force, qui redonne espoir – d’autre repas, d’autres matins –, qui redonne solidarité et fraternité, puisque ensemble on le reçoit.

Et le matin vient réellement, le premier depuis 14 jours. Enfin le jour se lève sur une mer moins violente, et une terre est là, devant, toute proche, inconnue. Forcement inconnue : après une épreuve, aucune terre n’est plus comme avant, toute terre sera nouvelle, inconnue, promise. Et devant leurs yeux, une plage, calme. Le salut. Alors ils coupent tout : les amarres, les ancres, les rames, et ils se laissent enfin guider, porter vers ce rivage. C’est enfin la cinquième étape, qui était peut-être le but de cette longue épreuve : lâcher prise, laisser aller, se confier à plus grand, plus fort, plus sûr, plus bienveillant que soi ; quitte à abandonner le vieux navire, qui s’est échoué, qui a échoué ; quitte à abandonner notre ancienne vie, celle du chacun pour soi, parce qu’elle ne peut qu’échouer ; comme on abandonnera, le moment venu, notre corps fatigué.

Mais en approchant du rivage, le navire s’ensable, s’échoue sur un banc, puis se brise par l’arrière, sous le choc des vagues…  Alors chacun, c’est la sixième et ultime étape, chacun, à la nage ou accroché à un morceau d’épave, marin, soldat, commerçant ou prisonnier, chacun rejoint la rive. Tous sont sauvés, pas un seul n’est perdu. On ne se sauve pas seul. Mais on se sauve parce qu’on a confiance, et il y fallait ce baptême à travers l’eau.

Le rivage est celui de l’île de Malte. Aussitôt, les habitants accourent, les entourent, les accueillent, les réchauffent, les nourrissent, les hébergent. Paul y restera tout l’hiver, puis parviendra à Rome. Il y mourra ; mais l’empereur se convertira, trois siècles plus tard…

 

Sacré voyage, sacrée traversée, sacré baptême !

Qu’ont-ils découvert ? En six degrés, en six étapes, et quelques erreurs, ceci :

1er étape : écouter : écouter cette voix ténue qui vient d’ailleurs ;

2e étape : se dépouiller : renoncer à tout ce qui nous encombre et nous trouble la vue ;

3e étape : ne jamais vouloir se sauver tout seul, mais tous ensemble ;

4e étape : obéir et se nourrir de ce qui nous est donné de plus loin, de plus haut ;

5e étape : lâcher prise, et confier enfin sa vie, confier vraiment sa vie : c’était là qu’il fallait en venir ;

enfin, 6e étape, parvenir au rivage, où l’on est attendu et accueilli…

 

C’est bien un véritable parcours initiatique, caché dans le texte des Actes, que raconte le voyage de Paul. C’est tout simplement l’itinéraire de la foi, balisé par le jeûne, la Sainte Cène et le baptême. Et tous ont en quelque sorte traversé la mort, et sont ressuscités.

Un parcours qui ressemble peut-être à nos vies, à nos voyages intérieurs, avec nos épreuves, nos erreurs, nos tempêtes et nos nuits. Peut-être avons-nous à traverser des remises en question, avec cette promesse : choisir de tout confier, choisir la confiance, comme Paul, c’est la certitude du rivage, et la certitude du salut pour tous, du matin pour tous.

 

 

                                                                                                                                       jp morley

Culte du 22mai 2011

 

Lectures :         Actes 26 et 27

Partager cet article

Repost 0
Pas de pseudonyme - dans Prédications
commenter cet article

commentaires