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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 15:02


 

Dans deux jours, c'est juillet, la fin d'une année d'activité... Le moment de dire merci.

Merci pour tout ce qui a été vécu cette année, merci pour tout ce que Dieu y a donné, merci pour... les autres, pour les mots, pour les présences, les gestes, les portes qui se sont ouvertes, merci même pour les épreuves qui nous ont fait grandir ou avancer...

Merci pour la confiance dans laquelle cette année a été vécue, par laquelle notre vie a été portée, et dans laquelle cette Eglise a vécu et a permis ce que nous y avons vécu de beau et de bienfaisant ; merci enfin pour tous ceux qui se sont engagés pour permettre tout cela.

Savoir dire merci, nous le savons, est une des premières clefs du bonheur, et c'est aussi la première clef de la prière.

              

Mais à propos, comment et à quoi s'engage-t-on dans une Eglise ?

Quand on demande un baptême, une confirmation, la bénédiction d'un mariage, ou simplement l'appartenance à une Eglise, peut-être en lui offrant son aide et ses services, à quoi s'engage-t-on ? Un engagement chrétien est-il de même nature qu'un autre, simplement un peu plus solennel parce qu'on le fait devant Dieu, et un peu plus sûr, parce qu'on compte sur son aide ? Peut-être pas.

Dans la Bible, qui a été particulièrement fidèle ?

Le premier auquel on pense, c'est sans doute Abraham - et certainement pas son coquin de petit-fils, Jacob. Ce vieil Abraham, le fidèle d'entre les fidèles. Qui a non seulement fondé une famille, mais un peuple, un pays, et une bénédiction pour tous ceux qui regarderaient dans la même direction.

Comment s'est-il engagé ? Justement, il n'a rien dit, rien fait, pas prononcé de promesse ni d'engagement, ni souscrit d'assurance. Il a fait confiance en plus que lui, depuis le début et toute sa vie, quoi qu'il arrive, c'est tout. Il n'a pas co-signé avec Dieu un contrat qui le contraigne juridiquement ou moralement à tenir coûte que coûte, le récompense s'il est fidèle ou le sanctionne s'il se dérobe.

Cela, se serait la réponse de la société civile : contrat commercial, contrat de mariage, contrat de travail, devis, signature... Et si on déroge, sanction : pan, sur les doigts... Mais ce n'est pas la réponse de l'Evangile, ni ce que fait Abraham. Parce que Dieu sait, il en a fait la douloureuse expérience avec l'ancien Israël, Dieu sait que signer un contrat en matière essentielle – amour, honnêteté, amitié, foi, fidélité – n'a pas de sens.

Il sait que l'obligation, dans ces domaines, n'a pas de sens ; il sait que remplacer le choix et l'élan de la personne par une obligation, c'est s'assurer de l'échec. Comme Jésus le rappelle par exemple dans ce texte, terrible, sur « l'adultère dans son cœur » : Etre fidèle par devoir et non par choix, c'est s'assurer d'être infidèle un jour, au moins dans sa tête. Si on prétend être irréprochable tout seul, affirme Jésus, autant s'arracher tout de suite l'œil ou la main... On n'est pas fidèle parce qu'on le doit, on est fidèle parce qu'on aime.

 

Mais dans ce cas, plus d'engagement ? Du tout ? Plus de contrat, plus de promesse, plus de mariage, plus de durée, plus que la libre et volage spontanéité ? Pas tout à fait.

Tout à l'heure, nous avons lu les récits de l'alliance entre Dieu et Abraham. Ce qui est curieux dans cette alliance, c'est que Dieu ne demande rien à Abraham. Et Abraham ne s'engage... à rien, ne promet rien. Ils font alliance ensemble, mais c'est Dieu seul qui promet : une descendance incroyable, sa fidélité, un pays... A travers cette mise en scène solennelle et un peu inquiétante, de nuit, où le feu du ciel passe entre les moitiés d'animaux sacrifiés et les consume, selon une coutume de la haute antiquité pour sceller une alliance, Dieu seul promet. Abraham, lui, reçoit. Il en fut de même avec Noé, il en sera de même avec Isaac et Jacob.

Pourquoi ? Parce que s'engager, promettre qu'on va tenir, c'est compter sur ses propres forces, et cela, Dieu, Lui et Lui seul, peut le faire. Mais compter, nous, sur nos propres forces, penser qu'on va être capable de tenir, de vouloir, de vaincre, d'assumer, c'est présumer de la vie et de soi-même, et probablement se faire illusion.

Cela n'empêche pas de s'engager, ou de se marier, ou de demander un baptême. Mais l'engagement prend un autre sens. Au lieu de dire : je vais le faire, nous allons le faire, je sais que je suis assez fort pour cela ; on va dire au contraire : je suis trop petit pour cela, c'est au-dessus de mes forces. Vivre une véritable vie de chrétien, ou vivre un amour sans usure et sans un jour de faille, ou être honnête sans un jour d'hésitation, ou ne jamais me tromper dans l'éducation de mes enfants, la construction de mon couple ou de ma vie... , c'est au-dessus de mes forces évidemment. Mais ce que je peux donner, c'est mon envie, mon immense envie de répondre à l'appel du Christ, ou de vivre un véritable et durable amour, ou de choisir une vie intègre, transparente et utile ; et je peux donner ma décision de jeter toutes mes forces, tout mon désir, et toute ma volonté dans le choix et que je fais aujourd'hui.

Oui, donner toutes mes forces, toute ma vie, tout mon être dans ce que je choisis aujourd'hui, et le confier, en même temps, à plus grand que moi, parce que je sais bien, nous savons bien qu'à l'évidence nous sommes trop petits ; confier ce choix et ce don total à Celui qui donne, à Celui qui, Lui, est fort, sûr et fidèle, et qui, Lui, s'engage à ne jamais nous lâcher la main aussi longtemps  que nous la lui confierons.

Voilà l'engagement selon la foi : ne rien promettre, mais tout donner aujourd'hui pour ce que l'on veut pour sa vie, et confier la durée de ce choix, beaucoup trop gros pour soi, à Dieu. A l'amour de Dieu. L'amour de Dieu qui, sans cesse, nous incite à ne pas compter sur nous-même, mais d'abord sur Lui. Et qui, du coup, rend possible l'engagement impossible, parce que c'est nous qui le recevons, comme Abraham.

 

Comme Abraham qui n'a donc rien promis, mais qui, malgré son grand âge – 99 ans quand-même ! - malgré la stérilité de Sarah, son épouse, malgré le vilain choix de Lot, son neveu, et à travers des mauvaises passes, des conflits, à travers cette épreuve inouïe d'avoir à choisir entre son fils unique et sa confiance en Dieu, Abraham aura toujours été fidèle et aura tout reçu, parce qu'il a tout confié à Celui qui, aujourd'hui, nous tend la main à nous aussi. Parce qu'Il veut faire alliance avec nous.

Alors à notre tour nous pouvons confier, sans inquiétude : confier à Dieu ce à quoi nous tenons le plus, et le confier tous les jours.

Pas comme Toto, qui apprenait le piano, et qui un jour déclare que non, il ne va plus à son cours.

« - Mais pourquoi ? demande sa Maman ;

-Parce que maintenant, je sais jouer du piano. »

La confiance et la prière, c'est comme le piano : si on arrête le piano, il se perd ; si on arrête la prière, la confiance se dessèche.

              

Alors si, par nos engagements dans l'Eglise, baptême, confirmation mariage ou autre, nous avons quand même une promesse à faire, une seule, à nous faire à nous-même, c'est celle-là : confier, prier, continuer de confier à plus grand que nous ce que nous avons un jour donné de tout notre être. Car ce n'est pas Dieu qui nous aide à tenir nos engagements, c'est nous qui l'aidons, par notre prière, à tenir, Lui, nos engagements.

Et cela nous donne une immense confiance et une immense reconnaissance. Celle à laquelle Jésus nous incite en regardant les oiseaux du ciel, et les fleurs des champs. « Ne vous inquiétez donc pas, préoccupez-vous du Royaume de Dieu, et Dieu vous accordera aussi tout le reste... »

              

Et voilà qui me permet de terminer sur cette petite parabole, que certains connaissent peut-être déjà.

 

Comme je marchais sur la plage, au soir de ma vie avant de m'enfoncer dans l'océan de Dieu, je me suis retourné et j'ai vu sur le sable l'empreinte de mes pas. Chaque pas était un jour de ma vie et ils étaient tous là, aussi loin que pouvait monter mon regard. Je les ai tous comptés et je les ai tous reconnus, les jours de joie et les jours d'angoisse, les pas assurés et ceux qui trébuchaient. Du plus loin que j'ai vu, à côté de mes traces s'imprimait une trace jumelle et qui m'accompagnait jusqu'à mes derniers pas. C'était les pas de Dieu qui marchait côte à côte comme il l'avait promis tout au long de ma vie. Comme un père accompagne son enfant, il avait marché à mon pas. Et comme je regardais ce long ruban de nos traces parallèles, je me rendis compte qu'à certains endroits une seule empreinte se lisait sur le sable. C'était l'empreinte des jours les plus noirs, ces jours de larmes, de souffrance et de deuil. « Père, ai-je crié, où étais-tu lorsque j'ai tant pleuré ? Pourquoi ne marchais-tu plus à mes côtés, quand j'étais seul et désespéré ?  » Et le Seigneur m'a répondu : « Mon enfant, l'unique trace que tu vois est la mienne, car à ces moments-là, moi, je te portais dans mes bras.»   (d’après ‘Ademar’ de  Bonos, poète brésilien)

 

Amen

 

J.P. Morley

Culte du 26 juin 2011

 

 

Lectures :

- Genèse 17 : 1-8

- Matthieu 6 : 25-34

 

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