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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 16:43

L'Enfer

Mots clef : Jugement, grâce

L’enfer ! Sujet angoissant, ou réjouissant, avec son diable fourchu, ses diablotins cramoisis et ses chaudrons bouillants... ?

Sujet plus très à la mode ? Il se poiurrait qu’aujourd'hui on réagisse plutôt comme cet enfant auquel sa grand'mère affirme que : « Si tu es sage, tu iras au Ciel, plus tard ! »

Et qui répond : « Oui... Et qu'est-ce que je dois faire pour regarder la télé maintenant ? »

Cela nous ressemble : préoccupés de notre bonheur et de notre épanouissement présents, mais guère de l'au-delà... N'y croyons-nous plus ? Pas sûr, mais en tous cas nous n'en avons plus peur : s'il existe quelque chose après, c'est du côté du Bon Dieu, et on nous a si bien dit que le Bon Dieu est tellement plein d'amour et de pardon... Alors, l'enfer...

Soit. Mais qu'en dit la Bible ?

En réalité pas grand-chose. Nous le découvrirons progressivement.

D’abord la première Alliance, le Premier Testament. Il ne parle que d'un vague Séjour des Morts, le Shéol, qui n'est ni un enfer, ni un paradis.

C'est la première surprise : à la différence des peuples alentour, Egyptiens ou Mésopotamiens, les Hébreux ne croient pas à une résurrection des morts. Le premier Testament n'en parle jamais, si ce n’est pour rappeler qu’il n’y en a pas[1]. S’il évoque ce Shéol, un équivalent de l'Hadès des Grecs, il n’en fait jamais un sujet en lui-même. Il l'évoque surtout dans les livres poétiques, comme les Psaumes, Job ou les Proverbes, ou le prophète Esaïe, non pour en faire la théorie, mais juste au détour de quelques versets :

« Qu'ai-je à espérer ? Le Shéol est ma demeure.

De ténèbres, j'ai capitonné ma couche.

Au charnier, j'ai clamé 'Tu es mon père !'

A la vermine : 'O ma mère, o ma sœur !'

Où donc est passée mon espérance ?

Qui l'entrevoit ?

Au fin fond du Shéol elle sombrera,

Quand ensemble nous nous prélasserons dans la poussière » Job 17 : 13-16

Trois choses sont insatiables,

quatre ne disent pas « Assez !» :

le Shéol, le sein stérile,

une terre non rassasiée d'eau

et le feu qui ne dit jamais « Assez ! »

Proverbes 30 : 15-16

Ce Shéol est tout sauf une résurrection, c'est au contraire une sorte d'oubliette, de zone neutre et grise, incertaine, où se retrouvent les morts. Présentée comme une bouche insatiable, inassouvie, toute prête à dévorer ce qui y tombe. Pas pour faire souffrir, ni tourmenter : pas un enfer ; pas non plus pour récompenser, pas un paradis : juste une grisaille, une indistinction, morne et sans fin ; où tous sont semblables, nivelés, qu'on ait vécu bien ou mal ; où il n'y a ni relief, ni couleur. Un brouillard infini, oubli, poussière et ennui éternels. Et surtout plus aucun lien, aucun contact avec Dieu...

De psaume en psaume, on demande donc à Dieu d'y envoyer rapidement les méchants et d'en préserver les justes ; même si, comme rappelle le psaume 89, aucun humain n'y échappera un jour ou l'autre.

Ce ne sera qu'à partir du IIème siècle avant notre ère, avec les Maccabées, qu'en Judaïsme on commencera à parler de résurrection des morts et de vie éternelle pour les justes, et donc d'une différence radicale entre le destin des justes et celui des méchants. On en trouve un écho dans le texte le plus récent du Premier Testament, le livre de Daniel (12 : 2-3), daté de 164 ou 163 avant JC, qui contient l’unique verset du Premier Testament évoquant une résurrection des morts.

L'enfer, alors, c'est simplement d'être privé de résurrection et de vie éternelle, et de finir mal, par une mort brutale, atroce et honteuse.

Avec Jésus, la réflexion sur l'au-delà prend une nouvelle tournure. A son époque, la résurrection est devenue sujet de débat théologique, en particulier entre les deux partis religieux dominants, les Pharisiens qui y croient, et les Sadducéens qui n'y croient pas.

Jésus, lui, affirme la résurrection en en parlant comme d'une évidence, et l'associe souvent à un avertissement et à une décision, quand, dans un langage imagé, il avertit du risque d'être jeté dans la ‘Géhenne’, ou dans les ténèbres peuplées de pleurs et de grincements de dents, ou même dans le feu éternel. Principalement chez Matthieu, par exemple aux chapitres 5 et 25 :

« Et moi je vous le dis..... : celui qui traitera son prochain de ‘Fou’ sera passible de la géhenne de feu. » Matthieu 5 : 22

« Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. » Matthieu 5 : 29

« Alors il dira à ceux qui sont à sa gauche : Allez-vous en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges..... Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. » Matthieu 25 : 41-46

Et là, cela devient intéressant.

Cette Géhenne est souvent assimilée à l'enfer. Mais la Géhenne est un lieu réel, sur terre : une vallée en bordure de l'ancienne Jérusalem, qui servait plus ou moins de décharge à ordures, et où, jadis, se pratiquaient des sacrifices d'enfants pour le dieu Moloch. Un lieu de malédiction, qui reste aujourd'hui encore vide d'habitations : personne, au cœur de cette ville devenue étendue, ne veut habiter ni construire dans cette vallée maudite...

Cette allusion à la Géhenne, dans la bouche de Jésus, pourrait être un indice de ce qu'est en réalité l'enfer : non pas un autre monde, sous terre (enfer : « lieux inférieurs »), non pas un lieu de punition divine, mais sur terre : l'enfer, partout où sévissent les sacrifices d'enfants, la barbarie, l'inhumanité ; l’enfer c'est l'enfer que les humains se créent eux-mêmes, une autodestruction, une autopunition, qui n'a, hélas, aucun besoin de Dieu ni du diable pour exister.

L'enfer est sur terre, c'est nous qui nous le créons.

Et toutes les marmites, les feux éternels, les diablotins déchaînés, cornus et ricanant, avec leurs tridents triturant éternellement les damnés à feu vif, tout cela n'est que la fantasmagorie ecclésiale et populaire du Moyen-âge qui permit, jusqu'au XIXème siècle, à l'Eglise de mieux contrôler les populations.

Mais cela n'a rien à voir avec le Bible...

Les ténèbres, oui : les nôtres ; les pleurs et les grincements de dents, ou les regrets et les violences, oui : les nôtres, mais pas cet opéra souterrain. Un opéra qui n'a de sens que comme image de l'enfer que parfois nous vivons et créons ici-bas, quand un humain fait souffrir un autre humain, quand des enfants ont faim, quand une famille périt sous les bombes, quand des femmes sont violées par la police, ou même quand un puissant fraude le fisc et contribue ainsi aux difficultés et découragements de tous...

Le voilà, l'enfer ! Et cela, ce n'est pas Dieu qui le veut, ce sont les humains, nous, qui le permettons.

Mais alors, que fait Dieu ? Ne juge-t-il pas ?

Une sorte de parabole, peut-être déjà entendue, me paraît beaucoup plus proche de l'Evangile du Christ que ces images d'un Dieu trieur de sauvés et damnés :

Une personne dont la vie a été un exemple de modestie, de foi, de générosité, meurt.

Elle arrive au ciel, dont les portes s'ouvrent grandes devant elle. Et comme sa vie a été exceptionnelle, on lui demande quel serait son souhait particulier. Elle répond : « Je voudrais voir l'enfer... ». Assez surprises, les autorités d’en-haut se concertent et finalement lui organisent une visite. Elle voit tout : les feux, les marmites, les instruments de torture, les diables au travail, et les damnés souffrant de mille tourments éternels et implorant un instant de répit, une goutte d'eau, une seconde de grâce... En vain.

La visite passe notamment près d'un damné dont la vie a été particulièrement odieuse, criminelle et sans scrupule. Ses supplices sont pires que les autres, et ses supplications déchirantes. Et tout à coup, notre visiteur du ciel dit : « Mettez-moi à sa place ! ».

Aussitôt... l'enfer explose, et s'anéantit.

C'est cela qu'a fait le Christ. Cette personne, c'est Jésus, le Christ. Descendu jusque sur la croix, jusqu'en enfer, il est venu prendre la place du pire des criminels. Et l'enfer a explosé. C'est Pâques. C'est la résurrection.

Vous pouvez en être persuadés : aucun enfer ne nous menace dans l'au-delà. Ni moi, ni mon pire ennemi. Ni vous, ni la pire des crapules. Ni aucun de ceux ou de celles qui nous ont quittés.

L'enfer a explosé, à jamais.

Mais alors, qu'y-a-t-il, après ?

On ne peut oublier tous les textes, y compris les paroles de Jésus lui-même, qui annoncent un sort différent pour les justes et les méchants. Certains textes évoquent une condamnation éternelle, les pleurs, le feu...

Certes, de la part de Jésus, ils se situent avant la Croix ! Il nous est ainsi permis d'espérer que l'explosion de Pâques annule définitivement toute idée de condamnation éternelle.

Mais comment tenir compte de ces textes, quand même transmis par la jeune Eglise ? Peut-être en les lisant avec attention. En particulier l'un d'entre eux, dans la première lettre de Paul aux Corinthiens qui à mes yeux contient la clef de cette question de l'enfer et de l'au-delà :

« … L'œuvre de chacun sera mise en évidence. Le jour du jugement la fera connaître, car il se manifeste par le feu, et le feu prouvera ce que vaut l'œuvre de chacun. Celui dont la construction subsistera recevra un salaire. Celui dont l'œuvre sera consumée en sera privé ; lui-même sera sauvé, mais comme à travers le feu. » 1-Corinthiens 3 : 13-15

Sauvés à travers le feu. Certains avec leur récompense, lorsque leur œuvre aura résisté au feu.

D'autres nus, dont l'œuvre de paille aura été consumée par le feu...

Autrement dit, oui, en Christ le salut est promis à tous, tous seront pardonnés et sauvés ! Mais tous n'auront pas la même situation. Ce feu symbolique à travers lequel nous serons tous éprouvés brûlera et détruira en chacun tout ce qui est ou aura été mauvais, stérile, malfaisant. Du coup, il ne restera pas la même densité, la même épaisseur de chacun, puisqu'il n'en subsistera que ce qui est bon, aimant, bienfaisant, tout ce qui aura porté du fruit. Car c'est avec cela que Dieu bâtit et remplit son Royaume.

Cette promesse de Paul ne concerne que les croyants, ceux qui bâtissent sur Jésus-Christ. Paul ne parle qu'à eux. Ne pouvons-nous cependant espérer que ce salut offert à tous, à travers ce feu qui brûlera tout ce qui en nous est mauvais, pourra s'élargir à tous les humains ?

La croix de Jésus, qui, comme le dit Paul, a fait surabonder la grâce sur le péché, m'encourage à l'espérer.

Mais pour vous qui mettez votre foi en Jésus-Christ, n'ayez donc pas peur de l'enfer : il est vide.

Gardez toujours au fond de vous la certitude de votre salut, mais, en même temps, gardez la crainte de ne jamais aimer assez, redonner assez.

De cela nous reparlerons, en abordant un autre mot tabou dans la Bible : le salut.

Jean-paul Morley

Cultes du 7 avril 2013

[1] Esaïe 38, Psaumes 6, 30, 88... A une exception près, que nous mentionnerons plus bas. On se réfère parfois au chapitre 37 d’Ezéchiel, mais il met en scène, dans une vision prophétique, la résurrection du peuple juif alors en exil, non une résurrection des personnes décédées.

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