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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 18:23

RAMEAUX : NOS DÉCEPTIONS

 

Mots clefs : prière, espoirs

 

Aujourd’hui, pour tous les Chrétiens c’est le dimanche des Rameaux.

Le jour du grand malentendu. Apparemment une fête. En réalité un immense quiproquo.

 

Jésus, le fils d’un charpentier du petit village de Nazareth, depuis trois ans parcourt Israël et les contrées voisines en annonçant le pardon de Dieu, son amour, la proximité de son règne, déjà tangible à travers les guérisons, le pain multiplié et les miracles qu’il opère. Ce jour-là, Jésus entre triomphalement dans Jérusalem, juché sur  un âne, selon la tradition des rois d’Israël, entouré des vivats d’une foule joyeuse, confiante et enthousiaste, qui coupe et dépose des rameaux sous les sabots de son âne, pour lui faire un chemin royal…

Entrée du Messie tant attendu dans la ville de David, occupée par les Romains ? Avènement d’un nouveau roi, envoyé par Dieu lui-même, pour instaurer le règne de Dieu, la paix, la justice, la fraternité, le bonheur sur terre ?

Non, malentendu. Cinq jours plus tard, Jésus sera mort, rejeté par cette foule en liesse et abandonné de ses plus proches.

 

Que se passe-t-il donc à Jérusalem, ce dimanche des Rameaux ? Il y a ce marginal, cet illuminé, charpentier de province là-bas en Galilée, qui parle si bien des choses de Dieu, qui a tellement de tendresse et de sagesse dans les yeux, qui fait naître en chacun, à son cœur défendant, tellement d’espoir un peu fou ; qui, dit-on, a guéri tant de malades et même paraît-il, ressuscité quelques morts ; qui dit-on a déjà des milliers de disciples qui le suivent et se préparent au nouveau règne de David et de Dieu ; qui est si libre vis-à-vis des conventions et des autorités, toujours bienveillant envers les petits ou les méprisés, mais intraitable avec les pleins d’eux-mêmes ; qui est si sûr de sa foi et si totalement dédié à sa cause, sans aucune peur ni réserve ; si aimant dans son contact avec tous et avec la foi d’Israël…

Tellement qu’on ne peut qu’y croire, espérer, s’y donner et attendre le règne de Dieu. On attend tout, et on lui donne tout, son espoir, son enthousiasme, sa confiance, et tous sont là, au bord du chemin, pour l’acclamer et se dire, chacun en secret « et si c’était vrai ? Et si c’était maintenant ? Et si… ça arrivait vraiment ?”

Et bien sûr ce n’est pas ça. Quatre jours plus tard, ils l’auront tous abandonné, cinq jours plus tard, il sera mort. Et lui n’aura pas tenu ses promesses, non plus…

Déception.

Malentendu, surtout.

 

En songeant à cet épisode et à l’actualité, j’étais tenté de faire un parallèle avec une élection politique. Au soir d’une élection, un nouveau ou une nouvelle Président(e) de la République, Président(e) de région, Maire, est élu. Tous ses partisans sont heureux, joyeux, confiants, enthousiastes. Lui, ou elle, aussi. Mais il ou elle, sait. Sait déjà qu’il ne pourra pas tout faire, tout tenir, tout réussir, que la réalité et les évènements seront souvent plus forts que sa volonté et tous ses efforts ; qu’il décevra, parce que les choses seront forcément différentes et plus difficiles qu’on ne l’a espéré et pourtant calculé. C’est, comme toujours et partout, l’ingratitude de la responsabilité, l’ingratitude de l’action.

De même pour Jésus. Qui, à ce moment-là, pouvait apparaître lui aussi comme un personnage politique, redouté des Romains et des prêtres de Jérusalem. Mais ce jour-là, aux Rameaux, tous y croient, joyeusement et avec confiance. Sauf un. Celui qu’on acclame. Lui aussi, il sait. Il sait que dans quelques jours tous ceux-là l’abandonneront, et qu’il sera mort. Il sait que tous ceux-là se trompent, qu’il y a maldonne, malentendu, illusion. Il sait quel est et quel sera son vrai chemin.

Ils attendent un Dieu tout puissant, un sauveur providentiel, un Messie politique, un guérisseur, un magicien, un Dieu qui installerait d’un coup et sans effort la justice et la fraternité, le bonheur, la droiture et la fidélité, le Royaume de Dieu.

Mais Lui, ce qu’il est venu annoncer, c’est autre chose, c’est l’amour et le pardon de Dieu, sa promesse mais aussi son appel : changez vos cœurs, changez vos regards, changez vos comportements et le monde changera autour de vous. La justice, la fraternité et le bonheur sont bien là, tout près de vous, mais… dans vos mains à vous.

Déception inévitable pour toute cette foule qui attend quelque chose de magique.

Déception pour Jésus, qui attendait et espérait de nous les humains, et comprend que nous n’avons pas compris.

 

Avons-nous tellement changé depuis ?

Pas sûr. Un jour sans doute, beaucoup d’entre nous avons sauté dans la foi, avec confiance et enthousiasme, convaincus que plus rien ne serait comme avant, que tout allait changer, que la puissance de Dieu allait tout changer dans notre vie, dès aujourd’hui, et que nous allions vivre l’amour de Dieu, la fraternité et l’accueil d’une communauté croyante. Et nous étions prêts à tout donner. Et nous avons plongé dans la prière, avec confiance et enthousiasme, et nous en avons tout attendu :

Le bonheur du dialogue avec Dieu,

L’émerveillement de notre intimité avec le Seigneur,

La reconnaissance infinie pour tout ce qu’il donne, sa tendresse, ses dons, la foi, et l’attente de tous ces dons à venir

La prière qui sera entendue, puisque nous sommes sincères, désintéressés et confiants, et que Lui a promis, et que Lui est fidèle,

Les guérisons qu’il va offrir autour de nous,

Les réconciliations, les portes ouvertes pour tant de situations sans issue…

Et l’on commence la prière et la vie de foi avec enthousiasme, en se réjouissant avec la communauté et en se disant en secret : “Il le fera, Il l’a promis ; et c’est tellement nécessaire…”

Et puis ce n’est pas tout à fait ça. C’est moins spectaculaire, ce n’est pas magique… Les réponses sont souvent muettes ou différentes, les guérisons restent rares, les réconciliations s’enlisent parfois, des situations demeurent sans issue…

Déception.

 

Mais ne te résous pas à la déception. Ce serait en rester à l’illusion et au malentendu de ce jour des Rameaux. Or, c’est autre chose qui t’est proposé, autre chose qu’une solution magique à toutes tes attentes. Parce que c’est sur toi et moi que Dieu parie, ce n’est pas notre environnement, c’est nous qu’Il veut changer en profondeur. Et pour toi aussi, comme pour Jésus, il s’agira d’un chemin, un vrai chemin dans la durée, une construction de toi-même dans la durée. La Bible te le promet : “C’est parce que nous avons une telle espérance, écrit Paul,  que nous sommes pleins d’assurance. Et c’est ainsi que nous sommes transformés de gloire en gloire ; pour devenir à l’image du Seigneur, car telle est l’œuvre accomplie par l’Esprit de Dieu”.  Devenir semblable au Seigneur, être métamorphosé à l’image du Christ !

Oui. C’est bien cela que dit Paul. Mais comme pour Jésus, il s’agit d’un chemin qui demande du temps, et parfois une croix à porter. Parce que celui qui vient à nous, ce n’est pas un Christ-roi, mais un christ en croix, révélant par sa souffrance qu’à travers le don de nous-mêmes, la souffrance est crucifiée ; qu’à travers l’obéissance, la nuit est traversée ; qu’à travers la prière, nous sommes transformés ; qu’à travers les siècles l’amour rejoint et épouse l’humanité.

Un Christ en croix, c’est-à-dire un Christ qui se donne et non un Christ qui gouverne. Un Christ qui, au-delà des illusions peut-être ou des malentendus des premiers jours, nous donne sa présence permanente au fond de nous, comme une compagne de chaque heure et de chaque instant, d’une fidélité absolue, dans la durée, présente dès qu’on entrouvre la porte… Une présence qui s’appelle l’Esprit de Dieu.

 

Une présence qui nous emplit, nous agrandit et métamorphose notre vie, qui transforme notre passage sur terre en sillon et en semence, et qui nous promet dans un chuchotement que oui, un jour, il y aura réparation, que l’amour triomphera et se nourrira du nôtre, donné en secret toute notre vie, pour le démultiplier et envahir la terre entière.

Et c’est ainsi que nous nous construisons, ou plutôt que nous sommes construits, et que nous devenons, chacun, de beaux êtres. Semblables au Seigneur, ose dire Paul. Mais à travers une lente maturation, un cheminement intérieur, une imprégnation de la volonté de Dieu en nous, de la logique de Dieu en nous, cette logique d’amour, de bienveillance, de pardon, de non-jugement ; cette logique de détachement vis-à-vis de nos biens, de nos convoitises, de nos prétentions, de nos peurs et de nos vanités ; cette logique de transformation de gloire en gloire dit Paul, mais on dirait plus sobrement en personnes qui donnent et se donnent naturellement, sans y penser ; en personnes qu’on estime, qu’on croit, qu’on remercie d’exister ; en personnes qui n’ont même pas conscience de leur qualité et du bien qu’elles apportent autour d’elles et au monde.

En personnes qui deviennent sans le savoir, imperceptiblement, les pinceaux de Dieu sur la terre, y dessinant entre ses mains une humanité nouvelle. Et qui, chemin faisant, découvrent que si : Dieu répond, le monde change autour d’elles et avec elles, des guérisons, des réconciliations et de nouveaux départs se produisent tout au long du chemin…

 

Voilà ce que représente la fête des Rameaux :

L’enthousiasme d’un commencement, avec sa part d’illusion ou de malentendu, pour promettre beaucoup plus : cet enthousiasme temporaire n’est encore rien, c’est juste l’étincelle de la lumière qui fera de nous, parfois à travers nos propres croix, des personnes lumineuses, à l’image du Seigneur, avant de submerger et d’envahir la création entière.

C’est Pâques qui le permet. Dimanche prochain.

 

Lectures :        - Matthieu 21 : 1-11

- II Corinthiens 3 :12 + 16-18

 

Jean-Paul Morley

Culte du 28 mars 2010

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