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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 11:41

 

Mots clefs : Comportement, Prédestination, Salut

 

L’affaire semble aujourd’hui entendue : Dieu pardonne tous les péchés, nous sommes tous pardonnés et même pardonnés d’avance ; le salut est universel et offert à tous, Hitler, Pol Pot et Ben Laden eux-mêmes seront sauvés…

 

 « On ira tous au paradis, même toi

On ira tous au paradis, même moi

Qu’on soit béni qu’on soit maudit,

toutes les bonnes sœurs, tous les voleurs,

on ira

Avec les saints les assassins,

on ira tous au paradis… »

 

D’accord, c’était chanté peu après mai 68, mais à la longue, dans nos Eglises, nous en sommes tous convaincus. Nos Eglises, qui ont longtemps prêché la peur de l’enfer pour les unes, l’incertitude de la prédestination pour les autres, se sont finalement ralliées à une même et universelle bonne nouvelle : le salut est pour tous, et non seulement tous ceux qui croient au Christ, mais vraiment tous. Sans condition. L’amour de Dieu est plus grand que les pires méfaits des pires enfants auxquels l’humanité à donné le jour.

 

Et c’est vrai. Mais ayant proclamé cela, avons-nous tout dit ?

Et si ce n’était pas si simple ?

Parce que ce n’est pas ce que dit Jésus. Ni l’apôtre Paul. Ni Moïse.

 

En fait, nous les protestants, petits-enfants de Calvin, nous avons été pris dans une sorte de tenaille théologique :

- 1ère mâchoire : la justification par la foi. Personne n’est sauvé ou aimé de Dieu pour ses mérites, sa droiture, ses œuvres ou son amour, mais uniquement par la gratuité de l’amour sans condition de Dieu : il suffit de l’accepter et de le croire. Ainsi seule la foi sauve-t-elle.                           

- 2ème mâchoire : la toute-puissance de Dieu, qui implique que la foi soit elle-même un don de Dieu, relevant de la seule décision de Dieu et non de la nôtre. 

 

Conséquence de cette tenaille, la prédestination : si l’on n’est sauvé que par la foi, et que la foi n’est donnée que par Dieu, c’est Dieu qui décide à qui Il la donne et donc qui sera sauvé et qui ne le sera pas.

Cela, c’est du pur Calvin, et c’est la foi, souvent anxieuse, de nos ancêtres protestants du XVIème siècle, du XVIIème, du XVIIIème et jusqu’au XIXème  siècle. Mais entretemps, le siècle des Lumières, puis celui du libéralisme théologique au XIXème siècle, ont commencé de poser des questions à cette certitude de la double prédestination, Dieu qui décide du Ciel pour les uns, de l’enfer pour les autres. Et au XXème s’épanouissent progressivement l’humanisme et l’universalisme, la découverte de la force et de la profondeur des autres cultures et des autres religions, de la qualité humaine et spirituelle de beaucoup de leurs représentants, et donc l’évidence que Dieu ne peut pas s’en désintéresser ni les rejeter en bloc.

 

Le siècle dernier va donc assister à un glissement théologique : de la justification par la foi, qui nous lave de tous nos péchés, vers l’amour inconditionnel de Dieu, qui conduit au salut de tous les humains et annonce un enfer vide. 

La tenaille a bougé : la mâchoire ‘toute-puissance de Dieu’ s’est assouplie, adoucie, nuancée ; tandis que la mâchoire ‘justification par la foi’ s’est elle renforcée, élargie en amour universel.

Tant mieux. Cela est plus conforme à l’amour promis par Dieu, annoncé par l’Ecriture et manifesté par le Christ sur la croix.

 

Mais ! Comme la tenaille ‘prédestination’ tendait bien sûr à gommer toute responsabilité et toute initiative humaine quant au salut, la tenaille ‘amour universel’ d’aujourd’hui gomme pareillement toute responsabilité et toute initiative humaine quant au salut, puisque chacun semble pardonné et sauvé quasi automatiquement.

Or nous l’avons lu : « Je mets devant toi la mort et la vie, le bonheur et le malheur, choisissez ! » dit Moïse. «  Ne vous y trompez pas, reprend Paul en écho, les querelleurs, les débauchés et le reste n’entreront pas dans le Royaume de Dieu ! ».

 

Eh bien, peut-être serions-nous avisés d’entendre aussi cela. Pas seulement l’amour inconditionnel, mais aussi cet avertissement. Pas seulement la grâce à bon marché, comme le disait Dietrich Bonhoeffer, mais aussi celle qui coûte.

Et reconnaître, et annoncer, et prêcher qu’il y a des conséquences à nos choix, et que répondre à l’amour qui nous est offert, par notre foi, notre confiance, notre vie dans l’Esprit de Dieu, avec l’éthique et la responsabilité que cela implique, ce n’est pas la même chose et cela n’a pas les mêmes conséquences que refuser d’y répondre et que se comporter comme des salauds, ou simplement comme des indifférents.

Nos choix comptent.

Ils ont des conséquences pour nous, ils ne débouchent ni sur le même présent, ni sur le même avenir.

 

Jésus emploie cette très jolie image, qui à chaque fois me serre un peu le cœur, peut-être à vous aussi. Des enfants s’adressent à d’autres enfants : « Nous vous avons joué un air de danse sur la flûte, et vous n’avez pas dansé ; nous vous avons chanté des chants de deuil, et vous n’avez pas pleuré ! »

Le Père Duval, avanty que les chanteurs chrétiens ne deviennent des rockeurs, chantait cela : « J’ai joué de la flûte sur la place du marché,

 mais personne avec moi n’a voulu danser… »

Quelle tristesse !

 

Alors peut-être devrions-nous entendre tout ce que Dieu nous dit, toujours avec tendresse : les paroles d’amour comme les paroles d’avertissement, et en tenir compte. Desserrer un peu cette tenaille héritée de Calvin et des réformateurs, quitte à se rapprocher un peu de la théologie catholique, pour retrouver et rappeler l’Evangile en prêchant que,

oui, Dieu nous aime d’un amour inconditionnel, tous, même les pires, et qu’Il nous propose cet amour ;

mais qu’une part de responsabilité nous revient, celle de répondre,

et qu’à défaut de réponse, oui, nous en subirons les conséquences.

Et qu’il serait peut-être bon d’en avoir un peu peur, de craindre les conséquences de nos choix, passifs ou actifs.

Non pas comme une menace, Dieu ne punit pas les querelleurs et les débauchés, mais comme un avertissement : la vie, notre vie, n’est pas la même et n’a pas la même qualité ni le même cours si nous nous contentons de vivre pour nous-mêmes et pour l’amour sélectif de ceux que nous avons choisis ; ou si nous répondons à l’appel du Christ, accueillons une vie de foi, et essayons de vivre justes et utiles ; de vivre d’abord l’amour de Dieu et d’autrui ou l’amour de nous-mêmes.

 

Une vie belle et juste a un prix. Elle se choisit, se veut, se nourrit et se concrétise ; elle est faite de confiance, de fidélité et de loyauté ; elle est faite de cette disposition fondamentale : recevoir. Recevoir la parole de Dieu, recevoir n’importe qui comme envoyé par Dieu, parce que Il est envoyé par Dieu .

Et nous savons bien de quoi est faite une vie qui n’écoute que ses envies : des succès, c’est bien possible, du prestige, de l’argent et du pouvoir, c’est bien possible, mais aussi une vie de solitude, de la tristesse, du vide, de l’insatisfaction, des regrets, et souvent du chaos intérieur.

Des exemples ?

Trop fumer finit par faire tousser, parfois pire ; rouler trop vite coûte des points de permis, parfois pire. Ecraser ses collègues de bureau interdit toute confiance ou toute solidarité au travail, tromper son conjoint détruit à jamais la transparence du couple, mentir ruine jour après jour la valeur de nos paroles, vivre pour son plaisir promet qu’un jour, en se retournant, on ne verra guère que du vide et du vain… En tout cela, Dieu ne nous punit jamais, nous nous en chargeons nous-mêmes.

En revanche, être attentif, loyal, droit, accueillant, modeste, sincère, actif, généreux, fidèle, vous rend aimés, estimés, admirés ; vous fait découvrir dans le regard et dans les mots des autres un vous-même que vous n’auriez pas osé imaginer.  

 

Nos choix ont des conséquences.

Nos choix fondamentaux ont des conséquences.

Non pas que Dieu nous punisse, pas même qu’Il en ait l’envie, mais que nos choix portent en eux-mêmes leurs conséquences.

 

C’est ce que Jésus crie aux Pharisiens, et l’on devine que son cri est désespéré : « Malheur à vous ! » C’est ce qu’il annonce, comme pressé par le temps, pour le jour du Seigneur : «  Ce jour-là, deux hommes travailleront aux champs, l’un sera pris et son compagnon abandonné ; deux femmes seront au moulin, l’une sera recueillie, l’autre laissée… ».

Dieu ne punit pas, Il avertit, par la Bible, par la parole du Christ, par Paul, pourtant le théologien de la Grâce, qui avertit les Romains : « Demeurez dans la bonté qui vous est offerte – sinon vous serez retranchés comme des branches que l’on taille ».

C’est cela que nous chante la flûte de ces enfants, sur la place, qui invite et avertit : ‘Ecoutez ce que vous est annoncé et ne croyez pas que votre indifférence ni vos choix soient sans conséquences.’

 

Et pas seulement pour cette vie-ci. On connait cette parole énigmatique du Christ, sur le péché contre le Saint Esprit – en fait, le refus de la foi – qui ne sera pardonné ni dans le temps présent … ni dans le temps à venir.

Ni dans le temps à venir ? C’est-à-dire ni dans l’au-delà ? Bien sûr.

Tous ne seraient donc pas pardonnés et sauvés ? Si certainement. Comme le dirait le grand théologien Karl Barth, « Il faut être fou pour enseigner le salut universel, mais il faut être impie pour ne pas le croire ! ».

 

Mais il y a un nouveau mais : tous seront-ils sauvés… dans le même état ? Pas forcément. Probablement tous connaitront-ils le pardon, même les pires. Mais probablement n’emporteront-ils, et n’emporterons-nous pas tous la même densité, la même épaisseur à déposer auprès du Créateur.

Probablement n’emporterons-nous que le meilleur de nous-mêmes et de nos vies ; nos affections, nos fidélités, nos loyautés, nos combats pour autrui et pour la vie, l’amour que nous aurons offert et l’amour que nous aurons reçu, ce que nous aurons créé et donné. Et n’emporterons-nous auprès du Père que ce bagage-là, inégal pour chacun, qui fera notre plus ou moins grande densité là-haut. Et qui sera chargé aussi de la conscience de tout le mal que nous aurons causé ou provoqué. Conscience de nos mauvais choix, indissociable de la conscience qu’ils sont pardonnés, mais conscience quand même !

 

Tous sauvés, mais pas tous dans le même état… Peut-être faut-il le dire, parce que peut-être vaut-il mieux en être conscients, puisque l’Evangile et le Christ nous en avertissent…

 

Faudra-t-il donc revenir à la morale, aux devoirs, et aux obligations ?

Non : Moïse, quand il avertit les Israélites au désert, peu avant sa mort et leur entrée dans la Terre promise, ne leur enjoint pas d’obéir, mais d’aimer le Seigneur, leur Dieu, de l’écouter et de Lui rester fidèles.

Aimer le Seigneur. Non pas obéir par peur, par calcul ou par devoir, mais obéir par adhésion, par imprégnation de l’amour de Dieu en nous et de nous en Lui, par confiance et fidélité, par certitude que sa Loi est juste, belle et bonne, comme le sera, si nous sommes fidèles, notre vie ici, et dans l’au-delà.

 

Alors non, pas revenir à la morale et aux devoirs, mais écouter la flûte, qui nous invite à partager la souffrance d’autrui, mais aussi à danser l’amour du Père, des sœurs et des frères.

 

« J’ai mis devant toi la vie… »

 

 

Culte du 3 octobre 2010

 

 

 

Lectures :

- Deutéronome 30 : 15 – 79

- Luc 7 : 31-35

- Lettre aux Galates 5 : 19-23 

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