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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 11:34

Le travail

 

Mots clefs : Société, éthique

 

 

Aujourd’hui, 1er mai, c’est la fête du travail – pas de chance, un dimanche !...

Bonne occasion pour parler du travail à la lumière de la Bible.

Et c'est aussi le jour où nous accueillons quatre nouveaux membres du Conseil Presbytéral.

 

Commençons par un regard surpris sur notre vie sociale, pour être ensuite étonnés par la Bible.

 

Un des paradoxes de nos sociétés, c'est qu’elles sont d'un côté très libres, permissives, individualistes, relativement très respectueuses des droits de la personne – même si on pourrait mieux faire encore ; mais d'un autre côté elles sont extrêmement contraignantes.

               D'un côté nous sommes exceptionnellement libres dans beaucoup de domaines : pensée, choix politiques, religion, mœurs, vie privée, goûts, loisirs, styles, consommation, habillement, famille, etc... Non que tout soit également possible pour tous, évidemment et loin de là ; non que notre liberté ne soit largement canalisée par la mode, le regard des autres, l'impératif de consommer et de se comporter dans les normes admises, mais il n'empêche : nous bénéficions d'une très grande liberté et autonomie, avec son corollaire : à chacun l'écrasante charge de se débrouiller par soi-même...

               Et c'est là qu'apparaît l'autre côté, l'autre versant du paradoxe : très libres, oui… sauf dans un domaine, le travail, l'entreprise, la profession ou l'école. Dans ces sphères du travail, la liberté disparaît, remplacée non seulement par le labeur, les horaires et la fatigue, non seulement par les contraintes de performance ; mais aussi par un milieu d'où la morale semble avoir été le plus souvent chassée, absente ou oubliée. Tous ceux qui travaillent ou ont travaillé en entreprise savent à quel point, même s’il existe de remarquables et exemplaires exceptions, ces lieux peuvent être d'une très grande violence institutionnelle et personnelle, des lieux où, en haut comme en bas de l'échelle, on se permet souvent le cynisme, le mépris, la manipulation, le chacun pour soi, la pression, le harcèlement, les magouilles, l'humiliation... Cette semaine encore, un homme de 57 ans s'est immolé sur le parking de son lieu de travail. Quatre jours avant la fête du travail. Des lieux ou sont autorisées et parfois encouragées la perversité et la sauvagerie des relations, comme nulle part ailleurs – sauf peut-être au volant ou dans le secret de certaines familles. Et cela par des personnes parfaitement courtoises et bien élevées par ailleurs.

On le voit, il s'agit d'une des plaies de notre temps. Et qui, comme le notent les observateurs, loin de se corriger s'est aggravée depuis une vingtaine d'années, dans une sorte de cynique laisser-faire.

Nous le savions sans doute : le milieu de travail n'est pas vraiment un lieu où dominent les sentiments chrétiens.

              

Or le travail est le principal de notre vie. Principal en temps, en préoccupation, en image de nous-même, en conséquences matérielles et familiales.

Alors pourquoi ?

Pourquoi dans une société aussi libre, l'activité principale ne l'est-elle pas ? Anomalie, aberration ?

Pas vraiment. Parce que c'est tout simplement le travail qui structure la société, la fait tenir ensemble et tourner. C'est lui qui produit tout ce dont nous ne pouvons plus nous passer : pas seulement les biens que nous engloutissons en quantité déraisonnable, mais aussi la santé, l'éducation, la sécurité ; nos libertés justement. C'est lui qui en quelque sorte achète notre liberté. Serviteurs du travail, pour être libres en dehors...

Et c'est pour cela que le travail reste une telle valeur, s'obstine à rester la valeur centrale. Cela commence avec les enfants auxquels on apprend très vite qu'il faut travailler, se contraindre, se soumettre, faire des efforts, se battre.

 

Mais la Bible, elle, qu'en dit-elle ?

C’est simple : elle ne tient pas le travail pour une valeur. Même si on y trouve quelques rares bosseurs remarquables, comme Jacob ou son digne fils Joseph, ou la femme vaillante des Proverbes. Mais personne, me semble-t-il, dans le Nouveau Testament.

Et la Bible ne structure pas la société autour du travail, mais autour de la Loi de Moïse, c'est à dire du Droit. C'est là, pour elle, l'essentiel, et de loin ; à l'inverse de nos sociétés actuelles, régies par l'économie.

Ce que disent les textes lus aujourd’hui, c'est que le travail non seulement n'est pas une valeur mais qu’il est même une malédiction, le résultat précisément de notre liberté :

« - Tu manges la pomme ? D'accord, dit Dieu : maintenant tu sais, et tu es libre. Mais tu sentiras qu'il faut travailler et peiner pour être libre. Tu mangeras à la sueur de ton front. » Et cette contrainte perpétuelle est jusqu’à ce jour la contrepartie de notre extraordinaire capacité à créer et à progresser.

 

Pourtant Jésus nous invite quand même à ne pas nous inquiéter de notre travail et de nos revenus, et à faire confiance, en regardant les choses matérielles comme secondaires et données en plus, comme pour les oiseaux du ciel...

Mais les textes bibliques disent aussi que l'homme et la femme sont créés pour dominer la terre, en consommer les fruits, la nommer et la garder, autrement dit pour participer à la Création et poursuivre le travail de création de Dieu lui-même, entretenir et cultiver sa vigne. Et ils annoncent le sabbat final, universel, que préfigure l'idée stupéfiante du Jubilé : tous les 50 ans, le travail s'arrête, les terres sont rendues, les esclaves libérés, les dettes annulées, la terre et les humains se reposent.... Et la solidarité s'impose.

               Une sacrée utopie, bien sûr, jamais vécue dans la réalité, mais peut-être une utopie sacrée...

               Une utopie incroyablement révolutionnaire, placée comme un horizon à approcher.

               Une utopie qui pourrait peut-être nous guider aujourd'hui : d'accord, le travail – ou son absence – est le lieu des galères, des contraintes et des humiliations. Mais, qu'il soit professionnel ou bénévole, c'est aussi le lieu où, tous, nous pouvons participer à la Création, avec pour horizon ce jubilé, ce sabbat universel.

Comment ? De trois façons.

            D'abord, partout où nous avons une once de responsabilité - comme chef d'entreprise, chef de service, chef scout… - travailler à ce que justement le travail ne soit plus ce lieu de cynisme ou d'humiliation, ni ce qui dévore ou domine nos sociétés, mais un lieu où s'inventent d'autres formes de relations et où chacun ait sa place, comme on l'essaie dans nos communautés et ici même.

               Ensuite réfléchir ensemble. Réfléchir au partage du temps, du travail et du revenu, au partage des responsabilités et des décisions, au partage des places, qui brise les plafonds de verre ou de couleurs.

               Enfin, tout simplement redécouvrir que notre travail, quel qu'il soit, participe à la Création et à la naissance permanente d'une humanité plus belle...

Comme cette femme qui passe près d'un chantier où trois hommes taillent des pierres :

Au premier, elle demande ce qu'il fait. Réponse : « Que croyez-vous ? Je gagne ma vie ! »

Au deuxième, même question. Réponse : « Vous le voyez, je taille des pierres ! »

Au troisième, même question. Réponse : « Je construis une cathédrale ! »

Les trois font la même chose. Mais le premier subit son travail. Le deuxième en est fier. Le troisième participe à la Création. Et celui-là est heureux...

A nous donc de ressembler au troisième. Quand nous travaillons, nous travaillons pour l'humanité, même si nos fonctions sont modestes, même si notre chef, notre prof ou nos subordonnés sont odieux, même si les contraintes sont trop lourdes...

Au fait, à l’occasion, dites-le à vos enfants : « Quand vous travaillez en classe, vous participez au progrès de la Création, et cela rend heureux !! »

 

De même pour vous, membres et nouveaux membres du Conseil Presbytéral. Le travail, parfois lourd, parfois exigeant, le travail du Conseil est un vrai travail. Une vraie responsabilité. Un vrai engagement. Mais il participe à la Création, il fait vivre une paroisse, cette belle et accueillante paroisse que vous aimez assez pour accepter cette tâche – et cette paroisse serait-elle petite et vieillissante, qu'il en serait de même. Ce faisant, vous faites vivre l'Evangile et faites vivre et grandir l'humanité et la Création.

 

A nous tous, Dieu, le Père de l'humanité, nous assure que, sans le savoir, nous avons participé à la Création et porté le monde toute cette semaine et toute cette année ; que sans le savoir d'autres ont bu à notre source, comme nous avons bu à la leur ; sans le savoir notre travail, quel qu'il soit, professionnel ou bénévole ou scolaire, a servi, construit, soutenu, nourri, comme nous avons, sans le savoir, été soutenus et nourris. Sans que nous le voyons, Dieu nous a donné d'être utiles, tous, pour la Création.

 

Et le Père nous donnera encore son Esprit, sa force, son audace, son regard qui permet de voir à l'horizon et d'avancer vers le Jubilé promis.

 

Amen

 

J.P. Morley

Cultes du 1er mai 2011

 

 

Lectures :            Genèse 1: 27-29 et 3 : 17-19

                              Lévitique 25 : 8-12

                              Luc 12 : 22-25

 

 

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