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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 16:51

TOUT  DE  LUI

 

 

Mots clefs : foi, confiance, Église

 

 

Étrange : le jour de mon installation, me voici incité par les textes du jour à prêcher sur ce passage où Paul parle justement de sa mission et de lui-même…

Et en quels termes !

Voilà  Paul, l’apôtre Paul, l’infatigable missionnaire, l’irrésistible prédicateur, le génial organisateur, l’intraitable théologien, l’incomparable théoricien de la foi nouvelle, en un mot le fondateur du Christianisme, sur son seul fondement, le Christ. Voici donc Paul, au faîte de son autorité et de son prestige, conscient de l’inouï privilège d’avoir été le pivot de l’expansion de l’Église naissante, qui, pour se qualifier lui-même, affirme n’être même pas digne de pitié, sans foi ni forces, et que, c’est tout simple, il est le pire des pêcheurs... Le pire.

Et que c’est justement pour cela qu’il a été choisi. Quel meilleur exemple de la puissance de Dieu, que faire du pire des pêcheurs le plus convaincant des témoins ? Au passage Paul délivre d’une phrase l’affirmation centrale de la foi chrétienne, celle que souvent nous redisons au cours du culte, au moment d’annoncer la grâce : “Jésus-Christ est venu dans le monde, pour sauver le pêcheur, dont je suis le premier ” — Le pire, dit-il.

Et moi ? Tout frais installé dans une paroisse prestigieuse, dans ma belle robe à parler du haut de cette chaire ? Suis-je le pire des pêcheurs ? J’ai bien envie de penser que non. Pêcheur, soit mais pas le pire quand même, et même…

 

C’est précisément cette pensée-là qui est dangereuse. Croire que nous ne sommes pas si mal. Pas parfaits, sans doute ; mais, quand même…

Redoutable piège. Nous sommes tous les pires, et bien sûr moi le premier, parce que le pire c’est précisément d’oublier que nous recevons tout de Dieu, et de lui seul ! Qu’il n’y a aucun autre salut, pour moi, pour vous, que de tout recevoir de lui. Pour moi, comme pasteur, pour moi comme  individu, pour nous tous, qui que nous soyons, il n’y a pas d’autre salut que de comprendre que nous recevons tout de Lui, nos forces, notre foi, notre amour, nos qualités.

Quelle radicale leçon de modestie, ou plutôt de théologie, de la part de Paul !

Quels que soient nos talents, nos efforts, nos succès, nos positions sociales, notre foi même ou notre amour, nous ne devons rien à nous-mêmes, et tout à Dieu. Tout. Bien sûr, nous n’y croyons pas. Bien sûr nous pensons que nos efforts et nos qualités personnelles y sont quand même, un peu, pour beaucoup. Eh bien, nous avons tort. Nous n’avons rien, ni ne sommes rien, que nous n’ayons reçu.

Et les états de service de Paul, qui, quels que soient nos succès, sont probablement supérieurs aux nôtres, ne l’empêchent pas, et même au contraire, d’être profondément et intimement convaincu qu’il doit tout à Dieu, directement à Dieu.

Nous-mêmes, aux meilleurs moments de notre vie, quand nous sommes amoureux, quand nos enfants s’épanouissent, quand nous réussissons professionnellement, ne sommes-nous pas également conscients que ce n’est pas nous, mais que cela nous est donné, sans l’avoir vraiment mérité ?

 

Et il en est de même pour l’Église.

Moïse est sur le Sinaï. Voilà ce peuple, esclave depuis des générations, brisé et soumis, qui vient d’être délivré de façon inespérée, qui vient de traverser la mer, qui est guidé par Dieu Lui-même à travers le désert… qui se croit soudain propriétaire de ce salut reçu ; et se croit autorisé à donner forme et figures animales à Celui qui l’a sauvé ; autorisé à posséder son Dieu, sa force, son guide, son salut ; qui se croit des droits, comme un héritier, sur Celui auquel il doit tout. Il se fait un veau d’or. Ce n’est plus Dieu qui crée ce peuple, c’est ce peuple qui crée son Dieu.

Découragé ou excédé, Dieu veut renoncer, tout effacer et recommencer autrement. Mais d’abord, à une personne qui, elle, attend fidèlement tout de lui, Dieu demande la permission. Oui : Dieu demande à Moïse la permission de détruire le peuple qu’Il a sauvé… Dieu discute avec Moïse de l’avenir de son peuple. Et parce qu’il a tout reçu de Lui, et qu’il attend tout de Lui, Moïse peut oser dire non à Dieu, et argumenter. Quel argument ? Aucun mérite, aucune justification, pas même la pitié. Non. Moïse, lui, a compris que ni lui ni son peuple ne possèdent rien, ne méritent rien, ne sont rien, en dehors d’une simple et impalpable promesse. Abraham, Isaac et Jacob eux-mêmes ne sont rien, ne garantissent rien, en dehors de la promesse que Dieu leur a faite et qui les a conduits et construits :

promesse de devenir une terre, un lieu ;

une descendance, un peuple ;

et une bénédiction autour d’eux et pour tous les peuples.

 

En plus modeste, cela décrit une paroisse et une mission. Un lieu, c’est modestement un temple (ou deux !) et un territoire ; un peuple, c’est une communauté ; et devenir bénédiction autour de soi, c’est une mission, une merveilleuse mission !

Et nous ?

Nous sommes des héritiers.

Nous avons reçu une foi, des parents, une Église, des temples, une communauté, des activités. Et nous en sommes plutôt fiers : Pentemont et Luxembourg sont des mémoires, des souvenirs personnels heureux, des rencontres avec le Christ, un passé prestigieux, une référence, une tradition, une identité.

Tout ce qu’il faut pour en faire des idoles. Alors, nous risquons, chaque année, de nous croire forts, sûrs et solides ; autrement dit, nous risquons de nous fabriquer un veau d’or – pas  matériel, bien sûr, nous avons grandi depuis le temps du premier veau d’or, mais une sorte d’assurance intérieure, de tranquillité collective, la certitude que notre Église a des forces : nombreuse, riche en hommes et en femmes de qualité, riche en foi et en bonne volonté, et même matériellement ; elle peut donc regarder l’avenir et l’année qui s’ouvrent avec confiance et tranquillité.

Or nous ne possédons rien de tout cela. Tout ce que nous possédons, comme le peuple au désert, c’est la promesse de Dieu. Rien d’autre.

Bien sûr nous pensons tous, j’en suis le premier tenté, que j’exagère. Qu’on ne peut pas vivre, ni construire une vie ou une Église, sans autre assurance ni compter sur aucune autre force que se fier en la promesse de Dieu. Nous voulons bien gravir des montagnes, au besoin sur des chemins escarpés, avec le vide de l’inconnu d’un côté, mais à condition de nous appuyer, confiants et sages, de l’autre côté sur la paroi solide et rassurante de nos vertus et de nos atouts…

Mais non. La foi, c’est plus que cela. Jésus ne nous invite pas à la prudence, il n’invite pas à s’appuyer de la main sur les parois en se tenant loin du bord, il invite à s’avancer carrément sur un chemin bordé des deux côtés par le précipice, il nous invite à marcher sur l’eau. “N’ayez pas peur” dit-il au milieu des vagues et du vent, et la seule sécurité qu’il nous offre, c’est lui-même ! Mais c’est la seule véritable.

Voyez la femme de la parabole, qui a perdu une drachme. Une drachme, c’est de la petite monnaie. Pourtant elle allume une lampe, qui sans doute coûte autant que la drachme, elle retrouve sa pièce, et fait la fête avec ses voisines, ce qui lui coûtera plus encore… Absurde. Sauf si cette drachme représente une âme égarée, la sienne, sans prix aux yeux de Dieu, et que cette unique lampe, c’est le Christ, qui permet à cette femme de retrouver sa monnaie, sa route, et cela lui met le cœur en telle fête que cela rejaillit tout autour d’elle… La voilà, la promesse !

 

Alors, en ce début d’année nouvelle, avec nouveau pasteur, union des deux paroisses, travaux nécessaires mais contrariants au temple de la rue de Grenelle, mettons-nous à la recherche de toute drachme perdue, pour offrir l’Évangile à quiconque en a besoin. Mais faisons-le sans compter sur nos forces, elles ne suffisent pas. N’ayons confiance, absolument confiance, qu’en une seule lampe, une seule promesse, le Christ.

Pratiquement qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire qu’avant de commencer quoi que ce soit, ou d’organiser quoi que ce soit, avant d’imaginer quelques projets que se soit pour sa vie personnelle comme pour cette paroisse et ses deux lieux, nous n’avons qu’une seule chose à faire : tomber à genoux et prier. Prier pour le remercier de l’immense chance — en ‘chrétien’ cela s’appelle grâce — d’être là devant Lui et autour de Lui. Prier pour nous présenter devant Lui, Lui présenter notre vie, nos soucis, nos projets, et demander encore plus que ce que nous croyons pouvoir lui demander en forces, en imagination, en courage, en fidélité pour vivre cette année et servir son Église.
Prier pour tout lui donner, tout lui confier et tout recevoir de lui, comme nous avons toujours reçu de lui.

Prier, d’abord prier, à genoux.

Prier, et sans doute serons-nous alors, comme Moïse au Sinaï, dans une telle intimité avec Dieu, que nous pourrons discuter avec Lui de notre avenir, de l’avenir de notre Église, et de notre mission personnelle.

 

Si nous pouvez transmettre cela au milieu de nous et autour de nous : que nous ne sommes ni ne possédons rien en dehors de la promesse de Dieu, et qu’en tout projet, toute épreuve, toute journée, nous n’avons qu’une chose à faire : d’abord prier – alors nous aurons donné ce qui est le plus précieux au monde.


 

 

Jean-Paul Morley

16 septembre 2007

 

Lectures :        I Timothée 1 : 12-17

                        Exode 32 : 7-14

                        Luc 15 : 1-32

 

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