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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 16:13

En ce dimanche 1er septembre, qui fait basculer du temps de l’été au temps de l a rentrée, je voudrais vous proposer, comme chaque année, deux ou trois moments qui m’ont fait flashé cet été : un camp de louveteaux, une question, sur l’aumône, la prédication d’un collègue, et une mystique allemande…

Chaque année je visite alternativement soit le camp de nos Eclaireurs, soit le camp de nos Louveteaux ; tandis que Simon Wiblé visite l'autre camp. J'ai déjà parlé de ce merveilleux outil de formation à la vie, à la responsabilité et à la solidarité, et aussi ce chemin de découverte de l'Evangile, que représente le scoutisme.

Mais aujourd'hui, ce sont des responsables que je veux parler, en particulier de ceux rencontrés cet été aux Louveteaux.

Quel bonheur, et même quelle récompense – mais ne le dîtes à personne – de retrouver quelques- uns de mes anciens catéchumènes et confirmants parmi eux, ainsi engagés, et redonnant encore plus qu'on ne leur avait donné.

Et quel bonheur de voir sur le terrain ces jeunes qui ont quoi ? entre 18 et 22 ans, dont plusieurs vraiment remarquables de maturité, de responsabilité, de joyeux enthousiasme, et surtout de ce sens spontané de pour quoi ils sont là, et du bien que, à travers le scoutisme, ils peuvent apporter aux enfants qui leur sont confiés... Ramassant par exemple eux-mêmes, avec naturel, les vêtements et les flacons abandonnés après une méga-lessive collective ; puis prenant à part tel enfant un peu triste ou isolé, ou organisant un grand jeu autour d'un texte biblique, ou se relevant tous, d'un bond, au milieu de la nuit, parce qu'un enfant a crié dans son sommeil... Ou encore, faisant entre eux un bilan du fonctionnement de chacun d'entre eux avec infini respect, vérité et fraternité – délicat et bel exercice parfaitement maîtrisé. Chapeau !

Alors, vraiment de quoi donner – ou redonner ? - espoir et confiance en nos jeunes, et particulièrement sans doute en ces jeunes passés par notre scoutisme et nos catéchismes.

Et on a envie de dire, et de leur dire, merci !

« Merci pour ce jour d'Existence

Où ta bonté nous conserva

Merci de ta sainte présence

Qui de tout mal nous préserva

Merci du bien fait à la troupe

Merci des bons conseils reçus

Merci de l'amour qui nous groupe

Comme des frères, O Jésus... »

C’est le Cantique des patrouilles, le cantique des scouts

*

« Car qui t'a rendu supérieur aux autres ? Qu’as-tu, que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi fais-tu le fier comme si tu ne l’avais pas reçu ? »

(Paul, I Corinthiens 4 : 7)

Et vous, donnez-vous l'aumône, dans la rue ?

Moi, quand j'étais jeune homme, je m'étais dit :

« Ton argent n'est pas à toi (faut dire que je n'en gagnais pas encore !) ; il est aussi à lui, à elle, et s'il m'en demande, c'est qu'il ou elle en a besoin. »

Alors, j'avais décidé de donner chaque fois, systématiquement, par principe, comme dans l'Islam.

Et puis, petit à petit, j'ai commencé à faire le tri, à juger. A ne pas donner :

  • si le demandeur est accompagné d'un enfant, parce que ce n'est pas une façon d'élever un enfant ;
  • Ni si on utilise un handicap et qu'on l'expose, parce que c'est malsain, cela ne fait pas appel à la solidarité, mais à la peur ou l'horreur ;
  • NI si c'est un Roumain, parce que ce n'est pas la solution ; ni si c'est quelqu'un de trop professionnel ; ni si, visiblement, il va tout de suite le boire ; ni, ni...
  • Mais davantage s'il fait un effort, joue de la musique, a de l'humour, ou semble si maladroit qu'il est forcément en détresse, etc, etc...

Bref, je me suis mis à juger. A juger…

Et puis, cet été, je suis tombé, dans Réforme, sur cette sentence des Grecs anciens :

« Tu ne sais jamais si le vieux clochard qui vient empuantir ton jardin n'est pas en réalité un dieu venu te visiter pour voir si tu te sens bien en dette. »

Oui, en dette.

Alors je me suis souvenu de mes beaux principes de jeune homme. Mon argent n'est pas à moi. Ma vie n'est pas à moi. Mon confort, ma sécurité, mon amour, mon bonheur, rien de tout cela n'est à moi. Comme nous venons de le lire chez Paul : « Qu'as-tu, que tu n'aies reçu ? »

Oui, nous sommes, je suis, nous sommes tous en dette. Et donner n'est que rendre un peu, être solidaire un minimum, et reconnaître que nous sommes en dette, tous.

Donc donner sans juger. Donner sans spéculer sur les conséquences sociales de son geste. Car donner en jugeant d'abord, ce n'est pas donner, c'est s'ériger en maître des choses, c'est prendre la place de Dieu. Qui, Lui, remarquez-le, donne et nous a donné le premier, sans juger…

Rue d'Assas, une femme, Roumaine sans doute, est souvent assise devant la boulangerie au niveau du temple, pour demander l'aumône – or l'aumône, c'est une aumônerie...

Je passe souvent devant elle, parfois je lui ai donné, souvent non, parce que « ça ne peut pas devenir une obligation ». Mais chaque fois, elle me fait un sourire charmant, resté plein d'innocence.

Eh bien, peut-être que ce sourire-là, que je boudais deux fois sur trois, était bien le sourire d'un dieu, de Dieu, venu à moi à travers cette femme, me rappelant que je suis en dette, et me remerciant, Lui-même, chaque fois que je voulais bien m'en souvenir, et lui faire offrande de cette dette – en infiniment modeste, évidemment.

Alors, cet été, je me suis promis de reprendre mes principes de jeune homme, de me souvenir que je suis et serai toujours en dette, que mon argent ou mon bonheur ne sont pas à moi, et donc que je donnerai à l'avenir – sans juger.

Peut-être, vous-même, avez-vous pris de bienheureuses décisions, cet été ? Tenez bon !

« C'est vrai, tel que je suis Dieu m'aime,

C’est vrai, Il est venu Lui-même

Frapper à ma porte, Il est entré chez moi ! »

« Tout ce que vous faites, en paroles ou en actes, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en remerciant par lui Dieu le Père ».

(Paul, Colossiens 3 : 17)

Dans une prédication, cet été, le pasteur de Luneray, Andrew Rossiter, britannique d'origine, a fait sourire toute l'assemblée en racontant ceci (je cite de mémoire) :

« En Grande Bretagne, à la fin de chaque prière, s'élève un « Amen » retentissant prononcé par toute l'Assemblée, qui confirme ainsi la prière. Et j'étais habitué à cette participation ! Mais arrivé en France, au début, j'étais très étonné : rien ! Silence. Est-ce que mes prières semblaient creuses et insipides aux Français ? Est-ce que mon français et l'accent du pauvre Anglais que je suis étaient incompréhensibles ? Et puis, non, c'est juste comme cela, ce n'est pas la coutume en France, et je me suis habitué – tout en trouvant quand-même un peu dommage... »

Et je me suis dit qu'il avait bien raison ! « Amen », cela signifie « c'est vrai, c'est solide ». Alors dire Amen à la fin d'une prière, c'est dire que cette prière est vraie, juste, solide, confiante, sincère. Y compris une prière collective, à laquelle, par ce simple mot, on peut adhérer.

Alors je vous proposerais volontiers pendant le culte, comme beaucoup le font déjà à mi-voix, de dire amen à haute voix à la fin de nos prières collectives, avec conviction, si la prière vous a touché ou concerné, si elle vous a porté et que vous vous y êtes retrouvé.

Oui, pourquoi ne pas dire, ensemble, un amen, qui donne à cette prière la force d'adhésion, de confiance et de reconnaissance de toute une communauté réunie ? Pourquoi pas ?

Un dernier mot, avant de dire Amen. Un épisode bien connu de la vie de Rabbia, cette célèbre mystique soufie du VIIIème siècle, en Perse.

Un jour, elle sort de chez elle toute exaltée, tenant dans une main un seau plein d'eau, dans l'autre une torche enflammée, et elle parcourt les rues du village. Quelques curieux la suivent, étonnés, puis lui demandent ce qu'elle fait...

« - Je veux, dit-elle, avec mon seau éteindre l'enfer, et avec ma torche mettre le feu au paradis...

  • Mais pourquoi ??...
  • Parce qu'ainsi, je n'aimerai plus Dieu par peur de l'enfer ou espoir du paradis ; je l'aimerai pour lui-même... »

Cette belle phrase aurait pu être dite par Luther, Calvin, ou tout autre théologien protestant ou mystique chrétien ou juif.

Elle nous rappelle utilement, en ces temps où l'islamisme politique est si effrayant, et où, 50 ans après, le discours de Martin Luther King I have a dream paraît si loin, combien la spiritualité musulmane et la nôtre peuvent se rejoindre.

Et elle nous invite, en ce début d'année, à œuvrer, à notre place, pour la fraternité, et à ne pas, là non plus, nous laisser entraîner dans des jugements simplistes. Mais à aimer Dieu sans calcul, pour Lui-même, et à aimer ses enfants, tous ses enfants, quels qu'ils soient !

Culte du 1er septembre 2013

Lectures : Proverbes 4 : 1-9

I Corinthiens 4 :7

Colossiens 3 : 17

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