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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 16:48


I. Constats bibliques

1. Le Premier Testament insiste constamment sur la justice sociale et le politique ;

2. Jésus, s’il s’en prend au système religieux, ne dit jamais une seule parole concernant la justice sociale ni le politique, si ce n’est une fois pour distinguer Dieu et César et désigner ainsi deux responsabilités distinctes ;

 

3. La jeune Eglise (Actes) ne s’y engage pas davantage ; les Epîtres non plus, Paul plutôt au contraire, et pas même Jacques, dont les interpellations très marxiennes ne visent cependant que l’interpersonnel, pas le structurel.

 

4. Ce contraste impressionnant entre l’insistance du 1erT et le silence assourdissant du NT, souligne l’importance du renversement radical opéré par Jésus avec le Bon Samaritain, seule occurrence du NT où sont définis le prochain et l’amour du prochain. Un renversement qui est peut-être la clef de ce contraste.

      Le bon Samaritain, c’est :

-          tous les malheureux du monde ni de mon voisinage ne sont pas des prochains ;

-          le prochain, c’est moi, et moi seul, quand et seulement quand je m’ap-proche d’autrui en détresse ;

-          l’amour du prochain, c’est quand je me reconnais moi-même en détresse et que j’aime celui qui pourtant s’ap-proche de moi, parce qu’alors une relation se noue et qu’il devient pour moi une figure du Christ.

-          Moi cassé au bord de la vie, quelqu’un qui vient à mon secours, c’est bel et bien une figure de ma résurrection par le Christ…

 

Quel que soit le sens (moi vers autrui ou autrui vers moi), dans les deux cas, je suis mis en danger et transformé : l’enjeu est spirituel.

 

2.  Une différence radicale

Si tout cela est vrai, alors s’impose une distinction salutaire : entre ce qu’on pourrait appeler la diaconie du prochain, et la diaconie du Royaume (mais faut-il vraiment garder le même terme pour les deux ?). Parce que leur nature comme leur fondement théologique ne sont pas communs, et au contraire profondément différents.

 

- la diaconie du prochain : les relations de personne à personne, de ‘proche’ à ‘proche’ : quand je m’approche, vois, touche, me salis les mains dans une relation d’aide directe et personnelle, qu’elle soit dans un sens, dans l’autre, ou si possible réciproque (donner à autrui en galère les moyens de donner…). Comme le Samaritain qui, touchant du sang et peut-être un mort, accepte de se rendre impur (aux antipodes de la bonne conscience de donner un chèque à une ONG, ou même une pièce à un mendiant…).

Une diaconie du prochain qui est une nécessité spirituelle pour chacun de nous, et un appel pressant, immédiat et premier de la Loi de Dieu résumée par le Christ.

 

- la diaconie du Royaume : le souci du monde, de la fraternité et de la justice, dont la base n’est plus l’amour du prochain ni un commandement du Christ, mais la solidarité humaine universelle, que nous partageons avec tous les autres être humains, et dans laquelle « s’infusent » les chrétiens. Simplement parce qu’ils se savent, avec tous les fils et filles d’Eve et d’Adam, les mêmes enfants de Dieu. Solidaires par commune humanité. Et parce qu’ayant reçu la promesse du Royaume et l’invitation à le vivre ici et maintenant, ils ne peuvent être indifférents au sort de l’humanité et de chacun de ses membres.

Une diaconie du Royaume qui est une nécessité naturelle pour tout être humain qui veut être humain, et que la découverte de la grâce ne rend que plus évidente.

 

III. Conséquences 

Première conséquence : nulle culpabilité ni devoir dans le domaine de la diaconie, quelle qu’elle soit. Nulle culpabilité de l’Eglise de ne pas faire assez ou de laisser s’échapper des œuvres créées en son sein. Uniquement de la reconnaissance : reconnaissance pour ce qui a été reçu de Dieu, du Christ ou d’autrui et que nous pouvons transmettre ; reconnaissance de notre commune appartenance à l’humanité et des solidarités qui en découlent.

Nous n’avons pas à sauver le monde ni à nous reprocher de ne pas y parvenir. Le monde a un seul Sauveur, et ce salut se joue sur la Croix. Pas dans nos engagements sociaux ou politiques.

 

Deuxième conséquence : distinguer clairement :

- l’élan quotidien, fidèle, modeste et innombrable de tous les croyants les uns envers les autres et envers autrui (le critère intérieur/extérieur n’est pas pertinent, seul l’est le critère relation personnelle directe/relation impersonnelle lointaine ou collective). Cet élan est mission et témoignage de chaque croyant, l’Eglise y exhorte sans cesse par sa prédication de l’Evangile, mais il n’est pas mission de l’Eglise institution ;

- l’engagement des chrétiens dans le monde, qui peut les pousser à s’organiser, s’institutionnaliser, voire se laïciser et s’éloigner de l’Eglise, ce qui n’est pas grave : cet engagement n’est pas un ministère de l’Eglise en tant que telle, mais un engagement de chrétiens (l’amour du prochain peut continuer de s’exercer au sein de chaque œuvre ou mouvement, même éloignés de l’Eglise, dans les relations interpersonnelles qui s’y vivent[1])

 

IV.  Parions

Et si l’on tenait le pari que toutes les confusions, contradictions et difficultés, y compris la fameuse page blanche de la discipline, se résolvaient d’elles-mêmes et sans peine si cette distinction des diaconies, avec leurs bases théologiques différentes, était adoptée comme clef de compréhension et de réflexion ? J

 

25/11/2010



[1] Exemple : les 1200 salariés et bénévoles qui travaillent aux Asiles J. Bost auprès des pensionnaires, y vivent l’amour du prochain – diaconie du prochain – mais les milliers de donateurs qui soutiennent financièrement exercent ainsi leur solidarité humaine – diaconie du Royaume.

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jean-paul.morley.over-blog.org - dans Théologie
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