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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 19:18


 

Cette nuit-là, un notable de Jérusalem se glisse par les ruelles étroites de la ville. Parvenu devant une maison simple, il frappe à la porte, entre. Il se cache. Il a peur. Il a peur des autres, de ses pairs, peur pour sa réputation, mais il veut voir et écouter ce Jésus. Ce qu’il a entendu de lui l’a touché, il pressent que quelque chose, là, transcende le quotidien et ses habitudes. Un peu comme on présente un enfant au baptême, parce qu’on pressent qu’il y a là quelque chose qui nous dépasse et ouvre sur une dimension plus vaste, même si soi-même on ne sait pas trop si on y croit.

Ce notable s’assied donc face à Jésus et commence par une parole de respect et de reconnaissance : « Maître, Rabbi, nous savons que tu viens de la part de Dieu, car personne, sans Lui, ne pourrait faire ce que tu fais. » Mais avant même que Nicodème, qui vient d’engager ses confrères avec lui, ait pu poser la question qui lui brûle les lèvres, Jésus y répond, et y répond à côté, car il en a l’habitude chez Jean.      

« Nul ne peut voir le Règne de Dieu s’il ne naît de nouveau. » Incompréhension de Nicodème, ce maître parmi les Juifs : comment naître de nouveau ? Pourtant Jésus a quand même bien répondu ; quelle que soit la question qui n’a pas été posée, aucune réponse rationnelle à des questions rationnelles concernant Dieu, ne peut être entendue si on ne fait pas un saut dans la foi. Si l’on ne naît pas de nouveau. Si l’on n’entre pas dans la logique de Dieu, de l’Esprit.

Même si l’on est un maître en Israël, on ne peut rien comprendre, et hélas rien recevoir, si l’on ne franchit pas un seuil, celui d’une vie dans l’Esprit. Et en le voyant venir de nuit, Jésus a déjà compris que Nicodème n’a pas fait ce saut, n’est pas né de nouveau, et ne peut donc discerner le Royaume de Dieu. Il le lui signifie d’emblée.

 

Mais revenons à aujourd’hui. Au début de cet été, nous avons eu la chance, Chantal et moi, de nous faire offrir commercialement un séjour d’une semaine en Turquie. Pays magnifique, habitants d’une gentillesse extrême, au-delà même de leur réputation, paysages et lumière à couper le souffle. Nous étions un groupe d’une quarantaine, de tous âges, qui ne se connaissaient pas auparavant. Dans le groupe, deux jeunes filles, deux jeunes femmes charmantes, intelligentes, sympathiques qui sont passées à côté du voyage. Dormant profondément et avec constance quand le car traversait des paysages splendides, optant pour une séance de SPA pendant les visites de lieux uniques, faisant la fête les soirées mais ne pouvant se lever matin pour une excursion superbe, préférant rester à la piscine de l’hôtel plutôt que de découvrir la vie comme elle se vit  ailleurs, autrement...

Alors, bien sûr sans juger, on se dit que c’est dommage, qu’elles ratent quand même quelque chose qui leur était offert là, à portée de main. Comme si ne comptait dans la vie que ce qui peut distraire et amuser, le fun.

 

Et on se dit qu’il est possible de faire de même avec toute sa vie. Qu’on peut passer à côté de la beauté de la vie… Tout en cherchant, légitimement, à être heureux, à se faire plaisir, à réussir, on peut passer à côté de ce qui est vraiment beau, de ce que peut vraiment offrir la vie, de ce qui rend vraiment heureux et libre.

Les mêmes jeunes femmes, dès la moitié du séjour, commençaient d’ailleurs à se plaindre de la qualité des hôtels — dont nous étions ravis — et râlaient contre l’organisation ou le guide, alors que tout cela était gratuit, superbe et parfaitement organisé. Alors on ne peut s’empêcher de faire un parallèle plus large et de se dire qu’on peut n’être jamais content de sa vie, alors que le monde est beau et que la vie a été reçue gratuitement.

 

Chacun, par exemple, souhaite en présentant son enfant au baptême, que Dieu le protège et qu’il soit heureux.

Mais Dieu offre beaucoup plus que cela.

Dieu offre de vivre une vie beaucoup mieux que protégée et heureuse, il offre de vivre une vie qui serve à quelque chose, une vie intense, forte, agissante, une vie qui a du sens et un but, une vie qui fasse se réaliser notre propre humanité : la nôtre et l’humanité entière. Parce que c’est ainsi, seulement ainsi, que la vie sera heureuse. Que la vie de nos enfants sera heureuse.

On sait déjà, même si le courage manque parfois, qu’on ne peut être heureux qu’en se donnant à fond dans ce qu’on fait et vit, quoi que ce soit. Le ‘’Ça ira aussi bien comme ça” ne rend jamais heureux. Tandis que faire au mieux en y croyant, rend heureux. Pendant et après. 

Mais si en outre ce que nous faisons et ce que nous vivons prend du sens en s’inscrivant dans un horizon plus large que soi, alors la vie devient passionnante et pleine de retours, qui, en termes croyants, s’appelle des ‘bénédictions’.

C’est cela que Dieu offre. Non pas qu’il donne : qu’il offre. Là est le point crucial : c’est à nous de vouloir et de saisir cette vie-là. Ce n’est pas Lui, ce n’est pas à Lui, de la distribuer comme ça au hasard, ou à la demande. C’est à nous de la vouloir, de la saisir et de la recevoir.

Il l’offre…

 

Et c’est cela, la nouvelle naissance dont Jésus parle à Nicodème : changer de dimension, agrandir notre horizon, se saisir de cette vie offerte plusieurs crans au-dessus — pas des crans matériels ou de prestige, des crans en intensité et en poids. Jésus, nous dit-on est venu sur terre pour sauver le monde. Vous entendez cela, cette nouvelle énorme : sauver le monde ! Et Il nous offre de naître de nouveau pour participer à cela, à sauver le monde avec Lui, puisqu’Il ne le fera qu’avec nous.

Alors, on comprend que Simone Weill, la philosophe, suggérait de ne demander à Dieu, dans la prière, que de nous faire faire et vivre ce dont Lui avait besoin dans son projet pour la Création. Et quant au reste, tout le reste, de le laisser faire et choisir à notre sujet selon ce qui Lui convenait, richesse ou pauvreté, positif ou négatif.

Puis d’aimer ce que nous vivions, bon ou mauvais, puisque c’est Dieu qui le propose pour le bien de la Création. Ne lui demander que de servir ses projets, mais rien pour notre confort, notre plaisir ou notre sécurité. Et que là se trouvait le véritable bonheur…

Et c’est bien cela, que sans en avoir l’air, propose le baptême !

 

C’est cela que Nicodème peine à saisir. Et on le comprend. Cela paraît absurde et sinistre, se sacrifier pour on ne sait quelle utopie. Mais non ! C’est une formidable nouvelle. Etre libéré de soi, de ses inquiétudes, de ses regrets, ses ambitions ou ses peurs, pour vivre plus grand que soi, plus haut que soi.

C’est cela que, peut-être sans l’avoir tout-à-fait mesuré, les parents décident d’enclencher en décidant de baptiser leur enfant.

 

J’ajourerai un mot annexe, même s’il paraît saugrenu en ce beau matin d’été, parce que je n’ai pu m’empêcher d’y songer dimanche dernier.

Dimanche dernier, 22h30, il fait chaud. Nous sommes chez nous, à peine rentrés de vacances. Soudain, un cri d’effroi, suivi d’un choc métallique violent : au carrefour Rennes-Raspail, une voiture vient de couper la route à un scooter. Ses deux passagers, un homme et une femme, pas des gamins, gisent sur la chaussé et ne se relèvent pas. Vite, on prévient les pompiers, qui ne tardent pas. Ils resteront plus de ¾ d’heure pour de premiers soins intensifs, avant d’amener vers un hôpital les deux malheureux, en mauvais état.

Bien sûr, je n’ai pas de nouvelles depuis. Mais… cela arrive vite. Et il est bon de le redire : la vie est fragile et précieuse. La santé est précieuse. Alors faites attention à vous. Faites attention à vos vies, faites attention à celle des autres. Que chacun, chacune, fasse attention à lui-même ou à elle-même. Nous sommes précieux. On a besoin de nous. Dieu a besoin de nous, pour le salut du monde. C’est cela aussi le baptême : se confier, confier son enfant à Dieu, pour qu’il nous chuchote à l’oreille, quand il y a besoin : ‘’Là, ici, prends garde à toi ou à autrui…”

 

Mais le baptême, c’est aussi l’entrée dans cette ‘condition nouvelle’ dont parle Paul dans sa lettre aux Galates. Condition nouvelle parce que ce baptême, qui nous lie par la foi au Christ, à sa croix et à sa résurrection, nous fait entrer dans cette vie plus forte et plus intense, cette vie ‘plus’ ; c’est même la symbolique du baptême, qui en figurant notre noyade et notre résurrection, figure notre nouvelle naissance. Désormais nous vivons avec Dieu, pour sauver le monde, rien de moins.

Alors, dans cette perspective du Règne de Dieu, toutes les autres différences s’estompent : nous participons à une seule humanité, sans qu’il n’y ait plus ni homme, ni femme, ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni libre, ni Français, ni Japonais, parce que tout cela n’importe plus à la lumière de la vie en Christ. Cette lumière, cette vie et cette condition qui nous sont offertes, mais qu’il appartient à chacun de nous de saisir. La vouloir, la saisir, la recevoir.

 

Mais il y suffit d’être un enfant…

Aux adultes qui voulaient empêcher les enfants de l’approcher, Jésus répond : « Laissez-les venir à moi, car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Si vous n’accueillez pas le Règne de Dieu comme un enfant, vous n’y entrerez jamais. » Accueillir  ce que Dieu offre et ce que Dieu donne, comme un enfant… Avec innocence, naïveté, crédulité, envie. Et découvrir, en l’accueillant, que ce pari et ce Dieu ne sont pas trompeurs, que ce qu’il nous offre est vrai, ces choses si simples, trop simples, mais sans prix que sont la lumière, l’amour, la paix intérieure, le courage malgré tout, la tendresse toujours.

 

La Bible ne dit pas comment ni dans quel esprit Nicodème est reparti, cette nuit-là à travers les ruelles. Mais plus tard, il prendra le risque de défendre seul, même timidement, Jésus devant le haut clergé juif et les autres chefs des Pharisiens, ses pairs. Et il sera là quelques jours plus tard, pour enterrer Jésus dignement, se désolidarisant ainsi de ses pairs, pour reconnaître que l’Esprit de Dieu, en animant cet homme-là, s’était approché de lui-même et d’eux tous.

L’Esprit de Dieu, qui s’approche de chacun de nous, et qui nous tend la main à chacun et chacune, pour nous offrir une vraie vie, une nouvelle naissance, et nous emmener beaucoup plus loin que nous ne pensions.

 

 

 

Jean-paul Morley

Culte  du 29 août 2010

 

Lectures :    Marc 10 : 13-16 ;

                     Jean 3 :1-8 ;

                     Galates 3 : 26-29

 

 

Mots clefs : baptême, conversion

 

 

 

 

 

 

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