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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 17:04

  Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi ;

  Tu ne te feras pas d’idoles ;

  Tu ne prendras pas en vain le nom de Dieu ;

  Tu respecteras le sabbat ;

  Honore ton père et ta mère ;

  Tu ne tueras pas ;

  Tu ne commettras pas d’adultère ;

  Tu ne voleras pas ;

  Tu ne feras pas de faux témoignage ;

  Tu ne convoiteras pas…

 

 

Tu es libre !

Voilà comment commence la Loi de Dieu. Quel paradoxe ! La Loi ne commence pas par t’interdire ni te donner un ordre, mais par affirmer que tu es libre !

Relisons pour être sûrs, dans le livre de l’Exode :

 

« Voici les paroles que Dieu adressa à Israël :

Je suis le Seigneur ton Dieu, c’est moi qui t’ai fait sortir d’Egypte, où tu étais esclave…

Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi »

 

Nous sommes dans le désert du Sinaï, juste après la sortie d’Egypte et de l’esclavage envers Pharaon. Et le Seigneur semble n’avoir rien de plus important à dire à Israël, avant de lui dicter sa Loi, que de lui rappeler qu’il était esclave. Et que maintenant il est libre.

Car c’est seulement parce que tu es libre que tu peux entendre une Loi... Il en est de même pour chacun de nous personnellement : c’est la foi, elle seule, qui nous rend libres. En nous faisant prendre conscience que nous sommes aimés sans condition, la foi nous libère deux fois : d’abord de la fausseté des rôles et des apparences, de l’hypocrisie et des mensonges – ceux que l’on se fait à soi-même et ceux que l’on fait à autrui. Et elle nous libère de la convoitise d’être ou de posséder autre chose que ce que nous sommes ou ce que nous avons.

Le Décalogue nous apostrophe donc, en nous disant “tu” : toi, Israël, et toi aussi qui écoute aujourd’hui. Et il commence par nous rappeler d’où nous venons : “Tu étais esclave, esclave d’un pouvoir oppressif en Egypte, ou esclave intérieurement de tes propres illusions et de tes faux dieux, c’est-à-dire esclave de toi-même, de tes passions, de tes faiblesses, de ton orgueil et de tes lâchetés…”

Qu’on lise ce préambule de façon historique et politique, ou qu’on le lise de façon spirituelle, il commence par appuyer là où ça fait mal, en nous rappelant douloureusement notre état naturel :

Qu’étais tu ? Esclave ! Qu’es-tu aujourd’hui ? Libre !

Mais c’est un don de Dieu : “C’est moi qui t’ai fait sortir d’Egypte ; c’est moi qui t’aime malgré toi.”

Et c’est justement parce que tu es libre que tu peux obéir – sinon il ne s’agirait que de soumission, de contrainte et de nouvelle servitude. Puisque c’est la liberté qui permet l’obéissance, tandis que la contrainte ne produit que la soumission. Parce que tu es libre, et seulement parce que tu es libre, tu peux obéir librement, par choix, par volonté. C’est-à-dire en être humain : parce que tu sais que c’est juste et bon, parce que tu le veux, parce que tu reconnais l’existence de réalités plus importantes que toi, parce que tu reconnais qu’autrui et la communauté humaine ont plus de prix que toi…

C’est cela être humain.

 

L’appel de Dieu à une obéissance libre et volontaire, une obéissance uniquement d’adhésion, est tellement vrai que les dix Commandements… ne sont pas des commandements, mais des Paroles, des invitations.

L’hébreu ne manque pourtant pas plus que le français, de termes pour dire commandement, prescription, ordre, règle, loi ou ordonnance, mais ici il n’emploie aucun d’eux. Il dit simplement “Parole”. Et l’hébreu sait qu’une parole est déjà un acte, puisqu’il emploie le même mot pour l’une et l’autre ; il sait aussi qu’une parole peut être créatrice, comme celle de Dieu à la Création, puisque Dieu dit …et la lumière fut.

De même, lorsque nous parlons de la Loi de Dieu ou de la Loi de Moïse, la Thora contenue dans le Pentateuque[1], en réalité nous trahissons un peu la Bible et l’hébreu. Parce que le mot Thora ne signifie pas ‘loi’, mais ‘enseignement’. La thora, ce n’est pas la Loi de Dieu, c’est l’enseignement de Dieu. Quelle différence ? La liberté justement.

L’enseignement ne commande pas : il montre ce qui est vrai, juste et bon ; il montre comment vivre d’une façon juste, bonne et heureuse, et il invite à le suivre ; l’enseignement ne peut donc s’adresser qu’à des individus libres.

Ultime indice : les dix commandements, pardon, les dix Paroles, ne sont pas des ordres qui seraient à l’impératif, mais simplement des futurs, à l’indicatif :

Non pas : “ N’aies pas d’autre Dieu, ne vole pas” ; mais : “ Tu n’auras pas d’autre Dieu, tu ne voleras pas…”

Autrement dit : “ Parce que tu es libre, et si tu veux rester libre, alors tu n’auras pas, tu ne feras pas…”

Non pas : “ tu dois’’, mais : ‘’tu peux”.

Tu peux, tu as la capacité et tu as le droit de rester libre, en écoutant les invitations que voici, en écoutant ces instructions dont le seul but n’est pas de plaire à Dieu, mais de te permettre de rester libre vis-à-vis de toi-même, et fraternel vis-à-vis de tes semblables. Dieu ne te les propose pas pour Lui, mais pour toi. Ces paroles sont beaucoup mieux que des commandements, beaucoup plus créatrices que des commandements : elles sont créatrices de liberté.

Et c’est justement aussi parce que tu es libre que tu as besoin d’un mode d’emploi pour ne pas t’asservir ou te réasservir, mais rester libre : libre par rapport à toi-même – tu n’auras pas d’autre Dieu ; et libre parmi les autres – tu ne vivras pas en conflit permanent avec autrui.

 

Car le Dieu qui te veut est un Dieu qui te veut libre.           

Libres ? Nous voulons tous nous-mêmes être libres et pensons que nous le sommes… Mais est-ce si sûr ? C’est précisément ce qui va se décliner tout au long de ces 10 paroles, qui sont autant de dérangeantes questions.

Parce que rester libre est difficile, rare, et nous en sommes souvent beaucoup plus loin que nous préférons le croire. Alors, si tu veux être libre et le rester, il te faudra une vigilance permanente et te faire violence à toi-même ; la liberté pour un peuple comme pour toi-même est un effort quotidien.

C’est pour cela que tu as besoin d’un mode d’emploi, et c’est cela que le Dieu qui te veut et te veut  libre, t’offre. Il promet de t’accompagner et te dit comment faire : ces 10 paroles ne sont pas autre chose que ce mode d’emploi, pour toi qui étais esclave de toi-même ou de Pharaon.

Avec les deux tables de pierre données à Moïse, il t’offre :

-         un mode d’emploi pour rester libre vis-à-vis de toi-même : tu ne  te feras pas d’idoles, rien ne doit dominer sur toi. C’est la première table, les quatre premières paroles ;

-         et il t’offre un mode d’emploi pour rester libre au milieu de tes semblables : comment vivre ensemble fraternels, parce que libre est évidemment synonyme de responsable. Et c’est la deuxième table, les cinq dernières paroles.

Le sommaire de la Loi, c’est le sommaire de la liberté !

 

Bonne nouvelle !

Mais nous n’avons qu’à peine parlé de la première Parole : “Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi”. En fait, nous n’avons parlé que de cela : Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi, le Dieu qui t’a rendu libre et te veut libre, cela signifie que tu ne laisseras plus rien t’asservir ni dominer sur toi. Plus rien. Rien d’autre que, justement, ce Dieu qui te veut libre.

Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi ne vise pas seulement les dieux de l’Egypte ou ceux de la Mésopotamie. Cela vise aussi tout ce qui domine sur toi, l’argent, le prestige, le statut social, le sexe, le tabac, tes addictions personnelles, le goût des voitures… toutes nos idoles. Cela vise encore la foi : le fait que tu croiras et feras confiance en ce Dieu qui t’a rendu libre. Mais cela vise surtout, j’en suis convaincu, nous-mêmes :

Tu ne seras pas toi-même ton propre Dieu, ton propre maître, ta propre idole, ta propre fin. Tu ne te prendras pas pour le centre du monde et tu n’auras pas toi-même pour seul projet. Car si tu étais ton propre Dieu et ton propre but, tu serais perdu, parce que tu ne saurais pas qui tu es : or tu es quelqu’un qui n’existe pas tout seul, mais uniquement grâce et par d’autres, qui n’existe que par rapport à un monde et une humanité ; quelqu’un qui est inscrit dans l’univers, la planète, le climat, l’histoire, la culture et la société qui t’ont fait ; quelqu’un qui ne peut t’épanouir que parce que tu es reconnu par d’autres, aimé par d’autres, utile à d’autres, quelqu’un, tu l’as déjà éprouvé, qui ne peux devenir le meilleur de toi-même que si tu te comprends accepté par Dieu, aimé de Dieu, transformé par Dieu, et indispensable à son projet pour l’humanité. Ce Dieu qui t’a voulu, qui a besoin de toi, qui te rend et te veut libre.

Reconnaître cela, reconnaître tout ce que tu dois, reconnaître que tu n’es pas seul mais dépendant, inscrit ou inscrite dans plus vaste que toi, attendu dans plus vaste que toi ;  comprendre que tu n’es qu’une poussière emportée par le vent si le Dieu qui te veut libre ne t’aime et ne te donne une place, reconnaître tout cela peut seul te donner cette place unique dans l’infiniment plus vaste que toi. Ta place et ton rôle, ta responsabilité irremplaçable dans le projet de Dieu pour l’humanité et l’amour unique qu’Il a pour toi, personnellement.

Cette reconnaissance de ta dépendance en même temps que cette exigence de ta liberté, c’est ce que te disent les cinq premières Paroles du Décalogue…

Tu n’auras pas d’autre Dieu que le Dieu qui te veut et te rend libre, qui exige de toi la liberté et t’en montre le chemin, pour que tu puisses l’aimer et participer à la venue de son règne d’amour.

C’est précisément ainsi que Jésus résume la Loi.

Comme le disait Khomiakov, mystique russe, “Ce n’est pas l’homme qui exige de Dieu la liberté, mais Dieu qui exige de l’homme la liberté…”

 

Et ce Dieu qui te veut, parce qu’Il t’aime, et te veut libre, afin que tu l’aimes, t’offre une ultime promesse : chaque jour Il est près de toi, Il t’écoute et t’accompagne ; Il te demande ta confiance et t’offre la sienne, et c’est Lui, oui Lui, que tu rencontres dans le visage d’autrui, dans chaque visage que tu aimes, que tu rencontres ou que tu croises.

Et cela, c’est ce que tu comprendras en écoutant les cinq autres Paroles du Décalogue, la deuxième table…

 

Nous l’avons donc compris : ce décalogue ce n’est pas de la morale, mais une recette de vie, et ce prologue des dix Paroles, couvre et donne son sens à toute la suite ; car c’est de liberté qu’il s’agit dans cette Loi :

Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi, et c’est ainsi que tu resteras libre.

 

Jp morley

Culte du 10 janvier 2010 à Pentemont-Luxembourg


Lectures :     Ex 20 : 1.3

Psaume 119 : 1-2, 97-98, 105, 127

Marc 12 : 28-31

 



[1] Les cinq premiers livres de la Bible

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