Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 17:48

jeferaidetoiunveilleur2010_20x30.jpg

 

 

Mots clefs :Spiritualité, Art, Noël

 

Dieu et l’art… Une longue histoire bien sûr, jalonnée d'artistes qui ont voulu exprimer leur foi à travers leurs œuvres. Catherine Axelrad, l'auteur des tableaux qui nous entourent ce matin, en est l'héritière. Depuis les premières représentations, un peu grossières, des divinités primitives, aux peintres du Moyen-âge puis de la Renaissance, en passant par les églises romanes, les cathédrales gothiques, le chant grégorien, l'art africain, indien et de tous les continents, la musique de Bach, de Haendel ou de Goudimel, la poésie de Claudel, les Gospels, l'architecture de Le Corbusier... ou ce temple, ici-même.

Pourtant, le moins que l'on puisse dire, c'est que le Bible ne se soucie guère de l'art, même sacré. Elle chante la beauté de la création, et même celle des corps humains, mais pas celle de nos œuvres. Elle évoque le luth, la cithare et le tambourin pour chanter les psaumes, mais comme elle interdit toute idolâtrie et toute représentation de Dieu, elle ne parle pas de la beauté que nous créons. Ce qui ne l'a pas empêchée d'offrir des sujets à des milliers d'œuvres à travers les siècles !

Il n'empêche que, quand ses disciples montrent à Jésus la beauté et la splendeur du Temple de Jérusalem, à peine achevé par Hérode, Jésus répond de façon glaciale qu'il ne restera bientôt pas pierre sur pierre de ce magnifique édifice... Cinglante relativisation.

Quant au Premier Testament, il ne mentionne la beauté de nos œuvres que lorsqu'il donne des prescriptions pour décorer d'or le coffre de l'Alliance, ou pour ciseler les ustensiles du Temple...

 

Pourtant nous avons l'intuition, comme une évidence, que le beau a quelque chose à voir avec Dieu, parce que ce qui tend vers l'émotion et la perfection créatrices ne peut pas ne pas avoir quelque chose en commun avec le Créateur et avec l'infini de Dieu. La beauté nous parle forcément de l'amour et de la perfection de Dieu ; l'art et la foi ont  la même soif d'absolu...

Nous sommes donc autorisés à créer, avec modestie et espoir, sans pour autant être idolâtres ; et à écouter les créations des humains ; donc autorisés à écouter ce que ces tableaux, autour de nous ce matin, nous disent...

 

Pour entendre ces tableaux, nous lirons d'abord, chez le prophète Esaïe, l'appel au veilleur ; auquel un des textes de ce jour fait écho : la lettre de Paul aux Romains. C'est ce passage qui a directement inspiré le tableau de Catherine Axelrad, qu'elle a créé pour nous et pour ce culte, et qu'elle a intitulé « Je ferai de toi un veilleur ». J'y ajouterai un autre prophète, Zacharie, qui semble s'adresser personnellement ànous.

 

Donc :

Esaïe 21 : 11-12

Romains 13 : 11-12

Zacharie 3 : 7

 

 

*

 

 

 

 

J'ai besoin de toi pour veiller !

C'est ce que te dit l'Eternel.

C'est ce que nous dit ce tableau. En nous regardant.

Regardez-le…

Quelques visages, en désordre. Trois hommes, une femme peut-être, et quelqu'un devant, homme ou femme, tout près de nous.

Les trois hommes ont le visage tourmenté, anxieux ou résigné. Pourtant l'un d'entre eux, le plus tourmenté, bénit celui ou celle qui est veilleur...

Serait-ce cette main bénissante qui dévoile cette sorte d'œil qu'on devine en arrière-plan, comme si le Christ ou Dieu Lui-même remplissait toute la scène d'une présence et d'une lumière ? Qui à leur tour se reflètent dans les deux yeux du veilleur, dont le visage serein, apaisé, sûr, contraste avec celui des autres, et nous regarde, nous, nous transmettant ce qu'il a reçu et qui lui donne cette paix ?

Comme s'il nous disait à son tour : « Je ferai de toi un veilleur ».

 

Nous sommes des veilleurs, Esaïe nous y invite, Paul nous y invite, le Christ nous y invite, ce tableau nous y invite. Nous sommes, dans ce temps et là où nous vivons, des veilleurs,

des gardiens de la Parole,

des gardiens de la foi,

des gardiens de l'Ecriture,

des gardiens de Noël – du véritable Noël.

 

Nous ? Des veilleurs, les gardiens de la Parole, de la foi, de l'Ecriture et de Noël ? Comment cela ?

Comment est-on gardien de la foi ? Pas en étant à cheval sur les dogmes ou la tradition, bien sûr. Mais en nourrissant notre propre foi à l'intérieur de nous, cette petite flamme de la foi qui ressemble à celle de cette première bougie de l'Avent. Mais pas seulement.

Nous sommes gardiens de la foi en la fêtant, la chantant et la proclamant entre nous, ici, par des cultes joyeux, bienfaisants, heureux et qui rendent heureux ;

et en la partageant au dehors, de personne en personne, au jour le jour, d'occasion en occasion, et collectivement, par tous les moyens que l'époque nous propose...

Nous sommes gardiens de la foi en la faisant vibrer et bouillonner en nous, comme le Paul de ce tableau, qui découvre que Jésus, ce Jésus dont il persécute les partisans, est le Messie, le Christ, mais un Christ, ô scandale, crucifié, maudit, moqué, abandonné de Dieu Lui-même, brebis conduite à l'abattoir pour être transpercée... Un Paul qui à partir de ce jour devient l'apôtre qui va gagner l'Empire romain à la foi nouvelle, et encore mieux que cela, offrir l'Evangile à des hommes, des femmes, qui l'accueillent en eux...

 

J'ai besoin de toi pour veiller...

Comment est-on gardien ou gardienne de l'Ecriture ? Pas en la sacralisant, ce n'est pas nécessaire. Mais en la lisant, en l'honorant, en la respectant tout en l'interrogeant sans cesse, en l'étudiant, en s'en nourrissant, en en imprégnant toute notre vie, et en l'offrant autour de nous, puisqu'autour de nous on a faim de ce que nous y avons trouvé. Nous sommes gardiens de l'Ecriture tout simplement en l'écoutant, de telle sorte qu'elle devienne vivante en nous, au centre de nos vies, et fasse rayonner toute notre personne aux yeux d'autrui, au point qu'autrui aura envie d'y plonger à son tour.

Nous sommes gardiens de l'Ecriture, non pas en la figeant ou en la répétant, mais en la faisant vivre, comme le Jésus enfant de ce tableau, où Jésus discute à 12 ans avec les maîtres de la Loi dans le Temple de Jérusalem : un Jésus garçon d'aujourd'hui, au milieu de ces docteurs de la Loi tellement blanchis par l'étude qu'ils se ressemblent tous, mais qui, ce jour-là, à travers l'enfant, sa fraîcheur, ces questions et ses réponses, comprennent enfin l'Ecriture.

 

 

J'ai besoin de toi pour veiller…

Comment est-on gardien de Noël, de notre Noël, le Noël chrétien ? Pas en reprochant au reste du monde sa frénésie de couronnes, de paillettes, de foie gras et de lumignons. Mais en lui redonnant son caractère unique de Bonne nouvelle, de très bonne nouvelle, roborative et souveraine. Nous somme gardiens de ce Noël que nous commençons aujourd'hui d'attendre et d'annoncer, en redécouvrant cette bonne nouvelle : que le Sauveur est venu discrètement, dans la faiblesse, dans l'humilité et la fragilité d'un nouveau-né, sans tapage, mais incarnant précisément cette promesse-là : c'est dans la faiblesse, dans nos faiblesses, que Dieu nous rejoint, et agit.

Nous sommes donc gardiens de Noël en imitant Jésus dans le don de soi et l'attention aux plus faibles, dont sa vie a été la démonstration. C'est dans ce don de nous-mêmes que nous sommes gardiens de Noël…Un don de soi, de son temps, et de son énergie auquel, tout à l'heure, notre Entraide offrira une occasion de s'épanouir, en donnant et en recevant.

Nous sommes gardiens de Noël, enfin, en ne nous souvenant pas seulement de Jésus, Dieu présent dans un enfant nouveau-né, mais en nous souvenant aussi de Marie, qui accueille paisiblement sa vocation, comme dans cet étrange Magnificat qu'exprime ce tableau, qui fait se rencontrer un ange peint à Florence pendant la Renaissance, avec une Marie avant la lettre, un bronze étrusque du IIe ou IIIe siècle avant Jésus-Christ. Une statue naïve où la jeune femme ouvre son manteau avec abandon et simplicité, pour recevoir, tout simplement recevoir la Parole, sa promesse, et l'impensable don de Dieu.

 

J'ai besoin de toi pour veiller.

Comment être gardiens de la Parole, cette première mission, mais que j'ai gardée pour la fin justement parce que c'est la plus importante. Gardiens de la Parole... Pas en en faisant un pouvoir. Mais en la respectant au contraire comme un don, celui de la Parole de Dieu, de Dieu Lui-même, venue s'incarner dans un être humain.

Nous sommes gardiens de la Parole en nous souvenant qu'elle nous a touchés un jour, au détour d'un texte, d'une rencontre, peut-être d'un geste ou d'un visage, d'une séance de catéchisme, d'une nuit sans sommeil, d'une épreuve, d'une prière, qui sait, peut-être d'un culte...

Nous sommes gardiens de la Parole en nous souvenant qu'elle nous a nourris et fait grandir, a structuré nos émotions, notre intelligence et notre regard ; qu'elle a accompagné notre vie, nos choix, qu'elle nous a souvent guidés, dit ce qui nous devions faire et ne devions pas faire ; qu'elle nous a consolés, parfois guéris, souvent surpris, toujours touchés parce qu'elle nous mettait face à notre cœur, en nous mettant face à l'éternité. Et elle nous a souvent émus, au plus profond de nous-mêmes, parce que nous parlions avec Dieu.

Nous sommes gardiens de la Parole aussi quand nous l'écoutons, qu'elle nous reprend, nous corrige, mais surtout nous invite, nous appelle, nous inonde d'elle-même, nous remplit de force, de joie, de volonté, de disponibilité, et qu'elle nous entraîne dans son sillage et service, en nous offrant l'Esprit.

Nous sommes gardiens de la Parole enfin quand nous la partageons, en tout temps et à contretemps, de préférence avec ceux qui se perdent. Parce que nous nous souvenons que le Christ est venu pour ceux-là, et qu'il est venu jusqu'à la croix. Et que cette rencontre de la crèche et de la croix fait exploser les logiques du monde.

Comme la femme de ce tableau, qui vient d'assister à la mort du Christ en croix. Une croix où se mêlent l'Innocent, avec un I majuscule, et le coupable, comme s'ils étaient sur la même croix. Mais la femme vient de se retourner vers nous, visage étonnamment serein, serein contre toute attente et toute logique, serein mais déterminé ; déjà elle s'éloigne du Golgotha. Pourquoi ?

On le comprend : elle s'en va dire. A tous, à nous. Elle s'en va dire ce qu'elle a compris ; que celui-ci était le fils de Dieu, qu'il est mort pour elle, pour moi, et pour toi, et que cette mort, déjà en germe dans la naissance de Noël, rompt la logique humaine du chacun pour soi, rompt la fatalité du mal et la puissance de la culpabilité, rompt la fatalité de nos chutes, petites ou grandes, et déchire le ciel pour nous promettre le pardon, l'amour, la tendresse, le repos, la fraternité.

 

J'ai besoin de toi pour veiller.

Dieu a fait de nous, nous tous, ici, des veilleurs.

Il a fait de nous ses gardiens de sa Parole,

ses gardiens de la foi,

ses gardiens de l'Ecriture,

ses gardiens de Noël.

C'est à chacun de nous qu'il dit : « J'ai besoin de toi pour veiller.

                                  C'est pour cela que je t'ai donné Noël. »

 

 Amen

 

 

J.P. Morley

Culte du 28 novembre 2010,

premier dimanche de l’Avent.

Partager cet article

Repost 0
Pas de pseudonyme - dans Prédications
commenter cet article

commentaires