Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 17:25

Voici un peuple, une foule qui vient de vivre un événement extraordinaire : la libération d'un esclavage de 400 ans en Egypte. Délivré d'une dictature qui se donnait droit de corvée, de vie et de mort sur chacun d'eux.

Un peu comme vous, comme nous, foule heureuse venue ici pour ce culte, libérée en Christ du poids de ses culpabilités, appelée à vivre libre dans la confiance en Dieu et dans les frères et sœurs.

Mais voici que ce peuple, cette foule, se retrouve au milieu du Sinaï, un désert aride – comme nos vies traversent un jour ou l'autre des déserts arides. Et cette foule attend, sans son guide Moïse, pendant 40 jours et 40 nuits.

Déjà fatiguée : la sécurité, le plaisir, le confort moral, des moments de fête leur manquent déjà ; alors ils se fabriquent un veau d'or, un taurillon, qui symbolise tout cela : l'argent, le plaisir, la sécurité morale, la fête.

Qui sait ? Peut-être nous aussi venons-nous au temple pour la paix qui s'y reçoit, pour les amitiés qui s'y vivent, pour la joie des moments de fête… Mais pas forcément pour y entendre le jugement de Dieu sur nos vies, ni les exigences qu'Il réclame à notre foi.

Car voilà : de son peuple libéré, libéré d'Egypte ou libéré de lui-même, libéré de son passé, peut-être que Dieu attend davantage, la foi demande plus...

Toujours est-il que, scandalisé par le spectacle du taurillon d’or, Moïse brise sur le sol les tablettes de pierre où Dieu avait gravé ses dix Paroles, les dix commandements ; mais en suppliant Dieu de retenir sa colère, d'être fidèle à son propre amour, et de pardonner.

Pourtant, aussitôt après, Moïse, non content de jeter au feu le taurillon d'or et d'avoir brisé les tablettes de la loi, se poste à l'entrée du camp et proclame : « Que ceux qui sont pour le Seigneur, se rangent derrière moi ! »

Et il a fallu que chacun choisisse.

Moïse fait une séparation, une différence entre ceux qui s'engagent vraiment, et les autres.

Dieu ne punira pas. Même si Moïse sanctionnera durement, Dieu ne punira pas. Mais Il fait une différence.

Et Jésus paraît encore plus radical.

« De grandes foules faisaient route avec Jésus » raconte Luc. Une vraie petite foule est venue ici aujourd'hui, à l'appel de son nom...

Jésus se retourne alors et dit ces mots impossibles :

« Si quelqu'un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, son conjoint, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ! »

A coup sûr une des paroles les plus inaudibles de l'Evangile.

Comment pourrait-on devoir haïr sa plus proche famille pour pouvoir suivre celui qui prêche… l'amour ?

Précisément : parce qu'il faut choisir. Choisir entre d'un côté l'amour de Dieu, l'amour d'autrui, et de l'autre l'amour de soi et l'amour prioritaire de ses proches.

Parce que si l'amour de ses parents, de son héritage familial, de son identité reçue d'une tradition ;

ou l'amour, combien éblouissant, de son conjoint ;

ou l'amour, combien légitime et souhaitable, de ses enfants ;

si un de ces amours vient en concurrence avec l'amour de Dieu et l'amour du prochain, l'inconnu, différent, peut-être moche, misérable, ou méprisable, alors, dit Dieu, dit le Christ, il faut choisir.

Choisir autrui. Plutôt que son proche.

Si l'amour des siens devient un frein à l'amour du prochain, alors le Christ s'écrie : choisis le prochain ! Donne tout. Sois libre et donne-toi, toi-même !

Bien sûr, il ne s'agit que de situations extrêmes. Bien sûr, le plus souvent, tes parents, ton conjoint, tes enfants seront tout simplement tes plus proches prochains, à aimer et respecter comme tes premiers prochains.

Mais il y a quand-même un cliquet crucial : s'il y a conflit entre ce que tu crois, ce que tu es, ce que Dieu ou ta conscience te demandent, et tes proches, que choisiras-tu ?

Si l'amour de Dieu, qui peut aussi s'appeler justice, vérité, fidélité, bien commun, bien du plus faible, ou encore respect de toi-même et respect d'autrui, si cela ne l'emporte pas sur l'amour de tes proches quand il t'emmènerait dans une autre direction – alors tu ne peux te considérer comme un disciple du Christ.

C'est dur à entendre.

C'est dur à concevoir.

Et pourtant : nous savons tous qu'en réalité c'est juste, et que c'est cela que, comme être humain, nous devons vivre.

Jésus insiste :

« Quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite, ne peut être mon disciple ».

Qu'est-ce que ‘porter sa croix’ ? Jésus le sait.

Pour avoir prêché l'amour, le pardon, la fraternité, le lien direct avec Dieu, Il sait que la croix l'attend. La croix, c'est-à-dire accepter de mourir salement, pour concrétiser la vérité de ce qu'il prêchait : amour des ennemis, pardon des persécuteurs, refus de la violence, acceptation de donner même sa vie pour ce qu'on croit. Porter sa croix, c'est cela : pas forcément mourir comme le Christ, mais, comme lui, accepter le prix de ce qu'on croit et veut.

Porter sa croix, c'est accepter la contrepartie de ses propres choix :

Tu es débauché ? Le mensonge, la maladie, la solitude intérieure seront ta croix.

Tu es ambitieux ? Le stress, l’épuisement, la rivalité, le sacrifice de ta famille (tiens ?...) et peut-être de ton éthique, seront ta croix.

Tu te donnes à l'Evangile ? Beaucoup de renoncements seront ta croix : au plaisir facile, à la triche, la double vie, à la prétention, à la passivité, parfois à ta vie même. Et seront aussi ta croix : la fatigue, et le poids de la souffrance des autres.

En faveur de quoi ? De cette constante priorité donnée au prochain, mais qui te donnera cette liberté d'un enfant de Dieu, l'amour offert qui revient plus fort en amour reçu ; la joie ineffable de découvrir ce que tu es : une source de bénédiction autour de toi, que Dieu nourrit jour après jour.

Et aussi :

La chance extraordinaire d'être en accord avec toi-même, en accord avec ce que tu as jadis rêvé d'être ; la certitude de ne pas être là seulement pour que ta vie soit agréable, la certitude que tu n'es pas qu'une poussière ou un accident, mais un enfant de Dieu, désiré et voulu, dans lequel Dieu a mis son espoir et sa confiance, et qui attend que tu sois le meilleur de tout ce qu'Il a mis en toi.

Et qui, en Christ, t'en a donné la clef : autrui, toujours, avant toi-même.

Et puis, encore : pouvoir enfin, au terme de ton parcours, te retourner sur ta vie, comprendre qu'elle n'a pas été vaine, et dire merci...

Aimer Dieu encore plus que nos plus proches ? Mais parce que Dieu est notre plus proche !

C'est Lui qui nous connaît le mieux, c'est Lui qui nous a faits,

c'est Lui qui était là à notre naissance et sera là à notre mort ;

Lui qui est à côté de nous quand nous sommes au plus seul, au plus mal ou au plus bas ;

c'est Lui, le seul, à savoir notre vérité, et à pouvoir nous écouter et nous parler de l'intérieur ;

c'est Lui notre plus intime, qui parle à notre essentiel, et qui continuera de nous aimer quand plus personne ne se souviendra de nous...

Alors, en ce début d'année, la question que, comme Moïse face au peuple, Jésus pose à chacun est : quelles résolutions, quels choix, quels arbitrages, quels sacrifices, quels engagements, professionnels, familiaux, personnels, d'Eglise – prends-tu pour cette année ?

Avec quel horizon ?

Devenir un être lumineux.

Devenir lumière de Dieu.

Quel horizon encore ?

La joie de Dieu, sa joie personnelle !

La joie de tous ceux qui t'entourent.

Ta joie.

Et à nouveau, la joie de Dieu...

Jp Morley

Culte de rentrée Pentemont-Luxembourg

15 septembre 2013

Lectures : Exode 32 : 7-14 et 26

Luc : 14, 25-33

Partager cet article

Repost 0

commentaires