Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 17:22


Les faux prophètes sont légion. De bonheur ou de malheur, ils ont toujours été légion, parce que c'est un rôle avantageux, qui donne une posture, attire l'attention et n'engage pas à grand'chose.

Les vrais prophètes, ceux qui parlent de la part de Dieu, sont, eux, beaucoup plus rares. Pour deux raisons :

            La première, c'est que les nouvelles que Dieu leur demande d'annoncer sont généralement mauvaises, et qu'aucun croyant n'a envie d'annoncer le malheur.

            La deuxième, c'est qu'ils savent que ce que Dieu leur demande d'annoncer  généralement se réalise... Ils préféreraient, comme Jonas, avoir tort.

Prenons trois exemplaires, parmi beaucoup d'autres dans la Bible :

Jérémie, qui ne veut pas de ce rôle de prophète, mais Dieu insiste et lui donne autorité, pour démolir. (Jérémie 1 : 4-10)

Jean-Baptiste, qui dénonce et appelle à une repentance en actes, c'est-à-dire à un changement réel de mode de vie. (Luc 3 : 7-14)

Enfin Jésus lui-même, qui, quand il parle d'avenir, ne promet jamais de lendemains qui chantent, ni d'avenir tranquille, au contraire ; et Paul d'ailleurs ne sera pas plus optimiste au sujet de l'Eglise. (Luc 21 : 7-11)

 

Le prophète...

Nous en avons sans doute souvent une image grandiose. Très Saint, souvent héroïque, s'opposant d'une sainte colère aux rois et aux autorités religieuses ; sage, austère, âgé, barbu d'une barbe de prophète, en contact permanent avec Dieu lui-même... Eh bien, non, ce n'est pas ça, un prophète. Il n'est pas un saint, ni un héros, ni un surhomme, hors du commun des mortels, comme un ange redoutable envoyé par Dieu pour être son porte-parole...

Non, les prophètes, c'étaient juste de pauvres bougres qui auraient cent fois préféré ne pas endosser ce rôle, de pauvres bougres qui simplement réfléchissaient, priaient, observaient, avaient malgré eux une vision de l 'avenir et de ses menaces, et ne pouvaient pas faire autrement que le dire, avec leur irréductible foi en Dieu.

 

Je ne suis pas prophète, et le Ciel me préserve d'avoir à assumer un tel rôle ! Mais ce matin, je préférerais mille fois ne pas être ici, ne pas avoir à prêcher, ne pas avoir à parler de ce dont je peux de moins en moins me dérober de parler.

Simplement parce que je commence à penser vraiment – j'ai bien peur, qu'il soit trop tard, déjà trop tard. Trop tard pour quoi ? Pour l'humanité. Que les menaces qui pèsent sur elle, déjà maintenant et à l'horizon d'une, peut-être deux générations, pas plus, c'est-à-dire nos enfants et nos petits-enfants, les vôtres   beaucoup de ces menaces ne sont déjà plus évitables, et que nous n'avons pas pris, collectivement, les bonnes décisions à temps. Il ne s'agit pas de la situation de la Grèce, ni de l'explosion, cette semaine, sur le site nucléaire de Marcoule, mais de beaucoup plus grave. Je vais citer dans le désordre ce que vous savez déjà, mais dont la conjonction et la convergence sont impressionnantes sur ce que  nous n'avons surtout pas envie de reconnaître :

  - le réchauffement climatique est déjà enclenché et ses conséquences ont déjà commencé ; les scientifiques disent qu’il ne s'arrêtera pas et qu'il faudrait beaucoup plus de décisions individuelles et surtout collectives pour l'atténuer. Un peu. Déjà trop tard.

  - la perte de la biodiversité est déjà enclenchée, la sixième grande extinction de la vie sur la Terre serait déjà commencée, 70 à 90% des espèces, annoncent les scientifiques, pourraient disparaître ; animaux comme végétaux. L'espèce humaine, par son intelligence et sa technique, survivra sans doute, mais on ne sait ni dans quelle proportion, ni dans quel état. Déjà trop tard.

  - les limites des révolutions vertes et autres interventions techniques sur les ressources alimentaires semblent déjà atteintes, et le plan mondial pour diminuer de moitié en une décennie la population sous-alimentée dans le monde, s'est traduit, non par une diminution, mais par une augmentation de cette population sous-alimentée. Tandis que la population mondiale continue de croître : on nous annonce trois milliards d'humains supplémentaires, 50% de plus, d'ici cinquante ans... Déjà trop tard.

  - il est peut-être aussi déjà trop tard pour l'extraordinaire ressource que représente la mer, non seulement avec l'extinction d'un grand nombre d'espèces de poissons, mais avec son taux d'acidité qui a déjà dépassé celui des grandes extinctions marines de l'histoire de la planète, dont il fut la cause. Déjà trop tard.

  - on sait la proximité de la fin du pétrole. Mais c'est aussi l'uranium dont les ressources devraient s'épuiser d'ici cinquante ans, c'est-à-dire demain, mettant fin, au delà des risques et des déchets pour des millénaires, aux espoirs de l'énergie nucléaire. Sans parler de l'épuisement de ces métaux rares, mais indispensables à nos téléphones portables et à je ne sais quoi.

  - dois-je aussi évoquer la pollution accélérée et la raréfaction de l'eau ? La multiplication actuelle des cancers dûs à la pollution, ou des pandémies sanitaires annoncées ?

 

Quel tableau !

           

Et tout cela sans en évoquer les conséquences logiques sur nos sociétés ; conséquences qui se profilent déjà : inégalités sociales dangereuses et croissantes, violences, repli sur soi et rejet de l'étranger, mouvements migratoires immenses, effondrement possible des systèmes démocratiques, alternative entre barbarie et régimes totalitaires...

 

Oui, quel tableau...

 

Hélas... Hélas les prophéties des prophètes d'Israël, et celles de Jésus, ont fini par se réaliser. Désordres, guerres, guerres civiles, famines, préparant l’ effondrement et la destruction des Royaumes d'Israël, puis de Juda et de Jérusalem, et finalement la dispersion-exil du peuple choisi, loin de son pays de lait et de miel...

Est-ce pour nous une leçon ? Uniquement si nous l'entendons... Aujourd'hui, la catastrophe, pour l'humanité entière, n'est devenue possible, précisément, que parce que nous préférons l'ignorer ou la nier, et ne faisons rien, ou trop peu.

 

Or que disait Jean-Baptiste ? « Ne faîtes pas semblant de vous convertir : juste des mots, des mains jointes et un petit bain dans le Jourdain. Ne croyez pas qu'il suffit de croire et de demander pardon. Le faucheur ? Il est déjà là, avec sa hache ». Oui, il est déjà là. Que disait encore Jean-Baptiste ? « Repentez-vous. Repentez-vous vraiment, ne vous contentez pas de demander pardon, changez de comportement ! Gardez votre métier, mais exercez-le, et vivez, autrement ! »

 

Pour nous, c'est encore plus urgent. C'est la maison-terre, la maison -humanité, qui a commencé de brûler, et on n'arrêtera  pas facilement l'incendie, ni sans dégâts. Et cette fois, il ne s'agit pas des autres, des Grecs, ou des Somaliens, ou des Hébreux d'hier, il s'agit de nous, des enfants que nous baptisons ici, de nos enfants.

 

Alors repentons-nous, individuellement, et surtout collectivement !

° Si nous travaillons pour l'Eglise, comme pasteurs ou autres, repentons-nous de n'avoir pas su voir, comprendre, prévoir, avertir et changer nos modes de discours et d'action plus fort et plus tôt, et réfléchissons à comment faire et que changer demain.

° Si vous êtes influents dans la politique, repentez-vous, oui : repentez-vous, pour cet aveuglement collectif, parfois volontaire, et pour cette impuissance à prendre conscience de l'urgence des menaces et des décisions à prendre pour la sauvegarde de l'humanité, rien de moins. Et réfléchissez, et priez, non pour vous culpabiliser, mais pour discerner que faire et que changer.

° Si vous travaillez dans la finance internationale, repentez-vous, oui : repentez-vous, d'avoir collectivement cédé à la contrainte du profit absolu, et pour les effets ravageurs d'une finance mondiale devenue libre de règles morales, détachée de la réalité et n'ayant plus de but qu'elle-même. Et réfléchissez, et priez, non pour vous culpabiliser, mais pour discerner que faire et que changer.

° Si vous avez des responsabilités dans l'industrie nucléaire, ou chimique, ou pharmaceutique, dans les transports, l'eau ou l'informatique et la communication, si gros consommateurs d'électricité et de métaux rares, et donc de vies humaines... repentez-vous d'avoir collectivement cédé à la contrainte du profit aux dépends de l'intérêt commun. Et réfléchissez, et priez, non pour vous culpabiliser, mais pour discerner que faire et que changer.

° Si vous avez des responsabilités syndicales, et peut-être associatives, repentez-vous d'avoir cédé à l'égoïsme corporatif de groupe, et à l'irresponsabilité collective. Et réfléchissez, et priez, non pour vous culpabiliser, mais pour discerner que faire et que changer.

° Si vous êtes exploitants de la terre ou de la mer, repentez-vous d'avoir cédé aux pressions des industries chimiques, ou lutté et triché face aux règles et aux quota de protection des sols ou des espèces menacées. Et réfléchissez, et priez, non pour vous culpabiliser, mais pour discerner que faire et que changer.

° Si vous êtes engagés dans la communication et les médias, repentez-vous, oui : repentez-vous de n'avoir pas assez pris vos responsabilités, d'avoir collectivement cédé aux attentes du public, au lieu de marteler que c'est la vie de nos propres enfants, et donc celle des vôtres que nous hypothéquons. Et réfléchissez, et priez, non pour vous culpabiliser, mais pour discerner que faire et que changer.

 

Et, vous l'avez compris, il ne s'agit pas de viser telle et telle catégorie, qui ont sûrement chacune d'excellents arguments pour se justifier. C'est nous tous qui, comme y exhorte aujourd'hui encore Jean-Baptiste, c'est nous tous qui devons nous repentir, chacun personnellement pour lui-même, de son aveuglement complice, de sa lâcheté parmi les autres, de son inertie.

Et tous, collectivement, devons réfléchir, et prendre des décisions – y compris, même si c'est marginal, dans la gestion de cette Eglise.

Et s'il vous plaît : que personne ne dise que je mêle la politique à la religion. Toute la Bible et Jésus lui-même appellent sans cesse à prendre conscience des abîmes vers lesquels nous courrons ensemble, et à se repentir. Et que personne ne pense que ceci est une prédication pour que l'on vote Vert dans quelques mois. Ceci est un appel désespéré, et angoissé, pour que tous, de droite ou de gauche, rouges, bleus, verts ou autres, et bien au-delà des échéances électorales, mais aussi avec elles, tous nous fassions choc en nous-même et prenions conscience du péril et de la bien faible marge de manœuvre qui nous reste, à tous. Quels que soient notre bord et notre préférence politiques.

Il s'agit de l'avenir du jardin d'Eden. Il s'agit de l'avenir de la descendance d'Adam et Eve.

           

Mais s'il est vraiment trop tard ? On voit bien que bouleverser les contraintes économiques et politiques, prendre des décisions impopulaires à l'échelle des nations ou même d'un pays, est impossible ! C'est vrai. Mais cela ne fait rien. C'est quand même ce que nous devons tenter de toutes nos forces et de toute notre influence. En nous préparant nous-mêmes à ces changements. Même si nous sommes seuls, à contre-courant. Cela s'appelle résister. Sinon, que serions-nous ?

Et nous avons un atout, qui est aussi une responsabilité : la tradition de résistance du protestantisme français, depuis la Réforme, les guerres de religion, les Camisards et jusque sous l'Occupation ; une tradition rappelée chaque année depuis cent ans au Musée du Désert, comme il y a quinze jours encore.

Résister au courant dominant, inventer déjà la façon de vivre demain, avec ses renoncements mais aussi ses bienfaits à découvrir – comme nos ancêtres réformés ont inventé la démocratie, la tolérance religieuse ou une éthique de liberté et de responsabilité. Peut-être que la douloureuse crise économique dans laquelle nous nous enfonçons aura du moins ceci de bon : nous préparer plus vite à ce nouveau mode de vie...

 

Voilà.

 

A défaut d'être prophète, devrais-je être un bon pasteur et terminer sur une note optimiste ? Que tout est entre les mains de Dieu et qu'Il va tout arranger ? Que Noël s'annonce déjà ?

Mais Dieu n'a pas empêché la peste nazie. Ce sont nos pères qui n'ont pas voulu la voir, et l'ont ainsi laissé envahir l'Europe. Après, ils ont dû se battre.

Noël, ce n'est pas la venue d'un Dieu qui vient tout rétablir avec puissance. Noël, c'est la naissance d'un petit enfant, fragile et vulnérable, qui a besoin de nous... Et qui, n'en doutez pas, nous appelle à nous convertir vraiment, à changer, à réfléchir ensemble, à nous préparer et à préparer nos enfants pour cet avenir. Et à confier notre réflexion, nos décisions et notre action aux mains et à la lumière de l'Esprit.

Alors Il nous accompagnera vers cette terre nouvelle et ces cieux nouveaux qu'Il a promis. Mais pas sans notre repentance et notre conversion, réelle, personnelle et collective.

 

Alors implorons sa lumière, et son aide !


J.P. Morley

Cultes du 18 septembre 2011

 

Lectures :        Jérémie 1 : 4-10

                        Luc 3 : 7-14

                        Luc 21 : 7-11

 

Partager cet article

Repost 0
Pas de pseudonyme - dans Prédications
commenter cet article

commentaires