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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 17:31

 

 L'homosexualité à la lumière de la Bible… Le sujet n’est pas simple et particulièrement délicat. Pas simple, parce que c'est une question qui interroge toute notre société, notre vivre ensemble, et qui interroge profondément chacun de nous.

Pourtant ce devrait être simple : la Bible ne parle guère de l'homosexualité (quatre fois en tout), cela ne l'intéresse pas beaucoup, mais quand elle en parle, c'est pour condamner : dans le Deutéronome, dans le Lévitique, des livres anciens, puis dans le Nouveau Testament, uniquement dans deux lettres de Paul, aux Romains et aux Corinthiens.

Ce ne sont pas les textes les plus joyeux de la Bible : ils datent, ils sont d'une violence difficile à entendre, mais c'est la Bible !

Lévitique 20 : 10-13 : « Si un homme commet l'adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l'homme adultère et la femme adultère.

Quand un homme couche avec une femme de son père, il découvre la nudité de son père ; ils seront mis à mort tous les deux, leur sang retombe sur eux. (…)

Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu'ils ont fait tous les deux est de la dépravation, ils seront mis à mort tous les deux, leur sang retombe sur eux ».

Deutéronome 22 : 5 : « Une femme ne portera pas des vêtements d'homme ; un homme ne s'habillera pas avec un manteau de femme, car quiconque agit ainsi est une abomination pour le Seigneur ton Dieu ». (1)

I Corinthiens 6 : 9-10 : « Ne vous y trompez pas ! Ni les prostitués, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes (2), ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les arnaqueurs n'hériteront du Royaume de Dieu »

Romains 1 : 26-27 : « C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes : leurs femmes ont changé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; les hommes de même, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l'infamie d'homme à homme et recevant en leur personne le juste salaire de leur égarement ».

 

On pouvait s'y attendre, l'homosexualité est condamnée dans ces textes, au même titre que l'adultère. Tous deux valant une peine de mort par lapidation, à coups de pierres. De même qu'il est par exemple interdit de transgresser le shabbat, ou d'égorger ses enfants pour le dieu Moloch, ce qui vaut le même châtiment...

Notons toutefois que ces condamnations de pratiques homosexuelles s'inscrivent au milieu de dénonciations d'actes qui font du tort à autrui, et qui le font avec violence, physique ou morale. Nous ne sommes pas ici dans le cadre de relations d'amour ou de tendresse.

On aurait pu citer aussi la punition de Sodome, souvent évoquée sur le sujet, ou l'épisode moins connu mais parallèle de la femme du Lévite (Juges 19), mais, dans ces textes, il s'agit de condamner le viol et la violence collectives, non telle forme de sexualité, homosexualité dans le premier cas, indifférencié dans le second.

 

En face de ces affirmations ‘lapidaires’, que dit l'Evangile ?

Paul, dans sa lettre aux Romains, continue son raisonnement au chapitre 3, en rappelant qu'aucun de nous n'est juste, mais que tous nous sommes au bénéfice de la grâce :

Romains 3 : 10-12  et 21-24 : « Comme il est écrit : Il n'y a pas de juste, pas même un seul. (…) Ils sont tous dévoyés, ensemble pervertis, pas un qui fasse le bien, pas même un seul. (…)  Mais maintenant, indépendamment de la loi, la justice de Dieu a été manifestée ; la loi et les prophètes lui rendent témoignage. C'est la justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ pour tous ceux qui croient, car il n'y a pas de différence : tous ont péché, sont privés de la gloire de Dieu, mais sont gratuitement justifiés par sa grâce, à travers la délivrance accomplie en Jésus-Christ ».

Ajoutons ce résumé de tout l'Evangile, proposé par Jean (3 : 16) :

« Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne se perde pas, mais qu'il ait la vie éternelle ».

 

C'est avec tout cela qu'il faut nous débrouiller :

- Des condamnations claires, mais qui ne parlent pas de relations affectives ;

- L'affirmation que tous nous sommes injustes et condamnables ;

- Et celle que la foi a remplacé la loi, et que tous nous sommes gratuitement justifiés en Jésus-Christ.

Que dire ?

Entre, d'un côté, la condamnation brute de pratiques sexuelles : adultère, zoophilie, homosexualité, qui parlent de possessions physiques et sont entourées d'autres comportements évoquant l'excès, la violence, la débauche, mais qui par exemple trouvent normales la polygamie ou les mères porteuses, et ne parlent ni d'amour, ni de tendresse ;

et, de l'autre côté, un Evangile qui nous déclare tous injustes, mais tous graciés et tous justifiés. Justifiés : regardés comme justes par Dieu !

 

Que dirait Jésus aujourd'hui ?

Mais déjà, dans ces textes de condamnation, rien n’étonne-t-il ? Ils concernent des comportements immoraux : violence, injustice, débauche... Et y incluent l'homosexualité. Mais avec l'homosexualité, s'agit-il de moralité ? Ou d'une réalité qu'on n'a pas choisie ? S'il s'agit de morale, si l'homosexualité se choisit, alors l'Islam et les voix officielles du Judaïsme, du Catholicisme et des Evangéliques peuvent avoir raison de la condamner, avec le Lévitique et les lettres de Paul.

Mais s'il ne s'agit pas de morale, de bien ou du mal, mais d'un état de fait que l'on subit, qui touche certains hommes et certaines femmes ? Cinq à dix pour cent d'une population, quelle qu'elle soit, parait-il... (3)

Et si, tout simplement, Paul et les auteurs du Lévitique ou du Deutéronome n'avaient pas les connaissances que nous avons et n’étaient pas informés de cette réalité ? De même qu'on pensait alors la terre au centre de l’univers, ou qu’on attribuait les maladies, notamment psychiques, à des démons ou à une punition divine, et leur guérison à des miracles

 

Serions-nous, pour autant, bibliquement désarmés ? Pas forcément. Jésus lui-même n'évoque jamais le sujet : en matière de sexualité ou de conjugalité, il ne s'intéresse qu'à la fidélité, jamais à la forme ou à l'objet de nos amours.

Mais la Bible me dit une chose, qui est pour moi, une absolue certitude et suscite mon infinie reconnaissance : Dieu ne juge pas.

Dieu ne me juge pas. Il me pardonne. Il me justifie quel que je sois.

Et ce pardon m'interdit de juger autrui.

L'Evangile ne juge pas, il accueille.

Dieu ne rejette pas une partie de sa propre création, Il ne regrette rien de ce qui est inclus dans ce qu'Il a créé.

Alors l'homosexualité en tant que telle ne peut en rien être une faute, un péché, un vice ou une tare, ni une cause de rejet, de mépris, ou d'exclusion. Ce n'est pas une question de morale.(4)

La question de morale se pose ailleurs : dans la façon de faire, le discernement, le vouloir le bien des autres à la lumière de l'Evangile. Et là nous sommes tous concernés : ce sont nos comportements amoureux et sexuels à tous qui sont interrogés à la lumière de l'Evangile : que vivons-nous ? Le respect ou l'utilisation ? La tendresse ou la contrainte ? L'échange ou la violence ? La fidélité ou la désinvolture ? Voilà les seules choses qui comptent, les seules à mettre sous le regard de Dieu, et parfois son pardon. Le reste ne nous regarde pas.

Je pense que c'est cela que Jésus aurait dit. Accueillant les homosexuels de la même façon que toute personne rejetée ou souffrante.

Comment imaginer qu’il ait considéré un état, qu’on n’a pas choisi et qui entraîne souvent de si grandes souffrances intérieures et sociales, comme un péché ?

 

Demeure toutefois une autre question dans ce dialogue entre la Bible et l'homosexualité : le projet de Dieu pour sa Création.

Et par conséquent le premier chapitre de la Bible, celui où l'être humain est créé (Genèse 1 : 27) :

« Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa ».

Ainsi, au commencement, Dieu créa l'être humain à son image : homme et femme. Il créa le couple. Il le créa relationnel et capable d'amour, à son image. Mais ce couple, Dieu le créa différencié : homme et femme, différents et complémentaires. Et toute la Création fut elle-même un travail de séparation, de distinction, d'altérité.

Et c'est bien ainsi que la reproduction, partout sur la terre, a été voulue : par différentiation, quelle que soit l'espèce animale. Presque toujours la reproduction nécessite deux êtres, un féminin et un masculin. Et cette loi de la reproduction sexuée nous offre quelques merveilleux cadeaux, quatre en tous cas :

le plaisir lui-même, d'abord : le désir, l'élan vers l'autre, le plaisir ;

que chacun de nous soit absolument unique, puisque le fait d'être issu de deux parents différents nous assure d'avoir un programme génétique et une histoire uniques dans l'univers : d'être donc unique ;

l'altérité dans le couple, où je rencontre un semblable différent, qui me révèle à moi-même, m'invite à moi-même par sa différence, donnant la possibilité de s'aimer ;

enfin une autre différence, celle des générations, celle qui me permet de m'inscrire dans une histoire, puis d'accueillir un bébé, un petit, et donc de devoir protéger, transmettre, conduire à l'autonomie, bref d'être responsable.

Voilà ce qu'offre la Création, telle que Dieu l'a voulue. Magnifique cadeau ! Grâce en soit rendue au Créateur !

 

Mais voilà que dans cette Création, il y a des « bugs ». Ne parlons pas de ceux que nous y introduisons nous-même, par nos orgueils, nos égoïsmes, nos inconséquences, nos exclusions ou nos cruautés.

Parlons des « bugs » qui sont naturels, justement, qui font partie de la Création et sa merveilleuse diversité.

Il paraît que l'homosexualité existe aussi chez les animaux, disent ceux qui connaissent.

Elle pourrait exister dans la Bible, avec l'amitié entre David et Jonathan, que David, rapporte la Bible, aimait plus que les femmes.

Elle existe autour de nous et parmi nous.

Elle n'est pas une faute, un mauvais choix, une tare ou un vice, elle est un fait, plutôt une malchance, et souvent une souffrance, souffrance de vivre un décalage ou une incertitude entre son corps et son orientation ; souffrance de subir constamment le lourd regard des autres et l'ostracisme social ; souffrance de devoir renoncer à avoir des enfants de façon naturelle et socialement admise.

Et au titre de cette souffrance, comme au titre d'être humain, une personne homosexuelle a droit à la même compassion, la même fraternité, le même accueil, la même communauté, la même bénédiction, que tout être humain. Puisque, de toute façon, nous avons tous nos propres fêlures et nos propres désarrois, quels qu'ils soient, visibles ou secrets.

 

Mais reprenons ce que Dieu a voulu en créant l'être humain distinct en deux genres, homme et femme, à son image.

Que peuvent en penser des homosexuels pour eux-mêmes ?

Le plaisir et le désir ? Ils le connaissent eux aussi. Et eux aussi, peuvent le vouloir et le vivre avec tendresse, respect, fidélité, engagement.

L'altérité dans le couple ? Mais justement parce que chacun de nous et unique, issu de deux parents différents, et que l'unicité de chacun ne se réduit pas à être homme ou femme, l'altérité est aussi réelle dans un couple homosexuel que dans un hétérosexuel, cette altérité étant de toute façon différente et variable d'un couple à l'autre, nous le savons tous. Si un couple homosexuel s'aime, c'est justement, comme dans un couple hétérosexuel, parce qu'ils sont à la fois semblables et différents.

La procréation ? Mais quelle que soit la façon dont des couples homosexuels ont déjà, auront ou élèvent des enfants, ces enfants proviennent ou proviendront de deux individus distincts, au programme génétique différent, et ils seront uniques dans l'univers.

Alors ne peut-on pas dire que tout couple, tout amour, toute amitié est d'une certaine façon à l'image de Dieu ? Y compris un couple ou un amour homosexuel ?

 

Finalement... peut-être le Créateur n'a-t-il pas si mal fait les choses.

Peut-être que s'Il a permis des « bugs » dans sa Création, Il a aussi permis que les merveilleux cadeaux offerts par sa création de l'homme et de la femme soient accessibles à tous, homosexuels ou hétérosexuels, malgré les « bugs ». Cela afin que le but de sa Création, l'amour, soit toujours possible, quoiqu'il arrive.

Et que des êtres humains, hétérosexuels ou homosexuels, puissent se rencontrer, se reconnaître, s'aimer, se respecter, s'engager l'un envers l'autre. Et certainement être bénis par Lui, le Créateur. Nous, eux, et nos engagements d'amour.

 

Alors... oui, sans doute pouvons-nous accepter paisiblement cette évolution probable de notre société civile et des mentalités. Plutôt que de condamner, comme tant de religions, depuis tant de siècles.

Et quant à bénir des personnes qui s'aiment, n'y sommes-nous pas déjà prêts ?

 

Alors... que Dieu nous bénisse, nous tous, et nous garde sous son immense pardon et sa grâce.

« Car Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais qu'il ait la vie – la vie éternelle ».

 

 

Jean-paul Morley

dimanche 3 février 2013

 

(1) Pour l’anecdote, la loi de Napoléon en 1800 interdisant le port de pantalons par les femmes, vient juste d’être abrogée : le 31 janvier dernier !

(2) Ce mot semble renvoyer à la pratique reconnue dans la Grèce antique d’une relation amoureuse et sexuelle temporaire entre un homme mûr, généralement marié, et un adolescent.  Il s’agir dans ces cas plus de bisexualité que d’homosexualité.

(3) Ce que montrent les études scientifiques. Et l’homosexualité a cessé en France d’être un délit en 1982, et une maladie en 1981 ; en 1992 pour l’OMS.

(4) Par ailleurs, si l’homosexualité est un péché, alors la question est encore plus simple : ce péché est couvert par le pardon de Dieu. Le don du Christ et la confiance en lui suffisent à rendre justes aux yeux de Dieu les personnes concernées.

 

 

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