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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 10:23

Quand on observe quelqu'un d'autre... On voit surtout ses défauts.

On se dit que, nettement, on est mieux que lui, ou elle. Qu'on a quand même plus de tenue, meilleur goût, meilleur « look », qu'on est plus intelligent, en meilleure santé. Surtout, que ce qu'il fait de mal est beaucoup plus grave que ce qu'on a soi-même à se reprocher, et qu'on est plus éclairé, plus juste dans nos choix, nos options et nos convictions... Mieux, quoi !

On ne le dit pas, bien sûr. Mais on se le dit. Et puis d'ailleurs, des fois, on le lui dit. On est prêt à lui donner des conseils, voire des reproches, à lui expliquer ses erreurs pour les corriger. Sans soi-même attendre trop grand'chose de sa part, sans s'attendre à recevoir grand'chose de bouleversant de sa part.

Evidement, là où le bas blesse, c'est que l'autre pense exactement la même chose que nous, mais de nous, dans l'autre sens. Et le comble, c'est qu'il ou elle a peut-être raison.

Que peut-être les erreurs et les faiblesses, voire les fautes, qu'il décèle en nous sont en fait beaucoup plus graves que celles que nous voyons en lui. Et que nous aurions grand profit à les entendre pour nous bonifier.

Voilà, c'est ce que dit Jésus :

« Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton voisin ? Et la poutre qui est dans le ton œil, tu ne la remarques pas ? Et tu prétends aider ton frère à retirer la paille de son œil, quand tu ne vois même pas la paille qui est dans le tien ? »

Si l'image de la poutre dans l'œil vous semble excessive, rassurez-vous : en araméen – la langue que parlait Jésus de Nazareth – le mot œil signifie aussi « le puits ». Alors on comprend mieux la poutre. Il n'empêche : cette tendance à ne voir que les défauts chez l'autre et à ne pas reconnaître les siens, c'est précisément ce que nos deux églises, réformée et luthérienne, ont réussi à surmonter, après 500 ans de coexistence cordiale, mais réservée.

Et c'est une belle chose de l'avoir réussi. Et c'est un moment historique – cinq siècles ! Et c'est une légitime occasion de fête, et de joie. Réjouissons-nous, sans réserve !

Comment y sommes-nous parvenus ?

1° En le voulant.

2° En se parlant.

3° En prêtant attention, chacun et à chaque étape, à la poutre dans notre œil à nous.

4° En prenant sans cesse garde à protéger les intérêts et l'identité du plus fragile, luthérien ici, réformé ailleurs.

Vouloir. Se parler. Ne pas se mentir à soi-même. Protéger le moins fort.

La Bible a un mot pour cela : l'amour.

L'amour du prochain comme soi-même.

L'amour-respect du petit.

L'amour mutuel qui témoigne de l'amour offert par l'Eternel.

Est-ce retomber dans le travers de la paille et la poutre que se dire que, peut-être, une telle démarche pourrait aussi être utile dans la cité ?

En ces temps où les difficultés et les angoisses sont réelles, et où les intérêts s'affrontent, ne serait-ce pas une belle utopie et même un bel et utile exemple, une vraie méthode ? Vouloir. Se parler. Ne pas se mentir à soi-même. Protéger le moins fort. En famille, en société, en entreprise, en politique, en économie.

Que notre Eglise Unie puisse apporter ce modèle à la Cité serait peut-être une des plus belles réussites de cette union, et déjà une part de sa nouvelle mission.

Mais ce n’est pas la seule.

Dans une de ses fameuses lettres aux Eglises, l'auteur de l'Apocalypse fait dire par Dieu aux croyants de Laodicée, une ville de Turquie :

« Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je mangerai avec lui, et lui avec moi.... »

C'est pour nous qu'il écrit, bien sûr, depuis ce lointain premier siècle de l'ère chrétienne. Dieu frappe donc à notre porte... Lui ouvrons-nous ?

Au fait, à qui ouvrons-nous la porte ?

A qui, à quoi, ouvrons-nous la porte, en réalité ; la porte de notre cœur ? A la peur ? Au repli sur nous-même ? A la sécurité ? A la tranquillité ? A l'argent ? Au prestige ? Aux compromissions, professionnelles ou conjugales, fiscales ou civiques ? Un peu de tout cela peut-être ; pas trop, mais un peu...

Mais au fait, pourquoi ? Nous ne donnons pas de mauvaises choses à nos enfants, alors pourquoi nous nourrir nous-mêmes de ce qui ne nourrit pas, ou si mal, quand il ne nous abîme pas ?

« Voici, je me tiens à la porte et je frappe... Si quelqu'un m'aime, j'entrerai, je mangerai avec lui, et lui avec moi. »

Lui avec moi... Dieu qui vient chez nous. Qui s'invite à notre table, qui nous donne son pain, qui se donne lui-même...

Et si nous le prenions au mot, si nous acceptions ?

Et si nous lui ouvrions, un peu plus ? Que nous donnerait-il ?

Pour répondre, je vous raconterai une histoire qui fait écho à l’image de la paille et de la poutre. C’est aussi une histoire de réconciliation, un peu comme nos deux Eglises, et elle nous dit le cœur de l’Evangile :

Un homme, sans doute pas très aimant, ni très bon amant, avait compris que le cœur de sa femme s’était détaché de lui depuis bien longtemps. La voyant s’absenter de plus en plus souvent dans la journée, un jour, il la suit… Et ce qu’il craignait se confirme : il la voit entrer chez un inconnu, qui aussitôt ferme les rideaux… Ivre de dépit, il téléphone à un collègue qui le rejoint. Ils forcent la porte, et constatent la trahison. Notre homme insulte et menace l’amant surpris en flagrant délit, arrache sa femme au lit adultérin, la rhabille à peine, et l’entraîne, en criant dans la rue sa mauvaise fortune, tandis que la malheureuse pleure et l’implore.

Un groupe de badauds se forme rapidement, grossit, insulte la femme, et tous l’entraînent vers le temple devant les prêtres. Qui aussitôt, sachant que Jésus est en train de prêcher aux abords du temple, y poussent la malheureuse et interrogent Jésus :

« Alors quel est ton jugement ? ».

Vous connaissez sans doute la suite : Jésus ne répond pas, ne juge pas. Les hommes en colère, qui eux ont déjà jugé, insistent. Alors Jésus se lève, dit simplement « Que celui qui n’a jamais pêché jette la première pierre.» Puis il se baisse à nouveau, le silence se fait. Les mains lâchent les pierres, qui retombent à terre. Et chacun, à commencer par les plus vieux, se retire.

Jésus se relève, et demande à la femme :

« Personne ne t’a donc condamnée ?

  • Personne, Seigneur…
  • Moi non plus, je ne te condamne pas. Vas et ne pêche plus.»

La question qui s’impose alors est : ‘’Qui sont ces hommes qui jugent et condamnent ?’’

Et la réponse est : ‘’Nous’’. Nous tous, bien sûr.

Nous sommes sans doute tous assez satisfaits de nous-mêmes, avec un rien d’indulgence ; assez sûrs de notre moralité, plutôt bonne, meilleure que celle des autres, et confirmée par notre bonne image sociale. Et nous sommes sans doute tous prêts à stigmatiser le scandaleux : violeur de banlieue ou ministre fraudeur.

Alors c’est bien nous qui, face à Jésus, accusons ceux qu’il est facile et évident d’accuser, financiers de la City, terroristes musulmans ou dirigeants russes.

Mais Jésus nous répond, simplement, sans violence ni emportement, de nous examiner nous-mêmes, de nous juger nous-mêmes, de faire un petit examen de conscience…

Qui sommes-nous vraiment ?

Que voulons-nous vraiment ? Sommes-nous vraiment du côté de Jésus, qui seul sans doute aurait la légitimité de juger une femme ou un homme adultère ? Il y a tellement de façons d’être adultère…

Ou sommes-nous plutôt du côté de cette malheureuse, qui certes a fauté, mais certainement comme nous tous d’une façon ou d’une autre ?

Alors nous avons envie de faire demi-tour, de quitter l’estrade, de lâcher nos pierres déjà en mains et nos jugements sur autrui, et de nous en retourner, beaucoup moins fiers de nous.

C’est à ce moment-là que Jésus, qui nous connaît si bien, mais qui à aucun moment ne nous a regardés ni parlé avec reproche, s’approchera de nous, posera sa main sur notre épaule, et, ses yeux au fond de notre cœur, dira :

« Moi, je ne te condamne pas.

Va, poursuis ta vie, mais ne pêche plus… »

Jean-paul Morley

Culte d’inauguration de l’Eglise protestante unie de Pentemont-Luxembourg

dimanche 23 juin 2013

Lectures : Apocalypse 3 : 20

Luc 6 : 41-45

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