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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 10:05

Qui croit au diable ? Vous ? Ou pas ? Etre chrétien suppose-t-il d’y croire ?

Dans notre série de prédications sur les mots tabous de la Bible, après les idoles, pourquoi ne pas défier le Diable, sa Seigneurie Lucifer ? Essayons de le traquer, d’examiner qui il est, si il est, comment il est, et qu'en faire... !

Pour cela deux lectures préalables :

  • Sa naissance : « Que tes œuvres sont nombreuses, Seigneur ! Tu les as toutes faites avec sagesse, la terre est remplie de tes créatures, voici la mer, grande et vaste de tous côtés, où remuent, innombrables, des animaux petits et grands. Là, vont et viennent les bateaux, et le Léviathan que tu as formé pour jouer avec lui. » (Psaumes 104, 24-26)
  • Sa chute : « Les soixante-douze disciples revinrent dans la joie, disant « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. ». Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Voici, je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents et scorpions, et toute la puissance de l'ennemi, et rien ne pourra vous nuire. Pourtant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » (Luc 10, 17-20)

Le diable en quatre figures : son histoire, sa faiblesse, son origine, sa réalité.

D'abord, dans la Bible, le diable, qui est-ce ? Quel est son nom ?

Diable, Satan (c'est à dire littéralement l'accusateur, l'adversaire), mais aussi le Malin, le Tentateur, le Diviseur, le Mauvais, le Serpent, Beelzébuth, Bélial, les démons, légions, le Prince de ce monde, le Léviathan, dragon ou serpent ancien, les bêtes de l'Apocalypse... Décidément, la Bible le traite de tous les noms !

1- Son histoire.

Comment cette notion ou ce personnage s'est-il constitué dans l'Histoire et à travers la Bible ?

Au commencement, le diable n'était pas très organisé. Il s'agitait sous forme de démons, multiples et variés, présents et malfaisants un peu partout. En fait, une classe peu recommandable parmi les divers esprits qui animaient une réalité encore mal connue et qu'on pensait animée par des forces surnaturelles. De même que les dieux étaient partout, dans la pluie, la montagne ou les animaux, les démons étaient partout, dans la grêle, la peste ou d'autres animaux. Et ces démons avaient la vie dure, puisqu'on les retrouve encore à l'époque de Jésus, dans les maladies ou les folies, chassées par le Christ, mais plus clairvoyants que les humains, puisque, les premiers, ils le reconnaissent comme Fils de Dieu.

Ils sont toujours là au Moyen Age, où ils permettent d'ailleurs de brûler ceux et celles qui dérangent. Pour la plus grande satisfaction du diable, peut-on imaginer...

Même aujourd'hui les démons n'ont pas encore tout à fait disparu de notre Europe et de nos têtes. S'ils sont passablement refoulés et nous font aujourd'hui plutôt sourire, il m'est encore arrivé d'être invité à en chasser. Ce que j'ai essayé de faire, sachant bien que démon et délire obsessionnel n'étaient que deux mots différents pour désigner la même souffrance.

Et puis, quand même, le diable s'est organisé. Il a commencé à rêver d'un statut mieux reconnu dans la création, alors il fédéré ses forces et ses noms, et commencé de se présenter comme le chef des puissances hostiles à Dieu. Celui qui tourne la tête à Eve, puis Adam ; celui, le Satan, l'accusateur au tribunal divin, qui pousse Dieu à tenter une expérience sur Job. Le diable devient ainsi chef des démons, le chef de l'opposition à Dieu. Et ce rôle lui réussit si bien qu'il parvient à remporter la souveraineté sur le monde et en devient le Prince...

C'est lui qui murmure à l'oreille de Jésus, après quarante jours de jeûne, que tous les Royaumes de la terre lui appartiennent, et qu’il est prêt à lui offrir les moyens matériels de remplir sa mission spirituelle... Tentation diabolique ! Mais il échoue. Cela ne l'arrête pas : Prince de ce monde, il rêve maintenant de régner sur l'univers, et c'est l'ultime étape de son évolution, où le serpent du jardin d'Eden, la plus brillante créature de Dieu devient le Léviathan, le dragon ancien, la bête, le rival de Dieu, le véritable dieu du mal en face du dieu d'amour, l'alternative, celui que certaines sectes se sont remises à vénérer et à prier.

La puissance du mal face à la puissance du bien, à la toute puissance ainsi contestée du Créateur. L'ennemi public numéro Un.

Mais ce diable puissance maléfique et cosmique alternative à Dieu, n'apparaît que très peu et tardivement dans la Bible : une seule fois dans un texte tardif du Premier Testament, par instants dans le Nouveau Testament. Il ne se développera que dans les textes plus récents du judaïsme, et enfin dans les élaborations ultérieures des Eglises, avec ses cornes, son enfer et sa fourche jusqu'au Moyen Age.

Et c'est celui-là qui déclenche l'ultime combat dans l'Apocalypse, où les différents noms et différentes formes du diable, rassemblés en un seul, symbolisent la puissance qui s'oppose à Dieu. Et qui est terrassée.

Lisons : « Alors je vis un ange qui descendait du ciel. Il avait à la main la clef de l'abîme et une lourde chaîne. Il s'empara du dragon, l'antique serpent, qui est le Diable et Satan et l'enchaîna pour mille ans. Il le précipita dans l'abîme, qu'il ferma et scella sur lui, pour qu'il ne séduise plus les nations jusqu'à l'accomplissement des mille ans. Il faut, après cela, qu'il soit relâché pour un peu de temps... Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison, et il s'en ira séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog. Il les rassemblera pour le combat : leur nombre est comme le sable de la mer. Ils envahirent toute l'étendue de la terre et investirent le camp des saints et la cité bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora. Et le diable, leur séducteur, fut précipité dans l'étang de feu et de soufre, auprès de la bête et du faux prophète. Et ils souffrirent des tourments jour et nuit aux siècles des siècles. » (Apocalypse 20:1-3, 7-10)

2 – Sa faiblesse.

Une erreur, de la part du diable, d'avoir rassemblé ses forces en un seul. Cela signe sa fin. Car la diversité du diable et de ses appellations n'est pas un hasard, le diable est par définition multiple et divisé, comme son nom grec l'indique : « diabolos », le diviseur, celui qui jette dans tous les sens. Et c'était sa force. Le diable est celui qui divise, éparpille, désunit la personne même, comme un sportif fatigué se désunit.

Et c'est logique : le diable, c'est ce qui représente la division, l'incohérence fondamentale du mal. Car le mal est par nature contradictoire et irrationnel. On ne fait le mal que pour ce qu'on croit être son bien. Or faire le mal peut faire du bien, mais ne procure jamais le bien, cela détruit même celui qui s'y livre.

Oui le diable en tant que personnalisation du mal, est forcément divisé, à l'inverse d'une vérité qui, elle, est claire et une : à savoir que l'univers, justement, est un, qu'il constitue une harmonie – autre nom de l'amour – que tous les éléments de l'univers sont liés, cohérents, nécessaires et interactifs, même ses éléments de chaos ; et que nous appartenons à cette harmonie, avec toutes ses nuances et même ses souffrances. C'est bien en cela que Dieu est amour, et pour cela qu'Il appelle l'univers et chacun de nous à cette harmonie. Il appelle chacun de nous à lui appartenir, à être plus grand que soi-même, à prendre place dans cette harmonie.

Tandis que le diable, le malin, ce petit malin, est celui qui nous susurre sans cesse le contraire ; le diable, c'est l'embrouille, la confusion, le chaos, celui qui veut la division et qui la met, qui nous divise en nous-même et nous oppose aux autres, au monde et à Dieu.

Alors que Dieu, au commencement, crée justement en mettant de l'ordre dans ce qui est confus. Le mal, c'est la confusion des relations et des convictions, à l'opposé de l'harmonie de l'univers. Alors, quand le diable cherche à devenir un rival de Dieu, cela devient sa faiblesse, et il sera vaincu annonce l'Apocalypse.

Mais, au fait, le diable : d'où vient-il, fait-il partie de la création, ou en est-il l'adversaire ?

3 – Son origine.

Là, deux options :

  • Soit le diable comme ennemi de Dieu, puissance équivalente, dans une vision dualiste du cosmos, où deux forces antagonistes s'opposent depuis l'origine, celle du bien, Dieu, et celle du mal, le démon, ‘yin et yang’. Comme dans l'Apocalypse.
  • Soit le diable comme appartement à l'univers, au cosmos, à la création, comme une force d'opposition interne voulue par Dieu et nécessaire au changement, à la vie, à la liberté.

Qu'en dit la Bible ?

Pour la Bible, il n'y a qu'un seul Dieu, un Dieu d'amour, le Créateur, et le diable fait partie de la création : le serpent du jardin est une créature, c'est écrit, le Satan de Job appartient à la cour de Dieu, c'est écrit, le Léviathan est créé par Dieu pour jouer avec, c'est écrit, et dans des textes plus tardifs, le diable est décrit comme le chef des anges rebelles... Il fait donc partie de la Création. En fait, dans la Bible, Satan ou le diable, et tous les autres noms qui s'y rattachent, représentent tout ce qui freine le bien : l'adversité, la division, la résistance du réel. Il n'a pas forcément une existence propre, et dans la Bible il serait plutôt une façon de désigner les engrenages négatifs, ces engrenages qui prennent parfois une telle puissance, terrifiante, qu'ils finissent par devenir comme des forces du mal.

C'est par exemple la folie ou la dépression qui s'empare d'une personne ou d'un groupe, un cancer qui emporte une jeune mère de famille, une rumeur qui s'amplifie et finit par détruire sa victime, un régime politique barbare qui parvient au pouvoir, une religion qui se retourne contre elle-même et devient inquisition, Talibans ou intégrisme...

Quand le mal gagne, effrayant, et renverse les garde-fous, il acquiert une telle puissance qu'on a envie de le nommer, pour s'en distancer, et de lui attribuer une origine non-humaine, par refus de n'avoir rien de commun avec lui... le diable, la Bête.

L'effrayante bête, au ventre toujours fécond.

4 – Sa réalité.

Alors le diable a-t-il vraiment une existence propre, autonome, est-il une personne, un anti-Dieu ?

Il me semble que, si c'était le cas, la Bible le saurait, le dirait, et nous en avertirait dès l'origine, avec force. Ce qui n'est pas le cas.[1]

Et si considérer que le diable existe en tant que tel était une facilité ?

Si c'était une façon de nous dédouaner de ce qui nous fait horreur, une façon de ne pas vouloir nous regarder en face, une façon d'esquiver notre propre responsabilité en externalisant le mal, en l'attribuant à une force mauvaise ?

Le diable comme force de mal, comme volonté de mal, c'est très inquiétant, mais c'est aussi plus rassurant, parce que ce n'est pas nous.

Mais je crains, avec Paul, que le mal soit en nous, de nous, que, hélas, le diable fasse partie de nous, et désigne l'abîme de contradictions qui est en nous et qui nous menace sans cesse, personnellement et collectivement. Ce que la Bible appelle de noms si divers, ne sont-ce pas les forces de mal qui agissent en nous ?

A chacun, toutefois, de le prendre et de le comprendre comme il le ressent.

Mais que le diable existe en tant que tel ou qu'il soit en nous, sa réalité et son danger sont les mêmes.

Vous vous souvenez comment le serpent, au jardin d'Eden, murmure à l'oreille d'Eve, pour insinuer le doute et prendre sa défense contre Dieu, tout en lui mentant à moitié. ? Eh bien, il se pourrait bien que la force du diable soit là : dans cette voix intérieure, séduisante et intelligente comme le serpent, ce monologue intérieur qui vient de nous, mais qui n'est pas tout à fait nous ; cette voix intérieure qui doute, qui soupçonne, qui susurre, qui nous flatte et nous donne, par exemple, le sentiment que nous sommes victimes d'une injustice, ou perdants dans nos relations ; qui nous déculpabilise, ou au contraire nous culpabilise, qui fait glisser l'esprit où il ne veut pas glisser...

Cette voix qui rêve en nous, qui nous tente, qui nous donne toujours raison, qui défend nos droits et notre honneur et accuse nos proches, qui nous mets en procès contre ceux que nous aimons ou contre le monde entier... Le voilà, le diable ! Le vrai, le Terrible, l'Efficace, le Destructeur !

Comme disait un mystique du XVIème siècle, Satan, c'est seulement notre tentation du péché[2]...

Pour s'en libérer, une seule clef : la prière. Au nom du Christ. Et la voix disparaît aussitôt.

Mais que la prière, la prière intérieure, permanente, muette, cesse, et le diable revient aussitôt. Prier, c'est l'arme simple, mais absolue contre Satan, notre Satan intérieur.

« Même les esprits mauvais nous obéissent quand nous leur donnons des ordres en ton nom, Jésus-Christ ! »

Alors ne cessons pas de prier ! Parce que la promesse de Dieu est simple et limpide : dans ce combat de tous les jours, Dieu nous tient la main, et c'est lui qui aura le dernier mot !

Jean-paul Morley

Cultes du 3 février 203

P.S. La croyance au diable correspond à une vision dualiste de la réalité, qui est au fondement de la pensée – et c’est pourquoi s’habituer à la complexité s’avère tellement difficile. Dès la naissance, nous commençons de penser en moi vs.monde extérieur, Maman vs.Papa, ombre vs.lumière, permis vs.interdit, a vs.b, etc. Il est alors naturel de penser Dieu vs.diable. Et difficile de ne pas penser les dualités ou les oppositions comme structurant la réalité : masculin vs. féminin, humain vs.animal, bien vs.mal, nous vs.les autres, etc. Difficile de penser la complexité, culturelle, ethnique, morale, masculin/féminin, etc. Avec des conséquences politiques : penser la société comme clivée en dualités irréductibles, ou appelée à une harmonie respectant toutes les différences, tant qu’elles ne combattent pas ces différences ?

Le mal, à la fois intérieur et extérieur, souvent mêlé de bien, dépendant des situations est lui aussi complexe. Et la figure du diable a pour fonction de simplifier ce qui ne l’est pas.

[1] La Bible dénonce et combat les faux dieux, les Baals et les Ashtartés, mais pas le diable en tant que tel.

[2] Reginald Scott, 1584

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