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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 12:52

Je ne vous ferai pas l'injure d'imaginer que vous ignorez que « protester », aux XVIe et XVIIe siècles, signifie ‘témoigner pour’, et non contester.

Mais aujourd'hui, protester n'a plus le sens que de... protester.

Alors s'il s'agit de ce sens-là, on n'attendra pas de moi que je dise des choses consensuelles, et on ne s'étonnera pas de ne pas être d'accord avec moi !

Donc : Elie et les Baals.

Elie, vous le savez, est en quelque sorte le prototype de tous les prophètes à venir, celui qui dans les textes, plus que Nathan, marque la rupture vis-à-vis des anciens prophètes, genre exaltés vivant en bandes, ou imprécateurs plus ou moins rémunérés... Elie, c'est le premier prophète solitaire qui parle et acte de la part de Dieu.

Et seul, il l'est vraiment.

Face :

  • au pouvoir politique... et lequel ! Achab et Jézabel qui ne rigolent pas : la mort, pour les contestataires.
  • au pouvoir religieux : 450 prophètes de Baal, et 400 d'Astarté. Total : 850, c'est dire leur emprise religieuse sur tout la société...
  • au pouvoir culturel : puisque toute cette société et ce peuple sont alors accoutumés à la religion et aux dieux locaux. On parle bien d'un ‘tout petit reste’, mais seul Elie ose parler...

Face à tous ces pouvoirs, donc ; mais à quel propos ?

Pas une protestation sociale, comme feront si bien ses grands successeurs devant l’inégalité, la rapacité et l'injustice. Non, mais une protestation religieuse et spirituelle : choisir entre Dieu, le vrai Dieu, et les Baals, c'est-à-dire en somme... soi-même. Baal et Astarté, c'est la puissance, la fécondité, la richesse, c'est-à-dire la réussite sociale personnelle. On enrôle Dieu de son côté, celui de ses intérêts... Dieu à mon service plutôt que Dieu qui dirige ma vie.

Un vrai choix. Qui paraît toujours actuel, non ?

Alors Elie risque carrément sa vie pour affirmer cela face à ces trois pouvoirs unanimes : civil, religieux et culturel.

Et nous ? Pour quoi risquons-nous notre vie ?

Sans aller jusque-là, je voudrais citer un exemple personnel, n'en déplaise à ma célèbre modestie, dont je suis si légitimement fier.

La prédication la plus risquée de ma vie, pour laquelle je n'ai pas risqué la prison ou ma vie, mais pour laquelle je savais que je rencontrerais de vraies indignations et de vraies... protestations – et cela n'a pas manqué – c'était l'hiver dernier : l'homosexualité et la Bible.

J'ai tâché de montrer, sans esquiver les trois ou quatre passages condamnant l'homosexualité, que tout le reste de la Bible - à commencer par la Genèse et à continuer par le Dieu de grâce, de respect et d'amour qu'annonce l'Evangile - rendait impossible le rejet ou la condamnation de l'homosexualité ou sa qualification comme péché. Sans me cacher, bien sûr, que d'autres interprétations existaient.

Cette prédication, ecclésialement la plus risquée de ma vie, que j'ai vraiment prononcée en tremblant, m'a évidemment valu des protestations. Mais aussi des remerciements en pleurs à son issue. Elle est devenue rapidement la plus lue sur mon modeste blog et m'a valu des témoignages incroyables venus d'incroyants et de croyants, y compris d'autres pays, qui l'avaient rencontrée sur le site paroissial...

Pourquoi je me vante ainsi ? Parce que je crois que c'est un exemple, dérisoire bien sûr, de ce contre quoi nous avons d'abord à protester, nous protestants, avec vigueur et acharnement.

Contre l'homophobie ? Non, bien sûr. Bien plus grave encore.

Contre ce paradoxe déroutant et accablant :

- toutes les grandes religions du monde, judaïsme, islam, christianisme, bouddhisme, ont pour fondateur un anticonformiste, un subversif, un transgresseur : Moïse, Mohamed, Bouddha, Jésus bien sûr.

- et toutes, toutes, sont devenues les premières défenseures et les plus grands remparts du conservatisme le plus coincé : conservatisme moral, conservatisme social, conservatisme familial, conservatisme religieux, conservatisme politique... parfois ornés de quelques paroles parfaitement inoffensives sur l'inégalité sociale ou la violence, mais même pas toujours.

Alors où est l'erreur ? Un fondateur complètement subversif, et fondateur parce que subversif, et une religion figée, rigide, chienne de garde de tous les conservatismes moraux ou sociaux ?

Eh, bien la voici, pour moi, notre mission : ouvrir, déchirer, faire respirer la foi, crier au monde que non, la vraie religion, la foi, n'est pas conservatrice, mais qu'elle aime la vie, qu'elle aime la diversité, qu'elle aime le changement, qu'elle aime le progrès, qu'elle aime les gens, tous les gens, même les autres, même les atypiques, même les non conformistes, même les délinquants, même les innocents, et quel que soit le domaine.

Voilà notre protestation, voilà notre vraie pro-testation, notre ‘témoignage pour’, notre affirmation de vie, d'espérance et d'amour, notre affirmation de foi joyeuse et confiante - et aimante.

Socialement, les religions sont sans conteste le ciment des sociétés. Mais la foi, celle de Jésus-Christ, de Mohamed ou de Bouddha, les a toutes toujours dynamitées !

Voilà pourquoi, pour-quoi nous avons le droit et la vocation de risquer notre vie, et en attendant notre vie, au moins notre réputation et notre tranquillité.

Et puisqu'aujourd'hui nous sommes incités à protester, enfonçons le clou, soyons directs, et, dans la suite de ce que je viens d'oser dire, affirmons que les protestants que nous sommes, fils et filles du grand protestataire Luther, avons le devoir de dénoncer le fourvoiement persistant de l'Eglise catholique. Non pas de l'Eglise catholique peuple de Dieu, mais de sa tête et de son organisme, le Vatican.

Dénoncer une Eglise, la plus puissante du monde, celle qui, pour le meilleur et hélas pour le pire, représente la foi chrétienne aux yeux de la majorité de l'humanité. Une Eglise qui est malheureusement à peu près la plus réactionnaire de la chrétienté. Et qui plombe l'image de la foi chrétienne dans le monde, et par conséquent son expansion. D'accord : le bon pape François est sympathique, remarquable communiquant, sait faire des gestes et trouver les mots, comme le faisait Jean-Paul II. Mais il est dramatiquement réactionnaire, et qui plus est prisonnier de la Curie.

Alors oui, nous aussi, protestons, nous sommes là pour cela, depuis cinq siècles : travaillons le plus possible avec des catholiques, mais dénonçons une religion déviante de l'Evangile. Et, par exemple, demandons au bon pape François 1er un geste, un vrai.

Par exemple :

- prêcher l'intercommunion sans condition de tous les chrétiens ;

- ou mettre fin au célibat obligatoire des prêtres ;

- ou ouvrir enfin la prêtrise aux femmes ;

- ou renoncer à son pouvoir disciplinaire ou dogmatique....

Impossible ? C'est bien ce que je disais...

Alors protestons ! Au nom de l'Evangile ! C'est à nous de le faire.

Notre œcuménisme n'a de sens que comme un œcuménisme de combat, pour les catholiques et contre le Vatican.

C'est face à Jézabel, à Achab, aux 450 prêtres de Baal, à la société toute entière, au peuple élu rassemblé devant lui, qu'Elie a protesté au risque de sa vie...

Alors oui, risquons notre vie, ou au moins notre sécurité morale et notre confort religieux, pour l'Evangile du Christ. Pas celui de la loi, de l'ordre et de la morale, mais l'Evangile de la Croix, de l'amour et de la résurrection.

De la ré-sur-rec-tion !

Jean-paul Morley

Aumônerie Pastorale régionale

du 19 septembre2013

Lecture : I Rois 18 : 20-30

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