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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 16:41

Les mères porteuses

 

 

Vous en avez sans doute entendu parler : les Etats généraux de la bioéthique viennent de se terminer, en France, et un rapport sera présenté au Président de la République.

 

De son côté la Fédération Protestante de France a réuni un groupe de travail représentatif de ses diverses églises, des évangéliques aux Luthéro-réformés. Il vient de publier un avis sur ces sujets. D’un commun accord, il se prononce pour un rejet du “droit à l’enfant”, que ce soit pour les couples homosexuels, les célibataires, ou les mères porteuses ; il recommande d’encadrer strictement et de limiter les recherches sur l’embryon ; de prévenir toute tentation eugénique ; enfin de maintenir le refus de toute marchandisation du corps humain.

 

Sans reprendre tous ces thèmes, très difficiles et sur lesquels on peut avoir des avis différents, je vous propose ce matin de nous arrêter sur ce qui est peut-être la plus délicate et la moins consensuelle de ces questions : le droit à l’enfant, et plus précisément au travers des mères porteuses, ou gestation pour autrui.

 

Le Conseil d’Etat, par exemple, s’est déjà prononcé contre, en justifiant son avis par le souci de protéger tant les divers adultes concernés que l’enfant. Peut-on aussi donner un avis sur une telle question à partir de la Bible ? On peut en tout cas l’interroger, puisque des mères porteuses se trouvent dans la Bible, et pas n’importe lesquelles !

 

Abraham a reçu l’immense promesse : une descendance qu’on ne pourra compter, un pays, et de devenir bénédiction pour autrui.

Mais le temps passe, Abraham et son épouse Sarah n’ont toujours pas d’enfants, Sarah suppose que c’est elle-même qui est stérile. Alors, selon une coutume dans l’Orient ancien, elle offre sa servante à son mari pour qu’il passe quelques nuits avec elle. Abraham accepte, et la servante Hagar se retrouve enceinte. Elle devra, selon l’expression coutumière, accoucher sur les genoux de sa maîtresse, et l’enfant sera réputé être celui de Sarah. Une mère porteuse, nos techniques sophistiquées en moins.

Mais sitôt qu’elle se voit enceinte, Hagar manifeste un grand mépris pour sa maîtresse Sarah, dont la stérilité est ainsi confirmée. Hagar se considère déjà comme la seule mère de l’enfant d’Abraham, et revendique dès lors un nouveau statut. Sarah ne le supporte pas : c’est elle qui a proposé l’arrangement, et Hagar ne respecte pas le contrat. Alors elle se tourne vers le père et lui enjoint de choisir. Abraham choisit son épouse, la laisse traiter comme elle veut la servante, celle qui porte l’enfant qu’il attend depuis si longtemps. Au point qu’Hagar s’enfuit. Il faudra que Dieu intervienne lui-même pour la convaincre de revenir et de se soumettre, se soumettre à sa condition, se soumettre au contrat.

L’enfant naît, grandit. Ismaël sera son nom. Qui finalement tient le rôle de mère ? On ne sait pas bien. Mais quand Dieu vient confirmer à Abraham sa promesse de descendance, en annonçant que Sarah aura un fils, la réaction d’Abraham est immédiate : “O Eternel ! Qu’Ismaël vive devant toi.”  Abraham aime son fils et croit en lui. Mais Dieu lui répond, assez sèchement : “ Ce n’est pas ça ! Ismaël, d’accord, deviendra aussi une grande nation, mais c’est Sarah, ta femme, qui portera votre enfant. Et tu l’appelleras Isaac !”

Et malgré leur grand âge, Abraham et Sarah ont un fils, Isaac.

L’histoire ne fait pourtant que commencer, car les deux garçons grandissent et jouent ensemble, mais plus âgé, Ismaël l’aîné, domine. Et Sarah voit le moment où c’est le fils de l’autre qui héritera… Alors elle demande carrément à Abraham de chasser son fils aîné, qu’elle avait pourtant voulu, qui est pourtant son fils légal. Et Abraham, à nouveau, choisit son épouse et l’enfant qu’ils ont eu ensemble ; il chasse son aîné avec Hagar, sa mère biologique.

Et c’est ainsi que commence la transmission de la promesse faite à Abraham, par une histoire triste, pleine de souffrance et de contradictions :

- Abraham, le père d’intention, le père biologique, le père légal et père coutumier, est privé de son enfant pourtant aimé, qu’il doit lui-même chasser ;

- Sarah, la mère d’intention, la mère coutumière et légale, est privée de cet enfant-là, qu’elle avait elle-même voulu, demandé, programmé et obtenu, et c’est elle-même qui réclame son départ ;

- Hagar, la mère biologique, qui n’est ni mère d’intention, ni mère légale, ni mère coutumière, gardera pourtant avec elle l’enfant qu’elle avait porté pour d’autres, mais elle est chassée et perd son statut, son revenu et tout son environnement ;

- Ismaël enfin, l’enfant, qui déjà se sait bâtard, demi-fils de ses mères, est privé de son père qui l’aimait pourtant, et de sa mère légale, et il se retrouve en exil, chassé par son propre père…

Et c’est Dieu lui-même, Lui qui ne s’était pas satisfait de l’option “mère porteuse” pour Ismaël, c’est Lui qui a conseillé cette rupture, en conservant l’enfant à sa mère biologique.

 

Deuxième exemple, deux générations plus tard : Jacob et les quatre mères de ses treize enfants connus…

Jacob, en exil, ayant fui son frère Esaü après l’avoir berné, tombe amoureux de la jeune Rachel, et Rachel de Jacob. Mais, coutume aidant et beau-père magouillant, c’est Léa, la sœur aînée de Rachel, qu’il épouse d’abord.

Il épousera les deux, mais une concurrence acharnée s’installe rapidement entre les deux sœurs/deux épouses, Léa la féconde non aimée, et Rachel l’aimée stérile. Une jalousie amoureuse qui se focalise sur les enfants que Rachel n’a pas, au point que, désespérée, elle recourt à la même coutume que Sarah : elle offre sa servante à Jacob, pour qu’elle accouche sur ses propres genoux. Commence alors une véritable compétition au nombre d’enfants entre les deux sœurs avec leurs deux servantes, une compétition qui donnera les douze fils de Jacob, ancêtres des douze tribus d’Israël.

Mais au prix :

- d’une seule femme aimée sur les quatre, Rachel, deuxième épouse mais seule aimée, qui finira par mourir en couches ;

- d’une épouse première épouse, Léa, mais de deuxième rang, non-aimée, qui ne sera comblée que par la naissance de ses (au moins) sept enfants ;

- de deux servantes mères porteuses, qui n’ont pas droit à l’amour de leur maître et ne portent d’enfants que pour leurs maîtresses, mais bénéficient d’un statut social amélioré ;

- enfin de douze garçons qui ne sont plus là pour eux-mêmes, mais sont réduits au statut d’enjeu, d’objets, d’instruments de compétition, de sorte de mises dans le jeu de rôles familial.

Avec pour conséquence que les fils s’entendent mal, la rivalité s’est reportée sur eux, entre eux ; ils se disputent le droit d’aînesse et ne s’entendent qu’en désignant l’un d’entre eux comme bouc émissaire — le fils préféré de leur père, évidemment… Ici, pas de drame au niveau des parents, mais il se reporte au niveau des enfants avec l’élimination de Joseph. Image frappante de Jacob, parlant de “son” fils Joseph puis Benjamin, devant les dix autres fils qui doivent ainsi entendre qu’eux-mêmes ne comptent pas comme ses fils… Peu de drame, mais beaucoup de souffrances.

 

Alors, que conclure de ces deux exemples, où les mères porteuses ne semblent pas poser de problème juridique ou moral, mais s’accompagnent de contradictions et de souffrances ?

Devons-nous dire “oui” aux mères porteuses, puisque la Bible, avec les patriarches, figures phares et respectées du Premier Testament, en donne l’exemple et l’inscrit dans une étape fondatrice de l’histoire du salut ?

Devons-nous dire “non”, parce que, s’il est vrai que cette pratique existe dès la Bible, elle entraîne des situations complexes, insolubles et contradictoires, avec les souffrances qu’elles suscitent ? En observant aussi que les mères porteuses  de la Bible sont chaque fois des servantes ou des esclaves, dépendantes juridiquement ou économiquement, comme on le constate à nouveau le plus souvent aujourd’hui.

 

Je ne trancherai pas. D’abord parce que la Bible ne tranche pas. Elle expose, et n’en tire aucune conclusion. Alors je ne me permettrai pas de le faire à sa place. De même la Fédération Protestante de France, qui, si elle s’est prononcée contre le principe des mères porteuses, a précisé qu’il ne s’agit que d’un avis non normatif, qui ne vise qu’à éclairer et accompagner la décision de chacun. Elle veut, en bonne représentante de la démarche protestante, laisser chacun se déterminer en conscience, dans son colloque singulier avec lui-même et avec Dieu. Colloque évidemment élargi au couple et à ceux en qui il a confiance.

Sur des questions aussi délicates, où des situations très particulières peuvent se présenter, il serait présomptueux de donner un avis universel et définitif.

Mais pour éclairer la réflexion de chacun, peut-être peut-on rappeler simplement ici trois éléments :

 

Le premier, c’est que tout au long de la Bible, l’attention et la précaution se focalisent sur le petit, le faible, le pauvre, l’immigré, le dépendant. C’est dire qu’aux yeux de l’Evangile, l’intérêt de l’enfant, qui ne peut donner son avis, prévaut sur tout autre. Il devient alors difficile d’invoquer un “droit” à l’enfant. D’autant que la création de l’être humain en tant qu’‘image de Dieu’ rend impensable de considérer l’enfant comme un objet ni comme un droit, encore moins de le monnayer. Ce respect pour l’enfant, nous l’entendons de la bouche même de Jésus : “Celui qui fait tomber l’un de ces enfants, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache une lourde pierre autour du cou, et qu’on le jette à la mer…”

 

Second rappel : La Bible, et surtout pas l’Evangile, ne donnent un catalogue de permis et d’interdits, en particulier face aux nouvelles questions que pose notre siècle en pleine effervescence. Mais elle donne un repère stable et lumineux : le premier commandement, “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Cette balise-là, indéracinable, conduit inévitablement à considérer que notre situation personnelle n’est jamais le plus important, mais que la remise à Dieu de toute notre vie, et le bien d’autrui, sont non seulement le seul repère ultime et décisif, mais aussi le seul rocher sur lequel se fonder, s’accrocher et être heureux. Et donc avant son cas ou ses options personnels, avoir le souci de l’enfant à venir ; avoir le souci de l’éventuelle mère porteuse et des relations ultérieures — la Bible montre que la difficulté n’est pas la fabrication de l’enfant, mais les relations qui s’ensuivent – et enfin avoir aussi le souci des parents en espoir ou en désespoir d’enfant.

 

Troisième rappel, le pardon. Savoir redire, et nous redire à nous-mêmes, que, quoi que nous décidions ou fassions, si nous le faisons sous le regard de Dieu et en cherchant toujours le bien le plus large, nous sommes aussi, déjà, sous son pardon… Et que nos décisions, nous pouvons toujours et toujours ne les prendre qu’à genoux, dans la prière insistante, offerte, écoutante et confiante.

 

Il est fidèle. Il ne nous abandonnera pas, quoi que nous décidions.

 

Jp morley

Juillet 2009

 

Lectures :

-         Genèse 16 : 1-10,

-         Matthieu 18 : 4-6

-         Matthieu 22 : 34-40

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commentaires

joanie 14/07/2016 17:58

Bonjour, je suis maman de 2 enfants.
Je réponds à des couples désirant une mère porteuse. Si vous le désiré, n’hésitez pas à m’écrire sur mon adresse mail, ainsi nous pourrons faire d’avantage connaissance et en discuter.
mail:joanieadams37@gmail.com
Je suis très agréable, sérieuse, discrète et très réfléchis. Au plaisir de vous relire. A très bientôt. Merci