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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 16:36

Quelles idoles ?

Mots clefs : Mot tabou 1, liberté ; argent

Les ‘Dix Paroles’ mettent en garde : « Tu ne te feras pas d’idoles, et tu ne t’y soumettras pas ! ». Il s’agit même du plus développé des dix Commandements, la Loi de Moïse, après celui sur le sabbat, le repos hebdomadaire.

Ce sont deux paroles, deux commandements majeurs, qui concernent la place faite à Dieu. Notre choix face à Dieu : Lui, ou d'autres ? Lui ou ailleurs ?

Et Dieu ne s'en cache pas, Il le reconnaît Lui-même : Il est un Dieu exigeant, radical. Pour notre bien.

Pourquoi ?

Pourquoi pas d'idoles ?

D'ailleurs, quelles idoles ?

Et surtout comment leur résister ?

Ce seront nos trois questions.

Première question : Pourquoi Dieu est-il si jaloux et radicalement exigeant ?

Pourquoi est-ce si grave, ces idoles, au point de mériter un tel développement dans les dix commandements ?

C'est grave parce qu'il ne s'agit pas simplement de statues en or ou en bois, sculptures orientales, africaines, sud-américaines ou préhistoriques, ni de médailles plus ou moins magiques.

Alors une idole, qu’est-ce ? La réponse est simple : une idole, c'est ce qui prend le pouvoir en nous. Ce qui prend le pouvoir dans notre cœur et notre âme. Et là, pas de place pour deux, Jésus le dit : « On ne peut avoir deux maîtres à la fois ». Là-dessus Dieu ne peut transiger, parce que Dieu nous veut libres.

Parce que Dieu, à l'inverse de toutes les idoles, qui par définition nous asservissent, Dieu, lui, nous rend libres. Libres face aux idoles, libres face à nous-même, libres face à Lui.

« Tu ne te feras pas d'idoles », cela veut dire : « Tu ne t'asserviras à rien ! Tu te respecteras toi-même, en refusant toute soumission à un homme, à une femme, à une institution, à ton désir, à ta gloire, à la mode, à un groupe, à ton club de foot, à une nation ou à une religion. Et pas plus à une passion, à un amour, à un art, ou à ta sécurité ou ton ambition, ou à une idéologie, à un parti, une cause même juste et bonne... Tu resteras libre, toujours.

Tu refuseras tout abandon de toi-même à autre chose, toute délégation de ta responsabilité à autrui, quel qu'il soit, tout renoncement à ta solitude fondamentale, à ton cœur-à-cœur avec ton Dieu.

Tu refuseras tout renoncement à être adulte, c'est-à-dire libre et responsable, responsable des autres et responsable de toi-même. Et en même temps tu resteras un enfant, confiant, recevant, jouant, joyeux face aux événements, à ta vie, les recevant avec recul, mais reconnaissance ; prenant la vie au sérieux, mais jamais toi-même, te respectant toi-même, mais sans jamais te croire plus grand, même quand tu l'es.

Ne t'asservis à rien, sois libre, c'est cela la volonté de Dieu pour toi, qui jadis t'a libéré d'Egypte.

Impossible ? Au-dessus des forces ? Bien sûr. Mais confie-toi à Dieu.

Lui te donnera la lumière.

Lui te donnera courage et force.

Lui ne t'asservira jamais.

Parce que tu es sa créature, et Il l'a veut aussi belle qu'elle peut l'être : libre et responsable.

Il te donnera de l'être, et toi, tu seras lumineux !

C'est pour cela qu'il faut te libérer de tes idoles. Dieu nous veut libres.

Mais, deuxième question : que sont au juste ces idoles, si redoutables ?

Il y en a de vraies, il y en a de fausses..

Les fausses, ce sont celles que nous croyons lire dans la Bible. Ces fameuses idoles, ces faux dieux, contre lesquelles se battent et se moquent les prophètes, ces Baals et ces Ashtartés, ces idoles en bois ou en métal précieux, auxquels nous ne croyons plus un instant. Mais elles représentent les vraies, celles qui se cachent, qui ne sont pas comme des bouts de bois sculpté, mais comme des puissances. Celles qui sont trompeuses, qui exigent notre confiance, notre cœur et notre intelligence. Alors qu'elles ne donnent pas le bonheur promis, ni la paix, ni la sécurité. Celles qui nous occupent l'esprit et l'intelligence, nous envahissent mais en réalité nous méprisent.

Des noms ? Des faits ? Vous les connaissez déjà ; j'en évoquerai six pour notre bon souvenir.

  • L'argent, bien sûr : à tout seigneur, tout honneur. L'argent, ce mauvais maître, celui que Jésus donne en premier exemple, et qu'Il appelle Mammon. Mammon, dont la racine (qui s'en douterait ?) est la même que « Amen ». Mammon, qui promet, lui aussi, la plénitude, la stabilité et la paix, et qui produit, c'est vrai, le confort et le pouvoir, mais aussi le contraire de la plénitude et de la paix : le stress, la solitude, la rivalité, le mensonge, la trahison de soi-même, le vide intérieur… L'argent qui nous donne si souvent des ordres ; l'argent qui, on le voit crûment ces dernières années, quand il cesse d'être un moyen pour devenir maître d'une civilisation, produit le contraire de lui-même : chômage, inégalités, déchirures sociales, dérives éthiques personnelles et collectives. Jésus le dit : on ne peut pas servir à la fois Dieu et l'argent, Mammon.

  • Deuxième idole : Le pouvoir : ce vieux rêve de toute-puissance, que nous traînons tous depuis l'enfance, en voulant être parfait, aimé de tous, sans faute ni culpabilité, imposant toujours notre volonté aux choses et aux gens... Ce rêve que nous sommes si tentés d'exercer sitôt que nous avons, socialement ou familialement, une once de pouvoir.

Ce pouvoir, aussi tentant, aussi fort que l'argent, et souvent son complice, mais qui est tout aussi menteur, et qui, dès qu'il cesse d'être un outil pour servir devient aussi destructeur que l'argent, nous rendant injustes, menteurs et méchants. Pervers parfois. Fous même, comme on le voit chez tel ou tel dictateur prêt à massacrer son propre peuple, ou comme on le voit, parfois aussi, dans l'entreprise ou même la famille.

Alors que la puissance de Dieu, elle, s'accomplit dans la faiblesse.

  • Troisième idole, juste pour mémoire : les addictions : alcool, sexe, jeu, réseaux sociaux, portable... Ces addictions qui nous dévorent physiquement, socialement, familialement... Je ne m'y attarde pas.

  • Quatrième idole, imprévue peut-être : les peurs et les préjugés. Toutes les sortes de peurs. Qui elles aussi nous empêchent d'être nous-mêmes, nous rendent frileux, nous font manquer un amour ou nous empêchent de nous épanouir. Mais qui aussi nous jettent vers les clivages simplistes, les extrêmes, le nationalisme, ou le repli sur des acquis, le passé ou l'identité, le rejet des différences ethniques et sexuelles.

Oui, les peurs et les préjugés, qui nous font réagir de façon viscérale plutôt que guidés par l'Evangile, les peurs sont aussi des idoles secrètes quand elles nous envahissent, nous occupent et nous empêchent d'être libres, comme Dieu nous le commande.

  • Cinquième idole : l'inconscience collective, qui est une lâcheté collective. Nous savons tous le véritable péril dans lequel se trouvent notre planète et nos sociétés. Et nous réagissons si peu, et nous continuons de laisser nos dirigeants s'occuper du court terme et de nos intérêts immédiats... Notre irresponsabilité collective, une idole ? Sans doute. A nos propres dépens, et à ceux de la Création.

  • Sixième idole : soi-même, bien entendu ! Ce bon vieux culte de soi-même, l'orgueil et l'égoïsme si naturels et spontanés, qui nous empêchent en réalité d'être nous-même. Qui, par le fait même qu'ils nous jurent que nous sommes libres, nous empêchent de l'être. L'orgueil, cet immense menteur qui sait si bien nous perdre en nous faisant croire que nous pouvons nous passer de pardon et nous passer de Dieu et de son secours.

L'orgueil, ce traître, que la tradition considère comme le péché fondateur qui nous sépare de Dieu.

L'orgueil, notre vanité, notre égoïsme, qui nous font si souvent gâcher notre capacité d'aimer et gâter nos plus beaux amours.

Oui, soi-même, l'ultime idole, l'ultime obstacle à nous-même, à Dieu, à l'amour que Dieu nous offre, à la liberté qu'Il nous offre.

Reste la troisième et dernière question : comment résister à ces terrifiantes idoles ?

De deux façons qui se conjuguent :

D'abord en se surveillant. Jésus t'avertit : « Là où sont tes richesses, là sera ton cœur ».

C'est clair. Alors nous pouvons, tous, nous habituer à nous poser cinq questions :

1- Qui commande en moi ? Qu'est-ce qui m'occupe vraiment ?

2- Quelle est vraiment ma relation à l'argent ? Au pouvoir ? A l'alcool ou au sexe ? A la peur ? Aux préjugés ? A ma petite ou grosse vanité ?

3- Comment j'arbitre entre toutes ces puissances et le double commandement d'amour, « Tu aimeras ton Dieu, et ton prochain comme toi-même » ? Comment je pèse chaque décision entre ce double commandement et ces vilaines idoles ?

4- Quelles règles internes me suis-je ou dois-je me donner ?

5- Est-ce que je fais davantage confiance à Dieu, ou bien à mon inquiétude, mon droit, mes envies, mon confort, mon image ?

Cinq questions, à se poser sans cesse.

Deuxième façons de résister : prier.

Prier toujours. Toujours, et encore. Prier chaque matin, pour confier. Pour entendre que je suis pardonné et libéré, et me remettre totalement à Dieu.

Prier avant chaque décision, chaque choix, chaque engagement, pour voir clair.

Prier avant de fréquenter tel ou tel milieu, pour voir clair et avoir la force de résister.

Prier, pour que Dieu m'aide, me donne pardon, lumière, courage et force, soutien et tendresse.

Lui faire confiance, parce qu'Il n'est pas menteur.

Je devrais m'arrêter là. Mais c'est le premier culte de l'année 2013, et les inquiétudes sont partout.

Savez-vous d'où viendra le salut ? De tous ceux qui auront résisté aux idoles et fait le choix de la foi. Autrement dit, de nous, les chrétiens, les croyants.

Parce que ce monde ne souffre finalement que d'une seule chose : le chacun pour soi, individuel et collectif. Qu'il s'agisse de la planète, de l'économie ou des relations humaines, c'est le chacun pour soi qui nous tue.

Or ce qui distingue les chrétiens, c'est le souci du prochain : « Tu aimeras... ».

C'est cela, ce double commandement, et rien d'autre, qui sauvera le monde. Et c'est cela que Dieu nous commande et nous offre.

Quant au reste :

« Pourquoi vous-inquiétez-vous au sujet des vêtements ? Observez comment poussent les fleurs des champs : elles ne travaillent, ni ne cousent, pourtant, je vous le dis, même Salomon avec toute sa gloire et sa richesse, n'a pas eu de vêtements aussi beaux qu'une seule de ces fleurs ».

C'est dans le sermon de Jésus sur la montagne.

Jean-paul Morley

Culte du 6 janvier 2013

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