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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 16:21

Savez-vous quelle était la question angoissée et obsédante qui, au moment de la Réforme, tourmentait le peuple aussi bien que les élites ? Le grand débat entre l'Eglise et ses rebelles, celui qui a provoqué le séisme entre catholiques et protestants, et donné naissance à la Réforme ?

C'était la question de savoir comment être sauvé.

Par les œuvres, de piété et de charité, qui nous procurent des mérites auprès de Dieu, disait l'Eglise d'alors.

Par le seul amour total et gratuit de Dieu, qui nous justifie à travers Jésus-Christ, affirma Luther.

C'était la question du salut, indissociable de celle du jugement.

Oublions la querelle, même si les mêmes logiques demeurent aujourd'hui et distinguent encore - un peu – nos deux Eglises, et revenons à l'essentiel : comment être sauvé ? Et comment serons-nous jugés ?

Il est vrai que plus personne ne semble s'en soucier. Mais est-ce sûr ? Ce sera notre première question, avant de regarder ce que la Bible propose.

En précisant tout de suite qu’il ne sagira pas de « par quoi » nous sommes sauvés, c'est-à-dire du sacrifice du Christ sur la croix, mais de « de quoi » et surtout « à travers quoi » nous pouvons être sauvés. Même si finalement la Bible n'est pas très précise sur ce « à travers quoi ».

Voyons chez Esaïe et Paul la promesse et l'élargissement de la promesse :

« Le Seigneur Dieu me remplit de son Esprit, car il m'a consacré et m'a donné pour mission d'apporter aux pauvres une bonne nouvelle, de prendre soin des désespérés, de proclamer aux déportés la liberté et de dire aux prisonniers que leurs chaînes vont tomber : d'annoncer l'année où le Seigneur montrera sa faveur, le jour où notre Dieu prendra sa revanche sur ses ennemis ; d'apporter un réconfort à ceux qui sont en deuil. » Esaïe 61 v. 1-2

« Ainsi, la faute d'un seul être, Adam a entraîné la condamnation de tous les humains ; de même, l'œuvre juste d'un seul, Jésus-Christ, libère tous les humains du jugement et les fait vivre. »

Romains 5 v. 18

Donc deux questions : de quoi être sauvés, et quel jugement nous attend ?

L'inquiétude du salut ne semble aujourd’hui pas celle d’un salut éternel, au-delà et ailleurs : elle est immédiate, et sans doute quadruple :

  • Comment puis-je ne pas avoir à payer, un jour ou l'autre, pour tout ce que j'ai fait de mal, ou pas fait de bien ?
  • Comment puis-je m'en sortir dans ce monde que je ne maîtrise pas, dont les désordres et les menaces sont partout, nombreux, imprévisibles, incontrôlables et souvent terrifiants ?
  • Comment puis-je être accepté par Dieu, par cette puissance qui est au-delà et gouverne tout cela, pour qu'Il me bénisse, moi, ma vie, les miens, plutôt qu'être abandonné à l'arbitraire du monde ?
  • Comment enfin puis-je espérer traverser l'inévitable mort, sans que tout s'anéantisse avec elle ?

L'Eglise catholique, au XVIème siècle répondait : soir pur. Soit saint. A défaut, confesse-toi, essaye quand-même et fais des gestes. A défaut... paye, puisque tu as peur.

Luther, lui, lisant l'Evangile, répond : inutile d'essayer, tu n'y arriveras pas. Prie. Et croie. C'est tout.

Croire quoi ? Que Dieu t'a déjà aimé, qu'en Christ il t'ouvre les bras, et que c'est la seule issue pour toi, et pour tous. Accepte d'être aimé. C'est tout ce qu'il te faut.

  • C'est tout ce qu'il te faut pour être déchargé de tout ce que tu as fait de mal ou pas fait de bien.
  • C'est ce qu'il te faut pour être accompagné et conduit dans le chaos du monde.
  • C'est tout ce qu'il te faut pour être aimé de Dieu : accepter de l'être, tout simplement, et tu en verras les fruits.
  • C'est tout ce qu'il te faut pour traverser la mort et vivre la tendresse de Dieu, à jamais.

Cela c'est notre foi, notre certitude, à nous protestants, à nous chrétiens.

C'est ma certitude, et je ne suis ici que pour essayer de la faire partager avec tous ceux qui cherchent.

C'est notre certitude à nous tous, les lecteurs d'Evangile.

Oui, mais : et le jugement ? Jésus et l'Evangile l’annoncent régulièrement.

Telle cette parabole, chez Matthieu :

« Jésus leur raconta une autre parabole : Voici à quoi ressemble le Royaume des cieux : Un homme avait semé de la bonne semence dans son champ. Une nuit, pendant que tout le monde dormait, un ennemi de cet homme vint semer de la mauvaise herbe parmi le blé et s'en alla. Lorsque les plantes poussèrent et que les épis se formèrent, la mauvaise herbe apparut aussi.

Les serviteurs du propriétaire vinrent lui dire : Maître, tu avais semé de la bonne semence dans ton champ ; d'où vient donc cette mauvaise herbe ? Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela.

Les serviteurs lui demandèrent alors : Veux-tu que nous allions enlever la mauvaise herbe ?

Non, répondit-il, car en l'enlevant vous risqueriez d'arracher aussi le blé. Laissez-les pousser ensemble jusqu'à la moisson et, à ce moment-là, je dirai aux moissonneurs : enlevez d'abord la mauvaise herbe et liez-la en bottes pour la brûler, puis vous rentrerez le blé dans mon grenier. »

Matthieu 13 ; 24-30.

Serons-nous donc jugés ? Oui, Jésus et l'Evangile le disent, et parlent de feu pour les injustes.

Sera-ce donc un tri, entre boucs et brebis, séparant les uns des autres, certains jetés au feu, les autres recueillis auprès de Dieu ? Quitte à séparer les couples, ou les parents des enfants ?

Lors d’un précédent culte, nous avons parlé de l'enfer, autre mot tabou de la Bible. Pour dire qu'il était vide, et que le feu annoncé était un feu purificateur, débarrassant chacun de nous, bon ou méchant, de tout ce qui avait été mauvais en lui.

Nouvelle extraordinaire !

Ainsi, non seulement tous pourront être sauvés, mais tout le mal qui est en nous sera consumé, détruit, éliminé. Mais il restera donc plus ou moins de chacun, selon ce qu'il ou elle aura vécu :

Plus chacun aura su faire de place à l'amour durant sa vie, devenant ainsi plus proche du Père, et plus il sera proche du Père dans l'autre vie ;

Plus chacun aura souffert, subi d'injustice et de blessures, devenant ainsi plus proche du Fils, et plus il sera consolé et proche du Père dans l'autre vie ;

Plus chacun se sera fermé à l'appel du Père et du Fils, devenant ainsi plus éloigné du Royaume, et moins il restera de lui dans l'autre vie, et moins il y sera proche du Père...

Un verset crucial de Paul évoque ce feu :

« Le feu dévorera l'ouvrage de chacun... Si l'ouvrage est consumé, lui-même sera sauvé, mais comme à travers le feu... ». Corinthiens 3 : v.13-15

Mais Paul ne parle, ici, que de ceux qui croient, de ceux qui ont la foi, et non de tous les humains, chrétiens et non chrétiens....

Uniquement ceux qui croient ?

Ne peut-on toutefois espérer que cette promesse et cette purification ne s'élargissent à toute l'humanité ? Dans la parabole de la mauvaise herbe lue plus haut, ne doit-on pas comprendre que si le maître de la moisson refuse d'arracher la mauvaise herbe par crainte d'arracher la bonne semence avec elle, c'est bien parce qu'en chacun de nous, en chaque être humain, bonne semence et mauvaise herbe s'entremêlent indissociablement ? Et que la séparation finale sera en chacun de nous, entre le mauvais à brûler et le bon à recueillir ? Et non pas en un infaisable tri entre humains.

Ce salut à travers un feu réparateur et purificateur serait-il alors offert à tous, même à ceux qui ne croient pas ? Même pour les méchants, les malhonnêtes, les violents, les tyrans, les poseurs de bombes, les égoïstes, les rapaces et les sans scrupules ? Ceux qui auront laissé tant de victimes derrière eux et dont la vie aura été un sillon de souffrances et de désespoirs infligés à autrui ?

Sans doute que oui, salut pour eux aussi. Justement parce que eux plus que d'autres ont besoin de restaurer, de réparer leur propre humanité, et de découvrir ce que peut signifier aimer, et être aimés. Eux plus que d'autres ont besoin de la grâce de Dieu. Mais certainement au travers du jugement annoncé, qui leur fera prendre conscience et ressentir tout le mal qu’ils auront causé.

Paul lui-même, chantre du salut par la foi seule, le laisse entrevoir dans sa lettre aux Romains. Comme si, à l’issue d’un long développement sur le salut offert à travers la foi en Christ, la logique de son raisonnement le conduisait à dépasser sa propre pensée, et à élargir à tous les humains ce qu’il sait être vrai pour tous les croyants :

« Par la faute d'un seul, Adam, ce fut pour tous la condamnation, par l'œuvre d'un seul, Jésus-Christ, c'est pour tous les hommes la justification qui donne la vie... »

Peut-être. Nous n'avons pas la possibilité de l'affirmer. Nous avons le droit de l'espérer.

Quelle différence apporte alors la foi ? Ce sera prochainement l’objet du dernier mot de cette série de mots tabous de la Bible : la vie éternelle.

Car cela semble bien être cela le jugement : non une condamnation, mais une purification à l'intérieur de chacun de nous, de chaque être humain. C'est cela la justice de Dieu, selon Dieu, à travers la croix du Christ. Cela que la Bible appelle la Grâce, le pardon en Christ.

Mais sans doute faudra-t-il que nous sentions d’abord ce feu. Sans doute faudra-t-il que nous ayons conscience de ce jugement, que chacun sache comment sa vie peut être jugée par le Créateur, que chacun sente en lui-même les fruits qu'a portés sa vie. Un catéchumène me l'avait suggéré un jour : sans doute que ce jugement passera par un moment terrible de conscience intérieure de ce que nous avons provoqué. Peut-être que l'espace d'un instant, si tant est que le temps se puisse compter au-delà, peut-être que notre vie se déroulera et l'espace d'un instant nous vivrons en nous-même tout le mal et la souffrance que nous avons provoqués chez autrui, peut-être ressentirons-nous en nous toute la peine, la douleur, l'injustice que nous avons consciemment ou inconsciemment suscitées autour de nous. Et ce sera un feu.

Mais ceux qui auront cru le ressentiront sans doute comme déjà entourés d'une sphère de pardon, le pardon de Dieu, et le pardon aussi de ceux et celles qui sont déjà là-haut.

Et si c'est le cas, alors, l'espace d'un autre instant, nous ressentirons aussi en nous-même tout le bien que nous avons provoqué, consciemment ou inconsciemment, chez autrui, tout long de notre vie, souvent sans le savoir.

Oui, sans doute le jugement de Dieu ne pourra-t-il se passer de cela : que nous sachions, qu'un instant au moins nous sachions et souffrions, et pour cela que nous ressentions, de l'intérieur, tout le mal, la souffrance et la peine causés autour de nous ; mais aussi tout le bien, l'amour, la générosité et la tendresse apportés.

Et après ce feu, nous serons pour l'éternité sans plus aucun égoïsme, ni orgueil, ni cynisme, ni méchanceté ; et ne restera en nous que la tendresse, le pardon, la générosité, la guérison...

« L'amour est fort comme la mort, ses ardeurs sont des ardeurs de feu, une flamme de l'Eternel... ». C'est dans le Cantiques des Cantiques.

Jean-paul Morley

Cultes du 21 avril 2013

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